étalèrent leurs denrées sur les marches de cette croix. Comme la voie
publique en étoit obstruée[391], et qu'on avoit plusieurs fois porté des
plaintes à ce sujet, la croix fut ôtée en 1636, et replacée à l'angle du
réservoir des eaux d'Arcueil, que le prévôt des marchands avoit fait
construire au coin de cette rue et de celle Saint-Honoré[392]. Cette
place étoit un lieu patibulaire où l'on exécutoit quelquefois des
criminels dans l'étendue de la juridiction épiscopale; et Sauval en a
tiré cette conjecture fort raisonnable que la croix y avoit été placée
pour offrir une dernière consolation, et montrer, dans ces tristes
moments, le signe du salut aux malheureux qu'on y faisoit mourir.
[Note 391: Cette place devint un lieu de rassemblement. En
1505 il y éclata une espèce de sédition, à l'occasion d'une
marchande que le curé, dit-on, ne vouloit pas enterrer,
avant qu'on ne lui eût montré si, dans son testament, il
existoit un legs pour l'église; ce qui semble bien
incroyable. Sous Charles VI, il y avoit déjà eu au même
endroit une émeute, à laquelle l'excès des contributions
avoit servi de prétexte.]
[Note 392: _Voyez_ p. 837.]
_Rue Baillet._ Elle aboutit dans la rue de la Monnoie et dans celle de
l'Arbre-Sec. En 1297, elle s'appeloit rue _Dame Gloriette_, et rue
_Gloriette_ en 1300. Le nom de _Baillet_ est celui d'une famille
très-connue qui demeuroit dans cette rue. Le procès-verbal de 1636
l'appelle _Baillette_.
_Rue Bailleul._ Elle traverse de la rue de l'Arbre-Sec dans celle des
Poulies. En 1271, 1300, 1313, et même au siècle suivant, elle
s'appeloit rue _d'Averon_, _d'Avron_, _Daveron_[393]. On pense qu'elle
doit son dernier nom à Robert _Bailleul_, clerc des comptes, qui y
demeuroit en 1423, et dont la maison faisoit le coin de cette rue et
de celle des Poulies[394].
[Note 393: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 27--_verso et
seq._]
[Note 394: _Cens. S. Germ. Autiss._, an. 1554.]
_Rue de Beauvais._ Elle commence à la rue Froi-Manteau, et finit au
bout de la rue Champ-Fleuri. Au milieu du treizième siècle, on disoit
_en Byauvoir_, etc., _vicus de Byauvoir_[395]; en 1372, _Beauvoir_.
Dès 1450, on la trouve indiquée sous le nom de _Beauvais_; elle se
prolongeoit anciennement jusqu'à la rue du Coq[396].
[Note 395: _Hist. univ. Par._, t. III, p. 459.--Arch. de
l'archev.]
[Note 396: La portion de cette rue qui étoit du côté de la
vieille place du Louvre a été abattue pour l'agrandir; cette
place est nommée maintenant place d'_Austerlitz_, et
l'espace qui est devant la façade latérale du palais, du
côté de la rue du Coq, se nomme place de _Marengo_.]
_Rue du Petit-Bourbon._ Elle commençoit au bout de la rue des Poulies,
au coin de celle de Fossés-Saint-Germain, et aboutissoit aux quais de
l'École et de Bourbon. Au treizième siècle, ce quartier s'appeloit
_Osteriche_. Le nom s'en est conservé long-temps dans la rue appelée
_d'Autriche_, dont partie subsiste encore, et forme, comme nous
l'avons dit, la rue de l'Oratoire. Cette rue d'Autriche se prolongeoit
jusqu'au quai de Bourbon, appelé simplement, ainsi que ceux de l'École
et du Louvre, _Grand rue sur la rivière_. C'étoit là qu'étoit bâti le
palais du Petit-Bourbon, dont nous venons de parler[397].
[Note 397: _Voyez_ p. 822. Elle fait maintenant partie de la
place qui est devant la colonnade, et qu'on nomme place
d'_Iéna_.]
_Rue Champ-Fleuri._ Elle commence à la rue Saint-Honoré, et finit à la
rue de Beauvais. Du temps de Philippe-Auguste, elle étoit hors de la
ville, et son nom vient sans doute de quelques jardins sur lesquels
elle aura été ouverte. Elle portoit ce nom dès 1271, _vicus de Campo
Florido_[398]. On a dit ensuite rue de _Champ-Flori_ et
_Champ-Fleuri_.
[Note 398: _Cart. S. Germ. Autiss._, folio 28, _verso_.]
_Rue du Chantre._ Elle aboutit dans la rue Saint-Honoré et dans la
place du Vieux Louvre. Dès 1313 et jusqu'en 1386, elle se nommoit rue
_au Chantre_. On présume qu'une maison de cette rue, dite _la maison
au Chantre_, lui a fait donner ce nom.
_Rue du Coq._ Elle commence à la rue Saint-Honoré et aboutit au
Louvre. En 1271, et jusqu'à la fin du siècle suivant, elle s'appeloit
rue de _Richebourc_ et _Richebourg_[399]. En 1276, on la trouve
désignée sous les deux noms _du Coq_ et _de Richebourg_[400]; elle les
devoit à deux familles qui y ont demeuré.
[Note 399: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 28, _verso_.]
[Note 400: Arch. de l'archev.]
_Rue du Demi-Saint._ Elle va du cloître Saint-Germain dans la rue des
Fossés. Dans un acte de 1271, elle est nommée _vicus qui dicitur
truncus Bernardi_[401]. En 1300 et 1313, on avoit altéré ce nom et on
l'appeloit _Trou-Bernard_, ce qui continua jusqu'à la fin du quinzième
siècle. Depuis elle a reçu celui du _Demi-Saint_, parce qu'à son
entrée on avoit mis une statue à moitié rompue pour en interdire le
passage aux chevaux[402].
[Note 401: Arch. de S. Germ. l'Auxer.]
[Note 402: Cette rue est maintenant fermée du côté du
cloître.]
_Place de l'École._ Cette place et le quai qui commence au carrefour
ou place des Trois-Maries, et finit à la rue du Petit-Bourbon, doivent
ce nom aux écoles établies en cet endroit pour l'instruction des
jeunes clercs de Saint-Germain-l'Auxerrois. Au treizième siècle ce
quai s'appeloit _la grand-rue de l'École_, _magnus vicus Scholæ S.
Germani 1290_; _vicus qui dicitur Schola S. Germani 1298_[403]. Il y
avoit alors sur ce quai une rue qui aboutissoit devant l'église; elle
s'appeloit _ruella de Fabricâ S. Germani_[404]. Quant à la place, on
la nommoit anciennement _la place aux Marchands_[405], elle étoit
encore ainsi nommée en 1369 et en 1372; mais en 1413 on la trouve
indiquée sous celui de _place de l'École_[406].
[Note 403: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 14 et 61.]
[Note 404: _Ibid._]
[Note 405: Ensaiss. de S. Germ., reg. 2, fol. 36 et 64.]
[Note 406: Ensaiss. de S. Germ. Reg. 3, fol. 54. Devant
cette place étoit un port qui servoit d'arrivage aux
marchandises, et de dépôt de navigation. Avant la
construction du pont Neuf, il y avoit sur cette place, comme
sur d'autres points des rivages de la Seine, un nombre
suffisant de bachoteurs ou passeurs d'eau pour la facilité
des communications.]
Le quai qui porte le même nom avoit été dressé, élargi et pavé sous le
règne de François Ier. Il le fut de nouveau en 1719.
_Rue Froi-Manteau._ Elle va d'un côté à la rue Saint-Honoré et à la
place du Palais-Royal, et de l'autre au quai du Louvre vers le premier
guichet. Ce nom, dont on n'a pu découvrir l'étymologie, n'a varié que
dans la prononciation ou dans l'orthographe. En 1290, on lit _vicus de
Frementel_ et _de Frigido Mentello_[407]. Depuis 1313 jusqu'à présent,
on a dit _Froit-Mantel_, _Froid-Manteau_, _Froit-Mantyau_,
_Frémanteau_, et _Fromenteau_[408]. Ces deux derniers noms sont les
plus usités dans les actes et sur les plans de Paris.
[Note 407: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 67 et 68.]
[Note 408: Arch. de l'archev., et de S. Honoré.]
_Rue des Fossés-Saint-Germain._ Elle commence au coin des rues du
Roule et de la Monnoie, et finit au bout des rues des Poulies et du
Petit-Bourbon. Au milieu du treizième siècle, on disoit simplement _le
Fossé_, _in Fossato_; dans les suivants, on a dit _rue des
Fossés-Saint-Germain_. Ce nom vient des fossés que les Normands
creusèrent autour de l'église Saint-Germain, lorsqu'ils y établirent
leur camp en 886[409].
[Note 409: _Abb. v. 174 et seq._]
Cette rue ne s'étendoit que jusqu'à celle de l'Arbre-Sec, où commence
la rue de Béthisi; mais par la déclaration du roi de 1702, on a donné
à celle-ci jusqu'à la rue du Roule le nom _des Fossés-Saint-Germain_,
afin que la rue Béthisi ne se trouvât pas dans deux quartiers
différents[410].
[Note 410: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé _de
Sourdis_. Il doit ce nom à un hôtel qui y subsistoit encore
en 1772. Vis-à-vis ce cul-de-sac étoit autrefois la poste
aux chevaux.]
_Rue des Prêtres et Cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois._ On entroit
dans ce cloître, 1º par la rue de l'Arbre-Sec et du Petit-Bourbon; 2º
par celle des Prêtres[411]; 3º par la rue du Demi-Saint et par la
ruelle de la _Fabrique_ dont nous avons parlé. La rue des Prêtres doit
ce nom à ceux de Saint-Germain qui y demeuroient. Elle finissoit
autrefois à la place de l'École; mais dans la division qui fut faite
en 1702, on a donné son nom à une partie de la rue Saint-Germain
jusqu'au carrefour des Trois-Maries, afin que cette dernière rue,
comme celle de Béthisi, ne se trouvât pas divisée en deux
quartiers[412].
[Note 411: On donnoit indifféremment à ces trois rues le nom
de _rues ou ruelles du cloître, ruelle par laquelle on va à
l'église, et y aboutissant_.]
[Note 412: Il y a dans le cloître un cul-de-sac que l'on
nommoit, au quinzième siècle, rue _de la Treille_, ensuite,
ruelle du _Puits du Chapitre_. Un titre de 1271 la désigne
sous le nom de _ruella Guidonis de Ham_. Elle a repris le
nom de _cul-de-sac de la Treille_.]
_Rue Saint-Honoré._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier
commence au coin de celle du Roule et des Prouvaires, et finit à celui
des rues des Bons-Enfants et Froi-Manteau. Nous avons déjà remarqué
(quartier Sainte-Opportune) qu'une partie de cette rue jusqu'à celle
de l'Arbre-Sec s'appeloit rue de _Château-Fêtu_. De là jusqu'à la
porte construite entre le cul-de-sac de l'Oratoire et la rue du Coq,
on la nommoit, aux treizième et quatorzième siècles, rue de _la Croix
du Tirouer_, et au-delà de la porte, _la Chauciée Saint-Honoré_[413].
Les agrandissements de Paris et la nouvelle enceinte élevée par
Charles V lui firent donner dans toute cette partie, jusqu'à la
nouvelle porte qui fut construite près des Quinze-Vingts, le nom de
rue Saint-Honoré, et depuis cette porte, on l'appeloit _grand'-rue
Saint-Louis_, comme nous le dirons en son lieu. À l'égard du nom de
_Château-Fêtu_, dont l'étymologie a fort exercé les antiquaires, il
est probable que c'étoit celui de quelque famille distinguée qui
habitoit cette rue. Il y avoit encore en 1348, entre Saint-Landri et
la rivière, une maison appelée le _Château-Fêtu_[414]; et dans le
manuscrit de coutumes de la marchandise, il est fait mention à l'an
1268 de Jehan Popin de Château-Fêtu comme d'un notable bourgeois,
alors membre du conseil de la ville, et depuis prévôt des marchands.
[Note 413: Elle a pris ce nom de l'église qui étoit sous
l'invocation de saint Honoré, évêque d'Amiens.]
[Note 414: Arch. du chap. de N. D.]
_Rue Jean-Saint-Denis._ Elle commence à la rue Saint-Honoré, et
aboutit à celle de Beauvais. On ne trouve point qu'elle ait porté
d'autre nom. Dans plusieurs actes, et notamment dans l'acte de
réduction des prébendes de Saint-Honoré, du mois de décembre 1258, il
est fait mention de Jacques de Saint-Denis, chanoine de cette église;
il est possible que sa famille ait donné le nom à cette rue[415].
[Note 415: On la nomme maintenant rue de la
_Bibliothèque_.]
_Rue Jean-Tison._ Elle donne d'un bout dans la rue des
Fossés-Saint-Germain, et de l'autre dans la rue Bailleul. Elle doit
son nom, comme la précédente, à une famille notable qui existoit déjà
avant le treizième siècle[416]. Dans la liste des rues de 1450, elle
est appelée rue _Philippe Tyson_.
[Note 416: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 52, _verso_.]
_Place des Trois-Maries._ Elle est située au bout et en face du pont
Neuf, ce qui la faisoit appeler au commencement du siècle passé _rue
du pont Neuf_. Il y avoit anciennement en cet endroit un port où
abordoient les bateaux chargés de foin; une ruelle qui y aboutissoit
en prit le nom de rue _au Fain_, et, du temps de Corrozet, on
l'appeloit encore rue _du Port au Foin_. Elle a pris son nom actuel
d'une maison qui, en 1564, avoit pour enseigne les Trois-Maries[417].
C'est la troisième des cinq qui formoient la gauche de cette place, du
côté de Saint-Germain-l'Auxerrois.
[Note 417: Arch. de l'archev.]
_Rue de la Monnoie._ Elle est située entre la rue du Roule et la place
des Trois-Maries, et doit son nom à l'hôtel de la Monnoie qui y étoit
situé. Au treizième siècle on l'appeloit _rue o Cerf, vicus Cervi in
censiva S. Dyonisii de carcere_[418]. On n'a pu découvrir en quel
temps l'hôtel de la Monnoie y fut transporté, et lui fit prendre ce
dernier nom[419].
[Note 418: Cart. de Sorb., fol. 145, _verso_.--_Cart.
épiscop._ 1282.]
[Note 419: Les anciens bâtiments qui subsistoient encore
vers le milieu du dernier siècle annonçoient le règne de
saint Louis, ou celui de Philippe-le-Hardi.]
_Rue de l'Oratoire._ Elle étoit autrefois fermée, et se nommoit
_Cul-de-sac des PP. de l'Oratoire_. Auparavant c'étoit la rue dont
nous avons déjà plusieurs fois parlé, laquelle se prolongeoit jusqu'au
quai, et s'appeloit rue d'_Autriche_. Les copistes ont bien défiguré
ce nom. Dans Guillot on le trouve écrit _Osteriche_; dans la liste des
rues du quinzième siècle, d'_Autraiche_; _d'Autruche_ en 1421, et dans
Corrozet; _d'Austruce_ sur le plan de l'abbaye Saint-Victor; _de
l'Autruche_ ou _du Louvre_ dans le procès-verbal de 1636; ensuite,
suivant Sauval, _rue du Louvre_ et _cul-de-sac de l'Oratoire_.
_Rue des Poulies._ Elle aboutit à la rue Saint-Honoré, à la nouvelle
place du Louvre et au coin de la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois.
Sauval prétend qu'elle doit son nom aux _poulies_ de l'hôtel d'Alençon,
et que ces poulies étoient un jeu ou exercice que l'on ne connoît plus,
mais qui étoit encore en usage en 1343[420]. Jaillot pense que ce nom
peut venir d'Edmond de Poulie ou de quelqu'un de ses ancêtres, parce
qu'il possédoit dans cette rue une grande maison et un jardin qu'il
vendit à Alphonse, comte de Poitiers et frère de saint Louis. Elle est
indiquée sous le nom de rue des _Poulies_ dans un contrat de vente de
1205[421].
[Note 420: T. I, p. 159.]
[Note 421: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 52.]
_Rue du Roule._ Elle est située entre les rues des Prouvaires et de la
Monnoie dont elle fait la continuation. Cette rue ne fut ouverte qu'au
mois de juillet 1691, sur l'emplacement de quelques maisons vieilles
et caduques, lesquelles faisoient partie d'un ancien fief appelé _le
Roule_, de qui cette rue a pris son nom. Le chef-lieu de ce fief,
situé au coin de cette rue et de celle des Fossés-Saint-Germain[422],
étoit encore appelé _Maison ou hôtel du Roule_ avant 1789.
[Note 422: Germ. Brice, t. IV, p. 180.]
MONUMENTS NOUVEAUX ET AUTRES CONSTRUCTIONS FAITES DEPUIS 1789.
_Le Louvre._ Il nous est impossible de présenter autre chose ici qu'un
aperçu très-rapide des travaux immenses exécutés depuis le
commencement de ce siècle pour l'entier achévement de ce grand et
magnifique monument.
Aucune des façades intérieures ne ressemblant à l'autre, il a fallu
nécessairement faire disparoître cette bigarrure et choisir entre
l'attique de Pierre Lescot, et le troisième ordre de Perrault. La
hauteur des trois façades extérieures ne pouvant s'accorder, ni avec
l'attique, ni avec son toit, la continuation du troisième ordre a été
décidée et exécutée sur les trois façades les plus modernes.
On a laissé subsister la quatrième avec l'attique; et l'on a exécuté,
de l'autre côté du pavillon de Lemercier, les sculptures des trois
frontons, qui jusque là n'avoient point été faites. M. Moitte et feu
Chaudet sont les auteurs de ces sculptures fort remarquables, bien
qu'inférieures à celles de Jean Goujon. Elles représentent des poètes,
des philosophes et des législateurs de l'antiquité. Les deux pavillons
qui s'élevoient de chaque côté, aux extrémités de cette façade, ont
été abattus, et par ce moyen elle s'est trouvée dans un rapport moins
discordant avec les lignes que forment les trois autres façades. En ce
moment on achève les figures qui doivent accompagner les
_oeils-de-boeuf_, et les ornements qui accompagnent les portes et
enrichissent les frises; ce dernier travail complétera la symétrie de
toute cette partie que l'on appelle le _Vieux Louvre_.
Les niches de la colonnade ont été ouvertes; et quoique cette
ouverture, projetée d'abord par Perrault, ôte à ce tableau
d'architecture une partie de ce qu'il présentoit à l'oeil d'harmonie
et de repos, elle a l'avantage de le lier au monument, dont il n'étoit
auparavant qu'une inutile décoration. En même temps les architectes
(MM. Fontaine et Percier) ont judicieusement rétabli l'unité entre les
deux colonnades par la plate-bande de la porte qu'ils ont fait
construire sous l'arcade. Cette heureuse addition a fait disparoître
le vice de ce grand cintre qui interrompoit l'ordonnance générale, et
détruisoit toute idée de communication entre l'une et l'autre partie.
On a couronné de balustrades toutes les parties de toiture qui en
manquoient, et terminé tous les ornements non achevés, chapiteaux,
frises, moulures, etc. Le monument a été regratté en entier, et les
statues de Jean Goujon ont seules été exceptées de cette opération;
tous les vestibules ont reçu leurs derniers ragréments, et dans celui
de la grand façade on a trouvé le moyen de placer très-convenablement
deux bas-reliefs enlevés des cintres de l'attique démoli dans l'angle
sud-est, bâti par Pierre Lescot. Enfin les frontons des pavillons des
deux faces latérales et celui de la colonnade ont été ornés de
bas-reliefs d'une grande dimension.--_Fronton de la Colonnade_. Au
dessus du cintre, une victoire, les ailes éployées, les bras étendus
et tenant de chaque main une couronne de laurier; elle est montée sur
un char attelé de quatre chevaux, et accompagnée de deux enfants qui
portent des palmes.--Dans le fronton les sciences, les arts, Minerve,
la Victoire, forment un groupe de quatorze figures qui entourent le
buste de Louis XIV; et l'histoire écrit sur le piédestal qui le
supporte, _Ludovico magno_[423].--Ces deux morceaux de sculpture du
plus grand style et d'une très-belle exécution sont, le premier de M.
Cartelier, le second de M. Lemot.--_Fronton intérieur de la façade du
bord de l'eau._ Minerve debout sur un trône et entourée des figures
allégoriques des sciences et des arts.--_Façade extérieure du même
côté._ Dans le cintre au-dessus de la croisée, deux enfants dont l'un
tient une épée et une branche de palmier, l'autre une lyre et une
branche de laurier; à leurs pieds sont les attributs de la guerre et
des arts; sur la clef de l'arcade est figuré un casque que deux femmes
ailées couronnent[424]. Dans le fronton, et de chaque côté des armes
de France qui en font le milieu, deux femmes assises offrent encore,
et dans leur action et dans les accessoires qui les environnent, des
images allégoriques des sciences et des arts.--_Fronton intérieur de
la façade, côté de la rue du Coq._ Minerve, un génie ailé, Cybèle,
Mercure; autres emblèmes des sciences, des arts, de l'agriculture, du
commerce, etc.--_Fronton extérieur du même côté._ Des figures
allégoriques de la guerre avec tous les attributs qui la
caractérisent, canons, boulets, baïonnettes, drapeaux, trophées,
etc.--_Fronton extérieur du Vieux Louvre._ Les armes de France
entourées de trophées.
[Note 423: Une des plus grandes effronteries de Buonaparte
avoit été de faire mettre son buste au milieu de tout ce
magnifique appareil, honneur insigne qu'il jugeoit lui être
dû, pour avoir fait _regratter_ cette belle colonnade.]
[Note 424: À la place de ce casque étoit encore un portrait
de Buonaparte.]
Toutes ces sculptures, exécutées par nos meilleurs artistes, sont d'un
très-beau style, d'une composition heureuse, d'une bonne exécution, et
forment un contraste frappant et singulier avec celles qui ornent le
fronton intérieur de la colonnade, et qui ont été exécutées sous Louis
XV. Elles offrent un coq au milieu d'une gloire qu'accompagnent deux
figures; et ce bas-relief semble avoir été laissé là comme un
témoignage de l'inconcevable dégradation où étoient parvenus les arts
du dessin vers la fin du dix-huitième siècle. La porte par laquelle on
entre sous le vestibule de cette façade est en bronze; les panneaux en
sont à jour, enrichis d'ornements composés par M. Percier, et d'une
pureté de style, d'une élégance de forme, d'une délicatesse de travail
qui ne laissent rien à désirer.
Tels sont les travaux qui achèvent complétement à l'extérieur le
palais du Louvre. Les distributions intérieures ne sont encore
entièrement achevées que dans une partie du rez-de-chaussée, et dans
le corps de bâtiment dont se compose la façade du bord de l'eau. C'est
dans les salles de ce bâtiment que se fait tous les deux ans
l'exposition des produits de l'industrie françoise.
_Jardin de l'Infante._ On a détruit ce jardin, planté au commencement
du dix-huitième siècle, sur l'espace qui s'étend depuis le bâtiment en
retour par lequel se lie le Louvre à la galerie, jusqu'au milieu de la
façade du bord de l'eau; c'est-à-dire que les arbres en ont été
abattus, pour être remplacés par des arbustes et des compartiments en
gazon. Une grille semi-circulaire en fer entoure tout cet espace; et
une seconde grille toute semblable renferme, de l'autre côté de la
façade, une portion égale de terrain.
_Fontaine de la place de l'École._ Cette fontaine se compose d'un
piédestal carré, offrant quatre têtes de lions qui vomissent de l'eau
dans un bassin circulaire. Au-dessus s'élève un vase à deux anses
terminées en têtes de panthères, et sur lequel sont sculptés des
Tritons en bas-relief. Cette fontaine, d'un style simple et élégant,
reçoit de l'eau de la pompe Notre-Dame.
_Pont-des-Arts._ Il a été construit pour établir une communication
nouvelle avec le faubourg Saint-Germain, communication dont la
nécessité étoit grande et depuis long-temps sentie. Ce pont est placé
entre le Louvre et le collége des Quatre-Nations.
Il repose sur des piles de pierres très-minces qui lui donnent
l'apparence d'une grande légèreté, et se compose de neuf arches,
formées chacune par cinq arceaux que lient entre eux des arceaux plus
petits et des traverses, le tout en fer fondu. Sur cet appareil on a
établi un plancher en bois, élevé de plusieurs degrés au dessus du
sol, mais qui s'étend en droite ligne de l'une à l'autre rive. De
distance en distance sont placés des candélabres aussi en fonte de
fer, d'une forme élégante, qui supportent des lanternes destinées à
éclairer le pont pendant la nuit. On paye cinq centimes pour y passer;
et ce péage appartient pour un certain nombre d'années à une
association particulière, qui a fait construire ce pont et qui l'a
obtenu pour le prix de son entreprise.
RUES ET PLACES NOUVELLES.
_Place du Louvre_ (côté de la colonnade). La rue du Petit-Bourbon a
perdu son nom et fait maintenant partie de cette place.
_Place de l'Oratoire._ Cette place a été formée au côté nord du
Louvre, pour en isoler la façade qui règne dans toute cette partie. À
cet effet, et pour obtenir l'alignement de cette place, on a détruit
une partie du jardin d'Angeviller, les maisons qui l'avoisinoient et
une partie de celles des rues du Chantre et Champ-Fleury.
_Place du Vieux-Louvre._ On a démoli, de ce côté, toutes les baraques
qui obstruoient l'entrée du Louvre, partie de la rue Saint-Thomas,
l'église Saint-Thomas du Louvre, et la plus grande partie des maisons
qui séparoient cette place de celle du Carrousel; de manière qu'il ne
reste plus que quelques groupes de ces maisons du côté de l'ancienne
galerie, et que le château des Tuileries, auquel on communique de
cette place par une large rue, est presque entièrement à découvert. Du
côté du nord, on a commencé des constructions parallèles à celles du
côté opposé, et qui doivent aboutir à la nouvelle galerie également
commencée du côté des Tuileries et déjà prolongée jusqu'à la rue de
Rohan. Ces constructions, qui font face à l'entrée du Musée et qui
leur sont entièrement symétriques, sont destinées, dit-on, à former
une église. Pour les élever, on a abattu les maisons qui composoient
la rue de Beauvais et quelques maisons environnantes.
QUARTIER DU PALAIS-ROYAL.
Ce quartier est borné, à l'orient, par les rues Froi-Manteau et
des Bons-Enfants exclusivement; au septentrion, par la rue
Neuve-des-Petits-Champs aussi exclusivement; à l'occident, par
les extrémités des faubourgs Saint-Honoré et du Roule
inclusivement; et au midi par les quais, depuis le premier
guichet du côté de la place de l'École, aussi inclusivement.
On y comptoit, en 1789, soixante-quatorze rues, quatre
culs-de-sacs, trois places, deux palais, deux théâtres, un
hospice, un chapitre, quatre églises paroissiales, deux couvents
d'hommes, trois couvents et une communauté de filles.