Sainte-Anne, par _Claude Hallé_.
Dans la chapelle Saint-Charles, le Saint distribuant des aumônes,
par _Quentin Varin_: les connoisseurs estimoient ce tableau.
Quelques vitraux peints par _Pinaigrier_, habile peintre sur
verre.
SCULPTURES.
Un Christ en bois, morceau de sculpture très-remarquable, par
_Jacques Sarrazin_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Nicolas Flamel, l'un des bienfaiteurs de cette église, mort en
1418.
Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, célèbre par
plusieurs ouvrages excellents sur son art, et par l'élégance de
sa latinité, mort en 1558.
L'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie étoit une de celles qui
jouissoient du droit d'asile; et l'on en trouve des exemples jusque
dans le quatorzième siècle. On lit qu'en 1357, pendant la régence
orageuse du dauphin, depuis Charles V, Jean Baillet, trésorier général
des finances, haï des rebelles parce qu'il étoit fidèle au prince, fut
assassiné par un changeur nommé Perrin Macé. Le meurtrier, s'étant
sauvé dans l'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, en avoit été
arraché par ordre du régent, qui l'avoit fait pendre sur-le-champ.
Aussitôt l'évêque de Paris, Jean de Meulan, que l'on comptoit parmi
les factieux, se récria sur une telle violation de l'immunité
ecclésiastique, redemanda le corps de Perrin qu'on fut obligé de lui
rendre, et lui fit faire à Saint-Méri des funérailles magnifiques,
auxquelles il n'eut pas honte de se trouver avec le prévôt des
marchands, pendant que le dauphin assistoit à celles de Jean Baillet.
La même scène se renouvela en 1406, au sujet d'un autre criminel qui
s'étoit réfugié dans la même église, et qu'on y avoit ressaisi pour le
conduire à la Conciergerie. L'évêque d'Orgemont fit cesser le service
divin, et ne permit de le reprendre que lorsque le parlement eut fait
droit à la requête qu'il présenta contre cette violation d'un
privilége ecclésiastique. Enfin Louis XII abolit ce droit de
franchise, devenu dangereux pour la société, et scandaleux pour la
religion[97].
[Note 97: Il fut un temps où ce droit d'asile, dont on
abusoit sans doute alors, avoit été très-salutaire. Il avoit
été introduit en France à cette époque de la conquête, où
les vaincus n'avoient pas souvent d'autre refuge contre la
violence de leurs vainqueurs, et où le clergé étoit
protecteur né de tous les opprimés. Plus tard les évêques le
défendirent, uniquement parce que c'étoit un _droit_ qu'ils
pouvoient céder, mais qu'ils ne devoient pas se laisser
ravir; une telle foiblesse pouvant avoir, pour des droits
d'une toute autre importance, les conséquences les plus
dangereuses.]
La topographie de cette paroisse présente plusieurs particularités
assez remarquables pour mériter quelques détails: la figure du
territoire qu'elle renfermoit étoit celle d'un carré long, qui
s'étendoit du midi au septentrion, en se prolongeant par deux angles
qui sortoient du carré. La base de cet espace étoit la rue de la
Pelleterie[98], dans son côté méridional en partie, et presqu'en
entier dans son côté septentrional, c'est-à-dire dans celui qui
bordoit la rivière. Au sortir de cette rue, par le bout oriental,
Saint-Jacques avoit tout le côté gauche du pont Notre-Dame, et
s'étendoit jusqu'à la rue Aubry-le-Boucher, dont le côté gauche
presque entier étoit également dans ses dépendances[99].
[Note 98: Dans la Cité.]
[Note 99: Avant d'en venir à la ligne parallèle du carré
long, il faut observer que la paroisse Saint-Jacques avoit
encore dans la rue Saint-Martin, à gauche, plus loin que la
rue Aubry-le-Boucher, quelques maisons placées après celles
qui dépendoient de la paroisse Saint-Josse, et qu'elle en
possédoit également un certain nombre dans la rue
Quinquempoix.]
À partir du bout occidental de la rue Aubry-le-Boucher, le territoire de
cette église commençoit dans la rue Saint-Denis, à la cinquième maison
sise à la gauche de l'angle des deux rues, et de là se prolongeoit
jusqu'au Grand-Châtelet. Il renfermoit la rue de la Joaillerie, les deux
côtés du pont au Change jusqu'au milieu du pont[100]; il continuoit
ensuite dans la rue de la Pelleterie, dont il possédoit, comme nous venons
de le dire, la plus grande partie, jusqu'à la dernière maison qui faisoit
face à Saint-Denis-de-la-Chartre.
[Note 100: Le reste dépendoit de Saint-Barthélemi, dans la
Cité.]
Ce droit que la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Boucherie avoit sur
une rue de la Cité, a fort excité la curiosité des antiquaires, et
plusieurs ont cherché à en donner l'explication. L'un d'eux[101] a
pensé que les pelletiers et les tanneurs, n'étant point admis dans
l'intérieur des villes, avoient leurs boutiques et ouvroirs entre les
murs et la rivière, et que c'étoit à cause de cette position au pied
de l'enceinte de la Cité, qu'ils avoient été compris dans les
dépendances de Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Mais ce système a été
combattu avec avantage, parce que, pour lui donner quelque
vraisemblance, il faudroit supposer que les murs, au lieu de suivre
une ligne courbe, se prolongeoient en ligne droite jusqu'à
Saint-Denis-de-la-Chartre, et même le laissoient hors de la ville, ce
qui est contraire à toutes les autorités, et démenti par la seule
inspection de tous les anciens plans de Paris. Il ne paroît pas
d'ailleurs que les lois de la police romaine fussent encore en vigueur
parmi nos ancêtres au onzième siècle, puisque les bouchers, que ces
lois excluoient du sein des villes, comme les pelletiers et les
tanneurs, avoient alors des étaux dans le parvis Notre-Dame; et de
plus, il est impossible de concevoir comment de tels ateliers auroient
pu être établis dans un espace aussi étroit, où ils eussent été
exposés à chaque instant à être détruits par les inondations. Une idée
plus simple et plus naturelle se présente, et c'est celle que nous
adoptons. Saint-Jacques-de-la-Boucherie étoit une dépendance de
Saint-Martin; en 1133 le roi Louis-le-Gros fit avec les religieux de
ce monastère l'échange de Saint-Denis-de-la-Chartre contre l'église de
Montmartre[102]; la rue de la Pelleterie se trouvoit en partie dans la
censive de Saint-Denis-de-la-Chartre; suivant l'usage alors établi,
ces religieux avoient le droit d'assujettir leurs vassaux et leurs
censitaires à la paroisse de leur monastère, ou à toute autre qui se
trouvoit dans leur dépendance; celle de Saint-Jacques venoit d'être
érigée tout nouvellement auprès de la Cité: c'étoit donc un motif
suffisant pour mettre dans ses attributions les habitants qui
dépendoient auparavant de Saint-Denis-de-la-Chartre.
[Note 101: L'abbé Lebeuf.]
[Note 102: _Voyez_ p. 271, Ire partie.]
Il n'est pas aussi facile de rendre raison de la juridiction que cette
église exerçoit sur la moitié du pont au Change. Voici toutefois une
conjecture qui ne semble pas dépourvue de vraisemblance. Nous avons
déjà remarqué que le pont au Change n'étoit pas situé d'abord au lieu
même où nous le voyons aujourd'hui, mais plus près du pont Notre-Dame;
et cette position le mettoit naturellement dans la dépendance de
Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Lorsqu'on résolut de le bâtir plus bas
et hors du territoire de cette paroisse, il dut paroître juste de
l'indemniser, ce qu'on fit sans doute en lui attribuant la moitié de
ce pont. Cette opinion se fortifie, si l'on considère que la même
indemnité a été accordée à plusieurs autres églises paroissiales dans
des circonstances entièrement semblables[103].
[Note 103: En jetant les yeux sur le plan du territoire de
Saint-Germain l'Auxerrois, l'on voit une ligne qui coupe
assez également la rivière par moitié dans sa longueur: la
rive gauche reste à Saint-Sulpice et à Saint-André-des-Arcs;
sur le grand bras, Saint-Germain à la droite, et
Saint-Barthélemi la gauche. Quand on a construit des ponts,
qu'on les a couverts de maisons, qu'on a placé auprès ou
dessous des moulins, des gords[103-A], des bateaux à
lessive, etc., l'usage a été de les attribuer aux paroisses
qui étendoient leur territoire sur le rivage. Le pont
Saint-Michel se trouvoit, par cette raison, partagé entre
trois paroisses. (JAILLOT.)]
[Note 103-A: Espèce de pêcherie que l'on construit dans une
rivière, au moyen de deux rangs de perches qu'on y plante.]
Les confréries qui existoient à Saint-Jacques-de-la-Boucherie ont joui
autrefois de quelque célébrité. Avant que chaque paroisse de Paris
eût établi une société, ou fête particulière des clercs, la confrérie
générale de tous les clercs de la ville étoit dans cette église. La
confrérie de Saint-Charles, qui y fut instituée en 1617, avoit une
telle réputation, que deux de nos reines n'ont pas dédaigné de s'y
faire agréger. On voyoit dans une des chapelles une figure de saint
Georges assez remarquable, qu'avoit fait élever une confrérie du nom
de ce saint, dont l'origine remonte à l'an 1516. Mais la plus
singulière de ces associations étoit celle que le testament d'un
bourgeois de cette paroisse, nommé Jean de Fontenay, nous a fait
connoître: ce testament, daté de 1227, porte un legs fait à la
confrérie _de Roncevaux_, et nous apprend qu'elle avoit été établie
sur les récits qu'avoit faits assez récemment le faux _Turpin_ des
martyrs de cette vallée d'Espagne et des merveilles qu'on y voyoit; ce
qui étoit relatif à la fameuse bataille que Charlemagne donna dans cet
endroit, au paladin Roland, et au pélerinage de Saint-Jacques en
Galice.
Ces réunions fameuses, et qui existent de temps immémorial chez tous
les peuples de la terre, ont été, comme toutes les institutions
humaines, ou bienfaisantes ou funestes, suivant le bon usage ou l'abus
qu'on en a fait: elles tiennent dans l'histoire de Paris, relativement
à sa police et à ses moeurs, une place assez importante pour que nous
saisissions cette occasion de présenter quelques idées générales sur
leur origine et sur leurs différents caractères.
DES CONFRÉRIES.
L'homme est né pour la société: toutes les facultés que le Créateur
lui a données tendent à ce but, ne sont utiles, ne reçoivent leur
entier développement que dans ces rapports continuels qui le lient
avec ses semblables; et les sophistes du siècle passé, qui ont isolé
l'être pensant, sous prétexte de le mieux connoître, qui ont cherché
les sensations et les idées que pouvoit avoir cet homme primitif et
solitaire, enfant de leur imagination, n'ont prouvé autre chose que la
fausse subtilité de leur esprit et leur ignorance complète du coeur
humain.
La société, c'est l'ordre parmi les intelligences, c'est-à-dire leurs
justes rapports d'autorité et de dépendance, depuis la plus foible de
ces intelligences, jusqu'à Dieu qui est l'intelligence infinie et la
source de tout pouvoir, de toute intelligence, de toute société.
La famille est le premier type de toute société; et là, par la
position naturelle, ou, pour mieux dire, nécessaire des membres qui la
composent, s'établissent d'elles-mêmes ces relations de dépendances et
d'autorité qui en coordonnent toutes les parties, et que l'on voit
ensuite se développer sous des formes plus ou moins compliquées,
depuis la formation d'une simple bourgade, jusqu'à celle des cités,
des nations, des grands empires, qui réunissent sous des lois plus
générales un nombre plus ou moins grand de ces petites sociétés
domestiques.
Plus ces formes se compliquent, plus ces relations s'étendent, moins
elles peuvent être comprises par les intelligences vulgaires, qui sont
le plus grand nombre, et qui, n'appréciant point alors les avantages
qu'il y a pour elles dans l'obéissance, ne sentent plus que ce qu'il y
a de pesant et de rigoureux dans le pouvoir. Il faut donc en quelque
sorte diviser pour elles la société, la mettre pour ainsi dire à _leur
portée_, afin que, la connoissant, elles puissent l'aimer, et
l'aimant, la servir et lui demeurer fidèles. C'est dans cette vue tout
à la fois politique et paternelle, que, dans tous les grands états où
la juste mesure du pouvoir a été bien entendue, on a encouragé et
protégé ces associations partielles qu'une certaine conformité de
situation, d'industrie, de croyances ou d'opinions particulières,
formoit entre un certain nombre d'hommes, associations dont l'effet
étoit de simplifier l'action du gouvernement; et, le débarrassant de
la police à peu près impossible des individus, de ne plus soumettre à
cette action que des masses d'autant plus faciles à contenir et à
diriger qu'elles portoient en elles-mêmes tous les principes d'ordre
qui constituent la société.
Ces sociétés partielles, ou confréries, ont été ou _civiles_, ou
_religieuses_, suivant la nature des causes qui les avoient fait
naître.
On en rencontre de ces deux espèces chez tous les peuples de la terre:
les Pharisiens, les Esséniens, les Saducéens, les Réchabites étoient
autant de confréries différentes parmi les Juifs; on trouve chez les
Égyptiens une confrérie de flagellants en l'honneur de leur dieu
Sérapis; on voit Lycurgue distribuer ses Spartiates en plusieurs
associations, auxquelles il ordonne l'union, l'amitié, la vie commune;
deux autres législateurs, Romulus et Numa, instituent également des
communautés; et le dernier principalement, ayant séparé les diverses
professions qui s'exerçoient à Rome en autant de corporations, leur
donna à chacune un patron pris parmi leurs faux dieux. Cet usage, qui
se maintint pendant la république et sous les empereurs, fut adopté
par les premiers chrétiens, suivant le témoignage de Tertullien. Dès
les premiers siècles, ils fondèrent entre eux des associations, ou
confréries particulières, dans lesquelles ils introduisirent les
réglements des païens, lorsqu'ils leur semblèrent bons et utiles,
rejetant soigneusement tout ce qu'ils offroient d'impie et de
dangereux. Ces institutions, établies dans un esprit si nouveau,
furent également civiles et religieuses: les dernières étoient connues
sous le nom d'_Agapes_, et l'histoire de l'Église en a rendu célèbres
la sainteté et l'admirable discipline. Les autres, qui se composoient
des arts et métiers, commencèrent vers le temps d'Alexandre-Sévère: on
en érigea dans toutes les grandes villes; chacune se choisit un patron
et une église, où les frères assistoient en commun au service divin.
On trouve qu'il leur étoit aussi permis de faire quelque collecte
entre eux pour l'entretien de ce service et pour soulager les pauvres
de leurs communautés: en tout, le but de ces pieux associés étoit
d'attirer, par leurs bonnes oeuvres et leurs charités, la bénédiction
du ciel sur eux et sur leurs travaux.
Cependant ce qui est bon en soi-même, dès qu'il se corrompt, devient
d'autant plus mauvais que son origine étoit plus excellente et plus
sainte: _corruptio optimi pessima_. Nous apprenons par l'Écriture
quelles erreurs et quelles fausses doctrines les sectes judaïques
avoient ajoutées à la loi de Dieu; et si nous jetons les yeux sur les
nations païennes dont la civilisation fut toujours si imparfaite, où
le gouvernement ne connut presque jamais de juste milieu entre la
foiblesse extrême et l'extrême violence, sur ces nations dont le
despotisme des chefs ou l'anarchie des peuples composent presque toute
l'histoire, nous n'en voyons aucune chez qui ces associations
particulières n'aient, au milieu de leurs troubles civils, contribué
au désordre, excité l'attention et l'inquiétude des magistrats. Cela
est remarquable surtout chez les Romains, où elles étoient dangereuses
dès le temps de Cicéron; car, dans sa harangue contre Pison, il se
plaint de certaines sociétés établies nouvellement sous les titres
spécieux de colléges et de communautés, dont le prétexte étoit le
service des dieux, et le véritable but, de mauvais desseins contre la
république. Cette remontrance fit abolir une partie des confréries qui
existoient alors. Auguste, dans le nouvel ordre de choses qu'il
institua, poussa la réforme plus loin, et les détruisit presque
toutes. Alexandre Sévère les rétablit; et dans les premiers temps de
la religion chrétienne, elles furent, comme nous l'avons dit, parmi
les fidèles, des modèles de décence et de charité. Mais de si beaux
commencements ne se soutinrent pas; et par les réglements des conciles
et des empereurs chrétiens qui vinrent après, on voit qu'il étoit
nécessaire de veiller sur elles avec une extrême vigilance, à cause
des désordres et des scandales qui se commettoient dans plusieurs.
Les confréries des états modernes sont, comme celles des anciens,
civiles et religieuses; et l'on voyoit de ces sortes d'associations
répandues par toute la France. Plusieurs étoient utiles et
légitimement établies, d'autres ont été illicites et dangereuses. Il
en existoit un grand nombre à Paris, parmi lesquelles quelques-unes
ont été célèbres, et même ont joué un rôle dans l'histoire. Nous
essaierons de donner quelque idée des plus remarquables, ainsi que de
celles qui étoient établies dans d'autres parties du royaume.
Il y avoit plusieurs espèces de ces confréries.
1º. Les confréries établies uniquement par un motif de dévotion pour
le salut des âmes et l'édification de l'Église. Telle étoit celle qui
fut instituée à Paris, en 1168, sous le titre de confrérie de
Notre-Dame. Elle fut d'abord composée de trente-six prêtres et d'un
nombre égal de laïques, notables bourgeois, en mémoire des
soixante-douze disciples de J. C.; ensuite le nombre en fut porté
jusqu'à cent. Les femmes, qui, dans le principe, en avoient été
exclues, y furent admises l'an 1224, au nombre de cinquante. La reine
et plusieurs dames pieuses et du premier rang désirèrent d'y être
reçues; de manière que la société fut, depuis ce temps, divisée en
trois classes, lesquelles furent toujours composées des personnes les
plus qualifiées de la ville. Quant aux exercices réglés par les
statuts, ils consistoient dans la célébration journalière du service
divin, une procession générale en certain temps, des aumônes et des
prières que les confrères devoient faire les uns pour les autres, etc.
Telles étoient encore les confréries du Saint-Sacrement, du Saint-Nom
de Jésus, de la Sainte-Vierge et autres semblables, dont les membres
n'avoient d'autre objet que de travailler à leur propre
sanctification.
2º. Les confréries établies pour des oeuvres de charité. Il y en avoit
dans la plus grande partie des paroisses de la France, et surtout à
Paris. Les unes secouroient les pauvres honteux, les autres
assistoient les malades indigents, et quelques-unes, sous le titre de
_Confrères de la Mort_, ensevelissoient les défunts et assistoient à
leurs obsèques.
3º. Les confréries de Pénitents. Elles portoient différentes
dénominations; et ceux qui en étoient membres exerçoient sur eux
certaines austérités en esprit de pénitence. On les a quelquefois
nommés _flagellants_, à cause des disciplines publiques qu'ils se
donnoient dans leurs processions générales: ils y paroissoient revêtus
d'une tunique de toile blanche, rouge ou bleue, avec un capuchon qui
leur couvroit le visage; et de là ils ont été appelés _Pénitents
bleus, rouges ou blancs_. Toutefois il n'y avoit en France de
semblables associations que dans les provinces voisines de l'Italie,
d'où elles tirent leur origine.
4º. La quatrième espèce de confrérie avoit été érigée à l'occasion des
pélerinages. Telles étoient à Paris celles du Saint-Sépulcre, aux
Cordeliers; de Saint-Jacques, en son église rue Saint-Denis; de
Saint-Michel, en sa chapelle dans la cour du Palais, pour ceux qui
avoient fait les pélerinages de Jérusalem, de Compostelle ou du
Mont-Saint-Michel. On y recevoit également toutes les personnes
dévotes qui vouloient s'y engager et participer aux mérites et aux
prières des pélerins.
5º. Venoient ensuite les confréries instituées par les négociants,
pour attirer sur leur commerce les bénédictions du ciel. Telle fut
celle qu'une compagnie des plus riches bourgeois de Paris établit,
l'an 1170, sous le titre de _Confrérie des marchands de l'eau_.
L'accroissement de la ville, et les nouveaux besoins d'une population
qui, de jour en jour, devenoit plus nombreuse, donnèrent naissance à
cette compagnie; car jusque-là, c'est-à-dire depuis le ravages des
Normands, cette capitale, renfermée dans des bornes très-étroites,
avoit tiré de son propre territoire et des provinces voisines tous les
secours nécessaires à sa consommation; et le sel étoit la seule denrée
qu'elle reçût par la rivière. Ces négociants, rassemblés pour faire un
commerce plus étendu par eau, achetèrent des religieuses de
Haute-Bruyère une place hors de la ville pour y construire un port, et
fondèrent leur confrérie dans l'église de ce monastère. Cette place,
qui leur fut cédée moyennant certaines redevances qu'ils payèrent à
ces religieuses, retint le nom de _Port-Popin_, du nom d'un bourgeois
de Paris à qui elle avoit appartenu; et Louis-le-Jeune, alors régnant,
confirma cette acquisition et approuva cet établissement par des
lettres-patentes de la même année 1170. À peine cette confrérie
fut-elle établie, que celle de Notre-Dame, qui étoit plus ancienne de
deux ans et plus considérable, tant par la qualité que par le nombre
des personnes qui la composoient, prit le titre de _grande confrérie_,
pour se distinguer de l'autre; titre qu'elle a gardé jusqu'au dernier
moment de son existence. Dans la classe de cette confrérie des
_marchands de l'eau_, doit être comprise celle des six corps des
marchands de Paris[104].
[Note 104: Les drapiers, les épiciers, les merciers, les
fourreurs, les bonnetiers et les orfévres.]
6º. Les officiers de justice avoient aussi leurs confréries
distinguées des autres, et formant une classe à part. Il y avoit à
Paris celle des notaires, établie dans la chapelle du Châtelet en
1300; celles de la compagnie du lieutenant criminel de robe-courte, de
la compagnie du guet, des huissiers à cheval et des sergents à verge.
7º. Celles des artisans étoient en aussi grand nombre qu'il y avoit
d'arts et métiers. Chaque communauté, de même que dans les premières
confréries chrétiennes, avoit son patron, se rassembloit dans une
église particulière, et avoit la liberté de se faire des statuts. Ceci
commença à être réformé sous le règne de saint Louis par Étienne
_Boislève_; et depuis ce temps ils furent obligés d'avoir recours au
magistrat pour obtenir des réglements, ou du moins pour homologuer les
articles qu'ils avoient arrêtés.
8º. Une confrérie fort extraordinaire et d'une espèce toute
particulière est celle qui se forma à Paris en 1402, sous le titre de
_Confrères de la Passion_; elle avoit pour objet de représenter sur un
théâtre public les mystères de la vie de Jésus-Christ, les actes des
martyrs, etc. Nous y reviendrons.
9º. Enfin il y a eu des confréries de factieux, qui ont paru à
certaines époques, et qui, comme celles dont se plaignoit l'orateur
romain, se couvroient du voile spécieux de la religion pour troubler
l'État. Divers conciles du treizième siècle prononcèrent anathème
contre des sociétés de ce genre, qui s'étoient élevées en plusieurs
parties de la France, et qui la troubloient par leurs violences et
leurs désordres. Tels étoient encore ces _Pénitents bleus_, qui, du
temps de la Ligue, se rassemblèrent à Bourges, par un esprit de
révolte contre l'autorité royale. Mais la plus remarquable est celle
qui s'établit à Paris en 1357, sous le titre de Notre-Dame. Étienne
Marcel, prévôt des marchands, en fut le chef; et tout ce qu'il y eut
de séditieux, de gens malintentionnés, s'y enrôlèrent. Ils avoient
pour but de traverser, dans l'administration du royaume, Charles V,
alors dauphin et régent pendant la captivité de son père. On verra par
la suite tous les désordres, tous les meurtres, tous les malheurs que
cette faction causa dans Paris. Charles, parvenu à la couronne après
la mort du roi Jean, accorda une amnistie à ces rebelles, et en même
temps cassa leur confrérie par des lettres-patentes du mois d'août
1358.