[Note 180: La ville avoit donné ce mur à bail en 1503; et la

chambre des comptes, prétendant qu'il appartenoit au roi, en

fit un nouveau bail le 10 octobre de la même année. Ces

détails sont constatés par un réquisitoire de M. de

Marillac, procureur-général, et par l'arrêt rendu en

conséquence le 11 août 1550.]

[Note 181: C'est de là que lui est venu son dernier nom de

_la Mégisserie_.]

[Note 182: Ils furent relégués sur le bord des rivières;

mais il étoit encore à craindre que la saleté inséparable

des préparations diverses qu'ils donnoient aux peaux, et

l'usage qu'ils faisoient, dans leurs teintures, de drogues

pernicieuses, n'ôtassent à l'eau sa salubrité: ces

considérations déterminèrent à les transférer au faubourg

Saint-Marcel et à Chaillot, ce qui ne fut exécuté cependant

qu'en 1673.]

Tel étoit alors l'état de la partie de Paris connue sous le nom de

_Ville_: des terrains vagues et déserts occupoient l'extrémité de son

enceinte, et des marais fangeux la bordoient le long du cours de la

rivière.

En sortant de la Cité pour aller au Louvre, le premier édifice public

que l'on rencontroit étoit une espèce de château qui appartenoit à

l'évêque, et qui n'a été détruit que vers la fin du siècle dernier.

LE FOR-L'ÉVÊQUE.

Ce bâtiment[183], qui n'existe plus, étoit situé au milieu de la rue

Saint-Germain-l'Auxerrois. Les antiquaires ne sont d'accord ni sur la

manière dont le nom doit en être écrit, ni sur l'usage auquel il étoit

primitivement destiné. Quelques-uns écrivent _Fort-l'Évêque_, comme si

c'eût été une forteresse; d'autres le _Four-l'Évêque_, parce qu'ils

prétendent que le four banal, où les vassaux du prélat envoyoient

cuire leur pain, occupoit une partie de cet édifice. Le savant M. de

Valois avoit adopté cette dernière opinion: _Recentiores omnes

scriptores_, dit-il, _ignari antiquitatis, Forum Episcopi vocant, quem

Furnum Episcopi convenit appellari_[184]. Cependant ni l'une ni

l'autre de ces étymologies ne nous semble la véritable, bien que dans

un très-grand nombre de titres de l'évêché on lise en effet le _Four

l'Évêque_. Le For-l'Évêque étoit le lieu où l'évêque faisoit exercer

sa justice, _Forum Episcopi_. Cela est si vrai que, dans les registres

du parlement de 1308 et 1310[185], le juge de l'évêque est appelé

_Præpositus Furni Episcopi_, et qu'ensuite il est nommé bailli du

Four-l'Évêque[186]. Le véritable sens de ce mot s'étoit même conservé

jusque dans les derniers temps de la monarchie; et le peuple, dans son

langage trivial, appeloit encore _four_ toute prison ou tout endroit

où l'on mettoit en chartre privée ceux qu'on avoit enrôlés par

surprise ou par force.

[Note 183: Il a été détruit vers 1780.]

[Note 184: _Vales. in Præf._, p. 17.]

[Note 185: _Olim._, Reg. 3, fol. 108; et reg. 4, fol. 169.]

[Note 186: Cet office de bailli de l'évêque étoit si

important, que des personnes de qualité ne dédaignoient

point de l'exercer. Un _Henri de Béthune_ l'étoit en 1303,

et à la fin du même siècle, un _Henri de Marle_.]

La censive des évêques ayant toujours été fort étendue, il étoit

nécessaire qu'ils eussent un officier préposé pour recevoir leurs

droits, et un juge pour décider les affaires contentieuses qui pouvoient

naître de cette perception, ou pour prononcer sur les peines dont

étoient passibles les crimes commis dans l'étendue de leur seigneurie.

Il est vraisemblable que ce tribunal fut d'abord placé dans la Cité;

mais on ne trouve à ce sujet ni indice ni tradition. Depuis, la ville

s'étant accrue du côté du nord, et le marché public ayant été établi sur

le territoire de Champeaux, il est probable que l'évêque, qui se

trouvoit, par ces accroissements, dans un conflit de juridiction avec le

roi, jugea à propos de transporter sa justice de ce côté. On pourroit

donc en fixer l'époque vers 1136, temps où l'évêque Étienne céda à

Louis-le-Gros[187] les deux tiers de ce terrain de Champeaux, ou en

1222, date de l'accord que Philippe-Auguste fit avec Guillaume de

Seignelai, qui gouvernoit alors l'église de Paris, au sujet de la

justice et des droits qu'ils pouvoient respectivement exercer. Il est

certain du moins que, depuis cette dernière époque, on ne voit point que

la justice séculière de l'évêque ait été rendue ailleurs qu'en cet

endroit; et dans les diplômes de ces deux princes, il est fait mention

de l'officier du roi et de celui de l'évêque, sous le même nom de

_prévôt_ (_præpositus_).

[Note 187: _Voyez_ 1re partie, p. 349.]

Les mêmes motifs furent cause sans doute de l'érection d'un tribunal

du roi semblable à celui du prélat. On voit, par tous les titres qui

en font mention[188], que le _For-le-Roi_[189] étoit aussi situé dans

la rue Saint-Germain, vis-à-vis le For-l'Évêque.

[Note 188: Cens. de l'évêché, en 1372, etc.]

[Note 189: On lit dans Sauval que cet édifice existoit

encore en 1432.]

Une inscription[190], gravée sur la porte de ce dernier monument du

côté du quai de la Mégisserie, nous apprenoit qu'il fut rebâti depuis

les fondements, en 1652, par Jean-François de Gondi, premier

archevêque de Paris. Cependant il faut observer ou qu'il ne fut pas

rebâti en entier, ou que l'on conserva le mur du côté de la rue

Saint-Germain: car la porte qu'on y voyoit annonçoit une antiquité

qu'on peut fixer au treizième siècle. Au-dessus étoient plusieurs

sculptures remarquables: au milieu, un évêque et un roi de France

vis-à-vis l'un de l'autre, et agenouillés devant une image de

Notre-Dame, symbole de l'association à laquelle Louis-le-Gros fut

admis, ou du traité de paix fait entre l'évêque et Philippe-Auguste;

d'un côté, les armes de France à fleurs de lis sans nombre, traversées

d'une crosse droite; de l'autre, un juge en robe et en capuchon, des

assesseurs, et un greffier vêtu comme un homme d'église.

[Note 190:

........Forum Episcopi sæculare

Nimiâ ædium vetustate collabens

A fundamentis excitavit

Johannes Franciscus de GONDY,

Primus Parisiorum archiepiscopus,

Pacis artes, jura, legesque meditans;

Urbe armis incessâ, factionibus

Turbatâ,

Anno Domini 1652.]

Louis XIV, par son édit de 1674, ayant réuni au Châtelet toutes les

justices particulières, transféra celle de l'archevêché, et l'unit au

tribunal de la temporalité[191], situé dans la cour du palais

archiépiscopal. Depuis ce temps, le For-l'Évêque fut destiné à servir

de prison, principalement pour ceux qui étoient arrêtés pour dettes.

[Note 191: Ce tribunal avoit été accordé à l'archevêque pour

connoître de toutes les affaires séculières concernant le

duché de Saint-Cloud et ses dépendances.]

LE GRENIER À SEL.

Il étoit situé dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, au coin de la

rue des Orfévres[192].

[Note 192: Ce bâtiment, qui existe encore, n'a point changé

de destination, et sert d'entrepôt à la direction générale

des salines.]

Il y avoit anciennement, près le Châtelet, un édifice appelé maison

_de la marchandise de sel_; et c'est de là que la rue de la Saunerie a

pris son nom. Cet établissement fut ensuite placé dans la rue

Saint-Germain, entre la place des Trois-Maries et l'Arche-Marion; il

paroît qu'il étoit situé des deux côtés de la rue; mais les bâtiments

n'étant ni assez vastes ni assez commodes, on fit acquisition, en

1698, d'une grande maison qui, dès le treizième siècle, appartenoit à

l'abbaye de Joie-en-Val[193]. La manse abbatiale de ce monastère ayant

été réunie à l'évêché de Chartres, comme une compensation des

démembrements qu'on y avoit faits pour former l'évêché de Blois, cette

circonstance parut favorable pour transférer le grenier à sel dans

cette maison. C'étoit à cause de cette ancienne propriété et de cette

aliénation qu'on avoit sculpté, sur la façade des bâtiments qui furent

refaits, les armes de l'évêque de Chartres et celles de l'abbaye de

Joie-en-Val, à côté de celles du roi. Les trois corps de l'édifice

total étoient, par la même raison, désignés sous les noms de

_Grenier-au-Soleil_, _Grenier-l'Évêque_, _Grenier-l'Abbaye_.

[Note 193: Petit cart. de l'évêché, c. 227, fol. 165,

_verso_.]

Derrière le grenier à sel étoit la juridiction des officiers préposés

à la distribution de cette denrée, dont la vente appartenoit

exclusivement à l'autorité publique.

LA CHAPELLE SAINT-ÉLOI.

Cette chapelle[194], qui étoit située à l'autre extrémité de la rue des

Orfévres, avoit été bâtie par les gens de cette profession vers la fin

du quatorzième siècle. Sur la première origine de ce petit monument, on

trouve dans les historiens de Paris[195] quelques erreurs qu'il est

facile de réfuter. «À l'endroit, disent-ils, qu'occupe la chapelle de

Saint-Éloi, il y avoit anciennement, à ce qu'on prétend, un hôpital avec

une chapelle appelée la chapelle de la Croix-de-la-Reine; il en est fait

mention dans les lettres d'Odon, évêque de Paris; et quoiqu'elles ne

marquent pas précisément le lieu où elle étoit située, on voit que

c'étoit dans le terrain de Saint-Germain-l'Auxerrois.» Les lettres

d'Eudes de Sully, écrites en 1202[196], détruisent complètement cette

opinion. On y voit qu'on avoit fondé depuis peu un hôpital et une

chapelle près de la Croix-de-la-Reine, dont ces deux nouvelles

fondations avoient pris le nom. Cette croix étoit alors placée hors des

murs, au-delà de la porte Saint-Denis, à l'endroit où aboutissent les

rues du Renard et Greneta; la fontaine qui est au coin de cette dernière

étoit encore appelée, avant la révolution, _Fontaine-de-la-Reine_, et

tous les titres de Saint-Martin-des-Champs et de Saint-Lazare ne

permettent pas de la chercher ailleurs. Voilà donc le lieu précisément

marqué: quant à l'hôpital, c'étoit celui _de la Trinité_, dont nous

parlerons par la suite. Il faut en conséquence rejeter toute idée d'un

hôpital et même d'une chapelle existant à l'endroit où étoit celle de

Saint-Éloi.

[Note 194: Il existe encore quelques colonnes du portail de

cet édifice, dont une partie a été convertie en maison

particulière, et dont l'autre avoit été employée à

l'agrandissement du grenier à sel.]

[Note 195: Félibien et Lobineau, t. II, p. 950.]

[Note 196: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 18, _verso_.]

Dans ces temps anciens, où un esprit de charité animoit toutes les

classes de la société, les orfévres payoient chaque année à

l'Hôtel-Dieu une somme assez considérable pour ajouter au soulagement

qu'y recevoient les pauvres ouvriers de leur corps: ils pensèrent

ensuite qu'il étoit plus convenable qu'ils prissent eux-mêmes ce

soin; et dans cette vue ils achetèrent, en 1399, de Roger de la

Poterne, un de leurs confrères, et de Jeanne sa femme, une grande

maison située dans la rue des Deux-Portes, et appelée l'_hôtel des

Trois Degrés_, parce qu'on y montoit par autant de marches. Il formoit

un espace carré qui régnoit le long de cette rue et de celles de Jean

Lantier et des Lavandières. Les anciens bâtiments furent démolis; on

construisit à la place une grande salle où l'on mit des lits; on

ménagea des chambres au-dessus et une petite chapelle dans le fond. Le

12 novembre 1403, Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, permit aux

orfévres d'y faire célébrer le service divin; et cette permission fut

ratifiée, en 1406, par un décret du cardinal de Chalant, à cette

époque légat en France. L'abbé Lebeuf dit qu'on y mit une cloche[197],

et qu'alors le chapitre de Saint-Germain prétendit faire valoir un

droit de patronage sur cette nouvelle fondation; mais il ne fait point

connoître ce qui fut décidé à ce sujet. Par les archives de la

communauté des orfévres, il paroît que toutes les contestations de ce

genre furent toujours jugées en sa faveur.

[Note 197: T. I, p. 64.]

Cet hôpital, ainsi disposé, fut destiné à recevoir les pauvres

orfévres âgés ou infirmes et leurs veuves; et les choses restèrent en

cet état jusqu'au règne de Henri II. À cette époque les premiers

bâtiments, construits en bois, menaçant ruine, on prit la résolution

de les reconstruire en pierre, ainsi que la chapelle. La communauté se

trouvoit alors propriétaire de huit maisons environnantes qu'elle

avoit acquises successivement, et qu'elle fit entrer dans le nouveau

plan de ses constructions. Un hôpital plus vaste, une chapelle plus

commode prirent la place de ces vieilles masures, et le tout fut

achevé en 1566. Un établissement si respectable a duré jusqu'en 1789,

et l'on ne peut assez louer ce zèle noble, cette générosité touchante,

qui ne se sont pas démentis un seul instant dans cette compagnie. Les

pauvres orfévres étoient assurés de trouver à la fin de leur carrière

une retraite honnête et tranquille, où ils recevoient tous les secours

nécessaires à la vie; et l'on a vu même plusieurs de leurs confrères,

par une charité encore plus ardente, sacrifier une partie considérable

de leur fortune, pour adoucir le sort de ceux que leurs infirmités

forçoient d'aller chercher un dernier asile dans l'hôpital des

Incurables.

La chapelle étoit desservie par un chapelain, un diacre et un

sous-diacre d'office, deux chantres et quelques autres officiers aux

gages du corps des orfévres, et à la nomination des gardes; le

chapelain seul ne pouvoit être nommé ou destitué que par délibération

des gardes en charge et anciens gardes assemblés. On choisissoit de

préférence pour remplir cet emploi un fils d'orfévre, si d'ailleurs il

avoit les qualités requises.

Cet édifice avoit été construit sur les dessins de Philibert de Lorme.

On y voyoit quelques figures de Germain Pilon[198], qui étoient fort

estimées, et plusieurs tableaux, esquisses terminées de quelques-uns

de ceux que la communauté des orfévres donnoit tous les ans à

Notre-Dame.

[Note 198: Nous ignorons ce que sont devenues ces figures,

qu'on ne trouve point dans la collection des monuments

françois.]

Cette communauté étoit l'un des six corps qui, sous la monarchie,

représentoient le commerce de Paris. Nous pensons que c'est ici le

lieu de donner sur cette institution des six corps les détails que

nous avons tirés des divers historiens de Paris.

LES SIX CORPS.

On attribue la réunion des six corps à Philippe-Auguste. Avant ce

temps, le commerce de Paris ne se faisoit que par une compagnie de

gens associés sous le titre de _Marchands de l'eau hansez de Paris_;

cette compagnie formoit le Corps-de-Ville; et c'est par cette raison

que le prévôt des marchands est appelé _le chef de l'Hôtel-de-Ville_.

Ces six corps étoient les drapiers, les épiciers, les merciers, les

fourreurs, les bonnetiers et les orfévres.

Chacune de ces communautés étoit gouvernée par six maîtres et gardes

choisis par le corps lui-même, parmi ceux qui étoient les plus

intelligents et dont la réputation étoit sans reproche. Leur

administration duroit deux années. Dans les cérémonies publiques,

telles que les entrées des souverains, des légats, des ambassadeurs

extraordinaires, etc., ils avoient le droit d'accompagner, le prévôt

des marchands, les échevins et le corps de ville, et même de porter le

dais, les uns après les autres, suivant le rang qu'ils occupoient.

Leur costume, dans ces solennités, étoit la robe de drap noir à

collet, et des manches pendantes, parmentées et bordées de velours

noir. La toque qu'ils portoient étoit également de velours[199].

[Note 199: Ils eurent l'honneur de complimenter Louis XV au

palais des Tuileries, lors de sa majorité; et à cette

occasion ils firent frapper une médaille qui représente le

buste du roi; au revers on lit cette inscription: «_Les six

corps marchands_ ont complimenté le roi sur sa majorité,

étant présentés par le duc de Gesvres, gouverneur de Paris,

le 23 février 1723.»

Chacun des membres les plus distingués de cette association

passoit successivement à la place de juge-consul, puis

d'échevin de la ville de Paris. Ils étoient regardés comme

les plus notables bourgeois; cette dernière qualité les

anoblissoit, et leur donnoit le titre d'_écuyer_.]

Cette institution a éprouvé d'assez grandes variations; et le nombre

des corps qui la composoient n'a pas toujours été le même pendant le

cours de son existence. Sous François Ier on trouve qu'il y en avoit

sept, tandis qu'on n'en compte que cinq sous Louis XII. «Et s'il est

vrai, dit Sauval, que les pelletiers puissent être écoutés en cette

occasion, il ne s'en trouveroit que quatre anciennement; et c'étoient

eux qui marchoient à la tête.»

Cette prétention pour la prééminence des rangs a excité souvent des

disputes assez vives entre les diverses communautés qui formoient les

six corps. Ces démêlés, qui occupèrent quelquefois l'autorité, étoient

d'autant plus difficiles à terminer, qu'en consultant l'ancien usage,

qui seul pouvoit servir de règle en pareille circonstance, on ne voit

point qu'on s'y fût assujetti à un ordre constant. À l'entrée d'Anne

de Bretagne, les pelletiers furent effectivement appelés les premiers;

et quelque temps après, lorsque le cardinal d'Amboise fit la sienne,

les drapiers avoient le premier rang. Les changeurs étoient alors au

nombre des six corps, et tenoient leur place avant les orfévres.

Bientôt après, on les voit exclus de la communauté[200], et remplacés

par les bonnetiers, à qui les orfévres disputèrent à leur tour la

préséance. Enfin toutes ces querelles un peu ridicules furent

terminées en 1660 par un arrêt du parlement, et ensuite par un accord

fait entre les six corps assemblés. Depuis cette époque, ils ont

toujours marché dans l'ordre où nous venons de les présenter.

[Note 200: Ils exerçoient leur profession sur le pont au

Change, qu'ils avoient seuls le droit d'habiter. «Mais comme

en 1461, dit Sauval, après la suppression de la pragmatique,

leur corps vint à s'affoiblir, de sorte que le pont au

Change n'étoit plus habité que par des chapeliers et des

faiseurs de poupées, peu à peu ils déchurent si fort, et

pour le nombre et pour le bien, qu'en 1514, se voyant

réduits à cinq ou six chefs de famille tout au plus, et

ainsi hors d'état de faire la dépense nécessaire pour

l'entrée de Marie d'Angleterre, il leur fallut cesser d'être

du nombre des six corps.»]

Ils formoient entre eux une étroite confédération, dont l'objet étoit

le bien du commerce en général. Cette union et ses effets étoient

exprimés dans leur devise, dont le corps étoit un Hercule qui

s'efforce vainement de rompre un faisceau composé de six baguettes. On

lisoit autour de l'exergue ces mots: _Vincit concordia fratrum_.

Les marchands de vin sollicitèrent long-temps pour être admis dans

cette communauté, et y former un septième corps. Il avoient même

obtenu à cet effet des lettres-patentes de Henri III, qui furent

confirmées d'abord par Henri IV, ensuite par Louis XIII et Louis XIV.

Cependant les six corps, tant qu'a duré leur ancienne forme, n'ont

jamais voulu ni les reconnoître, ni les admettre dans leurs

assemblées, ni souffrir qu'ils se mêlassent avec eux dans les

solennités publiques. Ce ne fut qu'en 1776 qu'ils parvinrent enfin à y

être agrégés, lorsque Louis XVI, après avoir donné son édit pour la

suppression des jurandes et communautés de commerce, recréa

sur-le-champ, par un édit nouveau, six corps marchands et

quarante-quatre communautés d'arts et métiers. Les marchands de vin

obtinrent alors ce qu'ils désiroient depuis si long-temps, et furent

le sixième corps dans la nouvelle organisation. Voici quelques détails

sur l'ancienne forme, les statuts et les prérogatives de cette

compagnie.

LES DRAPIERS.

Quoique le premier rang leur ait été quelquefois disputé, cependant il

paroît que, depuis très-long-temps, ils le possédoient sans aucune

contestation. Ce corps, qui étoit l'un des plus anciens, étoit en même

temps l'un des plus riches de la communauté.

La plupart d'entre eux habitèrent long-temps la rue de la

Vieille-Draperie, dans laquelle Philippe-Auguste leur avoit donné

vingt-quatre maisons confisquées sur les Juifs après leur

bannissement; nous avons déjà dit que c'étoit des drapiers que cette

rue avoit pris son nom.

Ce fut ce prince qui érigea leurs statuts en 1188. Philippe-le-Bel, le

roi Jean et Charles VI les confirmèrent. Leur corps étoit autrefois

divisé en deux communautés, les _drapiers_ et les _drapiers-chaussetiers_;

chacune avoit son patron et sa confrérie, et toutes les deux se

disputèrent pendant plusieurs siècles le droit de préséance. Ce ne fut

qu'en 1648 que, par un accord fait à l'amiable, elles se réunirent dans

la même église et dans la même confrérie[201].

[Note 201: D'abord à Saint-Denis-de-la-Chartre, puis ensuite

à Sainte-Marie-Égyptienne.]

Leur bureau étoit situé rue des Déchargeurs, dans une ancienne maison

nommée les _Carneaux_, qu'ils avoient achetée en 1527, et qu'ils

rebâtirent vers le milieu du dix-septième siècle. En 1629, ils

demandèrent aux prévôt et échevins de Paris des armoiries, tant pour

mettre aux torches de leurs enterrements, que pour se faire distinguer

dans les autres solennités. Cette demande leur fut accordée: c'étoit

un navire d'argent à la bannière de France flottante, un oeil en chef

et le champ d'azur.

LES ÉPICIERS.

On appeloit ainsi celui des six corps où se faisoit le commerce des

drogues et autres marchandises comprises sous le nom d'_épiceries_. Il

avoit rang après celui des drapiers.

Ce corps étoit partagé en apothicaires et épiciers, et ces derniers en

droguistes, confituriers et ciriers. Ces deux divisions étoient

gouvernées par les mêmes maîtres et gardes, et régies par les mêmes

lois. Ces gardes, au nombre de six, et pris également parmi les

apothicaires et les épiciers, étoient chargés de tenir la main à

l'exécution des statuts et réglements, de faire au moins trois visites

par an, et en outre, des visites générales chez tous les marchands,

maîtres de coches, etc., pour confronter les poids et les balances.

C'étoit un droit dont ils jouissoient exclusivement, parce qu'ils ont

eu de tout temps des étalons de poids en dépôt; mais ils ne pouvoient

l'exercer sur les cinq autres corps qui étoient exempts de leur

inspection.

Leurs statuts[202] furent confirmés par plusieurs lettres-patentes de

nos rois, entre autres de Henri IV en 1594, et de Louis XIII en 1611

et 1624.

[Note 202: Ces statuts, comme ceux de tous les autres corps,

régloient principalement les conditions nécessaires pour

être admis dans le corps, les années d'apprentissage,

l'obligation de chef-d'oeuvre, la manière dont les veuves

pouvoient exercer le commerce, les modes d'inspection du

corps sur ses membres, sur la qualité des marchandises,

etc., etc.]

Ils avoient pour armoiries, coupé d'azur et d'or, à la main d'argent

sur l'azur, tenant des balances d'or; et sur l'or, deux nefs de

gueule, flottantes aux bannières de France, accompagnées de deux

étoiles à cinq pointes de gueule, avec la devise en haut: _Lances et

pondera servant_.

LES MERCIERS.

Le corps de la mercerie, le troisième des six corps marchands, étoit

si étendu et si considérable, qu'il étoit pour ainsi dire divisé en

vingt classes différentes: on distinguoit les négociants ou marchands

en gros; les marchands d'étoffes de soie, brochées en or et argent;

ceux qui faisoient le commerce de dorure et de galons, dentelles et

réseaux d'or et d'argent; les marchands de fer, de soieries, de modes,

toiles, dentelles, etc. Ce nom de _mercier_ indique en effet, par son

étymologie, toutes marchandises, denrées, ou choses dont on peut faire

trafic.

Ce corps fut établi par Charles VI, qui lui donna ses premiers statuts

et réglements en 1407 et 1412. Ils furent depuis confirmés et

augmentés par Henri II, Charles IX, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV.

À la tête de ce corps étoient sept maîtres et gardes, préposés pour la

conservation de ses priviléges et de sa police. Leur bureau étoit

situé rue Quinquempoix.

Les armoiries du corps de la mercerie étoient un champ d'argent chargé

de trois vaisseaux, dont deux en chef et un en pointe. Ces vaisseaux

étoient construits et mâtés d'or sur une mer de sinople, le tout

surmonté d'un soleil d'or, avec cette devise: _Te toto orbe sequemur_.

LES PELLETIERS.

Ce corps, qui est le quatrième, se composoit de ceux qui apprêtent et

vendent toutes sortes de peaux avec leur poil, comme manchons,

palatines, fourrures, etc.

Dans les cérémonies publiques, il disputoit le troisième rang au corps

de la mercerie, lequel s'est cependant maintenu en possession de la

préséance, malgré toutes les protestations des pelletiers, qui ne

pouvoient oublier que dans l'origine ils avoient marché à la tête des

six corps.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 9 / 37 段