Ces pernicieuses sociétés sont heureusement rares, et depuis le règne

de Henri IV, on n'en voit plus reparoître en France. Quant aux

confréries d'artisans, elles avoient leurs inconvénients comme toute

autre institution humaine: elles étoient quelquefois tumultueuses, et

demandoient une surveillance qui parut, à certaines époques, fatiguer

le gouvernement, car on les voit entièrement abolies sous François

Ier, rétablies ensuite et abolies de nouveau sous Charles IX; enfin,

sous Louis XIV, il fut expressément défendu d'en former aucune sans la

permission particulière du roi. De telles variations dans leur

existence prouvent toutefois qu'on en sentoit aussi les avantages; et

ces avantages, fort au-dessus des inconvénients, n'ont jamais été

mieux appréciés que depuis que la révolution les a détruites; cette

destruction ayant été l'une des causes les plus actives de la

corruption des classes inférieures de la société.

L'HÔPITAL

DE SAINTE-CATHERINE.

En rentrant dans la rue Saint-Denis et en la remontant, on rencontroit

cet hôpital, lequel étoit situé au coin de cette rue et de celle des

Lombards. Son premier nom connu est celui d'_hôpital des pauvres de

Sainte-Opportune_. Le nombre et la célébrité des miracles opérés par

l'intercession de cette sainte, attiroient une foule de pélerins à

l'église qui porte son nom; vis-à-vis on bâtit un hospice pour les

recevoir: telle est l'origine de cet hôpital. Quant à l'époque où il

fut fondé, il est impossible de la fixer. Les anciens titres ayant été

perdus, le roi y suppléa par des lettres-patentes du mois de mars

1688, dans lesquelles, d'après un exposé des religieuses de cette

maison, on en fait remonter l'origine jusqu'au onzième siècle, mais

sans pouvoir en donner aucune preuve. Les historiens de Paris la

rapportent à l'an 1184[105]. Un auteur plus moderne[106] la place dans

le neuvième siècle, plusieurs à d'autres époques, sans qu'aucun

fournisse la moindre autorité au soutien de son opinion. Le plus

ancien titre qui fasse mention de cet édifice est une lettre de

Maurice de Sully, évêque de Paris, au sujet de la donation faite par

Thibauld d'une maison sise rue des Lombard, à l'hôpital des pauvres de

Sainte-Opportune; cet acte, qui est de 1188, a été publié par Dubreul.

Il paroît, par divers autres titres du treizième siècle[107], que cet

établissement étoit alors administré par un maître et par des frères;

et que dès lors il portoit le nom de _Sainte-Catherine_, la chapelle

ayant été dédiée sous ce vocable[108]. En 1328 le régime avoit été

changé, et il y avoit dans cette maison un maître ou proviseur, des

frères et des _soeurs_. Cette union subsista jusqu'au seizième siècle;

et depuis, l'administration en fut commise aux seules religieuses,

sous l'inspection et l'autorité d'un supérieur ecclésiastique nommé

par l'évêque; ce changement se fit, selon les uns, en 1521, selon

d'autres, en 1557[109].

[Note 105: Hist. de Par., I. I, p. 207.]

[Note 106: Merc. de Fr., octob. 1755.]

[Note 107: Ces titres sont différentes bulles d'Honoré III,

du 17 janvier 1222; de Grégoire IX, du 23 mai 1231, etc.]

[Note 108: On trouve cependant des actes postérieurs qui lui

donnent son ancien titre. Lebeuf, t. Ier, p. 319 et 322.]

[Note 109: Hist. de Par. t. I, p. 207. _Hist. eccles. Par._,

t. I, p. 147. Le Maire, t. III, p. 185.]

Les religieuses de cet hôpital suivoient la règle de saint Augustin.

Leurs principales fonctions étoient de loger et de nourrir les femmes

ou filles qui cherchoient à entrer en condition; elles leur donnoient

l'hospitalité, et le nombre de ces pauvres femmes se montoit

ordinairement à quatre-vingt-dix. Elles recevoient aussi les personnes

qui arrivoient de la province pour des procès ou affaires

particulières, et qui n'avoient pas le moyen de se procurer un asile;

enfin elles se chargeoient de faire enterrer au cimetière des

Saints-Innocents les personnes noyées ou mortes dans les rues de Paris

et dans les prisons[110]. Les statuts d'Eustache du Bellay avoient

d'abord fixé le nombre de ces religieuses à neuf; mais la sage

administration de leurs revenus leur ayant permis d'augmenter leurs

bâtiments, leur communauté se trouvoit, dans les derniers temps,

composée de trente soeurs, religieuses ou novices.

[Note 110: C'étoient là ces êtres inutiles et dangereux,

fardeau de la société, que l'on a chassés de leurs maisons,

que l'on a voués à toutes les misères, à tous les opprobres,

sans pouvoir vaincre leur constance ni lasser leur

résignation.]

Dans ces bâtiments, elles avoient obtenu de comprendre une rue ou

ruelle, qui passoit à côté de la principale porte de leur maison, et

qui paroît avoir communiqué de la rue Saint-Denis dans celle de la

Vieille-Monnoie. Jaillot pense que c'est celle dont il est fait

mention dans le _Nécrologe_ de l'église de Paris, sous le nom de

ruelle de _Garnier-Maufet_.

Sur la porte extérieure de cet hôpital étoit une statue de sainte

Catherine, faite, en 1704, par Thomas _Renaudin_, sculpteur de

l'académie royale[111].

[Note 111: Cet hospice est devenu le magasin d'un marchand

d'étoffes, qui a pour enseigne l'image de sainte Catherine.]

SAINT-JOSSE.

Cette petite église paroissiale s'élevoit au coin des rues

Aubry-le-Boucher et Quinquempoix.

Des traditions et des légendes apocryphes, adoptées par quelques

historiens de Paris, en font remonter l'origine jusqu'au septième

siècle; les uns prétendent que c'étoit un hôpital dès le temps que

saint Fiacre vint à Paris, vers l'an 620, et que ce saint y avoit

logé; d'autres ajoutent que ce même lieu servoit aussi d'habitation à

saint Josse, fils d'un roi de la petite Bretagne, dans les différents

voyages qu'il fit dans cette ville. Toutes ces assertions manquent de

preuves suffisantes. Il ne reste aucun titre qui prouve qu'il y eût,

au septième siècle, des hôpitaux dans la partie de Paris appelée la

_Ville_. Les actes les moins suspects de la vie de saint Josse ne

parlent que d'un seul voyage de ce saint à Paris, où il paroît qu'il

ne fit que passer; et l'on ne voit point que saint _Fèfre_, ou Fiacre,

y ait demeuré, ni même qu'il y soit venu. Sans perdre du temps à lever

des difficultés si peu importantes, et à rapporter les conjectures des

divers auteurs, il nous suffira de dire que la chapelle Saint-Josse

n'a pu exister avant le neuvième siècle, puisque le culte de ce saint

n'a été établi que depuis ce temps, et que le titre qui l'érige en

paroisse est du mois d'avril 1260. Dans ce titre, il n'y est point dit

qu'il y eût jamais eu un hôpital en cet endroit; et elle y est

représentée comme une petite église nouvellement construite, _de novo

fundata_.

Ce fut à l'occasion des nouveaux murs élevés par Philippe-Auguste que

la destination de cette chapelle fut changée. Elle venoit d'être

renfermée dans la ville, et les paroissiens de l'église Saint-Laurent,

dont le territoire s'étendoit jusque là, représentèrent la nécessité

de l'ériger en succursale, ou en paroisse. Ils alléguoient

l'éloignement de Saint-Laurent (_propter intolerabilem distantiam_),

et la difficulté d'administrer la nuit et à une telle distance les

sacrements aux malades et aux mourants. Ces motifs parurent devoir

l'emporter sur l'intérêt personnel du curé de Saint-Laurent, qui

s'opposoit à leur juste demande; et les obstacles qu'il avoit fait

naître furent levés, moyennant un accord stipulé par des arbitres que

l'évêque avoit nommés à cet effet. Il fut convenu que, du consentement

du prieur de Saint-Martin-des-Champs, qui nommoit à la cure de

Saint-Laurent, et du curé de cette dernière église, la chapelle

Saint-Josse seroit déclarée paroissiale, moyennant certaines

redevances envers les deux parties intéressées, et qu'elle auroit pour

paroissiens tous ceux qui, dans la nouvelle enceinte, étoient

auparavant de la paroisse Saint-Laurent.

Le chevet de cette chapelle étoit autrefois tourné vers l'orient:

lorsqu'on la reconstruisit, en 1679, l'autel fut placé au nord, contre

l'ancien usage, et il resta dans cette position jusqu'à la destruction

de l'église. C'étoit un bâtiment très-petit et de forme carrée; le

portail avoit été élevé, jusqu'à la première corniche, sur les dessins

d'un habile architecte de ce temps, nommé _Gabriel le Duc_; mais on ne

les suivit point pour le reste de l'édifice, que l'on fit moins long

et moins haut qu'il ne l'avoit projeté.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-JOSSE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une présentation au temple, par un inconnu.

Un saint Sébastien, par _Martin Fréminet_: ce tableau étoit

estimé des connoisseurs[112].

[Note 112: Martin Fréminet vivoit sous Henri IV et Louis

XIII. C'étoit un imitateur de Michel-Ange, dont il avoit

pris tous les défauts et saisi quelques beautés.]

Cette paroisse étoit extrêmement circonscrite: les maisons de la rue

Aubry-le-Boucher et de la rue Quinquempoix, qui touchoit à l'église,

n'en faisoient point partie. Son territoire comprenoit un carré formé

par l'autre côté de ces deux rues et par la rue Saint-Martin, plus

trois maisons de la même rue, à commencer par celle qui fait l'angle

gauche de la rue des Ménétriers; et enfin, douze ou treize maisons qui

sont à la gauche dans cette dernière rue, en y entrant par la rue

Saint-Martin; ce qui formoit en tout vingt-neuf maisons[113].

[Note 113: Lebeuf, tome II, page 489. Il ne reste plus

maintenant aucun vestige de cette église, dont la place est

occupée par une maison particulière.]

LE CHAPITRE

DU SAINT-SÉPULCRE.

C'étoit dans la rue Saint-Denis, au-dessus du marché des Innocents, et

après la rue Aubry-le-Boucher, qu'étoit située cette ancienne

communauté; elle a été entièrement détruite dès les commencements de

la révolution, et remplacée en partie par un bâtiment connu sous le

nom de _cour Batave_.

Le mauvais succès des croisades avoit ralenti par degré le zèle qui

les avoit fait naître; cependant il n'étoit point encore entièrement

éteint sous le règne de Charles-le-Bel. L'ardeur des sentiments

religieux étoit encore dans toute sa force; et dans cette ferveur de

christianisme qui animoit, soutenoit et tendoit sans cesse à

perfectionner la société, les hommes de bien étoient préparés à tous

les grands dévouements, ceux qui avoient commis des crimes, à toutes

les grandes expiations.

Au milieu de cette disposition des esprits, le pape Jean XXII crut

pouvoir solliciter, en 1324, une nouvelle croisade, dont certaines

circonstances empêchèrent ensuite l'exécution. Cependant, sur la

première demande qu'il en avoit faite, plusieurs avoient pris la croix

et se préparoient déjà à passer la mer. Ces nouveaux croisés, réunis

par le même voeu et par les mêmes intentions, cherchèrent un lieu où

ils pussent s'assembler et prendre des mesures convenables pour leur

voyage; et, en attendant le moment favorable pour l'exécution de ce

pieux dessein, ils formèrent une espèce de société, ou confrérie, à

laquelle se faisoient agréger tous ceux qui étoient animés du même

zèle et vouloient partager les mêmes travaux.

Louis de Bourbon, comte de Clermont, qui favorisoit leur projet, leur

donna, en 1325, une somme de deux cents livres parisis, pour acheter

un emplacement où ils pussent faire bâtir une église; et sa prévoyance

s'étendant même jusque sur l'avenir, il voulut qu'ils y joignissent un

hôpital pour les pélerins qui passeroient à Paris, en allant au

Saint-Sépulcre, ou en revenant de ce pélerinage. La place fut achetée;

la première pierre de l'église fut posée le 18 mai 1326[114], et le

vendredi devant Noël de l'année suivante, on y chanta la première

messe: ce qui fut constaté par une inscription qu'on voyoit sur le

portail.

[Note 114: Archiv. du Saint-Sépulcre, inv., p. 255.]

La construction de cet édifice fit naître diverses contestations.

L'évêque, le chapitre de Notre-Dame et celui de Saint-Méri, sur la

censive desquels il se trouvoit, prétendirent respectivement qu'il

étoit dans leur dépendance; et d'un autre côté, plusieurs curés de

Paris, pour la conservation de leurs droits curiaux, s'opposoient aux

enterrements qu'on vouloit y faire. On mit fin à ces différends, en

donnant la juridiction de l'église au chapitre de Notre-Dame, et les

curés obtinrent que les corps de ceux qui voudroient être enterrés au

Saint-Sépulcre, seroient d'abord portés à leur paroisse[115]; par le

même accord, il fut convenu que le chapitre disposeroit,

alternativement avec les confrères, des prébendes, qui n'étoient alors

qu'au nombre de trois, dotées chacune de 40 livres de rente;

conservant d'ailleurs tous les droits de juridiction, visite,

correction sur les chanoineries, prébendes et chapelles que les

confrères pourroient fonder par la suite. Il se réserva en outre la

justice sur l'église et sur le territoire de l'hôpital que l'on

projetoit de construire, territoire dont l'étendue fut fixée à un

arpent et la centième partie d'un arpent.

[Note 115: Part. I., fol. 154.--Cart. épisc., fol. 323.]

Cependant cet hôpital ne fut point bâti, parce que ces premiers

croisés ne réussirent point à faire partager le zèle qui les dévoroit

à un assez grand nombre de prosélytes, et que l'on commençoit à se

dégoûter de ces entreprises lointaines, et qui, jusqu'à ce moment,

avoient eu si peu de succès. Alors on imagina de fonder de nouveaux

bénéfices avec les revenus qu'avoient produits la piété et la

libéralité des confrères, dont le nombre montoit, en 1338, à plus de

mille. Plusieurs de ces bénéfices furent érigés en canonicats par le

chapitre de Notre-Dame. En 1551 on y comptoit seize chanoines et

dix-sept chapelains.

Le vain titre d'hôpital fut cependant préjudiciable à cette

communauté: car il parut suffisant pour la faire comprendre dans le

nombre des maisons de ce genre qui furent réunies par l'édit de

1672[116] aux ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare;

et ce n'est qu'en 1693 que les choses furent remises sur l'ancien

pied, par un édit nouveau qui annuloit le premier. À cette époque les

chanoines obtinrent, par un autre arrêt, l'exclusion des confrères et

la régie des biens dont ils jouissoient. En cela il ne leur fut donné

que ce qu'il étoit juste qu'on leur accordât; car il leur fut facile

de prouver qu'il n'y avoit jamais eu d'hôpital au Saint-Sépulcre, que

toutes leurs possessions leur avoient été concédées pour fondations

de chapelles et de services; et par conséquent qu'il étoit inutile que

les confrères en eussent l'administration. Ils firent voir d'ailleurs

qu'un article des statuts de 1329 leur accordoit déjà la régie de ces

biens.

[Note 116: Cet édit avoit été obtenu par le marquis de

Louvois, qui étoit alors vicaire général de ces deux

ordres.]

À peine furent-ils devenus administrateurs, qu'ils renouvelèrent la

demande qu'ils avoient déjà faite plusieurs fois de la réduction de

leurs prébendes, afin qu'ils pussent, disoient-ils, acquitter les

dettes contractées par la confrérie. Le cardinal de Noailles, après

l'information légale, donna son décret le 28 juillet 1713. Les

canonicats furent réduits à douze et les chapellenies à onze. Ces

bénéfices étoient à la nomination alternative de deux chanoines de

Notre-Dame, qui avoient ce droit attaché à leurs prébendes.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, la résurrection de N. S., par _Lebrun_[117].

Sur le devant du même autel, une descente de croix par un peintre

ancien et inconnu.

Dans la quatrième chapelle à gauche, saint Jérôme dans le désert,

par _La Hire_.

[Note 117: On prétend que le ministre Colbert, qui avoit

fait la dépense de ce tableau, y étoit représenté, tenant un

des coins du linceul.]

SCULPTURES.

Sur le portail de l'église, un bas-relief représentant la

sépulture de N. S.

Au-dessus de la porte du cloître, rue Saint-Denis, une statue de

J.-C., par _Jean Champagne_, élève du Bernin.

L'église du Saint-Sépulcre étoit une des quatre collégiales

dépendantes de Notre-Dame, et que l'on nommoit _les quatre Filles de

la cathédrale_. Elle jouissoit de tous les droits paroissiaux sur ceux

qui demeuroient dans l'enceinte de son cloître ou de son territoire;

et les fonctions curiales étoient remplies par le chanoine de semaine.

Mais en raison de ce rapport de dépendance, qui existoit entre cette

collégiale et le chapitre de l'église de Paris, ses membres ne

pouvoient faire pour eux ce qu'ils faisoient pour les autres; et les

chanoines et bénéficiers du Saint-Sépulcre, de même que ceux des

autres _Filles_ de Notre-Dame, recevoient les derniers sacrements et

la sépulture d'un bénéficier de cette église, député par le

chapitre[118].

[Note 118: _V._ pl. 30; et sur la _cour Batave_, qui a

remplacé cette église, _voyez_, à la fin de ce quartier,

l'article _Monumens nouveaux_.]

LES RELIGIEUSES

DE SAINT-MAGLOIRE.

Leur monastère étoit aussi dans la rue Saint-Denis, au-dessus de

l'église du Saint-Sépulcre. On sait que les chanoines de

Saint-Barthélemi, dans la Cité, et les religieux qui leur furent

substitués, possédoient une chapelle de Saint-Georges hors des murs de

Paris; et que ces derniers, lorsqu'ils abandonnèrent leur ancienne

demeure pour venir s'établir dans l'endroit où étoit située cette

chapelle, lui transportèrent le nom de Saint-Magloire, que portoit

depuis long-temps l'église de Saint-Barthélemi. Avant ce changement de

domicile, Henri-le-Lorrain[119] leur avoit fait plusieurs donations de

terres: des lettres de Louis-le-Gros confirmèrent le don qu'il leur

avoit fait; et Guinebauld, qui étoit alors abbé de Saint-Magloire,

obtint de ce prince la permission d'y établir des religieux de sa

communauté pour y célébrer l'office divin. En 1138 la communauté

entière s'y transporta; et elle y resta jusqu'en 1572, que Catherine

de Médicis la fit transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, et mit à sa

place les Filles-Pénitentes, qui occupoient alors l'hôtel de Soissons,

dont elle avoit résolu de se faire un palais.

[Note 119: Et non _duc de Lorraine_, comme l'a écrit

Dubreul; puisque c'étoit alors Thierry ou son fils Simon

Ier.]

Ce dernier ordre existoit depuis près d'un siècle; et tous les

historiens de Paris rapportent son institution à un cordelier nommé

Jean Tisserand. Ce prédicateur s'éleva si souvent, et avec tant de

force et d'onction, contre les excès du libertinage; il fit des

peintures si vives des châtiments qui devoient en être la suite, que

plusieurs femmes de mauvaise vie, touchées de ses discours, se mirent

sous sa conduite, et résolurent de réparer, par une vie édifiante, le

scandale de leurs désordres passés. On rapporte cette circonstance à

l'an 1492 ou 1493.

Le nombre de ces pénitentes augmenta tellement[120] qu'il fixa

l'attention, et qu'on crut nécessaire de les réunir et de leur

procurer un asile. Louis XII, alors duc d'Orléans, leur céda la moitié

de son hôtel de Bohème, depuis hôtel de Soissons, et engagea Charles

VIII à autoriser cet établissement, ce que fit ce dernier par ses

lettres-patentes du 14 septembre 1496. En même temps il eut soin de

faire approuver et confirmer cet ordre, sous la règle de saint

Augustin, par une bulle d'Alexandre VI. Peu de temps après, les

Filles-Pénitentes acquirent l'autre moitié de l'hôtel, de deux

domestiques[121] du duc d'Orléans auxquels ce prince en avoit fait don

lorsqu'il fut monté sur le trône. Le contrat de cette acquisition,

faite au prix de 2000 écus d'or couronnés, est de l'an 1500. Dans les

commencements de leur établissement, elles étoient si pauvres, qu'on

leur permit de sortir de leur cloître pour quêter leur subsistance;

mais dès qu'elles eurent amassé de quoi vivre, elles observèrent une

exacte clôture.

[Note 120: Il en avoit, dit-on, rassemblé plus de deux

cents.]

[Note 121: Pierre Lebrun, son valet de chambre, et Robert de

Franzelles, son chambellan ordinaire. Ce dernier lui avoit,

dit-on, gagné au jeu la part qu'il obtint dans cet hôtel.]

À peine les Filles-Pénitentes, sorties de l'hôtel de Soissons,

furent-elles en possession du monastère de Saint-Magloire, qu'elles en

prirent le nom; et c'est ainsi qu'elles sont indiquées dans tous les

actes et titres postérieurs. Les temps malheureux de la Ligue ayant

introduit la licence et le relâchement dans les monastères, cette

maison se ressentit, comme les autres, d'un désordre qui troubloit

d'ailleurs toutes les classes de la société. Lorsque le calme fut

rétabli, la réforme en fut confiée à huit religieuses de l'abbaye de

Montmartre, qui s'y transportèrent en 1616; et par le soin qu'elles

eurent d'abord d'adoucir l'austérité de quelques anciennes pratiques,

elles y rétablirent bientôt l'ordre et la régularité, qui depuis s'y

sont toujours maintenus.

On lit dans les statuts que leur donna Jean-Simon de Champigni, évêque

de Paris, un article par lequel il leur étoit défendu de recevoir

aucune novice qui n'eût fourni des preuves de ses foiblesses; et les

précautions qu'établit le bon prélat pour s'en assurer, et pour

empêcher cependant que le désir d'entrer dans cette communauté ne

portât de malheureuses filles à se livrer au libertinage, sont d'une

naïveté qui ressemble presque au scandale, et que, par cette raison,

nous ne rapporterons point ici. Cette loi bizarre fut bientôt abrogée,

et depuis long-temps on n'y recevoit plus, comme dans les autres

communautés, que des vierges pures et dignes de l'époux, qu'elles

avoient choisi. On fit aussi, à la même époque, le projet non moins

bizarre d'instituer, pour la conduite de ce monastère, des religieux

du même ordre, qui auroient fait leurs voeux entre les mains de la

supérieure; mais ce dessein resta sans exécution.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MAGLOIRE.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumé André Blondel, seigneur de

Roquemont, et contrôleur des finances sous Henri II[122]; ce

Blondel étoit Lyonnois, et devoit sa fortune à Diane de Poitiers,

duchesse de Valentinois, si célèbre par sa beauté et par le long

empire qu'elle exerça sur le coeur de Henri II[123].

[Note 122: Sa veuve lui avoit fait élever un petit mausolée

que l'on considère comme l'un des chef-d'oeuvres de _Paul

Ponce_, sculpteur florentin qui vivoit sous François II.

C'est un bas-relief en bronze, représentant un personnage

debout, qui, d'une main, tient des pavots, de l'autre

soutient sa tête légèrement penchée. Tous les historiens de

Paris ont cru que cette figure étoit une image allégorique

du sommeil: l'ayant examinée avec attention au musée des

Petits-Augustins, où elle avoit été transportée, il nous a

semblé que ce ne pouvoit être que le portrait d'André

Blondel lui-même, parce qu'on y remarque une imitation naïve

de la nature, qu'un sculpteur habile n'eût point aussi

scrupuleusement suivie, en voulant exprimer un caractère

idéal. Ce morceau, du reste, est remarquable, surtout par le

moelleux des draperies et la vérité de l'attitude. (Déposé

maintenant au Louvre.)]

[Note 123: Sauval, qui avoit vu le testament que Diane fit

en 1564, dit qu'elle y ordonne, si elle meurt à Paris,

qu'avant de la transférer à Anet, où elle veut être

enterrée, on la porte dans l'église de Filles-Repenties, et

qu'on y fasse pour elle un service des morts.]

En 1525 et 1549 on découvrit, dans les jardins voisins de l'église,

plusieurs ossements, avec des chaînes de fer et des potences, ce qui

fit croire à plusieurs que ce lieu avoit été anciennement la place de

la justice patibulaire de Paris. Jaillot pense que c'étoit celle de

Saint-Magloire, dont la prison étoit voisine. On sait que sous le

régime féodal, tel qu'il étoit devenu vers la fin de la seconde race

et au commencement de la troisième chaque seigneur avoit le droit de

justice sur ses terres, et, attentif à soutenir ce privilége,

réclamoit très-fortement les coupables dont le crime avoit été commis

sur sa censive, pour les faire condamner à son tribunal particulier.

Dans le cas d'exécution, les corps des suppliciés n'étoient point

portés au gibet public, qui n'appartenoit qu'au roi, mais aux piliers

du seigneur qui les avoit fait punir[124].

[Note 124: L'église et le monastère de Saint-Magloire ont

été remplacés par des maisons particulières. (_Voy._ pl.

30.)]

L'ÉGLISE

DE SAINT-LEU ET SAINT-GILLES.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 6 / 37 段