On promulgua sous Philippe-le-Bel une loi somptuaire qui fixoit les

dépenses de la table et des habits: elle régloit le souper à deux mets

et un potage au lard, et le dîner à un seul mets et entremets. On ne

servoit que trois plats sur la table de nos rois; leur meilleur vin

étoit celui d'Orléans. Louis-le-Jeune en faisoit des largesses: Henri

Ier en avoit toujours à la guerre, et lui attribuoit la vertu

d'exciter aux grands exploits[297].

[Note 297: Saint-Foix.]

Il falloit être duc, comte ou baron, et avoir _six mille livres de

terre_, pour donner à sa femme quatre robes par an. «Nulle demoiselle,

si elle n'est châtelaine ou dame de deux mille livres de terre, n'en

aura qu'une.» Le prix qu'on permettoit de mettre aux étoffes étoit

depuis dix sous jusqu'à vingt, l'aune de Paris; et les dames de la

première qualité avoient seules le droit de la payer jusqu'à trente

sous. Enfin, pour mettre de la différence dans les états, il étoit

ordonné que nulle bourgeoise n'auroit de char et ne se feroit conduire

le soir avec un flambeau[298].

[Note 298: _Ibid._]

Les costumes varièrent beaucoup, depuis l'habit long que nous

rapportâmes des croisades, jusqu'aux pantalons étroits qui devinrent à

la mode sous François Ier. Nous offrirons dans la suite de cet ouvrage

le tableau de ces variations, et celui de beaucoup d'autres usages

curieux et singuliers qui y trouveront naturellement leur place.

SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.

Cette église royale et paroissiale est une des plus anciennes et des

plus remarquables de Paris; et il n'en est aucune dont l'origine

présente plus d'obscurité. Il est certain qu'elle existoit au septième

siècle, puisque saint Landri, évêque de Paris, mort vers l'an 655 ou

656, y fut inhumé; mais c'est sans preuve suffisante que plusieurs

historiens[299] ont avancé qu'elle avoit été fondée par Childebert et

la reine Ultrogothe, qui l'élevèrent, disent-ils, en l'honneur de

saint Vincent. Cette opinion n'est soutenue d'aucune autorité assez

grave, et l'on ne peut à cet égard admettre comme des preuves

suffisantes, ni les statues représentant un roi et une reine que l'on

voit sous le porche ou vestibule de cette église, ni l'inscription qui

porte: _C'est Childebert, roi chrétien, et Ultrogothe sa femme, qui

fondèrent cette église_, ni l'usage où l'on a été long-temps d'y fêter

saint Vincent comme premier titulaire. Ces représentations grossières

d'un roi et d'une reine ne conviennent pas plus à Childebert et à

Ultrogothe qu'à d'autres princes; d'ailleurs les figures et

l'inscription, qui même n'a été gravée qu'après coup[300], n'ont pas

cinq cents ans d'antiquité: car le portail sous lequel elles sont

placées est d'une construction qui ne peut remonter plus haut que le

siècle de Philippe-le-Bel. À l'égard du culte qu'on rendoit dans cette

église à saint Vincent, l'abbé Lebeuf a si évidemment démontré qu'elle

n'avoit jamais été sous l'invocation de ce saint diacre, que, malgré

la tradition et l'usage, on en a supprimé le nom dans le _Propre_ de

cette paroisse, imprimé en 1745.

[Note 299: Dubreul, Malingre, Belleforêt.]

[Note 300: Elle étoit écrite en petit gothique, et placée

entre les deux statues: l'abbé Lebeuf ne lui donne que deux

à trois cents ans.]

Nous pensons qu'au sujet de l'origine de cette église, l'opinion la

plus solidement établie est celle de Jaillot[301], qui prétend qu'elle

fut construite en entier par les ordres de Chilpéric Ier, pour y

recevoir le corps de saint Germain, évêque de Paris. La preuve qu'il

en donne est un testament de _Bertichram_ ou _Bertchram_ (que nous

appelons Bertram ou Bertrand), évêque du Mans, dicté le 24 mars de la

vingt-deuxième année du règne de Clotaire, dans lequel le testateur

assigne un fonds pour desservir à perpétuité le lieu de la sépulture

de saint Germain, d'abord dans l'église de saint Vincent[302], où son

corps étoit alors déposé, _ensuite dans la basilique nouvelle que le

roi Chilpéric venoit de faire construire_, s'il y étoit

transporté[303].

[Note 301: Quartier du Louvre, p. 25.]

[Note 302: Depuis, l'abbaye Saint-Germain-des-Prés: le corps

du saint étoit dans la petite chapelle Saint-Symphorien, qui

faisoit partie de cette basilique.]

[Note 303: Voici les termes de cet acte:

_Basilicæ domni ac peculiaris patrini mei Germani

episcopi qui me dulcissimè enutrivit, et suâ sanctâ

oratione, ac si indignum, ad sacerdotii honorem

perduxit, si_ SUPERSISTIT _in basilicâ domni Vincentii,

ubi sanctum ejus corpusculum requiescit, dono inibi in

honore sepulturæ suæ, villam Bobanæ quæ est in

territorio Stampense super fluvio Colla, quam mihi

gloriosus domnus Chlotarius rex suo munere contulit:

quod jubeo eâ conditione ut si sanctum corpus ejus_ IN

BASILICA NOVA _quam inclitus Chilpericus quondàm rex

construxit, si convenerit, ut inibi transferatur, villa

ipsa, ubi semper ejus corpus fuerit, semper ibi

deserviat, et ipse sanctus pontifex pro meis

facinoribus deprecari dignetur...... Die VI kal.

aprilis, anno XXII regnantis gloriosissimi domni

Chlotarii regis_. (Corvaisier--Hist. des évêques du

Mans, p. 194.)]

Cependant cette église porte le nom de _saint Germain d'Auxerre_ et

non celui de l'évêque de Paris; et l'on ne peut nier qu'il n'existe

quelques traditions qui tendent à établir qu'elle a été bâtie sous le

vocable du premier saint. Mais si on les examine avec quelque

attention, l'on verra qu'elles se réduisent à de simples conjectures

et à un diplôme de Charles-le-Chauve, lequel est au moins suspect en

cette partie. «Je croirois, dit l'abbé Lebeuf, qui a fait une

dissertation particulière sur l'antiquité de cette église, je croirois

qu'il en faut attribuer la première origine à une chapelle qui aura

été construite peu de temps après la mort de saint Germain d'Auxerre,

en mémoire de quelque miracle qu'il aura opéré en allant de Paris à

Nanterre, dans l'un ou l'autre des deux voyages qu'il fit dans la

Grande-Bretagne; qu'au sixième siècle, l'évêque de Paris, qui portoit

son nom, ne fut pas indifférent pour l'autel érigé sous l'invocation

de ce grand prélat; et que ce pourroit bien être sous son épiscopat

que fut bâtie la rotonde qui fit désigner dans la suite cette église

sous le nom de Saint-Germain-le-Rond.»

À ces assertions dépouillées de preuves, et dans lesquelles on ne voit

en effet que les conjectures d'un savant, qui hasarde une opinion

qu'il ne peut établir d'une manière satisfaisante, Jaillot oppose le

silence absolu de tous les écrivains contemporains sur les miracles de

saint Germain d'Auxerre à l'endroit où fut fondée cette église, tandis

qu'ils ont recueilli avec le plus grand soin tous ceux qu'il a opérés

ailleurs, et qu'ils ont poussé l'exactitude jusqu'à indiquer les croix

et les oratoires élevés dans les lieux devenus fameux par ces

événements miraculeux, ou par les prédications du saint. Il ajoute

(et ce fait, qui peut paroître aujourd'hui peu considérable, l'étoit

beaucoup dans ce temps-là) que l'évêque de Paris, dont en effet la

dévotion étoit grande au saint dont il portoit le nom, possédant une

de ses reliques, en fit présent[304] à sainte Geneviève, dont il étoit

contemporain, comme une marque de l'estime particulière qu'il avoit

pour elle; ce qu'il n'eût point fait, s'il eût existé une chapelle ou

un oratoire en l'honneur de ce saint: car, dans ce cas, il se seroit

empressé de l'y déposer, etc. Quant au diplôme de Charles-le-Chauve,

dans lequel il est question de l'église de Saint-Germain en ces

termes, _Quod à priscis temporibus Autissiodorensis dicitur_, l'abbé

Lebeuf lui-même pense avec raison que cette addition a été faite après

coup, et insérée ensuite dans toutes les copies.

[Note 304: Cette relique étoit une portion de ses vêtements.

Elle existoit encore dans le trésor de Notre-Dame en 1787.]

C'est en effet le seul titre où cette qualification lui soit donnée:

tous les historiens, tous les diplômes qui ont parlé de cette église n'y

joignent aucun surnom; elle est simplement appelée l'église de

Saint-Germain; et ce ne fut que dans le neuvième siècle qu'elle reçut,

en raison de sa forme nouvelle, la dénomination de Saint-Germain-_le-Rond_:

Abbon est le premier qui la désigne ainsi dans son poëme,

«_Germani Teretis contemnunt littora sancti._»

Tant de témoignages réunis, où rien ne s'explique en faveur de saint

Germain d'Auxerre, peuvent servir à confirmer les inductions tirées du

testament de _Bertram_; cependant on demande pourquoi le projet

attribué à Chilpéric, de transporter le corps de saint Germain dans la

nouvelle basilique, n'eut point son exécution. Cette difficulté, plus

grande que les autres, ne peut être résolue d'une manière

satisfaisante; et le silence absolu que gardent à cet égard tous les

auteurs contemporains ne permet de hasarder que de simples

conjectures. On présume donc que Chilpéric, n'ayant survécu que huit

ans à saint Germain, ne put faire achever la basilique qu'il avoit

commencée; que Frédégonde, dont la vie fut si agitée, remplie de tant

de crimes, de passions et de malheurs, ne s'empressa pas de la faire

continuer; et que, d'un autre côté, les religieux de Saint-Vincent,

jaloux de conserver les précieuses dépouilles dont ils étoient

dépositaires, firent naître tous les obstacles qui pouvoient en

empêcher ou en retarder la translation. Les troubles qui remplirent

les derniers règnes de la première race durent favoriser leurs voeux

et leurs projets; et lorsque Pépin monta sur le trône, il est probable

qu'on ne pensa plus à les dépouiller d'un bien dont une si longue

possession sembloit les rendre légitimes propriétaires. Ce prince, qui

avoit besoin de se concilier tous les esprits, voulut au contraire,

par une cérémonie éclatante, faire cesser toutes les craintes qu'ils

pouvoient avoir encore à cet égard. Le 25 juillet 754, assisté de ses

fils et des grands du royaume, il fit transférer avec la plus grande

pompe le corps de saint Germain, de la petite chapelle de

Saint-Symphorien dans le choeur de la grande église de Saint-Vincent,

qui depuis fut appelée de _Saint-Germain_ ou de _Saint-Vincent et de

Saint-Germain_. Alors l'autre église prit sans doute le surnom dont

nous venons de parler[305], pour ne pas être confondue avec la

première. Telles sont les conjectures imaginées pour expliquer cette

difficulté; et l'on doit convenir qu'elles sont à la fois

vraisemblables et ingénieuses.

[Note 305: _S. Germani Rotundi._]

Enfin cette basilique étoit la première église canoniale et

paroissiale qui dût son origine à la cathédrale; et cette dépendance

absolue où elle étoit de l'église mère[306], semble être une nouvelle

preuve qu'elle avoit pour titulaire le saint évêque qui l'avoit

gouvernée, et non celui d'Auxerre.

[Note 306: Les évêques de Paris possédoient, dans les

environs de cette église, une grande étendue de terres

labourables et de prairies, dont les démembrements ont formé

plusieurs paroisses et les quartiers les plus populeux de

Paris.]

L'église de Saint-Germain subsista telle qu'elle avoit été bâtie,

d'abord, jusqu'au siége de Paris par les Normands. Ces barbares

l'épargnèrent tant qu'elle leur parut utile à leur défense: ils la

fortifièrent à cet effet d'un fossé dont on retrouve encore

aujourd'hui la trace dans la rue qui en porte le nom; mais lorsqu'ils

furent obligés de quitter Paris, ils la détruisirent de fond en

comble. Helgaud, moine de Fleury, nous apprend que le roi Robert la

fit rebâtir[307], et que c'est alors qu'on trouve pour la première

fois des titres certains qui la présentent sous le nom de

Saint-Germain-l'Auxerrois, celui de Saint-Germain-le-Rond ne pouvant

plus lui convenir à cause de la forme nouvelle de l'édifice. On se

détermina sans doute à lui donner ce vocable, parce qu'il la

distinguoit pour toujours de l'abbaye de Saint-Vincent, désignée

depuis long-temps sous celui de Saint-Germain-des-Prés.

[Note 307: Duchesne, t. IV, p. 77.]

Le même écrivain qui nous apprend que cette église fut rebâtie par le roi

Robert, a jeté quelques auteurs, même modernes, dans une erreur assez

grave, en la désignant sous le nom de _Monasterium_: ils en ont conclu

qu'il y avoit anciennement des religieux à Saint-Germain. Il est vrai

qu'on entend aujourd'hui par le mot de _monastère_ un lieu habité par des

religieux et par un supérieur qui les commande; mais alors on appeloit

aussi _monastère_ toute église collégiale ou paroissiale, parce que les

chanoines et les prêtres qui les desservoient pratiquoient la vie commune:

ils sont ainsi appelés, dit Dubreul, _propter convictum communem quem

primitùs habebant_[308]. Il en est de même du nom d'_abbé_, qui, dans sa

véritable étymologie, signifie _père_, et qui, depuis, a été affecté

spécialement aux _archimandrites_ ou chefs et supérieurs des maisons

religieuses. Dubreul soutient donc avec raison que l'église de

Saint-Germain-l'Auxerrois n'a jamais eu d'abbé, mais un doyen et un

certain nombre de chanoines. D'ailleurs une charte authentique d'Imbert,

évêque de Paris, donnée en 1030, et confirmée en 1108 par celle de Galon,

un de ses successeurs, désignant les ecclésiastiques qui desservoient

cette _église_, leur donne cette qualité de _Chanoines_; ce qui prouve

que, quand bien même des religieux l'eussent desservie dans l'origine, son

état étoit déjà changé sous Robert, malgré le titre de _monastère_ que lui

donne l'historien de ce prince.

[Note 308: Le nom de _monastère_ s'est conservé long-temps

pour les paroisses, dans le vieux mot _montier_ et

_moutier_: _mener la mariée au moutier_. Dans la chronique

de Cambrai, que cite l'abbé Lebeuf, la cathédrale d'Arras

est appelée _monasterium S. Mariæ Atrebatensis_.]

Il est donc naturel de penser que, dans tous les temps, la communauté

de Saint-Germain-l'Auxerrois a été composée de chanoines; et cette

dépendance même où ils étoient de la cathédrale en est une nouvelle

preuve, puisqu'à cette époque les religieux étoient déjà affranchis de

la juridiction épiscopale. Dans les commencements, ces chanoines

administroient le baptême et les autres sacrements, et étoient tour à

tour chargés des fonctions curiales; mais là partie de la ville qui

étoit sous leur gouvernement s'étant considérablement peuplée, surtout

sous le règne de Philippe-Auguste, ils choisirent un vicaire pour

remplir ces fonctions sous leurs yeux. Par là cette collégiale fut

érigée en cure au commencement du treizième siècle; et l'on trouve en

effet plusieurs actes dans lesquels, dès l'an 1202, le _prêtre_,

c'est-à-dire le curé, est distingué des chanoines[309].

[Note 309: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 18, _verso_.]

L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois est, après la cathédrale, la

seule parmi les anciennes églises séculières qui ait eu une école; et

cette école étoit tellement célèbre, que le nom en est resté à une

partie de son territoire. Un passage de Grégoire de Tours donneroit à

penser qu'elle existoit dès le temps de l'évêque de Paris saint

Germain, et de Ragnemode son successeur: on ne peut douter du moins

qu'elle ne fût déjà florissante sous le règne de Charlemagne, époque à

laquelle on vit renaître les études si long-temps négligées. Cette

école dut reparoître avec un nouvel éclat sous le roi Robert, qui

rebâtit l'église, et qui s'intéressoit particulièrement à l'éducation

des jeunes ecclésiastiques; mais le terrain où elle étoit située étant

devenu depuis nécessaire pour les dépôts de la navigation, et

l'université s'étant formée sur la montagne Sainte-Geneviève, les

études cessèrent à Saint-Germain. C'est aussi la première église, en

exceptant toujours la cathédrale, qui ait possédé de bonne heure une

nombreuse communauté de clercs. Les chanoines l'établirent au douzième

siècle, afin de donner plus de solennité à la célébration des offices;

et Maurice de Sully, alors évêque de Paris, approuva cet

établissement[310].

[Note 310: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par., t. I, p. 49.]

Son chapitre est de même l'un de ceux qui ont fourni à l'église de

France les plus illustres personnages. Parmi ses doyens, dont on a la

liste depuis sept à huit siècles, plusieurs devinrent évêques ou se

distinguèrent par leur piété. Il possédoit d'ailleurs un grand nombre

de prérogatives, entre autres, le droit de nommer à tous les bénéfices

fondés sur son territoire, ce qui comprenoit presque tout le quartier

occidental de la ville et des faubourgs de Paris[311].

[Note 311: À commencer au Grand-Châtelet inclusivement, et

suivant la grande chaussée de Saint-Denis, pour ne se

terminer que vers Saint-Cloud, dont Chaillot seul se

trouvoit excepté. (LEBEUF, _ibid._)]

Cette paix et cette considération dont il jouissoit ne furent

troublées que vers le commencement du siècle dernier. Il s'étoit déjà

élevé plusieurs procès entre le chapitre et le curé; les chanoines

avoient aussi des démêlés fréquents avec les marguilliers, et même

avec les chapelains du choeur[312]. Ces divisions, et le mauvais état

des affaires des chanoines de Notre-Dame, firent naître l'idée de

réunir les deux chapitres. La proposition en fut faite en 1736; et

après d'assez longues contestations relatives au rang et aux

priviléges que demandoient les chanoines de Saint-Germain, cette

église collégiale, qui pouvoit à juste titre se dire la fille aînée de

celle de Paris, retourna en 1744 à la source d'où elle étoit sortie,

onze à douze siècles auparavant; et la nomination des bénéfices

auxquels elle présentoit revint à l'Ordinaire.

[Note 312: Il y avoit eu anciennement beaucoup de fondations

de chapelles qui n'existoient plus dans le quatorzième

siècle; et les plus anciennes de ce temps-là ne passoient

pas le quinzième. L'abbé Lebeuf y compte une chapelle de

Saint-Nicolas, dans la nef, établie dès l'an 1189; en 1317,

une chapelle de Sainte-Madeleine; en 1328, une chapelle de

la Trinité, fondée par Guillaume Des Essarts. Plusieurs

chapellenies se trouvoient déjà établies en 1497, à l'autel

des Cinq-Saints, situé dans la nef, etc., etc. (Le même,

_ibid._, p. 50.)]

Le bâtiment de Saint-Germain-l'Auxerrois n'étoit pas moins illustre

que la communauté qu'il renfermoit. Cette église, objet de l'affection

particulière de nos rois, et bâtie à plusieurs reprises par l'ordre de

ces princes, en avoit pris le nom de _royale_; et ce titre lui fut

confirmé lorsqu'ils eurent fait du Louvre leur demeure ordinaire.

Quant à l'antiquité de ses constructions, Piganiol s'est trompé en

disant qu'il restoit encore quelques parties de celles qui avoient été

faites du temps de Robert: ce qu'on y voit de plus ancien est le grand

portail[313], qui paroît être du siècle de Philippe-le-Bel; le

vestibule ou portique qui le précède ne fut construit que sous le

règne de Charles VII. Cette façade de l'édifice n'a d'ailleurs jamais

été terminée; et il est facile de voir sur l'élévation que toutes les

parties supérieures et pyramidales y manquent entièrement[314].

[Note 313: _Voy._ pl. 47. La situation de ce portail, placé

intérieurement, et précédé d'un vestibule, est cause sans

doute que les figures dont il est orné ont échappé aux

dévastations des brigands révolutionnaires. Elles sont au

nombre de six, et représentent les deux personnes royales

dont nous avons déjà parlé, un ecclésiastique orné d'une

simple dalmatique, qu'on croit être le saint diacre Vulfran;

sainte Geneviève, un ange et un évêque, que l'abbé Lebeuf

dit être saint Landri. Le peuple de Paris s'imagine y voir

la représentation de saint Germain; mais c'est une erreur:

la statue de saint Germain étoit au trumeau qui séparoit les

deux battants de la porte; elle en fut ôtée dans le

dix-septième siècle, avec le pilier qui embarrassoit

l'entrée, et enfouie en terre sous la première arcade du

bas-côté, à droite. (LEBEUF, _ibid._, p. 42.)]

[Note 314: _Voyez_ pl. 35.]

Le choeur, autant qu'on pouvoit juger dans le siècle dernier, par sa

structure et par les anciens vitraux qu'on y avoit conservés,

paroissoit être du quatorzième siècle; les ailes, les chapelles, la

croisée avec son double portail et la nef étoient d'une construction

plus moderne au moins de cent ans[315]. En 1607, on construisit sur le

terrain du cloître un réservoir pour les eaux de la Samaritaine, et

une galerie couverte, voisine du grand portail, laquelle servoit de

chapelle à la communion.

[Note 315: _V._ pl. 36. Le clocher, dont on a abattu la

partie pyramidale, étoit d'un gothique qui annonçoit le

douzième siècle. Sa situation singulière au côté méridional

de l'entrée du choeur porte à penser qu'il y en avoit un

autre au côté septentrional, pour établir un ordre

symétrique, comme on le remarque dans un grand nombre

d'églises.]

Dans le temps que le chapitre étoit à Saint-Germain, le choeur de

cette église étoit fermé de toutes parts à la hauteur des arcades des

bas côtés, et il n'y avoit d'ouvertures que par la porte principale et

par les portes collatérales.

Le jubé, tel qu'il étoit alors, passoit pour un morceau

d'architecture très-remarquable; il avoit été élevé sur les dessins de

Pierre Lescot[316], et les sculptures étoient de Jean Goujon. Ce jubé

étoit porté sur trois arcades; celle du milieu formoit la principale

entrée du choeur, et dans la baie de chacune des deux autres étoit un

petit autel renfermé par un balustre. Aux deux extrémités on voyoit,

sur deux autels saillants, les statues en pierre de la Vierge et de

saint Louis, d'un très-mauvais travail; les jambages de ces arcades

étoient revêtus chacun de deux colonnes corinthiennes, et les cintres

en étoient ornés de figures d'anges, tenant les instruments de la

Passion. Sur l'appui du jubé et au-dessus des colonnes on avoit placé

les statues des quatre évangélistes; mais ce qu'il y avoit de plus

précieux dans cette décoration étoit un grand bas-relief, qui en

occupoit le milieu, et qui représentoit Nicodème ensevelissant

Jésus-Christ. Ce morceau, admirable, dit-on, sous tous les rapports

d'ordonnance et d'exécution, étoit de la main du célèbre sculpteur que

nous venons de nommer. Il fut détruit avec le reste, lors des

changements qui s'opérèrent dans l'administration de Saint-Germain,

par la réunion de son chapitre à celui de Notre-Dame.

[Note 316: Architecte de la partie du Louvre bâtie sous

François Ier. Nous aurons bientôt occasion d'en reparler.

La construction de ce jubé fut accompagnée de riches

embellissements faits intérieurement à cette église depuis

1607 jusqu'à 1623, en menuiserie, peintures, bronzes,

marbres précieux et dorures. Toutes les voûtes furent

peintes d'azur, semé de fleurs de lis d'or. Le grand autel

surtout étoit d'une magnificence remarquable, orné de six

colonnes de porphyre, enceint d'une balustrade de marbre

blanc, etc.]

Le curé et les marguilliers pensèrent aussitôt à faire exécuter dans

leur église les travaux convenables pour la rendre vraiment

paroissiale[317]. Il fut décidé qu'on ouvriroit le choeur de tous les

côtés: pour y parvenir, on abattit, en 1745, les lambris qui

l'environnoient, et même le jubé qui régnoit sur la porte principale;

le pavé de l'église fut relevé et réparé dans toute son étendue; et

afin d'éviter de nouvelles dégradations, on pratiqua sous l'église de

vastes caveaux pour les inhumations. Tous ces changements furent

approuvés, à l'exception de la destruction du jubé.

[Note 317: Dans le temps que cette église étoit collégiale,

l'office paroissial se célébroit dans une chapelle de la

nef, que l'on appeloit chapelle de la paroisse.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 16 / 37 段