_Rue des Lombards._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de

Saint-Martin. Au treizième siècle on l'appeloit la Buffeterie (_vicus

Buffeteriæ_)[151]. Elle prit le nom des Lombards de certains usuriers

qui s'y étoient établis; et dès 1322 elle est nommée, dans un arrêt du

parlement, _vicus Lombardorum qui vulgariter_ la Buffeterie

_nuncupatur_, ce qui porteroit à croire que ce nom des _Lombards_

étoit le nom primitif. On sait qu'ils étoient venus s'établir en

France et à Paris avant le règne de saint Louis. Dans plusieurs

arrêts rapportés aux registres _Olim_, il est fait mention, en 1269,

des Lombards, des Lucquois et des _Mercatores transmarini_ établis à

Paris. C'est dans cette rue qu'étoit encore, au dix-septième siècle,

la maison _du poids du roi_[152].

[Note 151: Petit Cart. de l'évêché, ch. 229.]

[Note 152: En 1612 et 1636 on l'appeloit rue _de la

Pourpointerie_, nom qu'elle n'a pas porté long-temps.]

_Rue Saint-Magloire._ Elle va de la rue Saint-Denis dans la rue

Salle-au-Comte. En 1426, elle portoit le nom de Saint-Leu[153],

qu'on donnoit à la dernière de ces deux rues dont elle fait la

continuation. On l'a nommée aussi rue _Saint-Gilles_, et en 1585 rue

_Neuve-Saint-Magloire_. En 1632 et 1638, on l'appeloit ruelle _de la

prison Saint-Magloire_. C'étoit encore un cul-de-sac en 1640.

[Note 153: Cens. de l'évêché.]

_Rue de Marivaux._ La grande rue de ce nom traverse de la rue des

Lombards dans celle des Écrivains; la petite a un bout dans celle-ci,

et l'autre dans la rue de la Vieille-Monnoie; le terrain sur lequel

toutes les deux sont situées, s'appeloit, en 1254 et 1273, _Marivas_.

Le nom de _Marivas_ subsistoit encore en 1313, quoique, dès 1300,

Guillot dise _le grand et le petit Marivaux_, nom que ces rues ont

toujours conservé depuis. Au coin de la grande, et en face du portail

de l'église Saint-Jacques, étoit la maison du célèbre _Nicolas

Flamel_[154].

[Note 154: On trouve dans cette rue un cul-de-sac nommé _des

Étuves_. Au quinzième siècle, c'étoit une ruelle qui

aboutissoit dans la rue de la Vieille-Monnoie. On la ferma

ensuite pour y faire un jeu de paume, dans lequel on entroit

par ce cul-de-sac. Elle prit son nom des étuves qu'on avoit

construites dans une maison qui en fait le coin.]

Il paroît que c'est la petite rue de Marivaux que Corrozet appelle

rue _des Prêtres_.

_Rue des Trois-Maures._ Elle traverse de la rue Trousse-Vache dans

celle des Lombards. On la connoissoit, avant 1300, sous le nom de

_Guillaume Joce_ ou _Josse_; et c'est ainsi qu'elle est désignée dans

tous les titres. Guillot parle d'une rue du _Vin-du-Roi_; et par sa

marche, c'est certainement celle-ci qu'il a voulu désigner. On présume

que cette seconde dénomination lui avoit été donnée à cause des caves

d'une auberge située dans cette rue, ou étoit le vin destiné pour le

roi. Cette auberge fameuse ayant pour enseigne _les Trois-Maures_, en

a donné depuis le nom à la rue. Ainsi l'indiquent le procès-verbal de

1636, et tous les plans qui ont été faits depuis.

_Rue de la Vieille-Monnoie._ Elle donne d'un bout dans la rue des

Lombards, et de l'autre au carrefour des rues de la Heaumerie, de la

Savonnerie et des Écrivains. On trouve, en 1227, une maison indiquée

_in Monetariâ_[155]. Guillot la nomme la _Viez-Monnoie_. On ne sait

quand y fut établie la Monnoie, d'où elle a tiré son nom. Le

procès-verbal de 1636 l'appelle rue de la Vieille-Monnoie ou

_Passementière_.

[Note 155: Pet. Cart. C. 189 et 166.]

_Rue Ogniard._ Elle va de la rue des Cinq-Diamants à celle de

Saint-Martin. Dès 1260, on en trouve des indications sous le

nom de _vicus Almarici de Roissiaco_; en 1300, on disoit rue

_Amauri-de-Roussi_, rue _Oignat_ en 1493, et rue _Hoignart_ en

1495[156]. Ces noms ont été fort défigurés par les copistes.

[Note 156: _Cens. Sancti Elig._]

_Rue Pierre-au-Poisson._ Elle aboutissoit dans la rue de la Saunerie

et au marché de la porte de Paris. Autour du Châtelet, dont cette rue

faisoit le circuit occidental, étoient de longues pierres sur

lesquelles on étaloit le poisson; et c'est de là que la rue a pris le

nom. Il paroît que cette Poissonnerie commença en 1182,

Philippe-Auguste ayant permis, cette même année, aux bouchers de la

Grande-Boucherie d'acheter et de vendre du poisson d'eau douce. La

situation de cette rue l'a quelquefois fait appeler rue _de la

Petite-Saunerie_, à cause de la _maison de la marchandise du sel_ qui

s'y tenoit; on l'a aussi nommée rue _de la Larderie_[157], parce

qu'elle régnoit le long du marché à la volaille.

[Note 157: Plan manusc. Biblioth. du R.]

Cette rue vient aboutir aujourd'hui à la nouvelle place du Châtelet.

_Rue Quinquempoix._ Elle aboutit aux rues Aubry-le-Boucher et aux

Ours. Cette rue, appelée autrefois _Cinquampoit_, _Quincampoit_ et

_Quinquenpoist_, est plus ancienne que ne l'a pensé l'abbé Lebeuf, qui

croit qu'elle peut devoir son nom à Nicolas de Kiquenpoit, dont un

cartulaire de Sorbonne fait mention l'an 1253. Il existe des titres

qui remontent jusqu'à l'an 1210, dans lesquels elle a déjà ce

nom[158]. L'étymologie en est inconnue. Quant à celle qu'on en veut

tirer de cinq paroisses, ou cinq _poist_ (_potestas_, ou censives),

elle ne mérite pas d'être discutée[159]. On a ouvert dans cette rue un

passage qui donne dans la rue Saint-Martin. Il se nomme passage

_Molière_.

[Note 158: Arch. de S. Méri.]

[Note 159: C'est dans cette rue que se fit, sous la régence,

l'agiotage des billets de banque du fameux Écossois _Law_,

qui ruina alors la France, comme on l'a ruinée depuis avec

des papiers représentant d'abord des valeurs énormes et

idéales, puis après réduits à leur juste valeur,

c'est-à-dire à rien.]

_Rue Salle-au-Comte._ Elle donne d'un bout dans la rue aux Ours, et de

l'autre à l'extrémité de la rue Saint-Magloire. Ce n'étoit

anciennement qu'un cul-de-sac, qui existoit encore en 1442, et qui

aboutissoit à l'une des portes de l'abbaye Saint-Magloire[160]. Le

cartulaire de cette église le désigne, en 1312, _place ou voie qui n'a

point de chief, qui vient de la rue où l'on cuit les hoëes, devant la

maison du comte de Dampmartin_. Cette maison, qu'on nommoit, à la fin

du treizième siècle, _la Salle du Comte_ ou _au Comte_, étoit située

au coin et le long de cette ruelle jusqu'aux jardins de Saint

Magloire. Elle passa depuis au chancelier de Marle[161], lequel y fit

bâtir la fontaine qui porte son nom, et qui subsiste encore. Vers ce

temps, c'est-à-dire au quinzième siècle, on appeloit ce cul-de-sac _au

Comte-de-Dammartin_. En 1623 et 1651 on disoit rue _Salle-au-Comte_,

autrement _la cour Saint-Leu_[162]. À l'angle de cette rue étoit une

statue de la Vierge, dont nous parlerons à l'article de la rue aux

Ours[163].

[Note 160: La partie de cette rue qui formoit le cul-de-sac,

existe encore, et se trouve effectivement fermée sur le

terrain de Saint-Magloire. On la nomme cul-de-sac

_Saint-Magloire_.]

[Note 161: Il fut massacré en 1418. Un procureur au Châtelet

qui acheta cette maison, en 1663, s'y trouvoit, dit Sauval,

mal logé et à l'étroit.]

[Note 162: Cens. de l'évêché.]

[Note 163: Dans cette rue est un cul-de-sac, appelé de

_Beaufort_. C'étoit autrefois une ruelle qui conduisoit aux

prisons de l'abbaye de Saint-Magloire. Il a pris son nom

d'une maison qui, en 1572, étoit connue sous le nom d'_hôtel

de Beaufort_.]

_Rue de la Savonnerie._ Elle va de la rue

Saint-Jacques-de-la-Boucherie au carrefour des rues de la

Vieille-Monnoie, de la Heaumerie et des Écrivains. On ne trouve point

qu'elle ait porté d'autre nom, et l'on ignore pourquoi elle est ainsi

appelée.

_Rue de la Vieille-Tannerie._ Elle donne d'un bout dans la rue de la

Tuerie et de l'autre dans celle de la Vieille-place-aux-Veaux. Elle

doit ce nom à ceux qui préparoient les peaux de bêtes qu'on y

écorchoit. Dès le quinzième siècle, elle portoit ce nom[164].

[Note 164: Cens. de l'archevêché.]

_Rue de la Triperie._ Elle étoit située entre le Grand-Châtelet et la

Boucherie. Sauval ne la distingue point de celle du Pied-de-Boeuf[165], et

en effet elle en faisoit partie. Les petites échoppes de tripières qui

étoient adossées à la Boucherie l'avoient fait appeler rue _des

Boutiques_. Elle faisoit la continuation de la rue de la Place-aux-Veaux

jusqu'à la porte de Paris, et dans cette partie elle étoit connue sous le

nom de l'_Iraigne_: c'est ainsi qu'elle est nommée sur un plan manuscrit

de la censive de Saint-Méri, de l'an 1512; un autre censier de l'évêché,

de 1489, indique la rue de l'_Iraigne_ et _l'hôtel de la Grant-Iraigne_,

qui lui en avoit fait donner le nom. Ce n'étoit point une enseigne de

l'_Araignée_, comme on pourroit le penser, mais de l'_Iraigne_, croc de

fer à plusieurs branches pointues et recourbées, auxquelles on accroche la

viande. En effet, dans un compte de recettes de Saint-Germain-l'Auxerrois,

à la date de 1524, cette même maison est indiquée comme ayant pour

enseigne _la grande Iraigne de fer_.

[Note 165: La rue de la Triperie est entrée avec les rues

Saint-Leufroi et de la Joaillerie dans le plan de la

nouvelle place du Châtelet.]

_Rue Trognon_, que quelques-uns écrivent _Tronion_. On croit, qu'elle

se nommoit anciennement rue _Jean-Fraillon_[166]. Depuis elle eut un

autre nom, dont on a fait, par _aphérèse_, celui de _Trognon_;

ensuite, elle fut nommée _Tronion_ et _Truvignon_, enfin, rue _de la

Galère_, de l'enseigne d'un cabaret qui y étoit situé.

[Note 166: Sauval, t. III, p. 291 et 429.]

_Rue Trop-Va-Qui-Dure._ On a donné ce nom au chemin ou rue qui régnoit

le long du Châtelet, depuis la rue de la Saunerie jusqu'à celle de

Saint-Leufroy. On la trouve dans La Caille sous deux noms singuliers,

dont l'étymologie est inconnue. Il l'appelle: _Qui-Trop-Vasi-Dure_ et

_Qui-mi-Trouva-si-Dure_. Anciennement elle n'étoit connue que sous le

nom général de _Chemin_ ou _Grant-Rue le long de la Seine_, ou sous

celui de _Vallée-de-Misère_. En 1524 on la nommoit rue _des Bouticles,

près et joignant Saint-Leufroi_[167]; en 1540, rue _de la

Tournée-du-Pont_; en 1636, rue _de la Descente de-la-Vallée-de-Misère_.

[Note 167: _Cens. S. Germ. Autiss._]

_Rue Trousse-Vache._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, et

de l'autre dans celle des Cinq-Diamants. Jaillot pense qu'elle doit ce

nom plutôt à une famille connue anciennement qu'à une enseigne de _la

Vache troussée_, comme le disent Sauval et Piganiol. Il croit que

cette enseigne n'y aura été mise par la suite que par allusion au nom

de la rue et de la famille dont elle avoit emprunté ce nom. En

1248[168], un acte fait mention d'une maison qui avoit appartenu au

sieur Trossevache: et il en existe d'autres, passés en 1257, par Eudes

Troussevache[169]. Cette dénomination n'a point varié[170].

[Note 168: _Cart. Sorb._, fol. 20.]

[Note 169: _Past. A_, p. 677.]

[Note 170: Le cardinal de Lorraine, revenant du concile de

Trente, voulut faire une espèce d'entrée à Paris, accompagné

de plusieurs gens armés. Le maréchal de Montmorency, alors

gouverneur de cette capitale, lui envoya dire qu'il ne le

souffriroit pas. Le cardinal répondit avec hauteur, et

continua sa marche; Montmorency l'ayant rencontré vis-à-vis

les Charniers des Innocents, fit main-basse sur son escorte,

et le força à se sauver dans la boutique d'un marchand de

cette rue, où il resta caché jusqu'à la nuit sous le lit

d'une servante.]

_Rue de la Tuerie._ Elle aboutit à l'extrémité de la rue du

Pied-de-Boeuf et à la Vieille-place-aux-Veaux. Au treizième siècle et

depuis, elle s'appeloit simplement l'_Écorcherie_. En 1512, les titres

de Saint-Méri la nomment rue de l'_Écorcherie_ ou _des Lessives_. On

l'a depuis appelée rue _de la Vieille-Lanterne_[171], et elle porte

encore aujourd'hui ce nom dans la partie qui aboutit à la

Vieille-place-aux-Veaux.

[Note 171: Dans cette rue, du côté de la rivière, étoit une

descente qui n'avoit point de dénomination particulière; et

au-dessus de cette descente, il y avoit une cour assez

spacieuse que l'on nommoit _la cour aux Boeufs_. Plus haut

se voit encore aujourd'hui un petit cul-de-sac, reste d'une

ruelle nommée du _Moulin_ ou des _Moulins_, laquelle devoit

ce nom à un moulin auquel elle aboutissoit. Jaillot pense

que c'est cette ruelle qui, dans le rôle des taxes de 1313,

est appelée rue ou ruelle _Iehan Bonnefille_ et _Iehanne

Bonnefille_. Plusieurs titres prouvent en effet que Jean

Bonnefille, maître des bouchers, avoit sa maison dans cette

rue au treizième siècle, et que ses descendants y

demeurèrent après lui.]

_Rue de la Vieille-place-aux-Veaux._ Elle commence à la rue

Planche-Mibrai, où étoit la place aux Veaux, dont elle a pris le nom,

et aboutit en retour à la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie; elle se

prolongeoit, dans le principe, jusqu'à la porte de Paris. La place

_aux Veaux_ est ancienne: au treizième siècle on y brûloit les

cochons, depuis on y vendit les veaux; et c'est de là qu'elle avoit

pris son dernier nom. Au quatorzième siècle elle s'appeloit _la place

aux Sainctyons_[172], une des premières familles de bouchers qui

soient connues. La liste des rues du quinzième siècle l'indique sous

le nom de _rue aux Veaux_; et Corrozet, sous celui de _place aux

Veaux_. Il est probable que le surnom de _vieille_ ne lui a été donné

que depuis qu'on a transféré cette place sur le quai des Ormes, en

vertu d'un arrêt du 8 février 1646.

[Note 172: _Cens. S. Elig._]

_Rue de Venise._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Martin,

et de l'autre dans la rue Quinquempoix. Guillot l'appelle

_Sendebours-la-Trefilliere_, et des titres de 1300 et 1313, rue

_Hendebourc-la-Trefélière_. Cependant ce n'est point là le nom

véritable: les titres de Saint-Méri la nomment, depuis 1250, _rue

Erembourg_ ou _Herambourg-la-Trefélière_, et elle a gardé ce nom

jusqu'au quatorzième siècle, qu'elle prit celui de _rue

Bertaut-qui-dort_; c'étoit le nom d'une maison qui y étoit

située[173]. Au seizième siècle, une enseigne de l'Écu de Venise lui

fit donner la dénomination qu'elle porte encore aujourd'hui[174].

[Note 173: Arch. de S. Méri.]

[Note 174: À l'extrémité et en face de cette rue, dans celle

de Quinquempoix, est un cul-de-sac qui porte le nom de

Venise, parce qu'il semble en prolonger la rue. Il est fort

ancien. Dès 1210 il s'appeloit _Vicus de Byeria_, rue _de

Bièrre_, et de même en 1250[174-A]. Il y a eu depuis

quelques variations dans l'orthographe jusqu'en 1601, qu'il

fut nommé _rue Verte_, et enfin _cul-de-sac de Venise_. Ce

cul-de-sac donne aujourd'hui dans la maison dite la _Cour

batave_.]

[Note 174-A: Arch. de S. Méri.]

QUAIS.

_Quai de Gesvres._ Nous avons dit qu'en 1642 le marquis de Gesvres

avoit obtenu du roi le terrain qui est compris entre le pont au Change

et le pont Notre-Dame, sous la condition d'y faire bâtir un pont et

ouvrir quatre rues. Les lettres-patentes portoient que ce quai seroit

porté sur des arcades et piliers posés d'alignement et s'étendant de

l'un à l'autre pont, et qu'il seroit revêtu d'un parapet de trois

pieds de haut. En 1657, on permit d'y faire construire de petites

boutiques à demi-pied de ce parapet; sur ces boutiques, on éleva

depuis plusieurs étages, de manière que ce quai étoit couvert dans

toute son étendue. Ces constructions ont été abattues.

MONUMENTS NOUVEAUX

ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

Au milieu de la place nouvelle qui occupe une partie du terrain sur

lequel étoit construit le Grand-Châtelet, on a élevé une fontaine d'un

aspect très-élégant.

La base de cette fontaine se compose d'un piédestal carré, dont le dé

est orné de deux aigles renfermés dans une couronne, et présente à

ses quatre angles des cornes d'abondance chargées de fruits et

terminées à leur partie inférieure par des têtes de monstres marins

jetant de l'eau par les narines dans un grand bassin circulaire.

Au-dessus de ce piédestal s'élève une colonne entourée de quatre

figures qui se tiennent par la main: deux de ces figures (celles qui

sont placées vers le pont au Change) soutiennent une épée appuyée sur

une table qui porte cette inscription, CODE; pour attributs, elles ont

à leurs pieds une lampe et un coq. Les deux autres, du côté de la

ville, portent la massue d'Hercule entourée d'un serpent, et l'une

d'elle est revêtue de la peau du lion. Le fût de la colonne jusqu'à la

hauteur des figures est orné de glands et de feuilles de chênes:

au-dessus, ses ornements se composent de feuilles non dentelées. Cinq

bandes horizontales, bordées de couronnes de laurier, partagent cette

colonne en cinq parties égales; et sur chacune de ces bandes sont

inscrits les noms des batailles les plus fameuses qui se sont données

pendant la révolution.

Enfin, au-dessus du chapiteau, qui se compose de feuilles de palmier,

est posée une sphère entourée des figures des quatre vents; et sur

cette sphère s'élève une figure de la victoire, à demie nue, les ailes

éployées, et portant deux couronnes dans ses mains étendues. Cette

figure est entièrement dorée, ainsi que le demi-globe sur lequel elle

est appuyée. C'est un joli monument dont la composition fait honneur à

M. _Bralle_, qui en est l'auteur, et dont l'exécution, confiée à M.

Boizot, mérite aussi des éloges.

* * * * *

_L'église de Saint Leu._ L'intérieur de cette église a été réparé;

plusieurs tableaux anciens tirés des dépôts du gouvernement lui ont

été donnés et font l'ornement de sa nef et de ses autels; elle a

obtenu, en outre, de la ville de Paris, un tableau nouveau

représentant la femme adultère, peint en 1819 par M. _Delaval_.

_La cour Batave._ C'est un grand édifice que l'on a élevé sur

l'emplacement de l'église du Saint-Sépulcre, et qui mérite d'être

remarqué. La façade sur la rue Saint-Denis se compose de trois arcades

et de huit colonnes ioniques. On entre par l'arcade du milieu, qui est

couverte en terrasse et ornée de caissons, dans la cour dont la

dimension présente un carré long entouré de colonnes et de pilastres

ioniques, et composé de cinq arcades dans sa plus longue dimension.

Ces arcades sont remplies par des boutiques[175]; et dans les cintres,

qui sont ornés de figures allégoriques et de symboles du commerce, on

a pratiqué des entresols.

[Note 175: Ces boutiques, qui obstruent ainsi la galerie

formée par ces arcades, nuisent à l'effet que produiroit

l'ensemble de cette cour, et gâtent le plan primitif de

cette belle maison.]

Sur la partie la plus étroite du carré, et qui fait face à la porte

d'entrée, s'élève une maison à trois étages, couronnée d'une corniche

avec triglyphes et bas-reliefs moulés; une arcade en voûte qui occupe

le milieu de cette maison, sert de communication pour entrer dans une

cour plus petite que la première.

Enfin, dans une niche placée au milieu de la première cour et ornée

aussi de caissons, est une fontaine qui se compose d'une statue de

Cybèle, à demi nue, la tête couronnée d'une tour et assise au milieu

de deux lions vomissant de l'eau dans un vaste bassin; des Tritons en

bas-relief accompagnent, de chaque côté, cette composition; sur la

clef de la niche est sculpté le caducée de Mercure; et les tympans

sont ornés de deux figures moulées et tirées de la fontaine des

Innocents[176]. Cette fontaine, que l'on aperçoit à travers les

arcades dont se compose la porte d'entrée, est d'un bel effet, quoique

l'exécution en soit médiocre.

[Note 176: Il se trouve que ces figures sont les mêmes que

celles qui remplissent les tympans de l'arcade de la chambre

des comptes (_Voy._ 1re partie, p. 406); et ainsi se

confirme ce que nous n'avions présenté d'abord que comme une

simple conjecture, que ces figures avoient été appliquées

sur cette arcade par une opération de moulage.]

_NOTA._ Il existoit anciennement, à l'endroit que l'on nomme

l'_Apport-Paris_, une fontaine qui portoit le nom du

_Grand-Châtelet_. Auprès étoit une croix où le curé et le clergé

de Saint-Germain-l'Auxerrois venoient tous les ans en procession,

le dimanche des Rameaux. Après avoir chanté l'Évangile, ils se

rendoient à la prison, et y délivroient quelques prisonniers

détenus pour dettes.

QUARTIER

SAINTE-OPPORTUNE.

Ce quartier est borné à l'orient par le marché de l'Apport-Paris

et par la rue Saint-Denis exclusivement; au septentrion par la

rue de la Féronnerie, y compris les charniers des

Saints-Innocents du côté de la même rue, et par une partie de la

rue Saint-Honoré inclusivement, depuis ladite rue de la

Féronnerie jusqu'au coin des rues du Roule et des Prouvaires; à

l'occident, par les rues du Roule et de la Monnoie, et par le

carrefour des Trois-Maries jusqu'à la rivière, le tout

exclusivement; et au midi, par les quais de la Vieille

Vallée-de-Misère et de la Mégisserie inclusivement.

On comptoit en 1789, dans ce quartier, vingt-neuf rues, deux

places et deux culs-de-sac. On y voyoit, avant la révolution, une

église collégiale et paroissiale, une chapelle, une prison et un

grenier public.

En jetant les yeux sur la carte qui représente Paris tel qu'il étoit

sous le règne de Philippe-Auguste, on voit que ce quartier est un des

plus anciens de cette partie de la ville, et qu'il étoit déjà renfermé

en entier dans l'enceinte que ce prince avoit fait élever.

Toutefois, et nous croyons devoir le répéter, si l'on veut se faire

une idée exacte de ces premiers quartiers, à l'époque où furent bâtis

les vieux monuments que nous décrivons, il faut en quelque sorte les

dépouiller des constructions modernes qui en ont changé presque tout

l'aspect, et se reporter à ces temps grossiers où les arts, encore

dans l'enfance, et les besoins extrêmement bornés de nos simples

aïeux, ne leur donnoient ni le pouvoir ni la volonté de rendre à la

fois commode et agréable le séjour qu'ils habitoient. Quoique Philippe

eût fait paver les principales rues de la ville, que les nouvelles

murailles en eussent considérablement augmenté l'étendue, et que ce

monarque vigilant n'eût rien négligé, autant du moins que le

permettoient son siècle et ses moyens, pour la sûreté et

l'embellissement de sa capitale; cependant c'est seulement sous ses

successeurs que les vignes, les terres labourables, les prés renfermés

dans la nouvelle enceinte furent couverts de maisons et d'édifices

publics. D'un autre côté, la Seine n'étoit point encore entourée de

cette longue suite de quais qui la forcent de couler dans son lit, et

opposent une digue insurmontable à ses fréquentes inondations. Libre

alors dans son cours, elle étendoit ses ravages sur ces bords, qu'elle

rendoit souvent malsains et impraticables. Philippe-le-Bel fut le

premier qui, pour remédier à ces inconvénients, ordonna, en 1312, de

construire un quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de

l'évêque de Chartres[177]; ce qui fut exécuté les années suivantes.

Il paroît, par un compte du payeur des oeuvres de la ville de Paris,

que le quai[178] qui borde au midi le quartier que nous allons décrire

ne fut bâti qu'en 1369, et que le port au Foin ne[179] fut pavé que

l'année suivante. Le terrain qu'occupe ce quai alloit auparavant en

pente jusqu'à la rivière; il formoit des basses-cours et des jardins;

et, au sortir de la Cité, il n'y avoit d'autre chemin pour se rendre

au Louvre que la rue Saint-Germain. Au bout du pont aux Meuniers, on

ne comptoit alors que deux maisons en retour; elles étoient élevées

sur un mur de neuf toises quatre pieds de long sur vingt-huit pieds

d'épaisseur, qui servoit de borne à la rivière de ce côté[180]. Le

terrain situé à l'extrémité de ce quai, du côté oriental, entre

l'abreuvoir _Popin_ et la rue Saint-Leufroi, a été long-temps appelé

la _Vallée-de-Misère_. On y tenoit le marché à la volaille; et c'est

de là que Guillot désigne cet endroit sous le nom de la

_Poulaillerie_. Sa partie occidentale étoit habitée, dès la fin du

treizième siècle, par des gens qui préparoient les peaux, et qu'on

nomment _mégissiers_[181]. Une sage police éloignoit dès lors du

centre des villes ces sortes d'ouvriers, les tanneurs, les teinturiers

et autres artisans dont les travaux pouvoient y répandre

l'infection[182].

[Note 177: Les quais de Conti et des Augustins.]

[Note 178: Il fut nommé, dans le principe, quai de la

_Saunerie_.]

[Note 179: Depuis, la place des Trois-Maries. (Sauval, t.

III, p. 125).]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 8 / 37 段