En 1586, sous Henri III, la communauté des fourreurs fut réunie à

celle des pelletiers, et il leur fut donné les premiers statuts, qui

les qualifioient de _maîtres et marchands pelletiers, haubaniers,

fourreurs_. Ces statuts ont été depuis augmentés et confirmés par

Louis XIII et Louis XIV.

Les armoiries de ce corps étoient un agneau pascal d'argent en champ

d'azur, à la bannière de France de gueule, ornées d'une croix depuis

1368. Ce nouveau symbole fut le résultat d'une concession que leur

procura le duc de Bourbon, comte de Clermont, grand chambellan de

France, qu'ils prétendoient avoir eu pour chef et pour protecteur.

Ils avoient leur bureau rue Bertin-Poirée.

LES BONNETIERS.

Les bonnetiers formoient le cinquième corps. Ils avoient le droit de

vendre bonnets de drap, de laine, bas, gants, chaussons, et autres

semblables ouvrages faits au métier, au tricot, à l'aiguille, en

laine, fil, lin, poil, castor, coton, et autres matières ourdissables.

Dans les statuts de la bonneterie, accordés par Henri IV en 1608, les

marchands bonnetiers sont appelés _aulmuciers-mitoniers_, parce

qu'anciennement c'étoient eux qui faisoient des _aumuces_ ou bonnets

dont on se servoit en voyage; et qu'ils vendoient des mitaines.

Ce cinquième corps s'est accru, en 1716, de la communauté des maîtres

bonnetiers et ouvriers en tricots, des faubourgs.

Il avoit son bureau dans la rue des Écrivains.

Ses armoiries étoient d'azur à la toison d'argent, surmontées de

cinq navires aussi d'argent, trois en chef et deux en pointe.

Il avoit autrefois une confrérie établie dans l'église de

Saint-Jacques-de-la-Boucherie, sous la protection de saint Fiacre.

LES ORFÉVRES.

Ce corps se composoit des orfévres, joailliers-bijoutiers, metteurs en

oeuvre et marchands d'or et d'argent. Il étoit le sixième et dernier

des six corps marchands.

L'orfévre est l'artiste et le marchand tout ensemble. Il fabrique,

vend et achète toutes sortes de vaisselles, bijoux, vieux galons et

autres effets d'or et d'argent. Il a aussi le négoce et l'emploi des

diamants, perles et pierres précieuses.

Philippe de Valois avoit honoré ce corps des armoiries qu'il

possédoit. Elles étoient de gueules à trois croix d'or dentelées,

accompagnées, aux premier et quatrième quartiers, d'une coupe d'or, et

aux second et troisième, d'une couronne du même métal, au chef d'azur

semé de fleurs de lis sans nombre.

Ce corps avoit eu la prétention de marcher à la tête des autres, et

ses titres, pour la soutenir, étoient qu'autrefois il avoit la garde

du buffet royal dans les festins d'apparat qui se faisoient au palais

de la cité. Cependant on n'eut point égard à cette réclamation; et le

parlement rejeta leur requête, lorsqu'ils demandèrent d'avoir au moins

le pas sur les bonnetiers[203].

[Note 203: Les marchands de vin, qui, comme nous l'avons

dit, ne purent être admis dans les six corps, obtinrent

cependant comme eux des armoiries en 1629.

Ces armoiries étoient un navire d'argent à bannière de

France flottante, avec six autres petites nefs d'argent à

l'entour, une grappe de raisin en chef, le tout en champ

d'azur.]

L'ÉGLISE ROYALE, COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINTE-OPPORTUNE.

L'origine de cette ancienne église a fait naître de grands débats

parmi les historiens de Paris; et, dans les opinions contradictoires

qu'ils présentent, on ne voit d'aucun côté des autorités assez fortes

pour que l'on puisse, sans balancer, embrasser l'une de ces opinions.

Jusqu'ici l'on a pu remarquer que, dans la plupart de ces antiquités

dont il est resté des traditions si confuses, l'incertitude est

presque toujours le résultat de tant de travaux entrepris pour

démêler la vérité.

Le plus grand nombre prétend que cette église ne fut dans ses

commencements que la chapelle d'un ermitage, qu'on nommoit

_Notre-Dame-des-Bois_, parce qu'elle étoit située à l'entrée d'une

forêt qui s'étendoit en largeur depuis cet ermitage jusqu'au pied de

Montmartre, et en longueur, depuis le _pont Perrin_, qui étoit vers la

porte Saint-Antoine, jusqu'aux environs de Chaillot. Ils ajoutent que

les incursions et les ravages des Normands ayant forcé Hildebrand,

évêque de Séez, de s'enfuir de son diocèse, il demanda à l'un de nos

rois un lieu de sûreté pour son clergé et pour les reliques de sainte

Opportune, fille du comte d'Hiême, et morte abbesse d'Almenêche; que

d'abord ce prélat obtint la terre de Moucy-le-Neuf près de Senlis, où

le corps de la sainte fut déposé; mais que ne s'y croyant pas encore

entièrement hors d'insulte, il fut appelé à Paris, et établi dans

cette chapelle de Notre-Dame-des-Bois; qu'il y fit apporter les

reliques de la sainte, devint recteur de cette chapelle, et d'un

hospice élevé auprès par ses soins; et qu'enfin la dévotion des

fidèles et les offrandes qu'attiroient les miracles fréquents opérés

par ces restes précieux permirent bientôt d'y bâtir une église plus

considérable.

Toutefois ces mêmes historiens, qui s'accordent sur le fait historique

auquel l'église de Sainte-Opportune doit son origine, sont d'un avis

très-différent lorsqu'il s'agit de fixer le temps où il arriva, et le

nom du prince qui fut le donataire de cette chapelle. Les uns, comme

Sauval, placent la translation des reliques de la sainte en 853;

d'autres, comme dom Duplessis, en 877 ou 878. Le P. Pagi en fixe

l'époque à l'année 879; Le Maire, au commencement du douzième siècle;

Dubreul, sous Louis-le-Jeune; enfin Germain Brice recule cet événement

jusqu'en 1374. Les uns attribuent à Charles-le-Chauve et à Louis de

Germanie les premières donations faites à Hildebrand; les autres en

font honneur à Louis-le-Bègue, à Louis-le-Gros et à Louis-le-Jeune;

enfin plusieurs font de la chapelle de _Notre-Dame-des-Bois_ un

prieuré de filles dépendant du monastère dont sainte Opportune étoit

abbesse: c'est l'opinion de Sauval, de Dubreul, etc. En même temps

qu'ils établissent ces sentiments divers, plusieurs donnent à la

chapelle de Notre-Dame-des-Bois une antiquité plus grande qu'à aucun

autre monument chrétien. Le même Sauval dit que, «si l'on en croit la

tradition, saint Denis, qui vint en France en 252, la mit en grande

vénération des peuples.» Un autre la fait exister en 255[204]; et

Corrozet, en lui donnant une origine non moins reculée, ajoute «que

madame sainte Opportune, religieuse, la fréquentoit souvent, et

qu'elle est enclose en son église.» Nous avons vu que, selon le plus

grand nombre, la forêt qui touchoit cet ermitage couvroit tout le

terrain au nord de Paris.

[Note 204: L'auteur des _Tablettes parisiennes_.]

Jaillot, qui vient après tous ces auteurs, prétend les réfuter tous:

sans s'arrêter à prouver qu'on ne peut sérieusement avancer qu'il

existoit une chapelle à Paris dès l'an 252, lorsqu'on n'a aucune

autorité qui puisse donner même de la vraisemblance à une semblable

assertion, il soutient que sous Charles-le-Chauve il existoit déjà une

enceinte au nord, dans laquelle cette chapelle devoit être enclavée,

et qu'il seroit absurde d'imaginer _qu'il y eût une forêt dans cette

enceinte_. Il ajoute que nos historiens nous ayant conservé les noms

de la chapelle de Saint-Pierre, de celle de Sainte-Colombe et des

églises qui subsistoient dans ces temps reculés, ils auroient

nécessairement fait mention de celle de Notre-Dame-des-Bois, si elle

eût alors existé; que cependant on n'en trouve aucun vestige, ni dans

les chartres qui contiennent les libéralités de nos rois envers

l'église de Sainte-Opportune, ni dans l'histoire de la vie de la

sainte, dont l'auteur avoit pu être témoin oculaire d'une partie de

ces faits, etc. «Enfin, dit-il, pourquoi Hildebrand fit-il bâtir une

église pour y mettre le corps de sainte Opportune? La chapelle de

Notre-Dame-des-Bois ne suffisoit-elle pas pour renfermer ce saint

dépôt? Et quelque petite qu'on puisse la supposer, n'étoit-elle pas

assez grande pour lui et les quatre clercs qui l'accompagnoient?

Quelle conséquence en tirer, si ce n'est que cette chapelle n'existoit

point alors, et qu'elle n'a été bâtie que depuis, sous un nom que des

circonstances ou des motifs particuliers lui auront fait donner, et

dont la connoissance n'est point venue jusqu'à nous?»

De telles raisons ne peuvent sembler concluantes: l'ermitage et la

forêt pouvoient exister avant que l'enceinte eût été formée; et

lorsque l'on conçut le projet d'élever une muraille contre les

incursions des Normands, on put y faire entrer la chapelle, établie

sans doute sur la lisière du bois, sans être forcé d'y comprendre la

forêt tout entière. En supposant qu'il ne reste aucune trace de cet

ancien édifice dans les vieilles chroniques, une tradition aussi

constante que celle sur laquelle s'appuient tous les historiens n'est

point à dédaigner, et ne peut être rejetée comme une chimère,

lorsqu'il s'agit d'un événement aussi simple, aussi naturel que celui

de l'érection d'une chapelle; mais la dernière raison surtout nous

semble peu digne d'un critique aussi éclairé: pourquoi Hildebrand

n'auroit-il pas fait bâtir une église à la place de cette chapelle

pour honorer davantage la sainte, surtout si la dévotion et les

offrandes des fidèles lui en fournissoient les moyens? (et cet

incident fait aussi partie de la tradition.) Il y a tant d'exemples de

chapelles changées en églises magnifiques, uniquement parce qu'on y

avoit déposé les reliques de tel ou tel saint, qu'on ne sauroit

s'appuyer sur d'aussi foibles preuves pour rejeter cette tradition.

Jaillot est plus heureux dans ses conjectures sur le prince qui donna

à Hildebrand le terrain sur lequel il bâtit cette église: il prétend

que ce fut Louis-le-Bègue, et non Charles-le-Chauve et Louis de

Germanie. Il prouve aussi très-bien que toutes les chartres des rois

de la troisième race, dans lesquelles les antiquaires ont cru voir une

donation de ce territoire, ne contiennent que la confirmation d'un

droit de propriété que les chanoines de Sainte-Opportune possédoient

dès la seconde, etc. Au reste, en soutenant que la chapelle n'existoit

point avant Hildebrand, que ce fut lui qui la fit bâtir ainsi que

l'hospice, il convient avec tous les historiens que les miracles

opérés par les reliques de sainte Opportune occasionnèrent un concours

de fidèles dont la piété et la libéralité fournirent les moyens de

bâtir une plus grande église sous son invocation.

Le territoire sur lequel cette église fut élevée étant dans la

dépendance de Saint-Germain-l'Auxerrois, le chapitre de cette église

prétendit être en droit de nommer aux prébendes de Sainte-Opportune,

ce qui lui fut accordé par Imbert, évêque de Paris, vers 1030, et

confirmé par Galon en 1108, et Maurice de Sully en 1192.

Le chapitre de l'église de Sainte-Opportune n'étoit composé, dans son

origine, que de quatre chanoines. Et d'abord il paroît qu'ils

remplissoient tour à tour les fonctions curiales; mais, par suite, il

n'y en eut qu'un seul chargé de ce soin. On ignore l'époque à laquelle

ce nouvel ordre fut établi: on sait seulement que, vers le milieu du

douzième siècle, le chapitre de Saint-Germain essaya de contester à

ces chanoines le droit _ancien_ qu'ils avoient de nommer le curé ou

_chefecier_, _jus longæ retentionis et possessionis_, et qu'ils y

furent maintenus par Thibauld, évêque de Paris, en 1150, et par une

bulle d'Adrien IV de l'année 1159. Un second accord, passé entre ces

deux chapitres en 1225, fixa d'une manière immuable les droits et les

charges de la cure de Sainte-Opportune[205].

[Note 205: Il fut convenu, 1º que la cure seroit annexée à

une prébende indiquée par l'acte, et qu'ainsi celui qui

jouiroit à l'avenir de cette prébende seroit curé ou

_chefecier_; 2º qu'à chacune des trois autres prébendes on

attacheroit trois vicairies pour un prêtre, un diacre et un

sous-diacre qui seroient amovibles, et auxquels on paieroit,

à chacun, 4 liv. par an; 3º que, si un chanoine vouloit

assister aux heures canoniales, et faire l'office de son

vicaire, il seroit dispensé d'en avoir un, jouiroit de la

même rétribution, etc.]

Les choses étoient encore sur le même pied au milieu du treizième

siècle. Quoique la culture des terres, ou _marais_, dont ce chapitre

étoit propriétaire, et les droits qu'il y percevoit, eussent

considérablement augmenté ses revenus, cependant il n'étoit encore

composé que du chefecier, de trois chanoines qui ne résidoient pas, et

de trois vicaires qui tenoient leur place. Alors Renaud de Corbeil,

par ses lettres en forme de réglement, du mois de juin 1253, divisa

chaque prébende en deux, accordant toutefois que cette division

n'auroit lieu qu'après le décès des chanoines existants, et même après

celui d'un ecclésiastique déjà nominé et reçu pour remplir le premier

canonicat vacant. La prébende à laquelle la cure étoit annexée fut

comprise dans cette division, qui devoit former huit canonicats, le

chefecier compris. Il fut aussi statué que chaque chanoine résideroit

personnellement pendant six mois, à moins qu'il n'y eût quelque

empêchement légitime; et pendant les six autres mois, par un vicaire

institué à cet effet[206]. On convint encore que la collation des

nouveaux canonicats appartiendroit, comme celle des anciens, au

chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Tels furent ces réglements que

nous avons cru devoir citer comme un modèle d'équité, et de cet art

délicat avec lequel il est permis de détruire un abus sans attaquer

les droits des hommes, leur situation légitime dans la société, les

rapports et les habitudes qui résultent de cette situation. Dans un

acte aussi important, un siècle grossier se montre ici bien supérieur

à celui qui s'est tant enorgueilli de ses lumières et de sa

civilisation.

[Note 206: Il y avoit encore dans cette église une

semi-prébende, dont l'origine est inconnue.]

En 1311 Guillaume d'Aurillac, évêque de Paris, établit dans cette

église deux marguilliers laïques, auxquels il donna l'administration

de la fabrique.

À l'égard des constructions diverses et successives qui composoient la

masse de cet antique monument, on n'a aucun renseignement précis sur

le temps où elles furent élevées. Un auteur a prétendu que la nef, qui

existoit encore dans les derniers temps, étoit la même qu'Hildebrand

avoit fait construire sous la seconde race, et que le choeur, qui

avoit subsisté jusqu'en 1154, fut alors rebâti et tourné un peu plus

vers l'orient. Cette dernière circonstance est vraie; mais l'abbé

Lebeuf a prouvé que tout ce qui composoit cette église, sans même en

excepter le grand portail, ne pouvoit être que du treizième ou

quatorzième siècle[207]; et en effet, il y avoit une grande

ressemblance entre son architecture et celle de plusieurs autres

édifices connus pour être de ce temps-là. La tour, encore plus

nouvelle, étoit curieuse par les ornements dont elle étoit couverte,

tels que fleurs de lis, festons, cornes d'abondance, trophées, etc.,

lesquels étoient des marques éclatantes qu'elle avoit été bâtie par la

munificence de nos rois. Aussi cette église étoit-elle qualifiée de

royale; et, à ce titre, elle jouissoit du droit de _committimus_[208],

ainsi que de toutes les autres prérogatives des églises de fondation

royale. La cure des SS.-Innocents étoit à sa nomination.

[Note 207: Hist. du Dioc. de Paris, t. I, p. 66. (_Voy._ pl.

33.)]

[Note 208: C'étoit un privilége que le roi donnoit aux

officiers de sa maison et à certaines communautés, de

plaider en première instance, et dans de certains cas, aux

requêtes du palais et de l'hôtel.]

Il paroît que le service de la paroisse de Sainte-Opportune se faisoit

anciennement dans une chapelle qui, dès le quinzième siècle, se trouva

trop petite pour la quantité des habitants. Pour remédier à cet

inconvénient, on abattit, en 1483, l'auditoire et trois maisons

attenantes; la nef fut agrandie, et l'on construisit la chapelle, qui,

jusqu'à la destruction totale de l'église[209], a servi à l'office

paroissial.

[Note 209: L'auditoire fut pour lors transporté aux

Porcherons, dans la maison seigneuriale, qui existoit encore

en 1789.]

Cette église possédoit plusieurs reliques renommées, et entre autres

une côte et un bras de la sainte dont elle portoit le nom. Ce dernier

ossement, qu'elle obtint, dit-on, en 1374, de l'abbé de Cluni, à qui

appartenoit alors la terre de Moucy-le-Neuf, y fut apporté avec une

pompe remarquable. Cette translation se fit du palais Saint-Paul à

l'église _avec grands luminaires et grande suite de peuple_, à la tête

duquel étoient Charles V et toute sa cour. Dès lors il fut ordonné que

l'on feroit tous les ans, le premier dimanche d'après les Rois, jour

de cette translation, l'office double de sainte Opportune, et que

l'office du dimanche seroit remis à un autre jour.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-OPPORTUNE.

TABLEAUX.

La Présentation au temple, par _Jouvenet_; une Mère de douleur,

par _Champagne_.

SÉPULTURES.

La chapelle Notre-Dame-des-Bois étoit affectée depuis 1515 à la

sépulture de la famille Perrot.

Dans l'église avoit été inhumé François Conan, maître des

requêtes, mort en 1551, à l'âge de 44 ans[210].

[Note 210: Sa veuve, qu'il laissoit arec trois enfants, fut

une espèce d'Artémise que rien ne put consoler de la perte

de son mari: elle lui érigea un buste, et fit graver sur sa

tombe cette épitaphe singulière, où ses regrets et son amour

offrent une vivacité d'expression qui s'accorde peu avec

l'austérité et les principes du christianisme. Elle est

assez curieuse pour être rapportée.

_Uxor mæsta sui dùm cernit busta mariti,

Tunc ternos amplexa, gemens, in funere natos:

Quid me linquis, ait, miseroque dolore sepultam

Deseris, ô conjux? Ah! si nunc cura jugalis

Te tenet ulla tori, lacrymis gemituque tuorum

Flecteris: hanc animam, quæso, rape, namque, perempto

Te, superesse piget; nullâ fruar antè quiete,

Quàm mihi fatales dissolvant stamina Parcæ.

Jamque dolore amens tabeseo, et tempora vitæ

Longa meæ nec erunt: primisque extinguar in annis.

Mors mihi grata foret, posituræ morte labores.

Et nos una duos tandem teget urna; meusque

Spiritus æterno tecum potietur amore._]

On remarquoit encore dans cette église un candélabre à dix branches,

d'un fort beau travail, que lui avoit donné l'empereur Charles-Quint,

lors de son passage à Paris.

L'église Sainte-Opportune a été détruite et est remplacée par des

maisons particulières.

HÔTELS DU QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.

MAISON DE LA COURONNE D'OR.

Dans la rue des Bourdonnois il existe un édifice gothique qui porte

maintenant pour enseigne _la Couronne d'or_. Une tradition entièrement

destituée de fondement, porte que Philippe-le-Bel demeuroit, en 1280,

dans cette maison; mais il est certain qu'à la fin du quatorzième

siècle elle étoit occupée par Philippe, duc de Touraine, et depuis duc

d'Orléans, frère du roi Jean, qui en fit l'acquisition, par contrat du

1er octobre 1363, pour une somme de deux mille francs d'or[211]. Ce

prince la vendit ensuite au fameux Gui de La Trémoille, qui l'habitoit

en 1398. Cet hôtel, devenu la maison seigneuriale de cette famille,

s'étendoit le long de la rue Béthisi jusqu'à la rue Tirechape. Il

paroît, par un compte de la prévôté de Paris, que cette propriété fut

de nouveau vendue après la mort de ce seigneur, et réclamée ensuite

par Messire Jehan de La Trémoille, seigneur de Jonvelle, auquel elle

fut rendue, et qui l'occupoit en 1421. Elle a passé depuis entre les

mains de diverses personnes. Le chancelier Dubourg y a demeuré; elle a

ensuite appartenu au président de Bellièvre, dont elle avoit pris le

nom.

[Note 211: À peu près 16,000 livres d'aujourd'hui. Il acheta

en même temps une maison voisine et la seigneurie qui en

dépendoit.]

Nous avons cru devoir faire graver ce petit monument, qui conserve, au

milieu des réparations modernes qui l'ont défiguré, plusieurs parties

entières de son ancienne architecture, laquelle est du gothique le plus

élégant. Nous ne connoissons même point à Paris d'édifice de ce genre qui

offre des ornements travaillés avec plus de délicatesse[212].

[Note 212: _Voy._ pl. 32.]

HÔTEL DE VILLEROI.

De l'autre côté, entre les rues de la Limace et des Mauvaises-Paroles,

étoit situé, vers le milieu du seizième siècle, l'hôtel des ducs de

Villeroi; il a été acquis depuis par MM. Pajot, et a servi pendant

quelque temps de bureau général des postes.

HÔTEL DE ROHAN-MONTBAZON.

C'est dans la rue de Béthisi, voisine de celle des Bourdonnois, que

demeuroit Gaspard de Coligni, amiral de France; et c'est là qu'il fut

massacré dans la nuit de la Saint-Barthélemi. Cette maison a été

occupée depuis par les seigneurs de Rohan-Montbazon, dont elle portoit

encore le nom en 1772. Elle est petite, à peine suffisante pour

l'établissement du marchand qui l'occupe aujourd'hui, et n'a, dans son

extérieur, rien qui annonce qu'elle ait été la demeure de personnages

distingués.

HÔTEL DE ROYAUMONT.

L'abbé et les religieux de Royaumont avoient leur hôtel dans la rue

Saint-Germain-l'Auxerrois. Cet hôtel avoit été amorti au mois de

février 1248; mais en 1316, ils l'échangèrent, avec Jean de Dijon,

pour une maison située rue _Raoul Roissole_ (aujourd'hui rue du Jour),

près Saint-Eustache.

HÔTEL DE L'ABBAYE DE JOIE-EN-VAL.

L'hôtel des religieux de cette abbaye étoit situé dans la rue des

Orfévres, qui, par cette raison, portoit anciennement le nom de la rue

_aux Moignes de Jenvau_. C'est ainsi qu'elle est désignée par Guillot.

MAISON DU CHEVALIER DU GUET.

Cette maison étoit située dans une rue de ce quartier, désignée dans

tous les anciens titres sous la dénomination commune à d'autres rues;

de _le Perrin Gasselin_; et qui depuis a porté, et jusqu'à nos jours,

le nom de rue du _Chevalier du Guet_. Il y a apparence que ce fut par

suite d'une ordonnance du roi Jean, en date du 6 mars 1363[213], que

cette maison fut achetée et destinée à être la résidence du chef de

cette compagnie.

[Note 213: Liv. rouge du Châtelet, fol. 39.]

L'établissement de corps de troupes armées, chargé de veiller pendant

la nuit à la sûreté des cités, se retrouve chez toutes les nations

civilisées, tant anciennes que modernes. Les Gaulois reçurent des

Romains cette institution salutaire[214], lorsqu'ils passèrent sous

leur domination; les rois francs l'adoptèrent, après qu'ils eurent

conquis les Gaules; et les plus anciennes ordonnances de ces princes

nous prouvent que, dès le commencement de la monarchie[215], il y

avoit un guet de nuit dans les principales villes du royaume. Au

milieu des nombreux désordres que firent naître l'usurpation

anarchique des fiefs, la corruption du gouvernement féodal, et les

guerres continuelles que se faisoient entre eux tant de petits

seigneurs qui s'étoient créés souverains, toutes les lois relatives au

guet de nuit furent maintenues, même alors qu'on en violoit tant

d'autres, parce que la sûreté de tous y étoit intéressée. Mais dans

des temps plus heureux, et lorsque l'ascendant de l'autorité eut enfin

rétabli l'ordre et le calme dans toutes les parties de la France, le

service personnel que les habitants étoient obligés de faire pour la

sûreté publique fut converti en une redevance au profit des seigneurs;

et il ne resta plus de cette ancienne institution que les compagnies

du guet de Paris, à 'l'imitation desquelles furent depuis créées

celles de Lyon et d'Orléans.

[Note 214: _Cassiod._, _formul. 8, de Praf. Vigil. urb.

Ravenn._, lib. 7.]

[Note 215: _Capit. Reg. Franc._, t. I, p. 10.]

Les titres les plus anciens[216] nous apprennent que ce service étoit

partagé à Paris entre les bourgeois et une compagnie du guet

entretenue par le roi, et composée de vingt sergents à cheval et

vingt-six sergents à pied. Les communautés de marchands et d'artisans

étoient obligées de fournir tous les jours et alternativement un

certain nombre d'hommes, selon que l'avoit réglé le prévôt de Paris,

à qui appartenoit la juridiction suprême de cette garde de nuit. De

cette troupe urbaine on formoit plusieurs corps-de-garde fixes; et

c'étoit là ce qu'on nommoit le _guet assis_. Le guet royal étoit seul

chargé de faire les rondes.

[Note 216: _Olim_, IV, fol. 118.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 10 / 37 段