BONARD.--Comment connais-tu cet Anglais qui sort d'ici?»

Frédéric ne répondit pas; ses dents claquaient. Bonard lui appliqua sur

les épaules un coup de fouet qui lui fit jeter un cri aigu.

BONARD.--D'où connais-tu cet Anglais?

FRÉDÉRIC, _pleurant_.--Je l'ai... rencontré... avec Alcide.

BONARD.--Pourquoi étais-tu avec Alcide, malgré ma défense? Pourquoi,

d'accord avec Alcide, as-tu volé mes dindons pour les vendre à cet

Anglais? Pourquoi m'as-tu laissé deux fois gronder Julien, le sachant

innocent et te sentant coupable?

FRÉDÉRIC, _pleurant_.--Ce n'est... pas moi... mon père,... c'est...

Alcide.»

Puis, se jetant à genoux devant son père, il lui dit en sanglotant: «Mon

père, pardonnez-moi, c'est Alcide qui a volé les dindons. J'ai seulement

eu tort de le voir après que vous me l'avez défendu.

BONARD.--Tu mens. Je sais tout; avoue ta faute franchement. Raconte

comment la chose est arrivée, et comment Alcide a pu vendre mes dindons

à l'Anglais.

FRÉDÉRIC.--Alcide était convenu de me rencontrer dans le petit bois le

soir quand je serais seul; il m'attendait. J'ai envoyé Julien les deux

fois me faire une commission, pour qu'il ne me vît pas avec Alcide: j'ai

couru dans le bois; je l'ai trouvé avec l'Anglais; puis Alcide a disparu

un instant; il est revenu avec un dindon sous le bras. Avant que j'aie

pu l'en empêcher, il a fait le marché avec l'Anglais, qui est parti tout

de suite emportant le dindon. Alcide m'a donné deux francs, me demandant

de n'en rien dire; j'étais tout ahuri, je ne savais ce que je faisais;

Alcide s'est sauvé, et moi je m'en suis allé aussi.

BONARD.--Et les deux francs?

FRÉDÉRIC.--Je n'ai pu les rendre, Alcide s'était sauvé.

BONARD.--Et la seconde fois?

FRÉDÉRIC.--Ça s'est fait de même.

BONARD.--Et tu t'es laissé faire, sachant ce qui allait arriver? Et tu

as encore empoché l'argent, sachant que c'était un vol? Et tu n'as pas

rougi de laisser accuser Julien une seconde fois? Et tu n'as pas été

honteux de voler ton père, ta mère, et de t'y faire aider par un

vaurien, par un voleur comme toi-même? Tu mens, tu augmentes ta faute et

ta punition.»

Bonard empoigna Frédéric et lui administra une rude correction bien

méritée. Il le rejeta ensuite sur le tas de paille et sortit de

l'écurie.

V

Le Mauvais Génie · 第 23 / 160 题