Le commandant de ce corps est nommé _chevalier du guet_ dans une

ordonnance de saint Louis, de l'année 1254, et dans plusieurs autres

titres de cette même époque; et Delamare, rejetant les diverses

étymologies que l'on a voulu donner à cette dénomination, pense avec

raison qu'il faut aller en chercher l'origine jusque chez les Romains,

qui ne confioient un poste de cette importance qu'à un personnage

d'une condition relevée, et qui le choisissoient toujours dans l'ordre

des chevaliers.

Si nous examinons maintenant les divers changements et révolutions

qu'a éprouvés le guet de Paris, nous trouvons que, par un édit de

1559, la compagnie du guet royal fut portée à deux cent quarante

hommes, et qu'en même temps le _guet assis_ fut supprimé. Deux ans

après, en 1561, au milieu des troubles que firent naître les guerres

de religion, on voit la garde de Paris remise entièrement aux

bourgeois, et le guet royal supprimé. Enfin, par l'édit de

pacification de 1563, les bourgeois furent de nouveau entièrement

déchargés du service, et le guet redevint ce qu'il avoit été en 1559.

Depuis cette époque et jusqu'à la destruction de ce corps opérée dans

la première année de la révolution, il n'a éprouvé d'autre changement

que celui d'une augmentation successive, et proportionnée aux

accroissements continuels de la capitale.

BUREAU DES MARCHANDS DRAPIERS.

Le corps des drapiers avoit son bureau dans la rue des Déchargeurs.

C'est un monument assez digne d'attention par la richesse de son

frontispice, exécuté vers le milieu du dix-septième siècle sur les

dessins de Libéral Bruant, architecte qui jouissoit alors d'une grande

célébrité. Il se compose d'une ordonnance dorique, dans laquelle on

trouve des innovations et des omissions qui prouvent, comme on le

remarque dans tant d'autres monuments, que les architectes de cette

époque ne suivoient point de marche sûre, et étoient loin de

s'astreindre à toute la sévérité des principes. Mais il offroit, dans

l'exécution de diverses parties, et notamment dans celle des

sculptures dont il étoit orné, assez de mérite pour justifier la

longue réputation dont il a joui dans des temps où peu d'amateurs

savoient apprécier les véritables beautés de l'art[217].

[Note 217: _Voy._ pl. 33. Il n'existe plus que des portions

dégradées de ce monument, qui sert maintenant d'habitation à

des particuliers. Les cariatides et tous les ornements de

sculpture dont il étoit couvert ont été détruits; et la

balustrade qui s'élevoit au-dessus du second fronton a été

abattue.]

RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.

_Rue de l'Abreuvoir Popin._ Elle a son entrée dans la rue de

Saint-Germain-l'Auxerrois, et, passant sous le quai de la Mégisserie,

elle aboutit à la rivière. On est dans l'usage de dire et d'écrire,

mais mal à propos, _l'Abreuvoir Pépin_. Tous les anciens actes

l'appellent _Popin_ et _Paupin_. Elle tire ce nom d'une famille connue

au douzième siècle, et qui possédoit un fief dans lequel cette rue est

située. Il est fait mention de _Jehan Popin du Porche_ dans un acte de

1264[218], et dans un arrêt de 1268[219].

[Note 218: _Cart. Sorb._, fol. 142.--Hist. de Paris, t. I,

p. 102.]

[Note 219: Le fief Popin s'étendoit en partie sûr les rues

de Richelieu, des Petits-Champs, Sainte-Anne, Traversière,

Clos-Georgeau; en entier sur les rues du Hasard et Villedot;

et dix maisons relevoient de ce fief entre les rues

Thibaut-aux-Dés, des Deux-Boules, Bertin-Poirée, et des deux

côtés de la rue des Deux-Visages (Arch. de l'archev.). La

place où est située la rue de l'abreuvoir Popin avoit été

donnée par cette famille, dans le 12e siècle, à l'abbaye de

Hautes-Brières, de qui la compagnie des marchands de l'eau

l'acquit en 1170. (Traité de la Pol., t. II, pag. 653).]

_Rue de l'Aiguillerie._ Elle aboutit dans la rue Saint-Denis et au

cloître Sainte-Opportune. Sauval l'appelle rué de l'_Escuillerie_.

L'abbé Leboeuf et Robert ont cru reconnoître cette rue dans celle que

Guillot appelle _Rue à petits soulers de Bazenne_; mais il est plus

probable qu'il entendoit plutôt par cette désignation la rue

_Courtalon_. Jaillot pense que c'est cette rue de l'Aiguillerie qui,

dans plusieurs titres, est appelée rue _Alain de Dampierre_[220].

[Note 220: Jaillot, quart. S.-Opportune, p. 7.--Sauval dit

encore qu'en 1449 on la nommoit le cloître Sainte-Opportune;

et il est vrai que ce nom a été donné en général à toutes

les rues qui environnoient cette église.]

La place _Gastine_ étoit à l'entrée de cette rue. Sur cette placé

étoit auparavant la maison d'un protestant, nommé Philippe de Gastine,

condamné à mort et exécuté en 1568, pour l'avoir fait servir au prêche

de sa secte, contre la teneur des édits; et à l'endroit de cette

maison, qui fut en même temps rasée, on érigea une croix, que depuis

on enleva et transporta au cloître des Innocents, par suite de l'édit

de pacification que Charles IX accorda aux réformés en 1570.

_Rue de l'Arche-Marion._ Elle va de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois à

la rivière, en passant sous le quai de la Mégisserie. Comme elle fait

la continuation de la rue Thibaut-aux-Dés, on l'appeloit anciennement

_l'Abreuvoir Thibaut-aux-Dés_, nom qu'elle portoit encore en 1300. On

lui donna ensuite celui de _rue des Jardins_[221]; et vers la fin du

quinzième siècle, elle fut nommée _ruelle qui fut Jean de la Poterne_,

du nom d'un particulier qui avoit en cet endroit des étuves, que l'on

nommoit _les étuves aux trois pas de degrés_[222]. En 1530, on

l'appela _ruelle des Étuves_[223]. Enfin, on la trouve, dans un titre

de 1565, sous la désignation de _l'Arche Marion_ et de _l'Abreuvoir

Marion_, du nom de la femme qui tenoit alors ces étuves[224]. Elle est

encore nommée quelque part _rue de l'Archer_.

[Note 221: Arch. de l'archev.--Sauval, t. III, p. 283 et

310.]

[Note 222: Cens. de l'évêché.]

[Note 223: _Ibid._]

[Note 224: _Ibid._]

_Rue Bertin-Porée._ Elle va d'un côté dans la rue

Saint-Germain-l'Auxerrois, et de l'autre dans celle des Deux-Boules.

Quelques-uns l'ont appelée _Martin-Poirée_; mais son véritable nom est

_Bertin-Porée_. Elle le portoit avant 1240, et le tenoit d'un

bourgeois qui y demeuroit[225].

[Note 225: Pet. Cart. de l'évêché, fol. 89. Cart. 107, gr.

Cart., fol. 283.]

_Rue Béthisi._ Elle se termine d'un côté au coin des rues du Roule et

de la Monnoie, et de l'autre à la rue des Bourdonnois. Cette rue se

continuoit anciennement jusque dans la rue de l'Arbre-Sec, et, dès le

treizième siècle, elle portoit deux noms. Elle étoit appelée _Béthisi_

dans toute la partie connue encore aujourd'hui sous ce nom; et depuis

la rue de la Monnoie jusqu'à celle que nous venons de nommer, elle

prenoit celui de rue au _Cuens_ ou au _Quains de Ponthi_, _au Comte de

Ponthi_, et _Ponthieu_. L'entrée du côté de la rue de l'Arbre-Sec

étoit appelée _le carrefour au Comte de Ponti_[226], parce que l'hôtel

de ce comte y étoit situé. La division par quartiers, établie en 1702,

en fit distraire cette dernière partie, que l'on nomma rue des

_Fossés-Saint-Germain_. L'autre conserva son ancien nom, qu'elle

tenoit de Jean ou Jacques Béthisi.

[Note 226: Sauval., t. II, p. 242.]

Le premier nom de cette rue étoit _la Charpenterie_, et c'est ainsi

qu'elle est indiquée dans les censiers de l'évêché du quatorzième

siècle; elle le portoit encore au milieu du siècle suivant, mais

seulement depuis la rue _Tire-Chape_ jusqu'à celle des _Bourdonnois_.

L'autre partie conservoit le nom de _Béthisi_.

_Rue Boucher._ Elle donne d'un bout dans la rue Thibaut-aux-Dés, de

l'autre dans celle de la Monnoie. Cette rue, commencée en 1776, fut

ouverte en 1778 sur l'emplacement de l'ancien hôtel des Monnoies. Elle

porte le nom d'un échevin qui étoit en exercice dans l'année 1773.

_Rue des Deux-Boules._ Elle aboutit d'un côté au coin des rues des

Bourdonnois et Thibaut-aux-Dés, et de l'autre à celle des Lavandières.

Guillot et les anciens titres du treizième siècle la désignent sous le

nom de _Guillaume Porée_[227]. Nous ne savons si jadis elle faisoit un

retour d'équerre dans une partie de la rue qui lui est parallèle (la rue

des Mauvaises Paroles); mais il est certain qu'aux douzième et treizième

siècles elle s'appeloit rue _Mauconseil_ ou _Maleparole_[228]. Dans des

actes postérieurs, et jusqu'en 1546, elle est appelée _Guillaume Porée

autrement Maleparole_; _Guillaume Porée dite des Deux-Boules_. Ce

dernier nom lui vient d'une enseigne.

[Note 227: Cens. de l'évêché.]

[Note 228: _Arch. S. Martin._]

_Rue des Bourdonnois._ Elle aboutit d'une part dans la rue Saint-Honoré,

de l'autre au bout des rues _Béthisi_ et _Thibaut-aux-Dés_. Guillot

l'appelle rue _à Bourdonnas_. Sauvai dit qu'en 1297 elle se nommoit rue

_Adam Bourdon_ et _Sire Guillaume Bourdon_, et en 1300, la rue des

_Bourdonnois_[229].

[Note 229: T. II, p. 125. Au bout de cette rue est le

cul-de-sac de _la Fosse aux Chiens_. C'étoit anciennement

une rue qui se prolongeoit jusqu'à la rue Tirechape. La

place où ce cul-de-sac est situé étoit hors de la première

enceinte, et servoit de voirie; ce qui a fait donner à tout

cet endroit les noms de _Marché aux pourceaux_, de la _Place

aux Chats_ et de la _Fosse aux Chiens_, qui en occupe une

partie. Dès le commencement du quinzième siècle, c'étoit un

cul-de-sac. Il se nomme aujourd'hui cul-de-sac des

_Bourdonnois_.]

_Rue ou place du Chevalier-du-Guet._ Elle aboutit dans la rue des

Lavandières, à la place du Chevalier-du-Guet et à la rue

Perrin-Gasselin. En 1300 et jusqu'au milieu du seizième siècle, la

place et ces deux rues n'étoient connues que sous ce nom général _le

Perrin-Gasselin_. Celui que porte celle-ci vient d'une maison que le

roi y avoit acquise pour loger le chevalier ou commandant du guet. On

présume que ceci se passa en 1363, sous le roi Jean.

_Rue Courtalon._ Elle va de la rue Saint-Denis à la place du cloître

Sainte-Opportune. Nous avons déjà observé que c'est celle que Guillot

appelle rue _à petits Soulers de Bazenne_. Dans le siècle suivant, on

ne la désignoit que sous le nom général de _cloître Sainte-Opportune_.

On ignore si elle doit son dernier nom à une enseigne ou à Guillaume

Courtalon, qui possédoit, vers le milieu du seizième siècle, deux

maisons au coin de la rue des Lavandières.

_Rue des Déchargeurs._ Elle aboutit d'un côté dans la rue des

Mauvaises-Paroles, et de l'autre dans celle de la Féronnerie. En 1300

et 1313, on la nommoit _le Siége aux Déchargeurs_, et depuis rue du

_Siége_ et _du Viel Siége aux Déchargeurs_. À l'endroit de la rue de

la Féronnerie, où aboutit celle-ci, étoit une place appelée

anciennement _la place aux Pourciaux_, et ensuite _la place aux

Chats_. Avant que la ville se fût accrue de ce côté-là, c'étoit un

lieu plein d'immondices et une voirie. Elle s'étendoit assez loin, car

on ne peut douter que la rue de la Limace et le cul-de-sac de la Fosse

aux Chiens n'en fissent partie.

_Rue Étienne._ Elle commence dans la rue Béthisi, et vient aboutir à

la rue Boucher. Elle fut percée en même temps que cette dernière, sur

le même emplacement, et porte comme elle le nom d'un échevin.

_Rue de la Féronnerie._ Elle fait la continuation de la rue

Saint-Honoré, et aboutit à la rue Saint-Denis. Sauval, et ceux qui ont

écrit d'après lui sur les rues de Paris, ne sont ni clairs ni exacts

dans ce qui concerne celle-ci. Il dit qu'en 1341 c'étoit la rue _de la

Charonnerie_, _vicus Karonnorum_; et en 1432, la rue de la Féronnerie.

Il est plus vraisemblable qu'elle prit le nom de la _Féronnerie_

lorsque saint Louis permit à de pauvres férons d'occuper les places

qui régnoient le long des charniers; ce qui est antérieur de deux

siècles à l'année 1432. Un acte tiré des titres de l'abbaye de

Saint-Antoine-des-Champs lui donne déjà ce nom en 1229; et on le

retrouve dans plusieurs autres du même siècle[230]. Elle prit ensuite

le nom de la _Charonnerie_, dans sa partie orientale jusqu'à la rue de

la Lingerie, et ne conserva l'ancienne dénomination que dans la partie

occidentale. Cependant elles furent souvent confondues toutes les deux

sous le dernier nom.

[Note 230: Jaillot, quart. S. Opport., p. 17 et 18.]

La rue de la Féronnerie est à jamais mémorable par l'horrible attentat

qui enleva à la France l'un de ses plus grands et de ses meilleurs

rois. Tout le monde sait que c'est dans cette rue que Henri IV fut

assassiné par l'exécrable Ravaillac. Avant la révolution, on voyoit,

vis-à-vis de la place où ce régicide fut commis, un buste[231] de ce

prince, au bas duquel on lisoit l'inscription suivante:

_Henrici Magni recreat præsentia cives,

Quos illi æterno foedere junxit amor._

[Note 231: Ce buste, abattu en même temps que toutes les

statues de nos rois, a été remis à sa place.]

Cette rue étoit alors fort étroite, n'ayant pas la moitié de sa

largeur actuelle. Les férons, à qui saint Louis avoit donné l'espace

qui régnoit le long du cimetière des Innocents, y avoient bâti des

boutiques. En 1474, Louis XI accorda cette même place aux marguilliers

des Saints-Innocents, et leur permit d'y faire construire des édifices

de la largeur des auvents qu'on y voyoit auparavant[232]. À ces

constructions succédèrent bientôt des maisons qui obstruèrent cette

rue, et la rendirent même dangereuse, parce que c'étoit un des

principaux passages par lesquels on arrivoit aux halles. Ce ne fut

qu'en 1671 que la rue fut enfin élargie, telle que nous la voyons

aujourd'hui.

[Note 232: MS. de S. Germ., c. 453, fol. 285.]

_Rue des Fourreurs._ Elle aboutit d'un côté dans la rue des

Déchargeurs, et de l'autre au cloître Sainte-Opportune. Son ancien nom

étoit _la Cordouannerie_; elle le portoit au treizième siècle. Depuis

on l'a nommée _Cordonnerie_ et _Vieille-Cordonnerie_; et c'est ainsi

qu'elle est indiquée par Corrozet. Son dernier nom lui est venu des

pelletiers qui s'y sont établis au dix-septième siècle.

_Rue des Fuseaux._ Elle va de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois au quai

de la Mégisserie. Les bâtiments qu'on a élevés successivement sur ce

quai ont obligé de percer cette rue et celle des Quenouilles, qui lui

est parallèle, pour ne pas ôter le jour aux maisons qui déjà y avoient

été bâties. Telle est l'origine de la plupart des petites ruelles, et

principalement de celles qui descendent des rues de la Mortellerie et

de la Huchette à la rivière. Celle-ci a été appelée quelquefois

_ruelle Jean du Mesnil_, du nom d'un particulier qui y demeuroit[233];

mais elle est indiquée sous celui _des Fuseaux_ dès 1372. Ce nom lui

vient de l'enseigne d'une maison située entre cette rue et celle des

Quenouilles, et qui s'appeloit la maison _des Deux Fuseaux_.

[Note 233: Cens. de l'évêché.]

_Rue Saint-Germain-l'Auxerrois._ Elle va de la place des Trois-Maries

à la rue Saint-Denis. On peut faire remonter son origine jusqu'à celle

de l'église qui lui a donné son nom, c'est-à-dire jusqu'au règne de

Chilpéric Ier: car il est certain que, soit qu'il y eût ou non une

clôture au nord, il existoit, à la sortie de la cité, un chemin qui

conduisoit à cette église, et qui est représenté par cette rue. Il en

est fait mention dans un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de l'an 820.

Guillot l'appelle rue _Saint-Germain-à-Couroïers_, peut-être parce

qu'elle étoit alors habitée en grande partie par des corroyeurs. Avant

qu'on lui eût donné le nom de _Saint-Germain-l'Auxerrois_, ce qui

n'est arrivé que depuis environ trois cents ans, elle étoit indiquée

sous celui de _Saint-Germain_ ou _grant rue Saint-Germain_. Jaillot

croit qu'en 1262 le bout de cette rue qui vient finir à la rue

Saint-Denis étoit distingué de l'autre, et que c'étoit la rue indiquée

dans les titres sous le nom de _Jean de Fontenay_.

Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles qui aboutissoient à la

place du Chevalier-du-Guet. La première se nommoit _ruelle

Deniau-le-Breton_[234] en 1336; en 1563, ruelle du _Chevalier-du-Guet_,

et depuis ruelle _des Trois Poissons_. Elle est maintenant bouchée par

des maisons. La seconde, qui faisoit face à la rue de la Saunerie, et

qui n'étoit connue sous aucun nom, porte aujourd'hui celui de cul-de-sac

du _Chevalier-du-Guet_.

[Note 234: Arch. de l'archevêché.]

_Rue la Harangerie._ Elle va de la rue de la Tabletterie à celle du

Chevalier-du-Guet. Dès 1313 elle s'appeloit ainsi. Depuis on a dit

_Vieille-Harangerie_. Sauval n'en a pas fait mention. On ignore d'où

lui vient son nom[235].

[Note 235: L'abbé Lebeuf pense que ce nom pourroit lui venir

du fief _Harenc_, qu'on sait, dit-il, avoir été voisin de

Sainte-Opportune. Jaillot n'adopte point cette conjecture,

parce que le fief _Harenc_ étoit situé près de

Saint-Jacques-de-la-Boucherie, donnant dans cette rue et

dans celle du Crucifix, et qu'il n'y avoit dans la rue de la

Harangerie, ni même dans le quartier Sainte-Opportune,

aucune maison qui dépendit de ce fief.

Il y avoit en 1372, dans cette rue, une ruelle qui n'est

désignée dans les titres sous aucun nom. Elle est devenue

depuis un passage particulier.]

_Rue Saint-Honoré._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier

prend depuis le coin des rues du Roule et des Prouvaires jusqu'à celle

de la Lingerie. Depuis le coin de la rue Tirechape jusqu'à celle des

Prouvaires et même jusqu'à la rue de l'Arbre-Sec, on la nommoit

anciennement rue du _Châtiau fêtu_ et _Chasteau festu_, du nom d'une

maison qui étoit dans la censive de l'abbaye Saint-Antoine (_Castellum

Festuci_), et dont il est fait mention dans une infinité de titres qui

remontent jusqu'à l'an 1227[236]. L'étymologie de ce nom, qu'elle

portoit encore en 1313, est inconnue, ou du moins celles qu'on a voulu

en donner ne sont point satisfaisantes[237].

[Note 236: Cens. de S Ant.--Gr. cart., fol. 82, 151,

171.--Petit cart., fol. 148.]

[Note 237: Nous ferons connoître, en parlant des rues du

quartier du Louvre, celle qui paroît la plus vraisemblable.]

_Rue Jean Lantier._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Bertin-Porée,

et de l'autre dans celle des Lavandières. Le véritable nom de cette

rue est _Jean-Lointier_. On le trouve écrit ainsi dans les actes des

treizième et quatorzième siècles; elle est appelée _Philippe Lointier_

dans la liste des rues du quinzième. Au reste, Sauval, Gomboust,

Bullet et autres ont plus ou moins défiguré le nom de cette rue.

_Rue des Lavandières._ Elle va de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois au

cloître Sainte-Opportune; et doit sans doute son nom à des

blanchisseuses que le voisinage de la rivière avoit invitées à y fixer

leur demeure[238]. Elle le portoit dès le treizième siècle.

[Note 238: Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé

_Rolin-prend-gage_: anciennement on le nommoit ruelle

_Baudoin-prend-gaige_. Il en est fait mention sous ce nom

dans les registres du parlement à l'an 1311; et il paroît,

par les censiers de l'évêché, qu'il le portoit encore en

1581.]

_Rue de la Limace._ Elle traverse de la rue des Déchargeurs dans celle

des Bourdonnois. On croit que c'est celle dont Guillot parle sous le

nom de la _Mancherie_. Elle faisoit anciennement partie de la place

aux Pourceaux, dite depuis la _place aux Chats_. En 1575, on la trouve

nommée rue _de la Place aux Pourceaux_, autrement dite _de la Limace_,

et _de la Viels Place aux Pourceaux_[239]. Mais dès 1412, elle est

indiquée sous le nom de la _Limace_, qu'elle a toujours conservé

depuis.

[Note 239: Cens de l'évêché.]

_Rue des Orfèvres._ Elle aboutit d'un côté dans la rue

Saint-Germain-l'Auxerrois, et de l'autre dans la rue Jean-Lantier. Le

premier nom connu qu'elle ait porté est celui des _Moines de

Joie-en-Val_, qu'on appeloit par corruption _Jenvau_. C'est ainsi que

Guillot la désigne _la rue à Moignes de Jenvau_. On voit que, dès ce

temps, cette rue étoit fermée par deux portes, ce qui lui fit donner

le nom d'_entre Deux-Portes_, _aux Deux-Portes_ et _des Deux-Portes_;

elle le portoit encore au commencement du quinzième siècle. Le

procès-verbal de 1636 la nomme _rue de la Chapelle aux Orfèvres_,

parce que la chapelle et l'hôpital qu'ils avoient fait bâtir y étoient

situés.

_Rue des Mauvaises-Paroles._ Elle traverse de la rue des Bourdonnois

dans celle des Lavandières. Nous avons déjà dit, en parlant de celle

des Deux-Boules, qu'au douzième siècle on la confondoit avec celle-ci.

On les trouve toutes les deux distinguées dans Guillot. Corrozet

l'appelle rue des _Mauvaises-Paroles_, et ce nom n'a pas varié depuis.

_Rue Perrin-Gasselin._ Elle fait la continuation de la rue du

Chevalier-du-Guet, et aboutit à la rue Saint-Denis. Ce nom, commun

autrefois à tout cet endroit, n'est resté qu'à la petite partie de la

rue qui le porte aujourd'hui, et ce n'est que depuis la fin du

dix-septième siècle qu'il lui a été restitué; car sur les plans de

Gomboust et de Bullet, elle est nommée, dans toute son étendue, rue du

_Chevalier-du-Guet_.

_Rue du Plat-d'Étain._ Elle traverse de la rue des Déchargeurs dans

celle des Lavandières. Sauval et l'abbé Lebeuf ont fait de longues

dissertations sur cette rue, qu'ils ont confondue avec celle de

_Rollin-prend-Gage_. Jaillot, qui a apporté une critique si minutieuse

dans toutes ces matières, leur a prouvé qu'elle se nommoit d'abord

_Raoul Lavenier_[240]. Elle doit le nom qu'elle porte à une enseigne.

On lit qu'en 1489 l'hôtel du _Plat-d'Étain_ appartenoit à Simon et

Étienne de Lille[241].

[Note 240: Jaillot, quart. S. Opport., p. 49.]

[Note 241: Cens. de l'évêché.]

_Rue des Quenouilles._ Elle va du quai de la Mégisserie dans la rue

Saint-Germain-l'Auxerrois. Elle s'appeloit, au quatorzième siècle,

ruelle _Simon Delille_; au suivant, ruelle _Jean Delille_, autrement

_Sac-Épée_[242], et au seizième, ruelle _des Quenouilles_, _de la

Quenouille_ et _des Trois-Quenouilles_.

[Note 242: _Ibid._]

_Rue de la Saunerie._ Elle va également du quai de la Mégisserie dans

la rue Saint-Germain. Anciennement elle se prolongeoit en retour

jusque dans la rue Saint-Denis, comme nous l'avons déjà remarqué; elle

est nommée _Salneria in Vico S. Dionysii_ dans un titre de 1407[243].

Ce nom lui vient de l'ancienne maison de la marchandise du sel qui en

étoit proche, et non du grenier à sel où elle conduisoit, et qui n'y a

été placé que long-temps après. Elle le portoit dès le treizième

siècle, et un titre de cette époque nous apprend que le terrain sur

lequel elle étoit située étoit dans la censive de l'évêque[244].

[Note 243: Jaillot, quart, S. Opport, p. 50.]

[Note 244: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 67, _recto_.]

Cette rue a toujours conservé le même nom, cependant avec un

changement dans l'orthographe, qui en détruit l'étymologie; car on

écrit et on l'appelle rue de _la Sonnerie_ ou _Petite-Sonnerie_.

Seroit-ce par aphérèse, dit Jaillot, et parce qu'on y vendoit du

poisson? En effet, elle est nommée, dans le procès-verbal de 1636, rue

_de la Petite-Poissonnerie_.

_Rue de la Tabletterie._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Denis,

et de l'autre à la place et au cloître Sainte-Opportune. Elle

s'appeloit tantôt de _la Hanterie_, tantôt de _Sainte-Opportune_, et

quelquefois rue de _la Vieille-Cordonnerie_[245]. Le plus ancien de

ces noms est _la Hanterie_, et elle est ainsi nommée dans une

transaction de l'an 1218[246]. On la trouve, dans un acte de 1312,

sous le nom de _Sainte-Opportune_, et nous avons remarqué que ce nom

étoit commun aux rues qui environnoient cette église. Elle a porté

aussi celui de _la Cordonnerie_, comme n'étant qu'une même rue avec

celle des Fourreurs, qui en fait la continuation; et dans un censier

de l'évêché de 1495, elle est énoncée sous le nom de _la Tabletterie_,

_aliàs_, de _la Cordouannerie_ ou _Sainte-Opportune_. Dès 1300,

Guillot la désigne sous ce dernier nom de _la Tabletterie_. On le

trouve également dans la liste des rues du quinzième siècle, et depuis

il ne paroît pas que ce nom ait changé.

[Note 245: Sauval., t. I, p. 163.]

[Note 246: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 75, _verso_.]

_Rue Thibaut-aux-Dés._ Elle commence à la rue

Saint-Germain-l'Auxerrois, et finit à celle des Bourdonnois. Il est

peu de rues dont le nom offre autant de variations dans l'orthographe.

On trouve _Thibaut-à-Déz_ dans Guillot, _Thibaut-aux-Dez_ en 1313; et

dans la liste du quinzième siècle, _Thibaut-Ausdet_, _Thibaut-Todé_,

_Thibaut-Oudet_, _Thiebaut-Audet_. Ces derniers noms ne paroissent

être que des fautes de copistes.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 11 / 37 段