Les religieux de Saint-Magloire, après avoir quitté la Cité, et s'être

établis dans leur chapelle Saint-Georges, avoient permis d'élever des

habitations sur le terrain qui dépendoit de leur monastère, mais sous la

condition que les habitants seroient paroissiens de Saint-Barthélemi.

L'éloignement où le Bourg-l'Abbé et les rues voisines étoient de cette

église les détermina depuis à consentir que ceux qui demeuroient dans ce

quartier fissent célébrer, à leurs frais, l'office divin à un autel qui

fut élevé à cet effet dans leur propre église. Dubreul dit avoir vu des

titres qui spécifioient qu'il étoit placé du côté méridional du choeur, et

sous l'invocation _de Saint-Leu et Saint-Gilles_. Il auroit dû dire

simplement _Saint-Gilles_: car certainement ce saint fut d'abord le seul

patron de cette paroisse, et ensuite long-temps nommé le premier. Tout

porte à croire que le nom de saint Leu (ou Loup), évêque de Sens, n'a été

joint au premier vocable, que parce que sa fête étoit célébrée le 1er

septembre, le même jour que celle de saint Gilles[125].

[Note 125: Il y a plusieurs raisons très-fortes pour appuyer

cette opinion. 1º L'abbaye possédoit seulement des reliques

de saint Gilles et non de saint Leu; 2º dans les livres

ecclésiastiques de Paris, du treizième siècle, on voit saint

Gilles avec un office propre, au 1er septembre, et saint

Loup remis à un autre jour, ou réduit à une simple

commémoraison; 3º dans tous les titres de ce temps, relatifs

à cette église, on lit toujours: _Ecclesia SS. Egidii et

Lupi_.]

Le nombre des paroissiens s'étant successivement augmenté, et

l'enceinte qu'avoit fait élever Philippe-Auguste rendant la

communication plus difficile entre la ville et les faubourgs, les

religieux de Saint-Magloire et le curé de Saint-Barthélemi, sur les

nouvelles représentations qui leur furent faites, consentirent qu'on

bâtît, près du monastère, une chapelle succursale, dépendante de

l'ancienne paroisse; cet accord est de l'an 1235. Mais cette chapelle

se trouva bientôt trop petite; car on voit, par un ancien titre[126],

qu'au mois de novembre 1270 on en faisoit construire une nouvelle.

[Note 126: _Cartul. S. Magl._, fol. 76.]

En 1319, l'église Saint-Gilles n'étoit encore qu'une chapelle

succursale: elle fut rebâtie de nouveau l'année suivante, et les

religieux de Saint-Magloire permirent qu'on y mît deux petites

cloches qui pussent être entendues dans les rues Aubry-le-Boucher et

Bourg-l'Abbé où étoient des maisons qui en dépendoient; le caractère

de construction de la nef indique en effet ce temps-là, quoiqu'il

paroisse que depuis on l'a rendue plus solide[127]. Vers la fin du

même siècle on songea à agrandir cette église, et les marguilliers

achetèrent, dans cette intention, quelques portions du terrain qui

l'environnoit; mais plusieurs obstacles empêchèrent que le projet ne

fût alors exécuté.

[Note 127: Lebeuf, p. 296.]

Cette église étoit encore succursale en 1611, lorsqu'on jeta les

fondements du choeur, lequel fut construit dans un goût moderne[128]

tout-à-fait différent du reste. Enfin, en 1617, Henri de Gondi,

cardinal et évêque de Paris, la sépara de Saint-Barthélemi et l'érigea

en église paroissiale[129].

[Note 128: En 1727 on fit encore à cette église plusieurs

réparations considérables; on en changea presque entièrement

l'intérieur, de manière que cette église étoit une des plus

agréablement décorées de Paris. La charpente entière du

clocher de l'horloge fut transportée, la même année, de la

tour sur laquelle elle étoit, et qui menaçoit ruine, sur une

autre tour nouvellement bâtie, haute de douze toises, et

distante de vingt-quatre pieds. Cette manoeuvre se fit

heureusement, par le moyen d'un grand échafaud sur lequel on

fit rouler le clocher, lequel avoit sept pieds et demi de

diamètre sur trente-cinq d'élévation, ce qui se fit sans

toucher au plomb de la couverture, aux plates-bandes de fer,

etc., et sans déplacer la grosse cloche de l'horloge, qui

pesoit au moins deux milliers. Cette manoeuvre hardie fut

exécutée par un charpentier nommé Guérin. (_Voy._ pl. 30.)

Dans le temps qu'on faisoit ces réparations, on détruisit

une pierre bise qui étoit au second pilier à droite en

entrant dans la nef. Sur cette pierre étoient les armes et

l'épitaphe, en vers latins, de _Jean Louchart_ et de _Marie

de Brix_ sa femme. Ce Jean Louchart étoit un des plus

déterminés ligueurs, et un de ceux qui eurent le plus de

part à la mort du président _Brisson_, de _Claude Larcher_

et de _Jean Tardif_. Il fut aussi l'un des quatre factieux

que le duc de Mayenne fît pendre dans la salle basse du

Louvre, le 4 décembre 1591.

En 1780, de nouvelles réparations furent faites dans le

choeur de cette église, sous la direction de M. de Wailly.

Le sol du sanctuaire fut exhaussé, et l'on pratiqua

au-dessous une chapelle souterraine dans laquelle on descend

par deux escaliers. Le grand autel reçut en même temps une

nouvelle décoration.]

[Note 129: Elle possédoit, dès 1450, trois chapelles

établies par fondation, et qui étoient à la nomination

alternative de l'évêque de Paris et de l'abbé de

Saint-Magloire. Il y avoit aussi une confrérie de

l'Ange-Gardien, instituée par Henri de Gondi, cardinal de

Retz et évêque de Paris.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LEU ET SAINT-GILLES.

TABLEAUX.

Sur le maître autel, une Cêne par Porbus[130] Dans le choeur, une

Nativité et un Saint-Gilles, par _Oudry_; la Résurrection, par

_Bertin_; la Pentecôte et une copie de Raphaël, par des peintres

inconnus.

[Note 130: Ce tableau passoit pour être le chef-d'oeuvre de

Porbus; et l'on prétend même que le célèbre Poussin le

regardoit comme un des plus beaux qu'il eût jamais vus.

Cette tradition peut paroître suspecte: car enfin Porbus,

qui a excellé dans le portrait, qui, de même que les

meilleurs peintres flamands, est remarquable par l'éclat et

la vérité de son coloris, n'avoit point, comme dessinateur,

la science, la pureté et l'élévation, qui seuls auroient pu

lui mériter un si magnifique éloge de la part d'un homme tel

que le Poussin. Toutefois, nous ne pouvons entièrement

rejeter cette anecdote racontée par tous les historiens de

Paris; et quoique les jugements qu'ils portent sur les

productions des arts, soient ordinairement fort erronés,

n'ayant point vu ce tableau, et ne sachant pas même ce qu'il

est devenu, nous ne pouvons savoir si effectivement Porbus

ne s'est pas surpassé en cette circonstance.]

Dans la chapelle à droite, Jésus-Christ et la Samaritaine, par

Restout.

Dans la chapelle à gauche, une Annonciation par le même. Dans la

nef, un couronnement d'épines et un Christ, par _Mérelle_; une

Vierge et l'enfant Jésus adoré par des anges; Notre Seigneur au

jardin des Olives; la Vierge pleurant sur le corps de son fils;

un saint Jacques; Tobie rendant la vue à son père, par des

peintres inconnus.

Derrière l'oeuvre, les disciples d'Emmaüs, par un peintre

inconnu.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumée Marie de Landes, épouse de

Guillaume de Lamoignon, premier président au parlement de

Paris[131].

[Note 131: Son monument, exécuté par Girardon, se composoit

d'une pyramide en marbre blanc jaspé, que surmontoit une

urne cinéraire en marbre blanc; l'urne étoit accompagnée de

deux génies, dont l'un soutenoit le portrait en médaillon de

madame de Lamoignon. Au-dessous le sculpteur avoit

représenté, dans un bas-relief, un événement remarquable et

qui fait le plus grand honneur à la mémoire de cette

illustre dame. Elle avoit ordonné qu'on l'inhumât aux

Récollets de Saint-Denis; mais il arriva que son corps ayant

été déposé dans l'église de Saint-Leu, avant d'être

transporté dans ce couvent, les pauvres de cette paroisse,

qu'elle avoit comblés de ses bienfaits, se rassemblèrent,

s'emparèrent des restes précieux de celle qu'ils avoient

toujours regardée comme leur mère, et profitant d'un moment

où l'église étoit déserte, creusèrent une fosse et l'y

enterrèrent. C'est cette action si touchante que son fils,

M. de Lamoignon, président à mortier au parlement, avoit

confiée au ciseau de l'artiste[131-A].]

[Note 131-A: Nous ignorons ce qu'est devenu ce monument qui

n'a point été déposé au musée des Petits-Augustins.]

Le territoire de cette paroisse s'étendoit sur toutes les maisons

situées à droite dans la rue Saint-Denis, depuis l'église du

Saint-Sépulcre exclusivement; jusqu'à la rue Greneta. Elle continuoit

à droite un peu au-delà de la rue Bourg-l'Abbé, renfermant cette rue

en entier et une partie de celle du Grand-Hurleur. Elle possédoit

aussi tout le côté droit de la rue aux Ours, en y entrant par la rue

Saint-Denis, et en y joignant le coin de la rue Saint-Martin. Il faut

y ajouter quelques maisons de la rue Quinquempoix, une partie du côté

gauche de la rue aux Ours, la rue du Petit-Hurleur en entier, le

cul-de-sac de la Porte aux Peintres, la rue Salle-au-Comte, et celle

de Saint-Magloire. Enfin elle faisoit un écart jusque dans la rue

Aubry-le-Boucher, où elle possédoit aussi quelques maisons.

C'étoit un ancien usage, dans l'église de Saint-Leu, de faire des

prières pendant neuf jours, à l'occasion de l'avénement de nos rois à

la couronne. Le 14 octobre 1716, la duchesse de Ventadour, gouvernante

de Louis XV, assista dans cette église à la messe qui terminoit la

neuvaine qu'on venoit d'y faire pour le jeune roi; et cet événement

parut digne d'être consacré dans un tableau où on voyoit Louis XV, sa

gouvernante, le duc d'Orléans, régent du royaume, le duc de Bourbon,

le maréchal de Villeroi, qui tous adressoient leurs prières à saint

Leu. Ce tableau étoit placé à droite dans le choeur de cette église.

On ignore à quelle époque et à quelle occasion le nom du second patron

est devenu le premier[132].

[Note 132: L'église de Saint-Leu et Saint-Gilles a été

rendue au culte.]

HÔTELS DU QUARTIER

SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE.

HÔTEL D'ALENÇON.

Sauval dit avoir vu les restes d'un hôtel de ce nom, rue des

Cinq-Diamants, dans des maisons situées à droite et à gauche de cette

rue; ce qui le porte à croire qu'elle auroit été ouverte au travers de

cet édifice. Jaillot, sans nier ce fait, dit n'en avoir trouvé

absolument aucune trace.

HÔTEL DU COMTE DE DAMMARTIN.

Il étoit situé dans la rue _Salle-au-Comte_, et appartenoit, dans le

treizième siècle, à ce seigneur. Cette demeure devint depuis la

propriété du chancelier de Marle, qui y fit élever une fontaine encore

subsistante aujourd'hui, et connue sous le nom de ce magistrat.

LE PARLOIR DES BOURGEOIS.

Tel étoit le nom de la maison où nos premiers magistrats municipaux

tenoient leurs assemblées. Cette maison étoit située dans la rue

Saint-Leufroi, près de l'arcade du Châtelet. Nous dirons plus tard à

quelle époque et à quelle occasion ces magistrats allèrent s'établir à

la place de Grève[133].

[Note 133: _Voyez_ l'article _Hôtel-de-Ville_, quartier de

la Grève.]

Il y avoit encore dans ce quartier, et à la _Vallée de misère_ (depuis

la rue _Trop-va-qui-dure_), une maison que, dès le temps de Childebert

Ier, on appeloit la _Maison-de-la-Marchandise_, et qui portoit encore

ce nom en 1612. Dubreul a cru y reconnoître l'ancien parloir des

bourgeois; Jaillot pense qu'il s'est trompé: cette maison, qui

occupoit tout l'espace compris entre la rue de la Saunerie et le

Grand-Châtelet, faisoit en effet partie du domaine de la ville; mais

c'étoit dans la rue Saint-Leufroi que le corps municipal tenoit ses

séances.

MAISON DU POIDS DU ROI.

Cette maison étoit située dans la rue des Lombards; et jusque dans les

premières années du dix-huitième siècle, les _étalons_ ou modèles des

poids et mesures y étoient déposés.

On trouve que jusqu'à Louis VII nos rois étoient demeurés

propriétaires de cet établissement et des priviléges qui y étoient

attachés. Depuis ils en cédèrent la propriété, qui passa en plusieurs

mains et fut définitivement acquise par le chapitre de Notre-Dame,

lequel en jouissoit encore dans le siècle dernier.

Le droit de visiter les poids et balances de tous les marchands et

artisans, appartenoit depuis plusieurs siècles au corps des épiciers.

Nous apprenons qu'en 1321 le prévôt de Paris, sur l'ordre qu'il en

reçut du parlement, fit ajuster les poids à la monnoie; qu'il fut fait

trois _étalons_ dont l'un fut remis aux mains des épiciers, et les

deux autres déposés à la monnoie et au poids du roi. En 1484, ce droit

leur fut confirmé par de nouvelles ordonnances; et ils l'exerçoient à

l'égard de toute espèce de marchands, les orfévres exceptés, lesquels

relevoient directement de la monnoie. Dans toutes leurs visites, ils

étoient accompagnés d'un juré balancier nommé par le prévôt de Paris,

sur leur présentation.

Jusqu'en 1434, les poids dont on se servoit pour étalons n'étoient que

des masses de pierre que l'on avoit façonnées et ajustées. Ce n'est

que depuis cette époque qu'on les a faits en cuivre[134].

[Note 134: Sauval, t. I, p. 658; et t. II, p. 474.]

RUES DU QUARTIER

SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE.

_Marché de l'Apport-Paris._ C'est un petit espace carré qui se trouve

situé entre l'extrémité de la rue Saint-Denis et l'angle de la

nouvelle place du Châtelet.

_Rue Aubry-le-Boucher._ Elle traverse de la rue Saint-Denis à celle de

Saint-Martin, et doit son nom à une famille connue au treizième

siècle. Dans un accord fait en 1273, entre Philippe-le-Hardi et le

chapitre de Saint-Méri, et dans plusieurs autres titres du même

siècle[135], elle est appelée _vicus Alberici Carnificis_, ce qui

porte à croire que cette famille se nommoit _Aubry_, et que l'autre

mot désignoit la profession de celui qui le premier donna son nom à la

rue. Dans d'autres titres elle est nommée _Auberi-le-Bouchier_[136].

Le petit peuple l'appelle, par corruption, _Briboucher_.

[Note 135: Arch. de l'archevêché et de Saint-Méri.]

[Note 136: _Cart. S. Magl._, 1284, fº 88.--Guillot,

Corrozet, etc.]

_Rue d'Avignon._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, et de

l'autre dans celle de la Savonnerie, et faisoit autrefois un retour

en équerre dans celle de la Heaumerie, lequel subsiste encore

aujourd'hui sous le nom de rue _Trognon_. Ces trois parties ont eu

chacune un nom différent, ce qui a jeté de la confusion dans

l'application qu'on en a faite. Sauval et Lebeuf présentent chacun

leur opinion, qui est combattue par Jaillot; et voici ce qui semble le

plus probable. Au commencement du quinzième siècle, la partie de cette

rue qui donne dans celle de la Savonnerie s'appeloit _ruelle

Jehan-le-Comte, près la Pierre-au-Lait_[137]; et dans le même temps la

rue _Trognon_ portoit le nom de rue _Jehan-le-Comte_[138]. Quant à la

partie de la rue d'Avignon qui donne dans la rue Saint-Denis, c'est

elle probablement que Guillot appelle la _Basennerie_, d'_où il vint_,

dit-il, _dans la rue Jehan-le-Comte_.

[Note 137: Cens. de S. Éloi.]

[Note 138: Compte de 1421, cité par Sauval, t. III, p. 283.]

_Rue du Pied-de-Boeuf._ Elle aboutissoit aux rues de la Joaillerie, de

la Tuerie et à la rivière. Cette rue portoit déjà ce nom dès 1437,

ainsi que le prouve un ancien titre[139]; et l'on ignore d'où il lui

vient.

[Note 139: Sauval, t. I, p. 130.--Cette rue n'existe plus

depuis quelques années.]

_Rue du Crucifix-Saint-Jacques._ Elle va de la rue

Saint-Jacques-de-la-Boucherie à la place qui est devant l'église, et à

la rue des Écrivains. Les plus anciens titres qui en parlent

l'appellent _vicus strictus ab opposito frontis Ecclesiæ S. Jacobi_;

elle est ainsi désignée en 1270. On la trouve depuis sous le nom de

ruelle du _Porce_ ou _Porche-Saint-Jacques_. Le nom de _Crucifix_,

qu'elle a pris ensuite, vient du fief du Crucifix, dont la principale

maison faisoit le coin de cette rue et de celle Saint-Jacques. Cette

maison avoit pour enseigne un _crucifix_ d'où le fief et la rue

avoient pris leur nom.

_Rue Saint-Denis._ La partie de cette rue qui est comprise dans ce

quartier commence au Grand-Châtelet, et finit au coin des rues _aux

Ours_ et _Mauconseil_. Cette rue s'appeloit anciennement _la

Grant-Rue_; en 1310, _la rue de Paris_[140]; et en 1372 _la

Grant-Chaussiée M. Saint Denys_ et _Grand-Rue Saint-Denys_; mais elle

ne prenoit ces noms que depuis l'enceinte jusqu'aux bourgs qui

l'environnoient. Entre le Grand-Châtelet et les Innocents, elle

s'appeloit _la Sellerie_[141]. On la trouve aussi indiquée sous le nom

des Saints-Innocents[142].

[Note 140: Arch. de l'archev.]

[Note 141: Hist. univ., t. III, p. 469.--_MS. S. Germ._, c.

454.]

[Note 142: Nécr. de N. D.]

_Rue des Cinq-Diamants._ Elle traverse de la rue Aubry-le-Boucher dans

celle des Lombards. Elle est appelée dans deux anciens titres, dont le

dernier est un acte passé par Philippe-le-Hardi, _Corrigea_ et

_Corrigiaria_[143]. Guillot l'appelle _Conréerie_, et les archives de

Saint-Martin-des-Champs, _Couroirie_ et _Courouerie_. En 1421 et 1550,

_de la Corroierie_ et _Vieille-Couroirie_. Cependant on la trouve

aussi indiquée, dès 1536, sous celui des _Cinq-Diamants_, qui étoit

l'enseigne d'une maison de cette rue[144].

[Note 143: Nécrol. _S. Catharinæ de Culturâ_, 18 juin.]

[Note 144: MSS. de S. Germ. des Prés.]

_Rue des Écrivains._ Elle aboutit dans la rue de la Savonnerie et dans

celle des Arcis. Cet endroit s'appeloit _la Pierre-au-Lait_ avant

1254[145]; et l'on connoît encore sous ce nom[146] le carrefour où

aboutissent les rues de la Heaumerie, des Écrivains, de la

Savonnerie, d'Avignon et de la Vieille-Monnoie. La rue des Écrivains

n'étoit connue, au treizième siècle, que sous le nom de _Vicus

Communis_, et en 1300 sous celui de _la Pierre o Let_. En 1439, on la

trouve indiquée sous le nom de la _la-Pierre-au-lait_ dite _des

Écrivains_. Ce dernier nom lui vient des écrivains qui s'établirent

dans de petites échoppes placées le long de l'église.

[Note 145: Hist. de l'ord. de S. Lazare.]

[Note 146: Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit rue _de la

Parcheminerie_, et qu'elle n'a pris le nom qu'elle porte que

vers la fin du treizième siècle, temps auquel les maîtres à

écrire s'y retirèrent; ce qui implique contradiction. L'abbé

Lebeuf y voit la _Lormerie_ de Guillot, ce qui ne paroît pas

admissible. (JAILLOT.)]

_Rue de Gesvres._ Cette rue a été ouverte en 1642, pour communiquer

directement du quai de la Mégisserie au quai Pelletier, ou du moins à

l'endroit où il a été depuis construit. Elle commence au coin de la

rue de la Joaillerie, et finit au pont Notre-Dame et à la rue Planche

Mibrai. Il faut se figurer qu'au commencement du dix-septième siècle,

le terrain qui est entre le pont au Change et le pont Notre-Dame

alloit en pente jusqu'à la rivière, et qu'on n'y voyoit que quelques

chétives maisons qui formoient la Tuerie et l'Écorcherie, à l'endroit

où furent depuis la rue du Pied-de-Boeuf en partie, et la rue

Saint-Jérôme. En 1641, le marquis de Gesvres obtint ce terrain du roi,

sous la condition d'y faire bâtir un quai et quatre rues: ce qui fut

exécuté; car indépendamment du quai et de la rue qui portent son nom,

il fit percer plusieurs traversés, qui établiront une communication de

l'un à l'autre. Ces petites rues furent fermées, en 1727, par des

portes grillées, qui ne s'ouvroient que le jour, pour la commodité et

la sûreté des marchands.

_Rue de la Heaumerie._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, et

de l'autre à l'extrémité des rues de la Vieille-Monnoie et de la

Savonnerie. Ce nom vient-il d'une enseigne du _heaume_ ou des ouvriers qui

fabriquoient cette espèce d'armure? Cette dernière étymologie paroît la

plus vraisemblable; car on ne peut douter qu'il n'y ait eu plusieurs

armuriers établis dans cette rue. Elle est même souvent nommée _rue des

Armuriers_ dans les registres de Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Quoi qu'il

en soit, elle étoit désignée, dès 1300, sous le nom de la Heaumerie[147].

[Note 147: Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de la

_Heaumerie_, lequel paroît être véritablement la _Lormerie_

de Guillot. On appeloit _lormiers_ ceux qui fabriquoient de

petits ouvrages en fer ou en cuivre. Ils avoient leur

confrérie, et il étoit naturel qu'ils se fussent placés

auprès de ceux qui faisoient les _heaumes_ ou casques, les

_hautberts_ ou cottes de mailles, auxquels ils fournissoient

les treillis, les chaînes et les anneaux qui entroient dans

la composition de ces armures. Il y avoit dans cette même

rue un autre cul-de-sac, que l'on nommoit du

_For-aux-Dames_: il devoit ce nom aux religieuses de

Montmartre, qui avoient en cet endroit l'auditoire de leur

juridiction et une prison.]

_Rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie._ Elle aboutit à la porte de Paris

et à la rue Planche-Mibrai. Il paroît, par le dit de Guillot, que, dès

1300 elle étoit appelée ainsi: «_en la rue Saint-Jacques et ou Porce

m'en ving_.» On la trouve sous ce même nom, en 1364, dans quelques

titres de Saint-Méri. Cependant alors, et même en 1373, on lui donnoit

encore celui de la _Vannerie_ (_Vaneria_), qu'elle avoit d'abord

porté, parce qu'on ne la distinguoit pas de cette rue dont elle fait

la continuation. Elle perdit ce dernier nom pour prendre celui du

_Porce_ ou _Porche Saint-Jacques_, où elle conduisoit, étant située au

midi de cette église. Elle fut désignée aussi, en 1512, sous le nom

_du Crucifix-Saint-Jacques_. Il y a quelques titres qui l'indiquent

sous celui _de la Grande-Boucherie_[148]. On a ouvert dans cette rue

deux passages: l'un qui donne dans la rue Planche-Mibray, l'autre qui

conduit au marché Saint-Jacques-la-Boucherie.

[Note 148: Arch. de S. Méri. Dans cette rue est le

cul-de-sac du _Chat-Blanc_. Depuis 1300 il a eu

successivement les noms de rue _Jehan-Chat-Blanc_ et

Charblanc, _Gilles-Chat-Blanc_, _Guichard-le-Blanc_, _Petite

rue des Rats_.]

_Marché Saint-Jacques-de-la-Boucherie._ Il a été établi sur l'espace

où étoit autrefois située l'église dont il a pris le nom. Les baraques

dont il est couvert sont occupées par des revendeurs et des fripiers.

_Rue Saint-Jérôme._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Gesvres, et de

l'autre à celle de la Tuerie. Lorsque M. de Gesvres obtint de faire

bâtir dans cette partie de terrain, qui étoit anciennement

l'Écorcherie, on nomma cette rue _petite rue_ ou _ruelle de Gesvres_.

La malpropreté qui y régnoit constamment la fit appeler par le peuple

rue _Merderet_; et c'est ainsi qu'elle est désignée sur un plan

manuscrit du domaine. Enfin une statue de saint Jérôme placée à l'un

de ses angles dans la rue de Gesvres, lui a fait donner le nom qu'elle

porte aujourd'hui.

_Rue de la Joaillerie._ Elle va du pont au Change[149] à la rue

Saint-Jacques-de-la-Boucherie. En 1300 et 1313 elle s'appeloit _rue du

Chevet-Saint-Leufroi_; mais alors elle n'alloit point jusqu'à la rue

Saint-Jacques, ni même jusqu'à la Boucherie. Le terrain sur lequel on

l'a ouverte de ce côté, étoit occupé par un four mentionné dans nos

historiens sous les noms de _Four-d'Enfer_ et de _Four-du-Métier_. Il

fut détruit sous le règne de Charles V; et cette démolition ayant

procuré un passage direct au Grand pont, ce passage fut nommé d'abord

_rue du pont au Change_. Il prit ensuite le nom de rue de la

Joaillerie, des orfèvres et joailliers qui vinrent s'y établir après

l'incendie du pont au Change en 1621. Elle est nommée sur quelques

plans rue du _pont au Change_, rue de la _Vieille-Joaillerie_, et

suivant Sauval et le tableau des rues de Paris, rue de la

_Vieille-Chevalerie_.

[Note 149: Elle fait maintenant une des faces latérales de

la place neuve du Châtelet.]

_Rue de la Vieille-Lanterne._ C'est la continuation de la rue de la

Tuerie, jusqu'à la vieille place aux Veaux. _Voyez_ rue _de la

Tuerie_.

_Rue Saint-Leufroi._ Elle étoit située en face du pont au Change, et

aboutissoit à la porte de Paris. Comme elle passoit sous le

Grand-Châtelet, on la trouve souvent nommée _rue du Châtelet_; en

1313, _rue Devant-le-Chastel_. Elle doit son nom à la chapelle qui

étoit autrefois située en cet endroit[150].

[Note 150: Cette rue et celle de la Joaillerie ont été

détruites; et toutes les deux sont entrées dans le plan de

la nouvelle place du Châtelet.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 7 / 37 段