Ce palais, bâti par le cardinal de Richelieu, fut loin d'être, dans

ses commencements, aussi magnifique et aussi étendu que nous le voyons

aujourd'hui. C'étoit, dans le principe, un simple hôtel, situé à

l'extrémité de la ville: car l'enceinte élevée par Charles VI

subsistoit encore à cette époque. La porte Saint-Honoré étoit alors

placée près la rue Saint-Nicaise; et tous les édifices qui se

prolongeoient au-delà, tant dans cette rue qu'autour des Tuileries et

des rues adjacentes, étoient hors des murs. La maison du cardinal,

construite sous le titre modeste d'_Hôtel de Richelieu_, fut d'abord

entièrement renfermée dans l'enceinte; mais la fortune et la puissance

du ministre s'accroissant de jour en jour, son habitation s'agrandit

avec la même rapidité. Le mur d'enceinte de la ville qui en rendoit le

terrain irrégulier fut abattu, le fossé comblé, le jardin prolongé; le

cardinal fit de nouvelles acquisitions, tant du côté de la rue des

Bons-Enfants que de celle qu'il avoit fait percer et qui porte encore

aujourd'hui son nom. De ces opérations diverses, il résulta en peu

d'années un palais magnifique, mais sans symétrie, lequel étoit situé

partie en dedans, partie en dehors de la ville, et qui, dans ses

additions successives, offroit une image assez frappante de la fortune

de celui qui en étoit le possesseur. Commencé en 1629 sur les dessins

de J. Mercier, il fut achevé en 1636; et sur le terrain qui n'avoit

pu être compris dans le jardin et dans les bâtiments, furent bâties

les maisons des trois rues qui environnent cet édifice, lequel reçut

alors le titre de _Palais-Cardinal_[444].

[Note 444: Cette inscription fut vivement critiquée. Balzac

prétendit qu'elle n'étoit ni grecque, ni latine, ni

françoise; il la trouvoit d'ailleurs pleine de vanité: elle

sembloit, selon lui, offrir ce sens absurde, qu'il n'y avoit

point en France d'autres cardinaux que le cardinal de

Richelieu, ou bien qu'il étoit le cardinal des cardinaux

françois. On réfuta l'opinion de Balzac, et on lui prouva

que c'étoit un gallicisme consacré par un ancien usage, et

qui n'étoit pas plus ridicule que l'Hôtel-Dieu, les

Filles-Dieu, la place Maubert, la rue Bourg-l'Abbé, etc.]

Peu d'édifices ont subi d'aussi grands et d'aussi nombreux

changements. Dans l'espace d'un siècle et demi, le bâtiment élevé par

le cardinal de Richelieu contenoit déjà plusieurs corps-de-logis

séparés par des cours, dont les deux principales se trouvoient au

milieu de ces constructions. La première étoit la plus petite, comme

elle l'est encore aujourd'hui. Dans l'aile droite en entrant, on avoit

élevé une vaste salle de comédie[445]; l'aile gauche étoit occupée

par une galerie, la plus magnifique de Paris, dont la voûte avoit été

peinte par Philippe de Champagne. Ce peintre favori du cardinal y

avoit représenté les principales actions de ce grand ministre.

[Note 445: Cette salle pouvoit contenir environ trois mille

spectateurs. Le roi la donna à Molière en 1660; et après sa

mort, arrivée le 17 février 1673, elle fut destinée aux

représentations de l'_Opéra_. Ce spectacle a toujours été

donné depuis sur ce théâtre jusqu'au 6 avril 1763, qu'il fut

consumé par un incendie. Il y avoit en outre dans le même

emplacement un second théâtre également construit par les

ordres du cardinal, et qui n'étoit fait que pour contenir

cinq cents spectateurs choisis. La passion que ce ministre

avoit pour les représentations dramatiques l'avoit porté à

ces dépenses.]

On se rappelle encore quelle étoit la disposition et la décoration de

la seconde cour: elle n'étoit entourée de bâtiments que de trois

côtés. Le quatrième donnoit sur le jardin par une suite d'arcades qui

soutenoient une galerie découverte, au moyen de laquelle les deux

ailes communiquoient ensemble. L'architecture de cette partie de

l'édifice étoit plus riche que celle de la première cour. Au premier

étage régnoit un ordre dorique en pilastres, soutenu d'un premier à

rez-de-chaussée, composé d'arcades, dans l'intervalle desquelles on

avoit sculpté des proues de vaisseaux en relief, des ancres et autres

attributs de marine; ce qui faisoit allusion à la charge de

grand-maître et surintendant-général de la navigation dont ce ministre

étoit revêtu. Toutefois cette cour manquoit de régularité: elle se

présentoit sur sa largeur, et son axe n'étoit pas le même que celui de

la première; disposition fâcheuse et irrémédiable, qui existe encore,

et qui contrariera toujours l'architecte chargé de terminer ce palais.

Le cardinal ne négligea rien pour orner sa nouvelle demeure. Tout ce

que l'opulence et les arts peuvent fournir de ressources y fut

prodigué, et avec une telle magnificence, qu'il jugea qu'un tel séjour

n'étoit point indigne d'être habité par les rois. Dans cette pensée,

il crut ne pouvoir mieux faire éclater sa reconnoissance pour les

faveurs extraordinaires qu'il avoit reçues de Louis XIII, qu'en lui

cédant la propriété de cette superbe habitation. Dès l'année 1639, il

en fit une donation entre-vifs à ce monarque[446], donation qu'il

renouvela par son testament en 1642. Dans cet acte, il se réserve

seulement l'usufruit des objets légués, et, pour ses successeurs ducs

de Richelieu, la capitainerie ou conciergerie de ce palais. Ce fut

cette dernière clause qui l'engagea à leur faire bâtir un hôtel

joignant le Palais-Cardinal, et qui en faisoit partie du côté de la

rue de Richelieu.

[Note 446: Le roi fit expédier un pouvoir à _Claude

Bouthillier_, surintendant des finances, pour accepter cette

donation. Comme ce pouvoir contient un détail assez curieux

des choses que le cardinal donnoit au roi, nous croyons à

propos de le rapporter ici.

«S. M. ayant très-agréable la très-humble supplication qui

lui a été faite par M. le cardinal de Richelieu, d'accepter

la donation de la propriété de l'hôtel de Richelieu, au

profit de S. M. et de ses successeurs rois de France, sans

pouvoir être aliéné de la couronne, pour quelque cause que

ce soit; ensemble sa chapelle de diamants, son grand buffet

d'argent ciselé et son grand diamant, à la réserve de

l'usufruit de ces choses, la vie durant du sieur cardinal,

et à la réserve de la capitainerie et conciergerie dudit

hôtel pour ses successeurs ducs de Richelieu, même la

propriété des rentes de bail d'héritages constituées sur les

places et maisons qui seront construites au dehors et autour

du jardin dudit hôtel: sadite Majesté a commandé au sieur

Bouthillier, conseiller en son conseil d'état, et

surintendant de ses finances, d'accepter, au nom de sadite

Majesté, la donation, etc., etc.»]

Le ministre étant mort le 4 décembre 1642, et Louis XIII ne lui ayant

survécu que jusqu'au 14 mai suivant, le roi, la reine régente et la

famille royale vinrent le 7 octobre de la même année prendre

possession de ce palais et y fixer leur demeure. L'inscription de

_Palais-Cardinal_ fut alors effacée, et l'on y substitua le nom de

_Palais-Royal_, qu'il a toujours porté depuis, quoique la reine mère,

à la sollicitation de la famille de Richelieu, eût fait replacer

l'ancienne inscription. Alors on détruisit la belle galerie bâtie par

le cardinal, afin d'y pratiquer un appartement pour Philippe de

France, frère unique de Louis XIV.

À la même époque fut formée la place qui donne sur la rue

Saint-Honoré; et l'on rapporte aussi à ce temps-là la cession qui fut

faite de ce palais par Louis XIV à son frère, pour en jouir sa vie

durant. En 1692, le roi en fit donation entière à Philippe d'Orléans,

duc de Chartres, son neveu, à l'occasion de son mariage avec

Marie-Françoise de Bourbon. Alors fut réparé le grand corps de

bâtiment qui se terminoit à la rue de Richelieu.

Pendant cet intervalle, le Palais-Royal avoit été fort agrandi: Louis

XIV y avoit réuni l'ancien palais Brion, bâti rue de Richelieu par le

duc de Danville, et dans lequel les académies de peinture et

d'architecture avoient tenu leurs premières séances. Jules Hardouin

Mansard avoit érigé sur cet emplacement une magnifique galerie, où

Antoine Coypel avoit peint en quatorze tableaux les principaux sujets

de l'Énéide. Le duc d'Orléans régent y ajouta depuis le salon

d'entrée, bâti sur les dessins d'Oppenord, architecte alors fort en

vogue, et au mauvais goût duquel on a dû la propagation du genre

bizarre d'ornement qui a régné si long-temps. Ce fut dans cette vaste

galerie que ce prince plaça la précieuse collection de peintures de

toutes les écoles, qu'il avoit rassemblée à grands frais de tous les

coins de l'Europe, et qui passoit pour la plus riche qu'il y eût alors

au monde.

Le long de l'aile gauche de la seconde cour régnoit une autre galerie

bâtie long-temps auparavant par le cardinal de Richelieu, et consacrée

par lui à la gloire des personnages les plus fameux de la monarchie.

Il avoit ordonné que l'on y déployât la plus grande magnificence; et

lui-même avoit choisi les héros qu'il vouloit voir figurer dans cette

pièce, que l'on nommoit la Galerie _des Hommes illustres_. Ils étoient

au nombre de vingt-cinq, et leurs portraits avoient été peints par

_Philippe de Champagne_, _Simon Vouet_, _Juste d'Egmont_ et

_Poerson_. De plus petits tableaux représentoient les principales

actions de ces grands hommes, avec leurs devises. Des bustes en

marbre, dont la plupart étoient antiques, séparoient ces peintures et

répandoient une agréable variété sur ce bel ensemble. Des distiques

latins, faits par _Bourbon_, célèbre poète latin de ce temps-là,

accompagnoient les devises[447]. Les grands appartements du duc

d'Orléans étoient de plain-pied avec cette galerie.

[Note 447: Cette galerie, construite avec tant de soins et

de dépenses, fut dans la suite si négligée, qu'on se vit

forcé de la détruire en 1727; des appartements furent

pratiqués dans l'espace qu'elle occupoit.]

L'escalier principal, exécuté, dit-on, sur les dessins de Désorgue, a

toujours été vanté parmi les ouvrages de ce genre. Il a depuis été

restauré, orné de peintures et mieux éclairé; et il présente

aujourd'hui une sorte d'effet théâtral, ménagé sans doute à dessein de

dissimuler le peu de profondeur de l'espace qu'il occupe. Son aspect

plaît au premier coup d'oeil, quoiqu'un examen attentif puisse y faire

découvrir plus d'un défaut de proportion.

Depuis la régence, ce palais a été successivement modifié et rebâti,

au point qu'il ne reste presque plus rien des constructions faites par

les premiers architectes.

La salle de spectacle que le cardinal avoit fait élever, ayant été

détruite par un incendie en 1763, ce fut une occasion pour le duc

d'Orléans d'alors de faire de grands embellissements dans la façade de

son palais du côté de la rue Saint-Honoré. Le grand corps-de-logis de

l'entrée et ses deux ailes furent alors entièrement changés et rebâtis

dans un goût plus moderne.

L'ordre dorique règne dans toute l'étendue de la façade extérieure de

ce palais, et forme terrasse au-devant de la cour, dans laquelle on

entre par trois portes d'une belle menuiserie, couvertes d'ornements

en bronze d'une grande richesse. Un mur percé de portiques unit ces

trois portes aux deux pavillons en retour qui composent les ailes du

bâtiment. Ces pavillons sont décorés de deux ordres, l'un dorique au

rez-de-chaussée, l'autre ionique au premier étage, et couronnés de

frontons triangulaires. Le corps-de-logis qui forme la façade se

compose de neuf croisées, y compris les trois qui sont sur

l'avant-corps du milieu. Cette partie offre également une décoration

de colonnes doriques et ioniques, que surmonte un fronton circulaire.

Dans ce fronton sont placées deux figures qui supportent les armes

d'Orléans. Toutes ces constructions furent faites sur les dessins de

M. Moreau, architecte de la ville, lequel rebâtit aussi la salle de

l'Opéra qui venoit d'être brûlée[448]. Ce même bâtiment présente, du

côté de la seconde cour, une autre façade exécutée à peu près dans le

même goût. L'avant-corps est décoré de huit colonnes ioniques

cannelées, posées sur un soubassement. Quatre statues de Pajou sont

placées à l'aplomb et au-devant de l'attique qui surmonte ces

colonnes. Ces statues représentent le dieu Mars, Apollon, la Prudence

et la Libéralité. Les ornements exécutés dans les cartouches et les

frontons des deux pavillons de l'entrée et des autres parties des

nouvelles constructions, étoient de la main du même sculpteur.

[Note 448: Un nouvel incendie la consuma une seconde fois en

1781; alors ce spectacle fut transporté sur le boulevart de

la porte Saint-Martin.]

Le vestibule qui sépare les deux cours est décoré de colonnes

doriques. À droite en entrant fut alors construit le nouvel escalier

qui mène aux appartements. Il est placé sous une espèce de dôme fort

élevé et orné de peintures. Les douze premières marches conduisent à

un perron, et là l'escalier se divise à droite et à gauche en deux

parties qui se terminent au pallier. L'architecte (Constantin) avoit

imaginé, pour diminuer l'effet désagréable du mur de face qui est trop

rapproché, d'y faire peindre une perspective d'architecture qui fut

exécutée par Machy.

Les appartements sont remarquables par leur étendue et leur

magnificence. Les galeries qui occupent la gauche du palais composent

environ quinze pièces, au nombre desquelles il faut comprendre celle

que Louis XIV avoit fait construire par Mansard, et le salon

d'Oppenord. C'est dans cette suite d'appartements qu'étoient placées

les belles peintures dont nous avons déjà parlé. On y voyoit aussi la

précieuse collection de pierres gravées antiques, également formée par

le régent. À ces richesses des arts les plus excellents, se trouvoient

réunis un magnifique cabinet d'histoire naturelle et de minéralogie,

et une collection non moins curieuse des productions de tous les arts

et métiers, avec les différents outils employés à leur fabrication.

Ces modèles, exécutés dans une grande perfection, étoient tous réduits

sur une échelle commune d'un pouce et demi pour pied.

On devoit aussi au duc d'Orléans, régent, le jardin de ce palais,

jadis le rendez-vous de la meilleure compagnie de Paris, et la

promenade la plus brillante et la plus fréquentée de cette capitale.

Du temps du cardinal de Richelieu, c'étoit un terrain de la plus

grande irrégularité, qui contenoit un mail, un manége et deux bassins,

le tout disposé sans ordre et sans symétrie. Il ne fut replanté qu'en

1730, et ce fut un neveu de Le Nôtre[449] que l'on chargea de cette

entreprise. Sans prétendre faire un jardin égal à celui des Tuileries,

composé par son oncle, il mit dans l'ordonnance de celui-ci de la

grandeur et de la simplicité. Deux belles pelouses bordées d'ormes en

boules accompagnoient de chaque côté un grand bassin placé dans une

demi-lune ornée de treillages et de statues en stuc, la plupart de la

main de Leremberg. Au-dessus de cette demi-lune régnoit un quinconce

de tilleuls dont l'ombrage étoit épais et agréable. La grande allée

surtout formoit un berceau vraiment délicieux et impénétrable au

soleil. Toutes les charmilles y étoient taillées en portique. C'étoit

cette partie du jardin que les promeneurs fréquentoient de préférence.

[Note 449: Desgots, architecte du roi.]

L'ancien projet du cardinal avoit été de faire bâtir autour de ce

jardin des maisons symétriques, et d'ouvrir trois principales entrées,

l'une sur la rue de Richelieu, l'autre sur la rue des Petits-Champs,

et la troisième sur celle des Bons-Enfants.

Le dernier duc d'Orléans exécuta en quelque sorte ce projet dans les

dernières années qui ont précédé la révolution; mais il le conçut dans

des vues indignes d'un prince, et fit une misérable spéculation de ce

qui devoit être un nouveau monument de grandeur et de magnificence. On

imagina donc de bâtir autour du jardin un corps de bâtiments

symétriques, et de prendre sur le terrain l'espace d'une rue nouvelle

dans laquelle les maisons qui entouroient autrefois cette enceinte se

trouvèrent alors tristement renfermées. Dans la seconde cour, un

nouvel avant-corps fut élevé parallèlement et dans la même ordonnance

que le premier, afin d'étendre la façade et de la raccorder avec les

nouvelles galeries; une partie des anciennes constructions fut démolie

dans la même intention; et pour développer l'aspect de celles qu'on

élevoit, on détruisit dans le jardin[450] tous ces beaux ombrages qui

en faisoient le principal agrément.

[Note 450: On détruisit aussi l'orangerie, qui étoit placée

au-dessous des anciennes galeries, et séparée du grand

jardin par une grille de fer.]

Le projet d'une aussi vaste enceinte, s'il eût été réalisé avec toutes

les ressources d'une belle architecture, eût été mis sans doute au

rang des plus grands monuments; mais l'esprit de calcul et d'intérêt

qui l'avoit fait entreprendre[451] ne pouvoit s'accorder avec la

dépense qu'eût exigée une bâtisse proportionnée à l'étendue du plan.

Tout cet ensemble a donc été trop légèrement construit: la décoration

de cette immense galerie, qui consiste en petites arcades séparées par

des pilastres corinthiens, est aussi mesquine que mal exécutée; et

l'avantage qu'a le public de s'y promener à couvert ne compense point

l'inconvénient qui en résulte de la grande diminution du jardin.

L'idée d'élever un portique autour d'une promenade étoit sans doute

heureuse, et pouvoit augmenter les agréments d'un si beau lieu; mais

du moment que chaque arcade est devenue une boutique, le lieu lui-même

est devenu une foire et un marché, et toute sa noblesse et son

élégance ont disparu. La bonne compagnie l'a déserté, parce qu'elle se

trouvoit confondue, dans ces longs et étroits promenoirs, avec ce que

Paris renfermoit de plus impur. Le vice fit bientôt de ce jardin

fameux le principal théâtre de ses excès; et ils furent d'autant plus

scandaleux que les nouvelles demeures dont on venoit de l'environner

furent louées sans aucune difficulté à ses plus infâmes agents. La

révolution, qui éclata peu de temps après, ne fit qu'augmenter le

scandale de ce séjour; et aux scènes de libertinage qui s'y

renouveloient sans cesse, se mêlèrent les prédications atroces des

anarchistes, les fêtes ignobles de la liberté, souvent même ses

violences et ses assassinats.

[Note 451: Il y avoit, dès le principe, dans le

Palais-Royal, sans compter une foule de cafés, de salles de

restaurateurs, de maisons de jeu, de lieux de prostitution,

etc., un grand et un petit théâtre, deux spectacles d'ombres

chinoises et de fantoccinis, trois clubs, une assemblée

militaire, des bains, une loge de francs-maçons, des maisons

de vente, etc., etc.]

Les nouvelles constructions devoient se raccorder avec les ailes de

la seconde cour du palais. Ce fut cette même révolution qui en arrêta

l'achèvement: les dépenses criminelles dans lesquelles elle entraîna

le duc d'Orléans ne lui permirent plus de fournir les fonds

nécessaires pour l'entière exécution de ce projet, et le Palais-Royal

resta à peu près dans l'état où nous le voyons aujourd'hui.

L'architecture de cette grande masse de bâtiments est de M. Louis. Le

théâtre, bâti à l'extrémité du Palais-Royal, du côté de la rue

Saint-Honoré et de Richelieu, est aussi du même architecte[452]. Du

côté de la rue Neuve-des-Petits-Champs, et dans l'angle opposé, est

une autre salle de comédie, occupée d'abord par les petits comédiens

dits de Beaujolois[453], et depuis par la troupe des Variétés.

[Note 452: Cette salle sert maintenant aux comédiens

françois. On en a depuis changé la décoration intérieure,

laquelle étoit composée de loges coupées et saillantes en

forme de balcons; ce qui faisoit l'effet le plus bizarre et

le plus désagréable. Son architecture extérieure n'a

d'ailleurs rien de remarquable.]

[Note 453: C'étoient des enfants qu'on avoit stylés à

paroître sur la scène et à faire des gestes, tandis que des

acteurs cachés dans les coulisses chantoient et parloient

pour eux. Cette salle est maintenant un café.]

Deux galeries de bois ont été construites sur l'emplacement qui fait

face à la seconde cour, et forment une espèce de barrière qui la

sépare du jardin. Dans le plan primitif, cette quatrième façade du

château, augmentée du nouveau corps-de-logis, devoit former aussi la

quatrième façade du jardin. Son ordre d'architecture eût été le même

que celui qui avoit été employé dans les trois autres côtés, avec

cette différence que des colonnes devoient y remplacer les pilastres;

qu'au lieu d'arcades et d'entresols, on destinoit toute la hauteur,

jusqu'au premier étage, à des promenoirs publics, et qu'on ne prenoit

qu'un seul étage dans le reste de l'ordre. Enfin le projet étoit

d'élever au-dessus un second étage, décoré d'un attique dont la

richesse eût été proportionnée à celle de la colonnade inférieure.

D'autres promenoirs eussent été également pratiqués dans les parties

conservées de l'ancien palais, dont on devoit détruire, pour cet

effet, les logements du rez-de-chaussée et de l'entresol. On peut

voir, dans l'intérieur du nouvel avant-corps, un commencement

d'exécution de ce projet.

COLLECTIONS ET AUTRES CURIOSITÉS DU PALAIS-ROYAL.

COLLECTION DES TABLEAUX[454].

[Note 454: Nous suivons l'ordre dans lequel ces tableaux

étoient placés à l'époque où ils ont été vendus par le

dernier duc d'Orléans.]

_Grande salle à manger._

L'aventure de Philopoemen, par _Rubens_.

Un pair d'Angleterre, une princesse de Phalsbourg, un général

espagnol, et une autre femme, par _Vandyck_.

Le Nil, Pan et Syrinx, par _Martin de Vos_.

Vénus tenant l'arc de l'Amour qu'elle a désarmé, par _Bronzino_.

Danaé, par _Annibal Carrache_.

_Salon de Madame._

Quatre dessus de porte: Charles Ier, roi d'Angleterre, la reine

son épouse; le duc et la duchesse d'Yorck, par _Vandyck_.

La fuite de Jacob, par _Piètre de Cortone_.

Saint Jérôme et une sainte Famille, par _Annibal Carrache_.

_Chambre appelée du Poussin._

Une ferme, par _Léandre Bassan_.

L'Apparition des anges à Abraham, par _Alexandre Véronèse_.

Un ange conduisant saint Roch, par _le Guerchin_.

Les quatre Âges, par _Valentin_.

Trois paysages, par _Scorza_.

Un portrait de femme, par _le Titien_.

Un philosophe tenant un manuscrit, par _Schiavone_.

La naissance de Bacchus, par _Jules Romain_.

L'adoration des rois, par _Albert Durer_.

Les animaux entrant dans l'arche, par _Léandre Bassan_.

L'enlèvement de Proserpine, par _le Titien_.

_Cabinet de la Lanterne._

Le portrait de Clément VII, par _le Titien_.

Un concert, par _Valentin_.

Le martyre de saint Pierre, par _le Giorgion_.

Jules II, par _Raphaël_.

Henri IV âgé de quatre ans, par _Porbus_.

Une frise, par _Jules Romain_; trait d'histoire romaine.

Une descente de croix, d'_Augustin Carrache_.

Le portrait d'une princesse, par _Vandyck_.

Le paysage aux Bateliers, par _Annibal Carrache_.

Un concert, par _le Titien_.

L'enlèvement de Proserpine, par _Nicolo del Abbatte_.

Un consistoire, par _le Tintoret_.

Des buveurs, par _Manfredy_.

Un enfant qui dort, par _Annibal Carrache_, et le portrait de ce

peintre, par lui-même.

Mars et Vénus, par _Rubens_.

Un siége, par _Jules Romain_.

La naissance de Bacchus, par le même.

Un prêtre italien, par _le Titien_.

La Nativité, par _François Mola_.

Un général espagnol, par _Antoine Moor_.

Une naissance de Bacchus, attribuée au _Tintoret_.

Héraclite, par _l'Espagnolet_.

Un portrait de femme, par _le Titien_.

Hérodias, par _Léonard de Vinci_.

Ganimède, par _Rubens_.

La naissance de Castor et Pollux, par _André del Sarte_.

Le portrait d'une femme, par _Holbein_.

Démocrite, par _l'Espagnolet_.

_Cabinet rond._

Au-dessus de la porte, le portrait du _Titien_, peint par

lui-même; le poète Arétin, par le même.

Une descente de croix, par _Schiavone_.

Une sainte Famille, du _Parmesan_.

Un portrait, par _Albert Durer_.

Saint Jean dans le désert, par _Annibal Carrache_.

Deux portraits du _Tintoret_.

L'adoration des bergers, par _Lucas de Leyde_.

Un portrait, par _le Titien_.

Un doge de Venise, par _Palme le vieux_.

Un sénateur vénitien, par _André Keyen_.

Sur la glace, une sainte famille, du _Parmesan_.

Le Jugement de Pâris, par _Perrin-del-Vaga_.

Un jeune étudiant, par _le cavalier Bernin_.

Une Vénus debout, par _Palme le vieux_.

_Première grande pièce._

Une descente de croix, de _Perrugin_.

Saint Jean dans le désert, par _Louis de Vergas_.

Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon, par _le Poussin_.

La transfiguration, par _Michel-Ange de Caravage_.

Une descente de croix, du _Tintoret_.

Les sept sacrements, par _le Poussin_[455].

[Note 455: Ces merveilles de l'école françoise étoient

sorties du royaume; le Régent les fit racheter en Hollande

pour la somme de 120,000 liv. Sortis une seconde fois de

France, ces tableaux faisoient le principal ornement d'une

des plus belles galeries de l'Angleterre; ils y ont été

détruits, il y a quelques années, par un incendie.]

L'enfant prodigue, par _Annibal Carrache_.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 24 / 37 段