dépenses de la table et des habits: elle régloit le souper à deux mets
et un potage au lard, et le dîner à un seul mets et entremets. On ne
servoit que trois plats sur la table de nos rois; leur meilleur vin
étoit celui d'Orléans. Louis-le-Jeune en faisoit des largesses: Henri
Ier en avoit toujours à la guerre, et lui attribuoit la vertu
d'exciter aux grands exploits[297].
[Note 297: Saint-Foix.]
Il falloit être duc, comte ou baron, et avoir _six mille livres de
terre_, pour donner à sa femme quatre robes par an. «Nulle demoiselle,
si elle n'est châtelaine ou dame de deux mille livres de terre, n'en
aura qu'une.» Le prix qu'on permettoit de mettre aux étoffes étoit
depuis dix sous jusqu'à vingt, l'aune de Paris; et les dames de la
première qualité avoient seules le droit de la payer jusqu'à trente
sous. Enfin, pour mettre de la différence dans les états, il étoit
ordonné que nulle bourgeoise n'auroit de char et ne se feroit conduire
le soir avec un flambeau[298].
[Note 298: _Ibid._]
Les costumes varièrent beaucoup, depuis l'habit long que nous
rapportâmes des croisades, jusqu'aux pantalons étroits qui devinrent à
la mode sous François Ier. Nous offrirons dans la suite de cet ouvrage
le tableau de ces variations, et celui de beaucoup d'autres usages
curieux et singuliers qui y trouveront naturellement leur place.
SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.
Cette église royale et paroissiale est une des plus anciennes et des
plus remarquables de Paris; et il n'en est aucune dont l'origine
présente plus d'obscurité. Il est certain qu'elle existoit au septième
siècle, puisque saint Landri, évêque de Paris, mort vers l'an 655 ou
656, y fut inhumé; mais c'est sans preuve suffisante que plusieurs
historiens[299] ont avancé qu'elle avoit été fondée par Childebert et
la reine Ultrogothe, qui l'élevèrent, disent-ils, en l'honneur de
saint Vincent. Cette opinion n'est soutenue d'aucune autorité assez
grave, et l'on ne peut à cet égard admettre comme des preuves
suffisantes, ni les statues représentant un roi et une reine que l'on
voit sous le porche ou vestibule de cette église, ni l'inscription qui
porte: _C'est Childebert, roi chrétien, et Ultrogothe sa femme, qui
fondèrent cette église_, ni l'usage où l'on a été long-temps d'y fêter
saint Vincent comme premier titulaire. Ces représentations grossières
d'un roi et d'une reine ne conviennent pas plus à Childebert et à
Ultrogothe qu'à d'autres princes; d'ailleurs les figures et
l'inscription, qui même n'a été gravée qu'après coup[300], n'ont pas
cinq cents ans d'antiquité: car le portail sous lequel elles sont
placées est d'une construction qui ne peut remonter plus haut que le
siècle de Philippe-le-Bel. À l'égard du culte qu'on rendoit dans cette
église à saint Vincent, l'abbé Lebeuf a si évidemment démontré qu'elle
n'avoit jamais été sous l'invocation de ce saint diacre, que, malgré
la tradition et l'usage, on en a supprimé le nom dans le _Propre_ de
cette paroisse, imprimé en 1745.
[Note 299: Dubreul, Malingre, Belleforêt.]
[Note 300: Elle étoit écrite en petit gothique, et placée
entre les deux statues: l'abbé Lebeuf ne lui donne que deux
à trois cents ans.]
Nous pensons qu'au sujet de l'origine de cette église, l'opinion la
plus solidement établie est celle de Jaillot[301], qui prétend qu'elle
fut construite en entier par les ordres de Chilpéric Ier, pour y
recevoir le corps de saint Germain, évêque de Paris. La preuve qu'il
en donne est un testament de _Bertichram_ ou _Bertchram_ (que nous
appelons Bertram ou Bertrand), évêque du Mans, dicté le 24 mars de la
vingt-deuxième année du règne de Clotaire, dans lequel le testateur
assigne un fonds pour desservir à perpétuité le lieu de la sépulture
de saint Germain, d'abord dans l'église de saint Vincent[302], où son
corps étoit alors déposé, _ensuite dans la basilique nouvelle que le
roi Chilpéric venoit de faire construire_, s'il y étoit
transporté[303].
[Note 301: Quartier du Louvre, p. 25.]
[Note 302: Depuis, l'abbaye Saint-Germain-des-Prés: le corps
du saint étoit dans la petite chapelle Saint-Symphorien, qui
faisoit partie de cette basilique.]
[Note 303: Voici les termes de cet acte:
_Basilicæ domni ac peculiaris patrini mei Germani
episcopi qui me dulcissimè enutrivit, et suâ sanctâ
oratione, ac si indignum, ad sacerdotii honorem
perduxit, si_ SUPERSISTIT _in basilicâ domni Vincentii,
ubi sanctum ejus corpusculum requiescit, dono inibi in
honore sepulturæ suæ, villam Bobanæ quæ est in
territorio Stampense super fluvio Colla, quam mihi
gloriosus domnus Chlotarius rex suo munere contulit:
quod jubeo eâ conditione ut si sanctum corpus ejus_ IN
BASILICA NOVA _quam inclitus Chilpericus quondàm rex
construxit, si convenerit, ut inibi transferatur, villa
ipsa, ubi semper ejus corpus fuerit, semper ibi
deserviat, et ipse sanctus pontifex pro meis
facinoribus deprecari dignetur...... Die VI kal.
aprilis, anno XXII regnantis gloriosissimi domni
Chlotarii regis_. (Corvaisier--Hist. des évêques du
Mans, p. 194.)]
Cependant cette église porte le nom de _saint Germain d'Auxerre_ et
non celui de l'évêque de Paris; et l'on ne peut nier qu'il n'existe
quelques traditions qui tendent à établir qu'elle a été bâtie sous le
vocable du premier saint. Mais si on les examine avec quelque
attention, l'on verra qu'elles se réduisent à de simples conjectures
et à un diplôme de Charles-le-Chauve, lequel est au moins suspect en
cette partie. «Je croirois, dit l'abbé Lebeuf, qui a fait une
dissertation particulière sur l'antiquité de cette église, je croirois
qu'il en faut attribuer la première origine à une chapelle qui aura
été construite peu de temps après la mort de saint Germain d'Auxerre,
en mémoire de quelque miracle qu'il aura opéré en allant de Paris à
Nanterre, dans l'un ou l'autre des deux voyages qu'il fit dans la
Grande-Bretagne; qu'au sixième siècle, l'évêque de Paris, qui portoit
son nom, ne fut pas indifférent pour l'autel érigé sous l'invocation
de ce grand prélat; et que ce pourroit bien être sous son épiscopat
que fut bâtie la rotonde qui fit désigner dans la suite cette église
sous le nom de Saint-Germain-le-Rond.»
À ces assertions dépouillées de preuves, et dans lesquelles on ne voit
en effet que les conjectures d'un savant, qui hasarde une opinion
qu'il ne peut établir d'une manière satisfaisante, Jaillot oppose le
silence absolu de tous les écrivains contemporains sur les miracles de
saint Germain d'Auxerre à l'endroit où fut fondée cette église, tandis
qu'ils ont recueilli avec le plus grand soin tous ceux qu'il a opérés
ailleurs, et qu'ils ont poussé l'exactitude jusqu'à indiquer les croix
et les oratoires élevés dans les lieux devenus fameux par ces
événements miraculeux, ou par les prédications du saint. Il ajoute
(et ce fait, qui peut paroître aujourd'hui peu considérable, l'étoit
beaucoup dans ce temps-là) que l'évêque de Paris, dont en effet la
dévotion étoit grande au saint dont il portoit le nom, possédant une
de ses reliques, en fit présent[304] à sainte Geneviève, dont il étoit
contemporain, comme une marque de l'estime particulière qu'il avoit
pour elle; ce qu'il n'eût point fait, s'il eût existé une chapelle ou
un oratoire en l'honneur de ce saint: car, dans ce cas, il se seroit
empressé de l'y déposer, etc. Quant au diplôme de Charles-le-Chauve,
dans lequel il est question de l'église de Saint-Germain en ces
termes, _Quod à priscis temporibus Autissiodorensis dicitur_, l'abbé
Lebeuf lui-même pense avec raison que cette addition a été faite après
coup, et insérée ensuite dans toutes les copies.
[Note 304: Cette relique étoit une portion de ses vêtements.
Elle existoit encore dans le trésor de Notre-Dame en 1787.]
C'est en effet le seul titre où cette qualification lui soit donnée:
tous les historiens, tous les diplômes qui ont parlé de cette église n'y
joignent aucun surnom; elle est simplement appelée l'église de
Saint-Germain; et ce ne fut que dans le neuvième siècle qu'elle reçut,
en raison de sa forme nouvelle, la dénomination de Saint-Germain-_le-Rond_:
Abbon est le premier qui la désigne ainsi dans son poëme,
«_Germani Teretis contemnunt littora sancti._»
Tant de témoignages réunis, où rien ne s'explique en faveur de saint
Germain d'Auxerre, peuvent servir à confirmer les inductions tirées du
testament de _Bertram_; cependant on demande pourquoi le projet
attribué à Chilpéric, de transporter le corps de saint Germain dans la
nouvelle basilique, n'eut point son exécution. Cette difficulté, plus
grande que les autres, ne peut être résolue d'une manière
satisfaisante; et le silence absolu que gardent à cet égard tous les
auteurs contemporains ne permet de hasarder que de simples
conjectures. On présume donc que Chilpéric, n'ayant survécu que huit
ans à saint Germain, ne put faire achever la basilique qu'il avoit
commencée; que Frédégonde, dont la vie fut si agitée, remplie de tant
de crimes, de passions et de malheurs, ne s'empressa pas de la faire
continuer; et que, d'un autre côté, les religieux de Saint-Vincent,
jaloux de conserver les précieuses dépouilles dont ils étoient
dépositaires, firent naître tous les obstacles qui pouvoient en
empêcher ou en retarder la translation. Les troubles qui remplirent
les derniers règnes de la première race durent favoriser leurs voeux
et leurs projets; et lorsque Pépin monta sur le trône, il est probable
qu'on ne pensa plus à les dépouiller d'un bien dont une si longue
possession sembloit les rendre légitimes propriétaires. Ce prince, qui
avoit besoin de se concilier tous les esprits, voulut au contraire,
par une cérémonie éclatante, faire cesser toutes les craintes qu'ils
pouvoient avoir encore à cet égard. Le 25 juillet 754, assisté de ses
fils et des grands du royaume, il fit transférer avec la plus grande
pompe le corps de saint Germain, de la petite chapelle de
Saint-Symphorien dans le choeur de la grande église de Saint-Vincent,
qui depuis fut appelée de _Saint-Germain_ ou de _Saint-Vincent et de
Saint-Germain_. Alors l'autre église prit sans doute le surnom dont
nous venons de parler[305], pour ne pas être confondue avec la
première. Telles sont les conjectures imaginées pour expliquer cette
difficulté; et l'on doit convenir qu'elles sont à la fois
vraisemblables et ingénieuses.
[Note 305: _S. Germani Rotundi._]
Enfin cette basilique étoit la première église canoniale et
paroissiale qui dût son origine à la cathédrale; et cette dépendance
absolue où elle étoit de l'église mère[306], semble être une nouvelle
preuve qu'elle avoit pour titulaire le saint évêque qui l'avoit
gouvernée, et non celui d'Auxerre.
[Note 306: Les évêques de Paris possédoient, dans les
environs de cette église, une grande étendue de terres
labourables et de prairies, dont les démembrements ont formé
plusieurs paroisses et les quartiers les plus populeux de
Paris.]
L'église de Saint-Germain subsista telle qu'elle avoit été bâtie,
d'abord, jusqu'au siége de Paris par les Normands. Ces barbares
l'épargnèrent tant qu'elle leur parut utile à leur défense: ils la
fortifièrent à cet effet d'un fossé dont on retrouve encore
aujourd'hui la trace dans la rue qui en porte le nom; mais lorsqu'ils
furent obligés de quitter Paris, ils la détruisirent de fond en
comble. Helgaud, moine de Fleury, nous apprend que le roi Robert la
fit rebâtir[307], et que c'est alors qu'on trouve pour la première
fois des titres certains qui la présentent sous le nom de
Saint-Germain-l'Auxerrois, celui de Saint-Germain-le-Rond ne pouvant
plus lui convenir à cause de la forme nouvelle de l'édifice. On se
détermina sans doute à lui donner ce vocable, parce qu'il la
distinguoit pour toujours de l'abbaye de Saint-Vincent, désignée
depuis long-temps sous celui de Saint-Germain-des-Prés.
[Note 307: Duchesne, t. IV, p. 77.]
Le même écrivain qui nous apprend que cette église fut rebâtie par le roi
Robert, a jeté quelques auteurs, même modernes, dans une erreur assez
grave, en la désignant sous le nom de _Monasterium_: ils en ont conclu
qu'il y avoit anciennement des religieux à Saint-Germain. Il est vrai
qu'on entend aujourd'hui par le mot de _monastère_ un lieu habité par des
religieux et par un supérieur qui les commande; mais alors on appeloit
aussi _monastère_ toute église collégiale ou paroissiale, parce que les
chanoines et les prêtres qui les desservoient pratiquoient la vie commune:
ils sont ainsi appelés, dit Dubreul, _propter convictum communem quem
primitùs habebant_[308]. Il en est de même du nom d'_abbé_, qui, dans sa
véritable étymologie, signifie _père_, et qui, depuis, a été affecté
spécialement aux _archimandrites_ ou chefs et supérieurs des maisons
religieuses. Dubreul soutient donc avec raison que l'église de
Saint-Germain-l'Auxerrois n'a jamais eu d'abbé, mais un doyen et un
certain nombre de chanoines. D'ailleurs une charte authentique d'Imbert,
évêque de Paris, donnée en 1030, et confirmée en 1108 par celle de Galon,
un de ses successeurs, désignant les ecclésiastiques qui desservoient
cette _église_, leur donne cette qualité de _Chanoines_; ce qui prouve
que, quand bien même des religieux l'eussent desservie dans l'origine, son
état étoit déjà changé sous Robert, malgré le titre de _monastère_ que lui
donne l'historien de ce prince.
[Note 308: Le nom de _monastère_ s'est conservé long-temps
pour les paroisses, dans le vieux mot _montier_ et
_moutier_: _mener la mariée au moutier_. Dans la chronique
de Cambrai, que cite l'abbé Lebeuf, la cathédrale d'Arras
est appelée _monasterium S. Mariæ Atrebatensis_.]
Il est donc naturel de penser que, dans tous les temps, la communauté
de Saint-Germain-l'Auxerrois a été composée de chanoines; et cette
dépendance même où ils étoient de la cathédrale en est une nouvelle
preuve, puisqu'à cette époque les religieux étoient déjà affranchis de
la juridiction épiscopale. Dans les commencements, ces chanoines
administroient le baptême et les autres sacrements, et étoient tour à
tour chargés des fonctions curiales; mais là partie de la ville qui
étoit sous leur gouvernement s'étant considérablement peuplée, surtout
sous le règne de Philippe-Auguste, ils choisirent un vicaire pour
remplir ces fonctions sous leurs yeux. Par là cette collégiale fut
érigée en cure au commencement du treizième siècle; et l'on trouve en
effet plusieurs actes dans lesquels, dès l'an 1202, le _prêtre_,
c'est-à-dire le curé, est distingué des chanoines[309].
[Note 309: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 18, _verso_.]
L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois est, après la cathédrale, la
seule parmi les anciennes églises séculières qui ait eu une école; et
cette école étoit tellement célèbre, que le nom en est resté à une
partie de son territoire. Un passage de Grégoire de Tours donneroit à
penser qu'elle existoit dès le temps de l'évêque de Paris saint
Germain, et de Ragnemode son successeur: on ne peut douter du moins
qu'elle ne fût déjà florissante sous le règne de Charlemagne, époque à
laquelle on vit renaître les études si long-temps négligées. Cette
école dut reparoître avec un nouvel éclat sous le roi Robert, qui
rebâtit l'église, et qui s'intéressoit particulièrement à l'éducation
des jeunes ecclésiastiques; mais le terrain où elle étoit située étant
devenu depuis nécessaire pour les dépôts de la navigation, et
l'université s'étant formée sur la montagne Sainte-Geneviève, les
études cessèrent à Saint-Germain. C'est aussi la première église, en
exceptant toujours la cathédrale, qui ait possédé de bonne heure une
nombreuse communauté de clercs. Les chanoines l'établirent au douzième
siècle, afin de donner plus de solennité à la célébration des offices;
et Maurice de Sully, alors évêque de Paris, approuva cet
établissement[310].
[Note 310: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par., t. I, p. 49.]
Son chapitre est de même l'un de ceux qui ont fourni à l'église de
France les plus illustres personnages. Parmi ses doyens, dont on a la
liste depuis sept à huit siècles, plusieurs devinrent évêques ou se
distinguèrent par leur piété. Il possédoit d'ailleurs un grand nombre
de prérogatives, entre autres, le droit de nommer à tous les bénéfices
fondés sur son territoire, ce qui comprenoit presque tout le quartier
occidental de la ville et des faubourgs de Paris[311].
[Note 311: À commencer au Grand-Châtelet inclusivement, et
suivant la grande chaussée de Saint-Denis, pour ne se
terminer que vers Saint-Cloud, dont Chaillot seul se
trouvoit excepté. (LEBEUF, _ibid._)]
Cette paix et cette considération dont il jouissoit ne furent
troublées que vers le commencement du siècle dernier. Il s'étoit déjà
élevé plusieurs procès entre le chapitre et le curé; les chanoines
avoient aussi des démêlés fréquents avec les marguilliers, et même
avec les chapelains du choeur[312]. Ces divisions, et le mauvais état
des affaires des chanoines de Notre-Dame, firent naître l'idée de
réunir les deux chapitres. La proposition en fut faite en 1736; et
après d'assez longues contestations relatives au rang et aux
priviléges que demandoient les chanoines de Saint-Germain, cette
église collégiale, qui pouvoit à juste titre se dire la fille aînée de
celle de Paris, retourna en 1744 à la source d'où elle étoit sortie,
onze à douze siècles auparavant; et la nomination des bénéfices
auxquels elle présentoit revint à l'Ordinaire.
[Note 312: Il y avoit eu anciennement beaucoup de fondations
de chapelles qui n'existoient plus dans le quatorzième
siècle; et les plus anciennes de ce temps-là ne passoient
pas le quinzième. L'abbé Lebeuf y compte une chapelle de
Saint-Nicolas, dans la nef, établie dès l'an 1189; en 1317,
une chapelle de Sainte-Madeleine; en 1328, une chapelle de
la Trinité, fondée par Guillaume Des Essarts. Plusieurs
chapellenies se trouvoient déjà établies en 1497, à l'autel
des Cinq-Saints, situé dans la nef, etc., etc. (Le même,
_ibid._, p. 50.)]
Le bâtiment de Saint-Germain-l'Auxerrois n'étoit pas moins illustre
que la communauté qu'il renfermoit. Cette église, objet de l'affection
particulière de nos rois, et bâtie à plusieurs reprises par l'ordre de
ces princes, en avoit pris le nom de _royale_; et ce titre lui fut
confirmé lorsqu'ils eurent fait du Louvre leur demeure ordinaire.
Quant à l'antiquité de ses constructions, Piganiol s'est trompé en
disant qu'il restoit encore quelques parties de celles qui avoient été
faites du temps de Robert: ce qu'on y voit de plus ancien est le grand
portail[313], qui paroît être du siècle de Philippe-le-Bel; le
vestibule ou portique qui le précède ne fut construit que sous le
règne de Charles VII. Cette façade de l'édifice n'a d'ailleurs jamais
été terminée; et il est facile de voir sur l'élévation que toutes les
parties supérieures et pyramidales y manquent entièrement[314].
[Note 313: _Voy._ pl. 47. La situation de ce portail, placé
intérieurement, et précédé d'un vestibule, est cause sans
doute que les figures dont il est orné ont échappé aux
dévastations des brigands révolutionnaires. Elles sont au
nombre de six, et représentent les deux personnes royales
dont nous avons déjà parlé, un ecclésiastique orné d'une
simple dalmatique, qu'on croit être le saint diacre Vulfran;
sainte Geneviève, un ange et un évêque, que l'abbé Lebeuf
dit être saint Landri. Le peuple de Paris s'imagine y voir
la représentation de saint Germain; mais c'est une erreur:
la statue de saint Germain étoit au trumeau qui séparoit les
deux battants de la porte; elle en fut ôtée dans le
dix-septième siècle, avec le pilier qui embarrassoit
l'entrée, et enfouie en terre sous la première arcade du
bas-côté, à droite. (LEBEUF, _ibid._, p. 42.)]
[Note 314: _Voyez_ pl. 35.]
Le choeur, autant qu'on pouvoit juger dans le siècle dernier, par sa
structure et par les anciens vitraux qu'on y avoit conservés,
paroissoit être du quatorzième siècle; les ailes, les chapelles, la
croisée avec son double portail et la nef étoient d'une construction
plus moderne au moins de cent ans[315]. En 1607, on construisit sur le
terrain du cloître un réservoir pour les eaux de la Samaritaine, et
une galerie couverte, voisine du grand portail, laquelle servoit de
chapelle à la communion.
[Note 315: _V._ pl. 36. Le clocher, dont on a abattu la
partie pyramidale, étoit d'un gothique qui annonçoit le
douzième siècle. Sa situation singulière au côté méridional
de l'entrée du choeur porte à penser qu'il y en avoit un
autre au côté septentrional, pour établir un ordre
symétrique, comme on le remarque dans un grand nombre
d'églises.]
Dans le temps que le chapitre étoit à Saint-Germain, le choeur de
cette église étoit fermé de toutes parts à la hauteur des arcades des
bas côtés, et il n'y avoit d'ouvertures que par la porte principale et
par les portes collatérales.
Le jubé, tel qu'il étoit alors, passoit pour un morceau
d'architecture très-remarquable; il avoit été élevé sur les dessins de
Pierre Lescot[316], et les sculptures étoient de Jean Goujon. Ce jubé
étoit porté sur trois arcades; celle du milieu formoit la principale
entrée du choeur, et dans la baie de chacune des deux autres étoit un
petit autel renfermé par un balustre. Aux deux extrémités on voyoit,
sur deux autels saillants, les statues en pierre de la Vierge et de
saint Louis, d'un très-mauvais travail; les jambages de ces arcades
étoient revêtus chacun de deux colonnes corinthiennes, et les cintres
en étoient ornés de figures d'anges, tenant les instruments de la
Passion. Sur l'appui du jubé et au-dessus des colonnes on avoit placé
les statues des quatre évangélistes; mais ce qu'il y avoit de plus
précieux dans cette décoration étoit un grand bas-relief, qui en
occupoit le milieu, et qui représentoit Nicodème ensevelissant
Jésus-Christ. Ce morceau, admirable, dit-on, sous tous les rapports
d'ordonnance et d'exécution, étoit de la main du célèbre sculpteur que
nous venons de nommer. Il fut détruit avec le reste, lors des
changements qui s'opérèrent dans l'administration de Saint-Germain,
par la réunion de son chapitre à celui de Notre-Dame.
[Note 316: Architecte de la partie du Louvre bâtie sous
François Ier. Nous aurons bientôt occasion d'en reparler.
La construction de ce jubé fut accompagnée de riches
embellissements faits intérieurement à cette église depuis
1607 jusqu'à 1623, en menuiserie, peintures, bronzes,
marbres précieux et dorures. Toutes les voûtes furent
peintes d'azur, semé de fleurs de lis d'or. Le grand autel
surtout étoit d'une magnificence remarquable, orné de six
colonnes de porphyre, enceint d'une balustrade de marbre
blanc, etc.]
Le curé et les marguilliers pensèrent aussitôt à faire exécuter dans
leur église les travaux convenables pour la rendre vraiment
paroissiale[317]. Il fut décidé qu'on ouvriroit le choeur de tous les
côtés: pour y parvenir, on abattit, en 1745, les lambris qui
l'environnoient, et même le jubé qui régnoit sur la porte principale;
le pavé de l'église fut relevé et réparé dans toute son étendue; et
afin d'éviter de nouvelles dégradations, on pratiqua sous l'église de
vastes caveaux pour les inhumations. Tous ces changements furent
approuvés, à l'exception de la destruction du jubé.
[Note 317: Dans le temps que cette église étoit collégiale,
l'office paroissial se célébroit dans une chapelle de la
nef, que l'on appeloit chapelle de la paroisse.]