Quand Bonard rentra à la maison, il raconta à sa femme ce qui s'était
passé entre lui et Frédéric. Mme Bonard pleura, tout en trouvant que son
mari avait eu raison.
Pendant deux ou trois jours, tout le monde fut triste et silencieux à
la ferme; petit à petit les Bonard oublièrent les torts graves de leur
fils. Frédéric oublia la punition qu'il avait subie, et Julien oublia la
conduite de Frédéric à son égard.
Tout marchait donc régulièrement dans la maison Bonard.
Quand M. Georgey fut revenu chez lui, il changea de vêtements, et alla
dans le petit café tenu par le père d'Alcide.
M. GEORGEY.--Mossieu Bourel, jé venais vous dire, votre jeune gentleman
Alcide était une malhonnête.
BOUREL.--Alcide! Pas possible, Monsieur Georgey. C'est un garçon de
confiance.
M. GEORGEY.--Jé disais, moi, c'était une garçon voleur; il m'avait volé
l'argent du _turkey_; j'avais tiré, et mis dans les mains à lui,
houite francs. Et quoi j'avais? rien du tout. Le _turkey_ avait
couru, que jé né pouvais pas lé rattraper; et houite francs Alcide avait
remportés dans son poche. Et moi étais pas content; et moi disais à
vous, Alcide était une malhonnête.»
«Alcide, viens donc t'expliquer avec M. Georgey; il n'est pas content de
toi.»
Alcide entra et dit d'un air hypocrite:
«Je suis bien fâché, Monsieur Georgey, de vous avoir mécontenté; tout
ça, c'est la faute de Julien.
M. GEORGEY, _vivement_.--Comment tu disais? Juliène était une
_good fellow_. Lui relevait moi dans lé boue noire et mal
parfioumée. Et lé _turkey_ c'était pas lui. M. Bonarde m'a dit
c'était pas lui. C'était pas croyable comme tu étais une malhonnête pour
les _turkeys_.
ALCIDE.--Monsieur, je vous assure que M. Bonard s'est trompé; il croit
Julien qui est un menteur; moi, Monsieur, je vous aime bien, et je ferai
tout ce que vous voudrez pour vous contenter et vous bien servir.
M. GEORGEY.--Moi voir cette chose tardivement, moi demander à Madme
Bonarde.
ALCIDE.--Mme Bonard ne dira pas vrai à Monsieur, parce qu'elle ne m'aime
pas et qu'elle ne croit que Julien.
M. GEORGEY.--Madme Bonarde était bien aimable; elle disait toujours le
vrai. _Good bye_, Mossieu Bourel; _good bye_, Alcide. Prends
attention! Jé n'aimais pas quand on trompait moi.»