contestations[357] qui s'élevèrent entre les maîtres peintres et
sculpteurs de Paris, et ceux qui professoient les mêmes arts dans les
maisons royales, sous le titre de _privilégiés_. Ceux-ci, à la tête
desquels étoit le célèbre Lebrun, appuyés du crédit et de la
protection du chancelier Séguier, formèrent le dessein d'établir une
Académie indépendante, et y furent autorisés par un arrêt du conseil
privé, du 20 janvier 1648: en conséquence ils dressèrent des statuts
sur lesquels ils obtinrent des lettres-patentes. Le roi, à la
sollicitation du cardinal Mazarin, protecteur de cette académie, lui
en accorda de nouvelles en 1655, et lui permit de tenir ses séances
dans la galerie du Collége royal. Elle ne put alors profiter de cette
grâce; mais elle en fut amplement dédommagée par les glorieuses
marques de faveur, par les priviléges et les revenus dont ce monarque
la combla dès l'année 1663. Peu de temps après, elle obtint un
logement au Vieux Louvre.
[Note 357: _Voyez_ p. 275, 1re partie.]
Lebrun étoit le chef de l'école, au moment de la création de cette
académie; et le système vicieux qu'il avoit adopté, système qui
n'étoit fondé ni sur l'imitation naïve de la nature, ni sur l'étude
approfondie de l'antique, étant devenue la base des études, cette
école ne cessa point de dégénérer jusqu'à la fin du dix-huitième
siècle, où elle étoit enfin tombée au dernier degré de la barbarie et
du mauvais goût. L'étude de l'antique, à laquelle revinrent alors
quelques artistes plus habiles et d'un meilleur jugement que les
autres, la releva tout à coup et avec une rapidité qui fit bien voir
que les heureuses dispositions pour ce bel art ne manquoient point en
France, et que ce système fatal en avoit seul arrêté les progrès.
Depuis cette heureuse révolution, l'école françoise n'a cessé de
marcher de succès en succès; elle est sans aucune comparaison la
première de l'Europe; elle produit à chaque exposition des
chefs-d'oeuvre dans tous les genres de la peinture, et plusieurs de
ses maîtres peuvent être mis en parallèle avec les plus renommés des
plus beaux temps de l'art.
Nos sculpteurs ont suivi la même marche et sont arrivés presque aux
mêmes résultats. Nous n'osons dire toutefois qu'il y ait encore une
égalité parfaite: l'école imite peut-être trop servilement l'antique,
lorsqu'il faudroit seulement s'en inspirer; et cette imitation
scrupuleuse en rend la comparaison plus redoutable encore, même pour
ses meilleures productions.
ACADÉMIE ROYALE D'ARCHITECTURE.
L'académie royale d'architecture fut projetée par M. de Colbert en
1671: elle prit, dès ce temps, la même forme que les autres académies;
mais elle n'étoit point encore autorisée par lettres-patentes, lors de
l'avénement de Louis XV. Ce fut ce prince qui confirma l'existence de
cette société par celles qu'il lui accorda au mois de février 1717.
Elle tenoit également ses séances au Louvre.
Ce que nous avons dit de la peinture et de la sculpture peut également
s'appliquer à l'architecture: il s'est fait dans cette dernière école
une révolution non moins heureuse; et on la doit également à l'étude
que ne cessent de faire nos architectes des monuments de l'antiquité.
Ceux qu'ils élèvent aujourd'hui doivent être considérés comme le plus
bel ornement de Paris, et pour la noble simplicité du style, le bon
goût et la pureté des ornements, le sentiment des convenances et
l'harmonie des proportions, sont infiniment préférables aux
constructions du siècle dernier. Toutefois il est vrai de dire que cet
art n'étoit point tombé aussi bas que les deux autres, parce qu'il est
fondé sur des règles plus simples, plus positives, et sur des
traditions qu'il est plus facile de conserver.
* * * * *
On doit probablement à l'établissement, dans le palais du Louvre, de
ces célèbres compagnies, la conservation de quelques-unes des
distributions intérieures qui y avoient été faites dans le principe,
et les grandes et belles salles qui y existent encore, car dans les
autres parties accordées pour logement aux artistes, aux hommes de
lettres, et même à quelques personnes de la cour, toutes les anciennes
constructions avoient été ou dénaturées ou détruites. On avoit divisé
à l'infini les vastes galeries qui s'y prolongeoient de tous les
côtés, pour en former une foule d'appartements; d'obscurs et étroits
corridors conduisoient dans ces divisions inégales et irrégulières; et
l'on peut dire que le désordre du dedans étoit plus grand encore que
celui qui régnoit au dehors.
Parmi les pièces restées intactes dans le Vieux-Louvre, on remarquoit
principalement, après la salle dite des _Cent-Suisses_, l'appartement
des bains de la reine, lequel étoit de plein-pied avec cette salle, et
décoré de belles peintures et de riches ornements. Il y avoit aussi,
dans le pavillon qui joint la grande galerie à ce monument, des
fresques estimées et de magnifiques décorations. Mais, quoique ce
pavillon ait été construit en même temps que le Vieux-Louvre, il a une
liaison si intime avec la galerie, que nous remettons à en parler
lorsque nous décrirons le palais des Tuileries et ses dépendances.
LA CONGRÉGATION
DES PRÊTRES DE L'ORATOIRE DE N. S. J. C.
Cette congrégation doit son origine au cardinal Pierre de Bérulle, qui
vivoit sous Henri IV et Louis XIII, et qui se rendit également
illustre par son savoir et par ses vertus. Les malheurs des règnes
précédents et la licence des guerres civiles avoient jeté la
corruption dans tous les ordres de l'État; le clergé lui-même n'avoit
pu s'en garantir, et l'intérêt de la religion demandoit une prompte
réforme. L'objet que se proposa M. de Bérulle fut de s'associer
quelques vertueux ecclésiastiques qui l'aidassent à former à la
science et à la piété un certain nombre de jeunes élèves, de manière
qu'ils pussent un jour remplir dignement le ministère des saints
autels, instruire à leur tour la jeunesse dans les colléges ou les
séminaires dont la direction leur seroit confiée, annoncer la parole
de Dieu, offrir enfin sans cesse aux hommes l'exemple et la règle,
cette règle qu'ils oublient si facilement si elle ne leur est remise à
chaque instant sous les yeux. Cette congrégation, qu'il institua sur
le modèle de celle que saint Philippe de Néri avoit fondée à Rome sous
le nom de la _Vallicelle_, ne devoit avoir aucun caractère qui
distinguât ses membres des autres prêtres réguliers, si ce n'est leur
réunion et la vie commune et édifiante à laquelle ils se soumettoient
volontairement: car il ne prétendit les astreindre à aucun voeu, et
leur dépendance pouvoit cesser du moment qu'elle leur deviendroit trop
pénible. C'est un corps, disoit Bossuet, _où tout le monde obéit et
personne ne commande_, ce qui exprime parfaitement ce mélange
heureusement tempéré de soumission et de liberté, qui étoit le premier
principe de cette illustre société.
Un projet aussi utile, autorisé par M. de Gondi, alors évêque de Paris, ne
pouvoit trouver d'obstacles; et les deux puissances se réunirent pour en
faciliter l'exécution. M. de Bérulle avoit déjà rassemblé cinq prêtres
aussi pieux que savants, presque tous docteurs de la faculté de théologie
de Paris; et le 11 novembre 1611, il s'étoit logé avec eux au faubourg
Saint-Jacques à l'hôtel du Petit-Bourbon, autrement nommé _le Séjour de
Valois_, lequel occupoit l'endroit où est situé aujourd'hui le
Val-de-Grâce. Dès le mois de décembre suivant, Marie de Médicis fit
expédier des lettres-patentes[358] pour l'érection de cette congrégation,
et la déclara de fondation royale dès le 2 janvier 1612. Cependant le
fondateur, qui ne trouvoit la maison qu'il occupoit ni assez vaste ni
assez commode pour s'y établir à demeure, cherchoit à se procurer un
logement dans la ville: il fut d'abord question de lui donner l'hôtel de
la Monnoie, qu'on vouloit transférer rue de Bussy; mais ce projet n'eut
point d'exécution. Enfin, le 20 janvier 1616, il acheta, de
Catherine-Henriette de Lorraine, duchesse de Guise, l'hôtel du Bouchage,
situé rue du Coq, moyennant la somme de 90,000 livres.
[Note 358: On sera peut-être curieux d'avoir ici un détail
circonstancié des formalités qui s'observoient en pareille
circonstance, pour donner une sanction entière à de
semblables établissements. Sur le consentement de l'évêque,
du 15 octobre 1612, ces lettres-patentes furent enregistrées
au parlement le 4 septembre d'après; l'année suivante, le
pape Paul V l'autorisa par une bulle du 6 des ides de mai
(le 10) 1613; et en conséquence des lettres de relief
adressées à la cour des aides le 16 décembre 1618, celles de
1611 y furent enregistrées le 18 février 1619, et à la
chambre des comptes le 10 avril 1629, en exécution de
semblables lettres qui leur avoient été adressées au mois de
janvier précédent.]
Dès qu'il en fut devenu propriétaire, il y fit bâtir une petite
chapelle; et l'on vit cet homme apostolique, dans l'ardeur d'un zèle
qui sembleroit aujourd'hui presque incroyable, et probablement
ridicule, y travailler lui-même, portant la hotte comme un manoeuvre.
Cependant le nombre de ses disciples grossissoit de jour en jour, et
la proximité du Louvre attirant dans cette chapelle un grand concours
de monde, elle se trouva bientôt trop petite: le fondateur se vit donc
dans la nécessité de songer à en bâtir une plus grande. Plusieurs
acquisitions que les prêtres de l'Oratoire firent dans les rues
Saint-Honoré, du Coq et d'_Autriche_, autrement dite du Louvre, depuis
1619 jusqu'en 1621, lui en procurèrent les moyens; et la première
pierre du nouvel édifice fut posée au nom du roi le 22 septembre 1621,
par le duc de Montbazon, gouverneur de Paris. En 1623, un brevet lui
donna la qualité d'Oratoire royal.
Ce monument fut commencé sur les dessins d'un architecte nommé
Métezeau. Il en jeta les premiers fondements; mais on lui préféra dans
la suite Jacques Lemercier, qui, dit-on, lui étoit fort inférieur.
Celui-ci conduisit l'ouvrage depuis le chevet jusqu'à la croisée, où
il s'arrêta. Les travaux ne furent repris que plusieurs années après,
et achevés sur les mêmes dessins, à l'exception de la grande tribune
et du portail, qui ne furent élevés qu'en 1745. L'architecte Caquier
fut chargé de construire ces parties qui, après un siècle entier,
terminèrent enfin cet édifice, lequel n'est cependant que d'une
médiocre grandeur. C'est une remarque qu'on a pu déjà faire, et qui
sera confirmée par la suite de cet ouvrage, que les édifices publics
de Paris, sans même en excepter les palais des rois, n'ont presque
jamais été le résultat d'un plan unique, exécuté par celui qui l'avoit
conçu, mais le plus souvent ne furent achevés que difficilement et
après de longs travaux sans cesse repris et interrompus; ce qui
explique mieux que toute autre chose le mauvais goût de leur
construction et l'incohérence de leurs diverses parties.
Cependant l'architecture de cette église n'est pas sans beautés.
L'intérieur en est orné d'un ordre corinthien dont on estime la
proportion, et l'on cite surtout le choeur qui en forme le chevet,
pour la parfaite exécution de son plan elliptique. Le portail, quoique
d'un style peu sévère, mérite aussi quelques éloges: il donne sur la
rue Saint-Honoré, dont il ne suit point l'alignement, mais où il se
présente dans une ligne diagonale qui fait qu'on peut l'apercevoir à
une certaine distance, en entrant par la rue de la Ferronnerie. Le
rez-de-chaussée en est élevé de plusieurs marches. Il se compose d'un
avant-corps dorique, dont les colonnes sont isolées. L'architecture
des deux arrière-corps est en pilastres du même ordre. Les deux
petites portes carrées de ces arrière-corps sont surmontées de deux
grands médaillons qui représentoient des sujets pieux, maintenant
effacés; au-dessus de cet ordre dorique s'élève un ordre corinthien
qui porte sur l'avant-corps; les deux entre-colonnements en étoient
autrefois décorés de trophées en bas-relief. Le tout est terminé par
un fronton d'une bonne proportion, et présente dans sa forme
pyramidale un aspect assez imposant[359].
[Note 359: _Voyez_ pl. 47.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'ORATOIRE.
PEINTURES.
La Nativité, la Visitation, l'Annonciation, Saint-Joseph réveillé
par un ange. Tous ces tableaux, qui jouissoient de beaucoup
d'estime, étoient de _Philippe de Champagne_.
Près du choeur, saint Antoine, par Vouet; dans une chapelle
sainte Geneviève recevant une médaille des mains de saint
Germain, évêque d'Auxerre, par _La Grenée_ aîné.
Dans une autre chapelle, saint Pierre-ès-Liens, par _Châles_.
Dans la bibliothèque, les portraits de M. Achille de
Harlay-Sancy, évêque de Saint-Malo, et du père Mallebranche.
SCULPTURES.
Dans le retable du maître-autel, un bas-relief en bronze doré,
représentant la sépulture de N. S., morceau que l'on croit de
_Girardon_, et qui avoit été donné à cette église par madame de
Montespan. On estimoit la décoration de ce maître-autel, dont la
forme offroit le modèle d'un petit temple circulaire d'une
très-belle exécution.
Dans la bibliothèque, le buste en marbre du général de la
congrégation, P. de la Tour.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés: Le cardinal de Bérulle,
fondateur de l'ordre, mort en 1629[360].
[Note 360: Sur un mausolée de marbre noir, le
cardinal[360-A] est représenté à genoux, ayant devant lui un
livre ouvert que lui présente un ange. Ce mausolée,
remarquable parmi les monuments de la sculpture française,
est de _François Anguier_. (Déposé pendant la révolution au
musée des Petits-Augustins.)]
[Note 360-A: Ce prélat, digne des anciens temps, mourut en
disant la messe, et au moment qu'il prononçoit ces mots du
canon: _hanc igitur oblationem_; il fut ainsi lui-même la
victime du sacrifice qu'il n'eut pas le temps d'achever.
Cette circonstance est rappelée dans son épitaphe, et
exprimée dans le distique suivant:
_Coepta sub extremis nequeo dùm sacra sacerdos
Perficere, at saltem victima perficiam._]
Antoine d'Aubray, comte d'Offemont, lieutenant civil et frère de
la célèbre empoisonneuse marquise de Brinvilliers, mort en 1670.
Charles de Moy, marquis de Riberpré, lieutenant-général des
armées du roi, mort en 16..
Claude de Nocé, seigneur de Fontenay, sous-gouverneur du duc
d'Orléans, mort en 1704.
Dans une des chapelles à gauche de la nef, étoit la sépulture de
la famille des Tubeuf.
Cette congrégation, bien que formée sur le modèle de celle de la
_Vallicelle_, n'en dépendoit en aucune manière: elle possédoit
soixante-treize maisons en France et étoit gouvernée par un général à
vie, lequel résidoit dans la maison attenante à cette église. Célèbre
par le grand nombre de sujets excellents qu'elle a produits, elle
compte des noms honorables dans presque toutes les parties des
sciences divines et humaines, dans la théologie, la controverse,
l'histoire sainte et profane, les belles-lettres, l'éloquence.
Plusieurs de ses membres n'ont pas moins fait d'honneur à leur siècle
qu'à leur congrégation, et souvent la dignité épiscopale a été la
récompense de leur piété et de leurs travaux. Parmi ces hommes
recommandables, nous citerons principalement le père Mallebranche,
l'un des plus profonds métaphysiciens qui aient jamais existé, et
l'illustre Massillon, justement placé au nombre de nos plus grands
écrivains et de nos prédicateurs les plus éloquents.
La bibliothèque, composée seulement de vingt-deux mille volumes, étoit
une des plus curieuses de Paris, tant par le choix des livres et des
éditions, que par les précieux manuscrits qu'elle possédoit[361].
[Note 361: L'église de l'Oratoire a été concédée à des
protestants qui y célèbrent leur culte; on a placé dans les
bâtiments de la communauté les bureaux de la caisse
d'amortissement.]
L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.
Les fondations d'églises étoient encore regardées au treizième siècle
comme une des oeuvres les plus méritoires qu'il fût possible de faire
pour opérer son salut; et de simples particuliers, poussés par ce
louable motif, ne craignoient pas d'y consacrer la plus grande partie
des biens qu'ils possédoient. C'est ainsi que fut fondée l'église
Saint-Honoré. Renold _Chereins_ ou _Cherei_, et _Sibylle_ sa femme, en
conçurent le projet dès l'an 1204. Ils possédoient près des murs de
Paris et sur le chemin qui conduit à Clichy neuf arpents de terre dont
ils consacrèrent le fonds et les revenus à cette pieuse
entreprise[362]. Ayant obtenu en 1205 le consentement d'Eudes de
Sully, évêque de Paris, et du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois[363],
ils y joignirent, la même année, un arpent qu'ils acquirent dans la
censive de Saint-Martin-des-Champs, et de Saint-Denis-de-la-Chartre;
et ce nouveau terrain fut employé à bâtir l'église, un cimetière et
une maison pour le chapelain. En 1209, ils acquirent encore trois
autres arpents[364]; et l'église étant finie, ils déclarèrent que leur
intention étoit d'y placer des chanoines, et de fonder des prébendes
pour lesquelles ils demandèrent le terme de sept années. L'évêque leur
accorda encore leur demande, mais se réserva le droit de fixer le
nombre de ces bénéfices. Par les mêmes lettres, datées du mois
d'octobre 1208[365], il dispense de la résidence les premiers
chanoines qui auront fondé eux-mêmes leurs prébendes. Il paroît par le
même acte que la collation qui en fut laissée à Renold et à sa femme,
tant qu'ils vivroient, devoit revenir après leur mort au doyen et au
chapitre de Saint-Germain. En 1257, il y en avoit vingt et une de
fondées; Renaud, évêque de Paris, les réduisit à douze[366]; et il fut
convenu alors que la collation en appartiendroit alternativement à
l'évêque et au chapitre, ainsi qu'il avoit été réglé par une sentence
arbitrale de 1228[367]. La même convention portoit plusieurs autres
réglements dont l'effet étoit de prévenir toutes les contestations qui
jusque là s'étoient élevées au sujet de ces nominations. Le chantre
étoit le seul dignitaire qu'il y eût dans cette collégiale, qui étoit
une des _filles_ de l'archevêché[368]; mais, outre les douze
chanoines, il y avoit deux chapelains, quatre vicaires, quatre
chantres, et six enfants de choeur. Les membres de ce chapitre, dont
les canonicats passoient pour être les meilleurs de Paris,
desservoient tour à tour la cure, qui ne s'étendoit pas au-delà du
cloître.
[Note 362: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 46.]
[Note 363: _Ibid._--et Dubreul, p. 802.]
[Note 364: _Hist. S. Mart. de Campis_, p. 200.]
[Note 365: Hist. de Par., t. V, p. 602.]
[Note 366: Huit sacerdotales, deux diaconales et deux
sous-diaconales. (Petit Pastor., fol. 86.)]
[Note 367: Hist. de Par., t. III, p. 77.]
[Note 368: _Voyez_ p. 361, 1re partie.]
En 1579, on jugea à propos d'augmenter l'église Saint-Honoré, ce que
l'on fit en ajoutant un peu à sa longueur, tant devant le clocher[369]
que derrière, mais sans rien changer à l'ancienne élévation. Cette
réparation imparfaite et de mauvais goût, qui même ne l'agrandit point
suffisamment, la fit paraître alors beaucoup trop basse, et l'on se
plaignoit qu'elle n'eût point la majesté convenable à une aussi riche
collégiale.
[Note 369: Ce clocher fut élevé vers l'an 1300, et l'abbé
Lebeuf a trouvé dans un acte de 1424 que le chapitre acquit,
moyennant seize sous de rente, un petit terrain dans la
justice de l'évêque, et faisant le coin de la rue des
Petits-Champs, pour y construire le portail. C'étoit ainsi
que la plupart des anciennes églises se formoient de parties
incohérentes, élevées successivement à de longs intervalles,
ce qui d'ailleurs ne répugnoit point au système de
l'architecture gothique. La représentation que nous donnons
de celle-ci doit paroître d'autant plus curieuse qu'elle
provient d'un dessin original, lequel est unique, et n'a
jamais été gravé. (_Voy._ pl. 47.) Il ne reste plus d'autre
vestige de cette église, qu'une petite portion du mur du
portail; le reste a été remplacé par des maisons; et le
cloître est devenu un passage qui donne de la rue des
Bons-Enfants dans la rue Croix-des-Petits-Champs, et que
croisent deux autres passages aboutissant à la rue
Saint-Honoré et à la nouvelle rue de Montesquieu.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, décoré d'un morceau d'architecture d'ordre
corinthien, Jésus-Christ au milieu des docteurs, par _Philippe de
Champagne_.
Dans la troisième chapelle à gauche, la Nativité, par _Bourdon_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
La fondatrice Sibylle, morte en....
Simon Morrier, que son épitaphe signaloit comme un factieux et un
partisan déclaré des Anglois, sous le règne de Charles VII.
Le cardinal Dubois, premier ministre sous la régence du duc
d'Orléans, et d'abord chanoine de cette église, mort en
1723[370].
[Note 370: Sur son tombeau, déposé pendant la révolution au
musée des Petits-Augustins, cet homme trop fameux est
représenté à genoux devant un prie-Dieu, sur lequel est posé
le livre des psaumes ouvert à ces mots: _miserere mei Deus_,
etc. Cette figure est de _Coustou_, habile sculpteur du
siècle dernier; et l'on prétend qu'il y a parfaitement saisi
les traits et la physionomie du ministre. Il l'a représenté
la tête et les yeux tournés vers l'épaule gauche, du côté du
peuple, et la légère altération qu'il a mise dans ses traits
semble indiquer le repentir. Il n'y a pas moins d'adresse et
de circonspection dans l'épitaphe qui étoit encore plus
difficile à traiter que la figure. Elle est de M. _Couture_,
recteur de l'université de Paris, et mérite d'être citée:
D. O. M.
AD ARAM MAJOREM.
_In communi Canonicorum sepulcreto situs est GUILLELMUS
DUBOIS, S. R. E. cardinalis, archiepiscopus et dux
Cameracencis, S. Imperii princeps, regi à secretioribus
consiliis, mandatis et legationibus, publicorum cursorum
præfectus, primus regni administer, hujus Ecclesiæ canonicus
honorarius. Quid autem hi tituli? nisi arcus coloratus, et
fumus ad modicum pariens. Viator, stabiliora solidioraque
bona mortuo apprecare. Obiit anno 1723. Hoeredes grati erga
regem et summum pontificem animi monumentum posuêre._]
HÔTELS
ET MAISONS REMARQUABLES.
ANCIENS HÔTELS.
À l'époque où nos rois commencèrent à habiter le Louvre, les grands
vassaux, déjà moins indépendants, venoient plus souvent dans la
capitale, tant pour leur rendre des hommages que pour participer à
leurs faveurs. Ces petits souverains, devenus courtisans, se logeoient
autant qu'il leur étoit possible auprès des maisons royales; et le
quartier où étoit située celle-ci fut bientôt rempli d'hôtels
magnifiques, sur lesquels nous allons recueillir les traditions des
historiens: car il ne reste presque plus de vestiges de ces anciens
édifices.
_Hôtel du Petit-Bourbon._
Il étoit situé dans la rue appelée d'_Autriche_, dont partie subsiste
encore et forme celle qui étoit nommée dans le siècle dernier
_cul-de-sac de l'Oratoire_. Cette rue se prolongeoit alors jusqu'au
bord de la rivière; et l'hôtel dont nous parlons s'étendoit
par-derrière jusqu'à la rue qui en a pris le nom, et qui faisoit alors
la continuation de celle des Fossés-Saint-Germain. À côté de la
chapelle de cet hôtel, il y avoit une autre rue qui alloit de celle
d'_Autriche_ au cloître de l'église, et formoit une équerre; cette
rue, qui n'existe plus, portoit, dans ses deux parties, ce même nom de
_Petit-Bourbon_[371].
[Note 371: Elle fut ouverte en 1583.]