L'Académie royale de peinture et de sculpture doit son origine aux

contestations[357] qui s'élevèrent entre les maîtres peintres et

sculpteurs de Paris, et ceux qui professoient les mêmes arts dans les

maisons royales, sous le titre de _privilégiés_. Ceux-ci, à la tête

desquels étoit le célèbre Lebrun, appuyés du crédit et de la

protection du chancelier Séguier, formèrent le dessein d'établir une

Académie indépendante, et y furent autorisés par un arrêt du conseil

privé, du 20 janvier 1648: en conséquence ils dressèrent des statuts

sur lesquels ils obtinrent des lettres-patentes. Le roi, à la

sollicitation du cardinal Mazarin, protecteur de cette académie, lui

en accorda de nouvelles en 1655, et lui permit de tenir ses séances

dans la galerie du Collége royal. Elle ne put alors profiter de cette

grâce; mais elle en fut amplement dédommagée par les glorieuses

marques de faveur, par les priviléges et les revenus dont ce monarque

la combla dès l'année 1663. Peu de temps après, elle obtint un

logement au Vieux Louvre.

[Note 357: _Voyez_ p. 275, 1re partie.]

Lebrun étoit le chef de l'école, au moment de la création de cette

académie; et le système vicieux qu'il avoit adopté, système qui

n'étoit fondé ni sur l'imitation naïve de la nature, ni sur l'étude

approfondie de l'antique, étant devenue la base des études, cette

école ne cessa point de dégénérer jusqu'à la fin du dix-huitième

siècle, où elle étoit enfin tombée au dernier degré de la barbarie et

du mauvais goût. L'étude de l'antique, à laquelle revinrent alors

quelques artistes plus habiles et d'un meilleur jugement que les

autres, la releva tout à coup et avec une rapidité qui fit bien voir

que les heureuses dispositions pour ce bel art ne manquoient point en

France, et que ce système fatal en avoit seul arrêté les progrès.

Depuis cette heureuse révolution, l'école françoise n'a cessé de

marcher de succès en succès; elle est sans aucune comparaison la

première de l'Europe; elle produit à chaque exposition des

chefs-d'oeuvre dans tous les genres de la peinture, et plusieurs de

ses maîtres peuvent être mis en parallèle avec les plus renommés des

plus beaux temps de l'art.

Nos sculpteurs ont suivi la même marche et sont arrivés presque aux

mêmes résultats. Nous n'osons dire toutefois qu'il y ait encore une

égalité parfaite: l'école imite peut-être trop servilement l'antique,

lorsqu'il faudroit seulement s'en inspirer; et cette imitation

scrupuleuse en rend la comparaison plus redoutable encore, même pour

ses meilleures productions.

ACADÉMIE ROYALE D'ARCHITECTURE.

L'académie royale d'architecture fut projetée par M. de Colbert en

1671: elle prit, dès ce temps, la même forme que les autres académies;

mais elle n'étoit point encore autorisée par lettres-patentes, lors de

l'avénement de Louis XV. Ce fut ce prince qui confirma l'existence de

cette société par celles qu'il lui accorda au mois de février 1717.

Elle tenoit également ses séances au Louvre.

Ce que nous avons dit de la peinture et de la sculpture peut également

s'appliquer à l'architecture: il s'est fait dans cette dernière école

une révolution non moins heureuse; et on la doit également à l'étude

que ne cessent de faire nos architectes des monuments de l'antiquité.

Ceux qu'ils élèvent aujourd'hui doivent être considérés comme le plus

bel ornement de Paris, et pour la noble simplicité du style, le bon

goût et la pureté des ornements, le sentiment des convenances et

l'harmonie des proportions, sont infiniment préférables aux

constructions du siècle dernier. Toutefois il est vrai de dire que cet

art n'étoit point tombé aussi bas que les deux autres, parce qu'il est

fondé sur des règles plus simples, plus positives, et sur des

traditions qu'il est plus facile de conserver.

* * * * *

On doit probablement à l'établissement, dans le palais du Louvre, de

ces célèbres compagnies, la conservation de quelques-unes des

distributions intérieures qui y avoient été faites dans le principe,

et les grandes et belles salles qui y existent encore, car dans les

autres parties accordées pour logement aux artistes, aux hommes de

lettres, et même à quelques personnes de la cour, toutes les anciennes

constructions avoient été ou dénaturées ou détruites. On avoit divisé

à l'infini les vastes galeries qui s'y prolongeoient de tous les

côtés, pour en former une foule d'appartements; d'obscurs et étroits

corridors conduisoient dans ces divisions inégales et irrégulières; et

l'on peut dire que le désordre du dedans étoit plus grand encore que

celui qui régnoit au dehors.

Parmi les pièces restées intactes dans le Vieux-Louvre, on remarquoit

principalement, après la salle dite des _Cent-Suisses_, l'appartement

des bains de la reine, lequel étoit de plein-pied avec cette salle, et

décoré de belles peintures et de riches ornements. Il y avoit aussi,

dans le pavillon qui joint la grande galerie à ce monument, des

fresques estimées et de magnifiques décorations. Mais, quoique ce

pavillon ait été construit en même temps que le Vieux-Louvre, il a une

liaison si intime avec la galerie, que nous remettons à en parler

lorsque nous décrirons le palais des Tuileries et ses dépendances.

LA CONGRÉGATION

DES PRÊTRES DE L'ORATOIRE DE N. S. J. C.

Cette congrégation doit son origine au cardinal Pierre de Bérulle, qui

vivoit sous Henri IV et Louis XIII, et qui se rendit également

illustre par son savoir et par ses vertus. Les malheurs des règnes

précédents et la licence des guerres civiles avoient jeté la

corruption dans tous les ordres de l'État; le clergé lui-même n'avoit

pu s'en garantir, et l'intérêt de la religion demandoit une prompte

réforme. L'objet que se proposa M. de Bérulle fut de s'associer

quelques vertueux ecclésiastiques qui l'aidassent à former à la

science et à la piété un certain nombre de jeunes élèves, de manière

qu'ils pussent un jour remplir dignement le ministère des saints

autels, instruire à leur tour la jeunesse dans les colléges ou les

séminaires dont la direction leur seroit confiée, annoncer la parole

de Dieu, offrir enfin sans cesse aux hommes l'exemple et la règle,

cette règle qu'ils oublient si facilement si elle ne leur est remise à

chaque instant sous les yeux. Cette congrégation, qu'il institua sur

le modèle de celle que saint Philippe de Néri avoit fondée à Rome sous

le nom de la _Vallicelle_, ne devoit avoir aucun caractère qui

distinguât ses membres des autres prêtres réguliers, si ce n'est leur

réunion et la vie commune et édifiante à laquelle ils se soumettoient

volontairement: car il ne prétendit les astreindre à aucun voeu, et

leur dépendance pouvoit cesser du moment qu'elle leur deviendroit trop

pénible. C'est un corps, disoit Bossuet, _où tout le monde obéit et

personne ne commande_, ce qui exprime parfaitement ce mélange

heureusement tempéré de soumission et de liberté, qui étoit le premier

principe de cette illustre société.

Un projet aussi utile, autorisé par M. de Gondi, alors évêque de Paris, ne

pouvoit trouver d'obstacles; et les deux puissances se réunirent pour en

faciliter l'exécution. M. de Bérulle avoit déjà rassemblé cinq prêtres

aussi pieux que savants, presque tous docteurs de la faculté de théologie

de Paris; et le 11 novembre 1611, il s'étoit logé avec eux au faubourg

Saint-Jacques à l'hôtel du Petit-Bourbon, autrement nommé _le Séjour de

Valois_, lequel occupoit l'endroit où est situé aujourd'hui le

Val-de-Grâce. Dès le mois de décembre suivant, Marie de Médicis fit

expédier des lettres-patentes[358] pour l'érection de cette congrégation,

et la déclara de fondation royale dès le 2 janvier 1612. Cependant le

fondateur, qui ne trouvoit la maison qu'il occupoit ni assez vaste ni

assez commode pour s'y établir à demeure, cherchoit à se procurer un

logement dans la ville: il fut d'abord question de lui donner l'hôtel de

la Monnoie, qu'on vouloit transférer rue de Bussy; mais ce projet n'eut

point d'exécution. Enfin, le 20 janvier 1616, il acheta, de

Catherine-Henriette de Lorraine, duchesse de Guise, l'hôtel du Bouchage,

situé rue du Coq, moyennant la somme de 90,000 livres.

[Note 358: On sera peut-être curieux d'avoir ici un détail

circonstancié des formalités qui s'observoient en pareille

circonstance, pour donner une sanction entière à de

semblables établissements. Sur le consentement de l'évêque,

du 15 octobre 1612, ces lettres-patentes furent enregistrées

au parlement le 4 septembre d'après; l'année suivante, le

pape Paul V l'autorisa par une bulle du 6 des ides de mai

(le 10) 1613; et en conséquence des lettres de relief

adressées à la cour des aides le 16 décembre 1618, celles de

1611 y furent enregistrées le 18 février 1619, et à la

chambre des comptes le 10 avril 1629, en exécution de

semblables lettres qui leur avoient été adressées au mois de

janvier précédent.]

Dès qu'il en fut devenu propriétaire, il y fit bâtir une petite

chapelle; et l'on vit cet homme apostolique, dans l'ardeur d'un zèle

qui sembleroit aujourd'hui presque incroyable, et probablement

ridicule, y travailler lui-même, portant la hotte comme un manoeuvre.

Cependant le nombre de ses disciples grossissoit de jour en jour, et

la proximité du Louvre attirant dans cette chapelle un grand concours

de monde, elle se trouva bientôt trop petite: le fondateur se vit donc

dans la nécessité de songer à en bâtir une plus grande. Plusieurs

acquisitions que les prêtres de l'Oratoire firent dans les rues

Saint-Honoré, du Coq et d'_Autriche_, autrement dite du Louvre, depuis

1619 jusqu'en 1621, lui en procurèrent les moyens; et la première

pierre du nouvel édifice fut posée au nom du roi le 22 septembre 1621,

par le duc de Montbazon, gouverneur de Paris. En 1623, un brevet lui

donna la qualité d'Oratoire royal.

Ce monument fut commencé sur les dessins d'un architecte nommé

Métezeau. Il en jeta les premiers fondements; mais on lui préféra dans

la suite Jacques Lemercier, qui, dit-on, lui étoit fort inférieur.

Celui-ci conduisit l'ouvrage depuis le chevet jusqu'à la croisée, où

il s'arrêta. Les travaux ne furent repris que plusieurs années après,

et achevés sur les mêmes dessins, à l'exception de la grande tribune

et du portail, qui ne furent élevés qu'en 1745. L'architecte Caquier

fut chargé de construire ces parties qui, après un siècle entier,

terminèrent enfin cet édifice, lequel n'est cependant que d'une

médiocre grandeur. C'est une remarque qu'on a pu déjà faire, et qui

sera confirmée par la suite de cet ouvrage, que les édifices publics

de Paris, sans même en excepter les palais des rois, n'ont presque

jamais été le résultat d'un plan unique, exécuté par celui qui l'avoit

conçu, mais le plus souvent ne furent achevés que difficilement et

après de longs travaux sans cesse repris et interrompus; ce qui

explique mieux que toute autre chose le mauvais goût de leur

construction et l'incohérence de leurs diverses parties.

Cependant l'architecture de cette église n'est pas sans beautés.

L'intérieur en est orné d'un ordre corinthien dont on estime la

proportion, et l'on cite surtout le choeur qui en forme le chevet,

pour la parfaite exécution de son plan elliptique. Le portail, quoique

d'un style peu sévère, mérite aussi quelques éloges: il donne sur la

rue Saint-Honoré, dont il ne suit point l'alignement, mais où il se

présente dans une ligne diagonale qui fait qu'on peut l'apercevoir à

une certaine distance, en entrant par la rue de la Ferronnerie. Le

rez-de-chaussée en est élevé de plusieurs marches. Il se compose d'un

avant-corps dorique, dont les colonnes sont isolées. L'architecture

des deux arrière-corps est en pilastres du même ordre. Les deux

petites portes carrées de ces arrière-corps sont surmontées de deux

grands médaillons qui représentoient des sujets pieux, maintenant

effacés; au-dessus de cet ordre dorique s'élève un ordre corinthien

qui porte sur l'avant-corps; les deux entre-colonnements en étoient

autrefois décorés de trophées en bas-relief. Le tout est terminé par

un fronton d'une bonne proportion, et présente dans sa forme

pyramidale un aspect assez imposant[359].

[Note 359: _Voyez_ pl. 47.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'ORATOIRE.

PEINTURES.

La Nativité, la Visitation, l'Annonciation, Saint-Joseph réveillé

par un ange. Tous ces tableaux, qui jouissoient de beaucoup

d'estime, étoient de _Philippe de Champagne_.

Près du choeur, saint Antoine, par Vouet; dans une chapelle

sainte Geneviève recevant une médaille des mains de saint

Germain, évêque d'Auxerre, par _La Grenée_ aîné.

Dans une autre chapelle, saint Pierre-ès-Liens, par _Châles_.

Dans la bibliothèque, les portraits de M. Achille de

Harlay-Sancy, évêque de Saint-Malo, et du père Mallebranche.

SCULPTURES.

Dans le retable du maître-autel, un bas-relief en bronze doré,

représentant la sépulture de N. S., morceau que l'on croit de

_Girardon_, et qui avoit été donné à cette église par madame de

Montespan. On estimoit la décoration de ce maître-autel, dont la

forme offroit le modèle d'un petit temple circulaire d'une

très-belle exécution.

Dans la bibliothèque, le buste en marbre du général de la

congrégation, P. de la Tour.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés: Le cardinal de Bérulle,

fondateur de l'ordre, mort en 1629[360].

[Note 360: Sur un mausolée de marbre noir, le

cardinal[360-A] est représenté à genoux, ayant devant lui un

livre ouvert que lui présente un ange. Ce mausolée,

remarquable parmi les monuments de la sculpture française,

est de _François Anguier_. (Déposé pendant la révolution au

musée des Petits-Augustins.)]

[Note 360-A: Ce prélat, digne des anciens temps, mourut en

disant la messe, et au moment qu'il prononçoit ces mots du

canon: _hanc igitur oblationem_; il fut ainsi lui-même la

victime du sacrifice qu'il n'eut pas le temps d'achever.

Cette circonstance est rappelée dans son épitaphe, et

exprimée dans le distique suivant:

_Coepta sub extremis nequeo dùm sacra sacerdos

Perficere, at saltem victima perficiam._]

Antoine d'Aubray, comte d'Offemont, lieutenant civil et frère de

la célèbre empoisonneuse marquise de Brinvilliers, mort en 1670.

Charles de Moy, marquis de Riberpré, lieutenant-général des

armées du roi, mort en 16..

Claude de Nocé, seigneur de Fontenay, sous-gouverneur du duc

d'Orléans, mort en 1704.

Dans une des chapelles à gauche de la nef, étoit la sépulture de

la famille des Tubeuf.

Cette congrégation, bien que formée sur le modèle de celle de la

_Vallicelle_, n'en dépendoit en aucune manière: elle possédoit

soixante-treize maisons en France et étoit gouvernée par un général à

vie, lequel résidoit dans la maison attenante à cette église. Célèbre

par le grand nombre de sujets excellents qu'elle a produits, elle

compte des noms honorables dans presque toutes les parties des

sciences divines et humaines, dans la théologie, la controverse,

l'histoire sainte et profane, les belles-lettres, l'éloquence.

Plusieurs de ses membres n'ont pas moins fait d'honneur à leur siècle

qu'à leur congrégation, et souvent la dignité épiscopale a été la

récompense de leur piété et de leurs travaux. Parmi ces hommes

recommandables, nous citerons principalement le père Mallebranche,

l'un des plus profonds métaphysiciens qui aient jamais existé, et

l'illustre Massillon, justement placé au nombre de nos plus grands

écrivains et de nos prédicateurs les plus éloquents.

La bibliothèque, composée seulement de vingt-deux mille volumes, étoit

une des plus curieuses de Paris, tant par le choix des livres et des

éditions, que par les précieux manuscrits qu'elle possédoit[361].

[Note 361: L'église de l'Oratoire a été concédée à des

protestants qui y célèbrent leur culte; on a placé dans les

bâtiments de la communauté les bureaux de la caisse

d'amortissement.]

L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.

Les fondations d'églises étoient encore regardées au treizième siècle

comme une des oeuvres les plus méritoires qu'il fût possible de faire

pour opérer son salut; et de simples particuliers, poussés par ce

louable motif, ne craignoient pas d'y consacrer la plus grande partie

des biens qu'ils possédoient. C'est ainsi que fut fondée l'église

Saint-Honoré. Renold _Chereins_ ou _Cherei_, et _Sibylle_ sa femme, en

conçurent le projet dès l'an 1204. Ils possédoient près des murs de

Paris et sur le chemin qui conduit à Clichy neuf arpents de terre dont

ils consacrèrent le fonds et les revenus à cette pieuse

entreprise[362]. Ayant obtenu en 1205 le consentement d'Eudes de

Sully, évêque de Paris, et du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois[363],

ils y joignirent, la même année, un arpent qu'ils acquirent dans la

censive de Saint-Martin-des-Champs, et de Saint-Denis-de-la-Chartre;

et ce nouveau terrain fut employé à bâtir l'église, un cimetière et

une maison pour le chapelain. En 1209, ils acquirent encore trois

autres arpents[364]; et l'église étant finie, ils déclarèrent que leur

intention étoit d'y placer des chanoines, et de fonder des prébendes

pour lesquelles ils demandèrent le terme de sept années. L'évêque leur

accorda encore leur demande, mais se réserva le droit de fixer le

nombre de ces bénéfices. Par les mêmes lettres, datées du mois

d'octobre 1208[365], il dispense de la résidence les premiers

chanoines qui auront fondé eux-mêmes leurs prébendes. Il paroît par le

même acte que la collation qui en fut laissée à Renold et à sa femme,

tant qu'ils vivroient, devoit revenir après leur mort au doyen et au

chapitre de Saint-Germain. En 1257, il y en avoit vingt et une de

fondées; Renaud, évêque de Paris, les réduisit à douze[366]; et il fut

convenu alors que la collation en appartiendroit alternativement à

l'évêque et au chapitre, ainsi qu'il avoit été réglé par une sentence

arbitrale de 1228[367]. La même convention portoit plusieurs autres

réglements dont l'effet étoit de prévenir toutes les contestations qui

jusque là s'étoient élevées au sujet de ces nominations. Le chantre

étoit le seul dignitaire qu'il y eût dans cette collégiale, qui étoit

une des _filles_ de l'archevêché[368]; mais, outre les douze

chanoines, il y avoit deux chapelains, quatre vicaires, quatre

chantres, et six enfants de choeur. Les membres de ce chapitre, dont

les canonicats passoient pour être les meilleurs de Paris,

desservoient tour à tour la cure, qui ne s'étendoit pas au-delà du

cloître.

[Note 362: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 46.]

[Note 363: _Ibid._--et Dubreul, p. 802.]

[Note 364: _Hist. S. Mart. de Campis_, p. 200.]

[Note 365: Hist. de Par., t. V, p. 602.]

[Note 366: Huit sacerdotales, deux diaconales et deux

sous-diaconales. (Petit Pastor., fol. 86.)]

[Note 367: Hist. de Par., t. III, p. 77.]

[Note 368: _Voyez_ p. 361, 1re partie.]

En 1579, on jugea à propos d'augmenter l'église Saint-Honoré, ce que

l'on fit en ajoutant un peu à sa longueur, tant devant le clocher[369]

que derrière, mais sans rien changer à l'ancienne élévation. Cette

réparation imparfaite et de mauvais goût, qui même ne l'agrandit point

suffisamment, la fit paraître alors beaucoup trop basse, et l'on se

plaignoit qu'elle n'eût point la majesté convenable à une aussi riche

collégiale.

[Note 369: Ce clocher fut élevé vers l'an 1300, et l'abbé

Lebeuf a trouvé dans un acte de 1424 que le chapitre acquit,

moyennant seize sous de rente, un petit terrain dans la

justice de l'évêque, et faisant le coin de la rue des

Petits-Champs, pour y construire le portail. C'étoit ainsi

que la plupart des anciennes églises se formoient de parties

incohérentes, élevées successivement à de longs intervalles,

ce qui d'ailleurs ne répugnoit point au système de

l'architecture gothique. La représentation que nous donnons

de celle-ci doit paroître d'autant plus curieuse qu'elle

provient d'un dessin original, lequel est unique, et n'a

jamais été gravé. (_Voy._ pl. 47.) Il ne reste plus d'autre

vestige de cette église, qu'une petite portion du mur du

portail; le reste a été remplacé par des maisons; et le

cloître est devenu un passage qui donne de la rue des

Bons-Enfants dans la rue Croix-des-Petits-Champs, et que

croisent deux autres passages aboutissant à la rue

Saint-Honoré et à la nouvelle rue de Montesquieu.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, décoré d'un morceau d'architecture d'ordre

corinthien, Jésus-Christ au milieu des docteurs, par _Philippe de

Champagne_.

Dans la troisième chapelle à gauche, la Nativité, par _Bourdon_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

La fondatrice Sibylle, morte en....

Simon Morrier, que son épitaphe signaloit comme un factieux et un

partisan déclaré des Anglois, sous le règne de Charles VII.

Le cardinal Dubois, premier ministre sous la régence du duc

d'Orléans, et d'abord chanoine de cette église, mort en

1723[370].

[Note 370: Sur son tombeau, déposé pendant la révolution au

musée des Petits-Augustins, cet homme trop fameux est

représenté à genoux devant un prie-Dieu, sur lequel est posé

le livre des psaumes ouvert à ces mots: _miserere mei Deus_,

etc. Cette figure est de _Coustou_, habile sculpteur du

siècle dernier; et l'on prétend qu'il y a parfaitement saisi

les traits et la physionomie du ministre. Il l'a représenté

la tête et les yeux tournés vers l'épaule gauche, du côté du

peuple, et la légère altération qu'il a mise dans ses traits

semble indiquer le repentir. Il n'y a pas moins d'adresse et

de circonspection dans l'épitaphe qui étoit encore plus

difficile à traiter que la figure. Elle est de M. _Couture_,

recteur de l'université de Paris, et mérite d'être citée:

D. O. M.

AD ARAM MAJOREM.

_In communi Canonicorum sepulcreto situs est GUILLELMUS

DUBOIS, S. R. E. cardinalis, archiepiscopus et dux

Cameracencis, S. Imperii princeps, regi à secretioribus

consiliis, mandatis et legationibus, publicorum cursorum

præfectus, primus regni administer, hujus Ecclesiæ canonicus

honorarius. Quid autem hi tituli? nisi arcus coloratus, et

fumus ad modicum pariens. Viator, stabiliora solidioraque

bona mortuo apprecare. Obiit anno 1723. Hoeredes grati erga

regem et summum pontificem animi monumentum posuêre._]

HÔTELS

ET MAISONS REMARQUABLES.

ANCIENS HÔTELS.

À l'époque où nos rois commencèrent à habiter le Louvre, les grands

vassaux, déjà moins indépendants, venoient plus souvent dans la

capitale, tant pour leur rendre des hommages que pour participer à

leurs faveurs. Ces petits souverains, devenus courtisans, se logeoient

autant qu'il leur étoit possible auprès des maisons royales; et le

quartier où étoit située celle-ci fut bientôt rempli d'hôtels

magnifiques, sur lesquels nous allons recueillir les traditions des

historiens: car il ne reste presque plus de vestiges de ces anciens

édifices.

_Hôtel du Petit-Bourbon._

Il étoit situé dans la rue appelée d'_Autriche_, dont partie subsiste

encore et forme celle qui étoit nommée dans le siècle dernier

_cul-de-sac de l'Oratoire_. Cette rue se prolongeoit alors jusqu'au

bord de la rivière; et l'hôtel dont nous parlons s'étendoit

par-derrière jusqu'à la rue qui en a pris le nom, et qui faisoit alors

la continuation de celle des Fossés-Saint-Germain. À côté de la

chapelle de cet hôtel, il y avoit une autre rue qui alloit de celle

d'_Autriche_ au cloître de l'église, et formoit une équerre; cette

rue, qui n'existe plus, portoit, dans ses deux parties, ce même nom de

_Petit-Bourbon_[371].

[Note 371: Elle fut ouverte en 1583.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 20 / 37 段