Cette cabale avoit pris naissance au moment même de son arrivée en

France. Les honneurs prodigieux qu'on lui rendoit excitèrent d'abord

la jalousie de ses rivaux; et cette jalousie se changea en haine

lorsqu'on le vit à Paris louer sans cesse et avec emphase tout ce

qu'avoit produit l'Italie; ce qui étoit, en quelque sorte, déclarer le

peu d'estime qu'il faisoit des artistes françois: car, quoiqu'il se

conduisit envers eux avec beaucoup de prudence et de politique,

donnant des éloges à tout ce qui lui paroissoit en mériter, se taisant

sur les choses où il croyoit trouver des défauts, cependant il étoit

loin de parler des productions françoises avec le même enthousiasme;

et ces différences étoient facilement saisies par l'amour-propre, si

prompt à s'alarmer. Levau, premier architecte, ne voyoit point sans

douleur cette préférence humiliante pour lui qu'on accordoit à un

étranger. Le peintre _Lebrun_, qui étoit au premier rang dans la

faveur du monarque, s'effrayoit de l'idée de la partager avec un homme

dont le mérite passoit alors pour très-grand, qu'on avoit reçu avec

tant de distinction, et qu'on parloit de fixer pour toujours à Paris.

Mais celui qui intrigua le plus fortement contre lui fut Charles

Perrault, secrétaire du conseil les bâtiments: il avoit la confiance

du ministre, et l'on peut juger qu'il désiroit avec ardeur de faire

adjuger l'entreprise du Louvre à son frère. Le Bernin avoit d'ailleurs

dans son ton et dans ses manières une sorte d'exagération qui ne

laissoit pas de prêter au ridicule dans une cour telle que celle de

France, où l'on n'étoit point accoutumé aux bizarreries de la

conversation et de la pantomime italienne[346]. Ces trois hommes se

liguèrent contre lui, l'abreuvèrent d'amertume et de dégoûts,

raillèrent sa personne, critiquèrent son projet, et le déterminèrent

enfin à demander sa retraite. Après huit mois de séjour en France, il

retourna en Italie, comblé d'honneurs et de pensions. Mais quoique son

projet eût été adopté, et que le roi lui-même eût posé la première

pierre de la façade avec beaucoup de solennité[347], il n'en fut plus

question dès que le Bernin fut hors de France, et l'on revint à ceux

qui avoient été présentés au concours.

[Note 346: Le portrait qu'en a tracé Claude Perrault peut

passer pour vrai, quoiqu'il sorte d'une main ennemie, parce

qu'il s'accorde assez avec ce qu'en dit M. de Chantelou, qui

en parle avec une entière impartialité; le voici:

«Il avoit une taille un peu au-dessous de la médiocre, bonne

mine, un air hardi. Son âge avancé et sa bonne réputation

lui donnoient encore beaucoup de confiance. Il avoit

l'esprit vif et brillant, et un grand talent pour se faire

valoir: beau parleur, tout plein de sentences, de paraboles,

d'historiettes et de bons mots dont il assaisonnoit la

plupart de ses réponses........ Il ne louoit et ne prisoit

guère que les hommes et les ouvrages de son pays. Il citoit

souvent Michel-Ange; et on l'entendoit presque toujours

dire: _Sicome diceva il Michel-Angelo Buonarotta_.»]

[Note 347: _Voy._ pl. 41. Le roi en posa la première pierre

avec un grand éclat. La médaille qu'on y plaça étoit d'or,

et de la valeur de 2,400 liv. Elle représentoit d'un côté la

tête de Louis XIV, et de l'autre le dessin du cavalier

Bernin, avec ces paroles: _Majestati et æternitati imperii

Gallici sacrum_. La médaille étoit du célèbre Warin, et

l'inscription de Chapelain.]

Cependant, bien que la jalousie et l'animosité se fussent mêlées aux

critiques que l'on avoit faites des plans de cet habile architecte, on

ne peut s'empêcher de convenir que ces critiques étoient fondées sous

bien des rapports, et que le dessin du cavalier Bernin, encore qu'il

eût de la grandeur et de la majesté, offroit de très-grands défauts:

«Le projet du Bernin pour la façade du Louvre est mal conçu, dit

l'auteur de la vie des grands architectes[348]. Un génie aussi vif et

aussi prompt n'étoit pas susceptible d'étudier les détails; il ne

s'étoit appliqué qu'à faire de grandes salles de comédies et de

festins, sans se mettre en peine des commodités et des distributions

de logements nécessaires. Son ordonnance offre plusieurs défauts:

l'ordre est gigantesque, les croisées sont petites, les colonnes sont

inégalement espacées, l'entablement est pesant, et la balustrade a peu

de rapport avec lui. On ne peut approuver les proportions des trois

portes en plein cintre servant d'entrée au palais. Quelle monotonie

dans les petits frontons circulaires qui couronnent les croisées du

premier étage, et les triangulaires qu'on voit sur celles du second!

Enfin une distance immense sépare ces deux rangs d'ouvertures[349].»

Mais la principale de toutes les objections qu'on fit alors au Bernin

fut que les constructions de l'intérieur de la cour masquoient, et par

conséquent détruisoient en quelque sorte les élévations de Pierre

Lescot, qui par là étoient réduites à n'être plus que des murs de

refend, tandis que la première condition du programme avoit été de

respecter l'ancien, et d'y coordonner les nouvelles constructions.

[Note 348: T. I, vie du Bernin.]

[Note 349: Patte, dans ses _Mémoires sur l'architecture_,

porte à peu près le même jugement de ce projet. Presque tous

les artistes qui en ont parlé sont d'avis que c'est une

composition médiocre: cependant aujourd'hui que le goût de

l'architecture est changé en France, il est probable qu'on

le jugeroit plus favorablement; et l'on ne peut nier que les

lignes qu'il présente n'aient plus de grandeur, et ne soient

conçues dans un style plus pur que la colonnade actuelle.]

À peine l'artiste étranger fut-il parti, que Perrault travailla avec

plus d'ardeur que jamais à produire son frère. On en revint d'abord

aux projets de Levau. Louis XIV, qui n'osoit donner un désagrément à

son premier architecte, ne pouvoit cependant se résoudre à les

adopter, parce qu'ils lui sembloient, comme à son ministre, trop

au-dessous de ce qu'il avoit conçu. On imagina donc de réunir

ensemble, pour donner un nouveau plan, _Levau_, _Lebrun_ et _Claude

Perrault_: de cette manière, l'amour-propre de l'artiste se trouva

ménagé, et l'on put mettre son projet de côté sans l'exclure lui-même.

Il paroît que, dans cette réunion, Levau inventa un nouveau dessin, et

que Perrault se borna à rectifier celui qu'il avoit déjà présenté.

Lorsqu'il fut question de choisir, Colbert mit sous les yeux de Louis

XIV les deux projets de la commission, et vanta, en homme habile,

celui de Levau, par la raison qu'il devoit entraîner moins de dépense.

C'étoit en quelque sorte forcer le roi à adopter le second. Ce fut

ainsi que se terminèrent, à l'avantage de Perrault, ces intrigues et

ces longs débats[350].

[Note 350: Ceci arriva après que le Bernin eut quitté la

France. Il n'avoit point vu ce projet; et si l'on ne savoit

d'ailleurs la haine qui existoit entre lui et les Perrault,

cette circonstance suffiroit seule pour détruire entièrement

la petite anecdote qu'on a tant répétée de son admiration

pour le dessin de la colonnade, anecdote que Voltaire a dite

d'abord en prose, et ensuite en vers:

«À la voix de Colbert Bernini vint de Rome:

De Perrault dans le Louvre il admira la main.

Ah! dit-il, si Paris renferme dans son sein

Des travaux si parfaits, un si rare génie,

Falloit-il m'appeler du fond de l'Italie?»

Si le Bernin a jamais exprimé sa façon de penser sur

Perrault, il a certainement dit à peu près le contraire de

ce qu'on lui fait dire ici.]

Il convient maintenant d'examiner ce fameux projet et l'édifice qui en

est résulté.

La façade orientale ou colonnade consiste en trois avant-corps, unis

entre eux par deux péristyles. Elle a quatre-vingt-sept toises et

demie de longueur. Sa principale porte est dans l'avant-corps du

milieu. Les péristyles sont composés de colonnes accouplées, d'ordre

corinthien, et placées au premier étage[351]. L'intérieur des

péristyles et les soffites sont extrêmement décorés de feuillages et

d'entrelas, exécutés avec une grande délicatesse. La cymaise du

fronton est formée de deux pièces seulement, qui ont chacune

cinquante-quatre pieds de longueur, quoiqu'elles n'aient que dix-huit

pouces d'épaisseur. On regarda alors comme un prodige l'élévation de

ces masses énormes à une si grande hauteur, et la machine qui fut

employée à cette opération se trouve gravée dans les oeuvres de

Perrault.

[Note 351: _Voy._ pl. 42.]

La première pierre des constructions projetées par Bernin avoit été

posée en 1665. La colonnade exécutée sur les dessins de Perrault fut

achevée en 1670. Quoique l'envie ait voulu dans le temps lui en

contester l'invention, et ensuite en rabaisser le mérite; bien que la

critique y puisse trouver quelques défauts, et même des défauts assez

graves[352], il n'en est pas moins vrai que ce morceau doit être

considéré comme un des plus beaux qu'ait produits l'architecture

moderne, et qu'il offrira toujours l'aspect du plus magnifique des

palais. L'ordre corinthien qui en compose la colonnade est d'une

admirable proportion. On ne peut se lasser d'y louer la beauté des

profils, l'élégance et la pureté des détails, le choix et la belle

exécution des ornements: c'est un ouvrage vraiment classique en

France, et auquel on n'y peut rien comparer.

[Note 352: On lui reproche de n'être qu'une décoration

théâtrale, sans liaison entre ses parties ni avec l'édifice,

qu'elle ne sert qu'à masquer; on critique l'innovation des

colonnes accouplées, qui n'offre, dit-on, aucun résultat

avantageux; et l'on prétend qu'avec des colonnes solitaires,

même d'un diamètre égal à celles qu'il a employées,

l'architecte eût donné plus de majesté à sa façade, sans

priver de lumière l'intérieur du péristyle. Mais ce que l'on

blâme surtout universellement, c'est cet avant-corps du

milieu qui interrompt la colonnade, et en forme deux

péristyles séparés. Par là le monument perd la moitié de sa

noblesse et de sa grandeur.]

Perrault avoit conçu, comme le Bernin, un projet universel, qui

embrassoit non-seulement l'achèvement du Louvre, mais encore sa

réunion avec les Tuileries. L'érection de la colonnade devoit surtout

amener de grands changements dans la cour de ce palais et dans les

façades extérieures. Bientôt après fut entreprise celle qui donne sur

la rivière[353], et qui se compose d'un soubassement semblable à celui

de la colonnade, soubassement sur lequel s'élève, entre les croisées

tant du premier étage que de l'attique, une ordonnance unique de

pilastres corinthiens. Cette décoration est parfaitement d'accord avec

celle du frontispice, tant par l'ordre que par l'entablement et les

détails; et l'on conçoit qu'une telle uniformité devenoit surtout

indispensable de ce côté, où les deux façades extérieures se

découvrent d'un seul et même coup d'oeil.

[Note 353: _Voy._ pl. 44. C'est cette façade qui masque

celle de Levau, déjà existante, et dont nous venons de

parler.]

Il n'en est pas ainsi des deux autres; et il paroît que la difficulté

de leur procurer un emplacement assez vaste pour qu'elles pussent être

vues ainsi en rapport l'une avec l'autre, est la cause qui, de tout

temps, a fait négliger l'uniformité et la symétrie dans leur

décoration. Bernin est le seul dont les projets aient visé à cet

accord universel, et l'on voit Perrault uniquement occupé de raccorder

avec l'angle de sa colonnade la face du Louvre qui donne sur la rue du

Coq. Levau, comme nous l'avons dit, avoit commencé ce côté: ce dernier

architecte l'acheva sur les mêmes plans; la décoration du pavillon du

milieu est de lui, et on lui attribue aussi l'attique, avec

l'entablement qui s'étend depuis le massif de la colonnade jusqu'à ce

pavillon central dont nous venons de parler[354].

[Note 354: _Voy._ pl. 43.]

Examinons maintenant les constructions des dernières façades

intérieures dans leurs rapports avec les parties élevées depuis

François Ier jusqu'à Louis XIII.

Il est à croire que Perrault n'arriva que par degrés à un plan général

du Louvre et de sa réunion avec les Tuileries. Le projet de la

colonnade paroît avoir été conçu isolément et sans un rapport bien

déterminé avec l'intérieur de la cour.

Le projet de Lescot avoit été étendu; comme nous l'avons vu, sous

Louis XIII, par Lemercier. Déjà les deux étages du rez-de-chaussée et

du premier étoient plus ou moins avancés dans tout le pourtour du

quadrangle. On tenoit à conserver ce qui avoit été fait; et Perrault,

qui avoit été le plus ardent à faire valoir ce système pour faire

rejeter les plans du Bernin, s'étoit par là même imposé l'obligation

éclatante de ne point s'en départir.

Cependant quand il eut élevé sa colonnade, de manière que le dessous

du soubassement se trouvât au niveau du premier étage de la cour, il

s'aperçut facilement que les croisées de la nouvelle construction ne

correspondoient point à celles des parties intérieures. Ce fut sans

doute pour dissimuler, autant qu'il étoit possible, ce vice

irrémédiable de symétrie, qu'il se détermina à supprimer les croisées

dans son frontispice et à y pratiquer des niches. Il est certain du

moins, et l'on en a dernièrement acquis la preuve, que cette colonnade

fut destinée d'abord à recevoir des fenêtres: on en a trouvé les baies

toutes construites et voûtées; et la bâtisse des niches qui les ont

remplacées, formée de cloisons légères, a encore confirmé la vérité de

cette première destination.

Mais l'élévation d'un péristyle conçu dans une si grande discordance

avec le reste devenoit le principe d'une difficulté plus grande

encore, laquelle consistoit dans le raccordement de l'extérieur avec

l'intérieur. L'attique où les frontons de Pierre Lescot et leur

toiture ne s'accordoient ni pour la hauteur, ni pour la forme, avec le

couronnement plus exhaussé et en plate-forme de la colonnade. Quels

moyens employer pour opérer un tel raccordement? Ce fut là l'objet

d'une longue controverse. Charles Perrault, qui nous a conservé ces

détails, ne nous fait pas trop connoître si son frère avoit prévu ces

difficultés, ou s'il avoit jugé qu'elles détermineroient à prendre un

parti nouveau pour l'intérieur de la cour. On ne peut guère supposer

qu'il ait eu cette dernière pensée: car on le voit s'élever avec

force contre le projet, qui prit alors naissance, de substituer un

troisième ordre à l'attique de Pierre Lescot.

Il soutenoit qu'un second étage de la hauteur du premier étoit une

disconvenance dans un palais de souverain, où l'habitation du prince

doit être indiquée et caractérisée par un étage principal; que, par

conséquent, un attique ou étage subalterne et peu important étoit de

stricte étiquette, parce qu'on ne pouvoit y supposer logés que les

officiers du palais, et qu'ainsi toute méprise devenoit impossible.

Cependant il y avoit, relativement à l'ensemble de ce monument, un

problème de convenance plus difficile encore à résoudre. Pierre Lescot

avoit employé l'ordre corinthien à son rez-de-chaussée, et ce qu'on

appeloit alors le _composite_, c'est-à-dire un corinthien plus riche

et plus léger à son premier étage. Comment trouver à placer au-dessus

un nouvel ordre plus riche et plus léger encore que celui qui étoit

regardé, en architecture, comme le dernier terme de ces deux

caractères? Le dorique et l'ionique, plus courts et plus simples,

n'auroient pu être placés qu'au-dessous. On proposa alors un ordre

_cariatide_; et il paroît que les figures du pavillon de Lemercier

firent naître cette idée. Cependant, quand on vint à réfléchir qu'il

faudroit cent trente cariatides au pourtour de cette immense cour

intérieure, la monotonie un peu bizarre qui devoit résulter de cette

décoration en fit bientôt abandonner le projet.

C'est alors qu'on vit naître l'idée ridicule d'un ordre françois. Un

prix fut proposé pour cette invention chimérique: le concours ne

produisit que des chapiteaux corinthiens, modifiés dans leurs

ornements. Mais comme le vrai caractère d'un ordre ne consiste pas

dans son chapiteau, toutes ces prétendues inventions ne servirent qu'à

faire connoître que les bornes de l'art avoient été posées pour

jamais.

Cependant Perrault éleva un troisième ordre qu'il n'acheva point, mais

dans la proportion corinthienne.

Ce pas une fois fait, et l'exemple ainsi donné, l'idée de l'attique

fut presque totalement abandonnée. Sous le règne de Louis XV, on

acheva, d'après le système de Perrault, toute la partie de la cour du

Louvre, qui forme l'angle depuis le vestibule ou pavillon de la

colonnade jusqu'à celui de la rue du Coq[355]. L'architecte moderne

(M. Gabriel) n'ayant point trouvé de détails d'ornements du troisième

ordre dessinés par son prédécesseur, fut dans la nécessité de les

composer lui-même; et la vérité force à dire que toute cette partie

de décoration, soit pour le goût, soit pour l'exécution, est loin de

répondre au beau caractère de la sculpture faite du temps de Pierre

Lescot.

[Note 355: Pour les trois façades intérieures du Louvre qui

se composent des trois ordres, _Voyez_ la pl. 45; et pour

les vestibules ou entrées, la pl. 46.]

Les choses en étoient là depuis près de quarante ans, et quoiqu'on eût

renoncé dans les constructions modernes aux frontons employés dans

celles du Vieux Louvre, l'intérieur de ce monument offroit toujours un

procès à décider entre les deux systèmes. Il y avoit, comme l'observe

Blondel, sept douzièmes d'attique contre quatre douzièmes du troisième

ordre, et chaque système avoit pour et contre soi de bonnes et fortes

raisons. C'est alors que la résolution fut prise de terminer ce vaste

édifice; et cette grande entreprise vient d'être enfin heureusement

achevée[356].

[Note 356: _Voyez_ à la fin de ce quartier l'article

_Monuments nouveaux_.]

Le Louvre avoit été une prison d'état jusqu'à Louis XI. Les travaux

continuels qu'on y fit sous François Ier et Henri II avoient empêché

ces deux souverains de l'habiter. La mort tragique du dernier de ces

princes ayant rendu le château des Tournelles insupportable à

Catherine de Médicis, elle vint demeurer au Louvre avec le jeune roi;

et ce fut dans ce palais que fut conçue et préparée la nuit de la

Saint-Barthélemi.

En 1591, Charles, duc de Mayenne, fit pendre dans une des salles

basses de ce palais quatre des principaux chefs de la Ligue, pour

venger la mort du président Brisson et des conseillers Larcher et

Tardif, que ces factieux avoient indignement fait périr du même

supplice. Ce fut aussi dans la grande salle du Louvre que se tinrent

les états de la Ligue, convoqués par ce même duc de Mayenne.

Henri IV, frappé par Ravaillac, fut rapporté dans cette même salle,

dite alors salle des _Gardes_, où il expira sans avoir pu proférer une

seule parole.

Le maréchal d'Ancre fut tué sur le pont du Louvre, pont qui n'existe

plus depuis qu'on a comblé les fossés qui entouroient cet édifice.

Louis XIII n'habita ce palais que pendant des intervalles assez

courts. Il occupoit le plus souvent les châteaux voisins de la

capitale, Fontainebleau, Saint-Germain, etc. Sous son règne, il ne s'y

passa rien d'important.

Louis XIV abandonna également le Louvre pour Versailles, qu'il avoit

fait bâtir, et qui devint dès lors sa demeure habituelle, le lieu où

se déployoit toute la majesté de son trône, toute la magnificence de

sa cour. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, ce beau monument,

cessant d'être habité par nos rois, devint l'asile des artistes, des

savants, et le dépôt des chefs d'oeuvre de l'industrie ou du génie.

Les cinq académies s'assembloient dans les principales salles du

Louvre.

ACADÉMIES.

ACADÉMIE FRANÇAISE.

L'Académie françoise prit naissance vers l'an 1630. Ce ne fut d'abord

qu'une société de neuf personnes, que l'amitié et le goût des

belles-lettres avoient liées ensemble. Elles convinrent de

s'assembler, un jour fixe de chaque semaine, chez M. Conrart,

secrétaire du roi, qui demeuroit rue Saint-Denis. Le cardinal de

Richelieu s'en déclara le protecteur, et lui obtint des

lettres-patentes au mois de janvier 1635, par lesquelles le roi fixe à

quarante le nombre de ses membres, sous le titre _d'Académie

française_; elles furent vérifiées et enregistrées le 10 juillet 1637.

Après la mort du cardinal, le chancelier Séguier ayant été élu

protecteur de cette compagnie, les assemblées se tinrent en son hôtel;

rue de Grenelle, à l'endroit où est aujourd'hui celui des Fermes.

Louis XIV fit ensuite à l'Académie l'honneur d'accepter le titre de

son protecteur; et, le 28 août 1673, il lui assigna, dans le Louvre,

l'ancienne salle du conseil pour y tenir ses séances; ce qui a

toujours continué depuis.

L'Académie française jeta dans le dix-septième siècle un grand éclat;

et elle le dut à l'honneur qu'elle avoit alors de posséder dans son

sein les beaux génies qui ont élevé si haut la gloire littéraire de la

France, que, sous ce rapport, aucune autre nation moderne ne peut lui

être comparée. Dans le dix-huitième siècle, elle fut une coterie de

petits impies et de petits factieux, dirigée par des rhéteurs et des

hommes médiocres, coterie qui dans tout autre temps n'eût été que

ridicule, et à laquelle l'esprit de vertige qui entraînoit à leur

perte les hautes classes de la société donna la plus dangereuse

influence, et une importance que l'on a peine à concevoir aujourd'hui.

Cette coterie triompha de voir éclore enfin la révolution

qu'appeloient tous ses voeux, que favorisoient tous ses travaux; et

l'on peut dire que la révolution se montra bien ingrate envers elle en

la détruisant, et en proscrivant quelques-uns de ses membres, ce

qu'elle fit cependant dans les moments de sa plus grande brutalité.

L'Académie française se releva pour ramper misérablement sous le tyran

de la France, qui ne reçut d'aucune autre compagnie de plus basses et

plus dégoûtantes adulations. Dans le dix-neuvième siècle, elle est

redevenue une réunion d'hommes de lettres à laquelle personne ne fait

attention; et par mille raisons qu'il est inutile de présenter ici, il

ne paroît pas qu'elle puisse désormais sortir de l'obscurité profonde

dans laquelle elle est tombée aujourd'hui.

ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.

L'Académie royale des inscriptions et belles lettres commença en 1663.

Dans son origine, ce ne fut qu'un démembrement de l'Académie

française, dont M. de Colbert choisit quatre à cinq membres pour

composer les inscriptions qui devoient être gravées sur les monuments

consacrés à la gloire du monarque et à l'ornement de la ville et des

maisons royales; ils étoient aussi chargés d'inventer des types et des

légendes pour les médailles, des devises pour les jetons, etc. Cette

assemblée, qui fut appelée d'abord la _Petite Académie_, se tenoit

dans la bibliothèque du surintendant, rue Vivienne: on l'appela

ensuite _Académie royale des inscriptions et médailles_. Ce ne fut

qu'en 1701 que parut le réglement qui fixa son existence: elle fut

confirmée par des lettres-patentes du mois de février 1713, et le

nombre de ses membres également porté à quarante; mais comme le nom

qu'on lui avoit donné ne renfermoit pas toutes ses attributions, le

roi, par de nouvelles lettres du 4 janvier 1716, en changea le titre

en celui d'_Académie des inscriptions et belles-lettres_.

L'Académie des inscriptions a rendu de grands services à la science;

elle possède encore aujourd'hui un grand nombre d'hommes distingués

dans toutes les branches des connoissances humaines; et la suite non

interrompue de ses mémoires prouve qu'une institution si utile et si

honorable à la France est loin d'avoir dégénéré.

ACADÉMIE DES SCIENCES.

L'Académie des sciences s'assembla pour la première fois en 1666, par

l'ordre du roi, mais sans aucun acte émané de l'autorité royale. Elle

reçut une forme régulière en 1699, par le réglement que S. M. lui

accorda. Ses séances se tinrent d'abord dans la Bibliothèque du roi;

depuis elle obtint comme les autres un lieu d'assemblée dans le

Louvre; et ses prérogatives furent confirmées par des lettres-patentes

du mois de février 1713.

Cette Académie a pour objet de s'occuper de tout ce qui peut favoriser

les progrès des sciences exactes et naturelles, physique, chimie,

mathématiques, médecine, etc., etc. Elle a offert de tout temps un

grand nombre de savants hommes, qui ont sans cesse reculé les bornes

de ces connoissances, purement matérielles, et dont la nature est de

tendre sans cesse à un plus grand développement. Ceux quelle possède

aujourd'hui tiennent en Europe le premier rang; et aucune autre

société du même genre n'y peut être comparée à celle-ci.

ACADÉMIE ROYALE DE PEINTURE ET DE SCULPTURE.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 19 / 37 段