[Note 22: Je cite deux lettres de Napoléon au ministre Dejean,

remarquables par ses vues sur la régie et les marchés.

_Au ministre Dejean, directeur de l'administration de la guerre._

«Bayonne, 4 novembre 1808.

»Vous trouverez ci-joint un rapport de l'ordonnateur. Vous y verrez

comme je suis indignement servi. Je n'ai encore eu que 1,400 habits,

que 7,000 capotes au lieu de 50,000; 15,000 paires de souliers au lieu

de 129,000. Je manque de tout; l'habillement va au plus mal; mon armée

qui va entrer en campagne est nue, elle n'a rien. Les conscrits ne

sont pas habillés; vos rapports ne sont que du papier. Ce sont des

convois qui m'étaient nécessaires; il fallait les faire partir en

règle, et y mettre à la tête un officier ou un commis, et alors on eût

été sûr de leur arrivée.

»Vous trouverez ci-joint des lettres du préfet de la Gironde et un

rapport de l'inspecteur aux revues Dufresne; vous y verrez que tout

est vol et dilapidation. Mon armée est nue, et cependant elle entre en

campagne. Je n'en ai pas moins dépensé beaucoup d'argent, mais c'est

autant de jeté dans l'eau.»

_Au ministre Dejean, directeur de l'administration de la guerre._

«Tolosa, le 5 novembre 1808.

»Les vivres qui sont à Bayonne ne seront pas consommés. Il ne manque

pas de vivres en Espagne, surtout des bestiaux et du vin. Je viens

d'ordonner que la réserve de boeufs soit contremandée; elle est

inutile, ce sera une économie de 2 millions.

»Ce qu'il me faut ce sont des capotes et des souliers. Je ne

manquerais de rien si mes ordres avaient été exécutés. Aucun de mes

ordres n'a été exécuté parce que l'ordonnateur n'est pas sûr, et qu'on

ne traite qu'avec des fripons. Il faut envoyer à Bayonne un

ordonnateur au-dessus du soupçon. Je ne veux point de marchés. Vous

savez que les marchés ne produisent que des friponneries.

»J'ai cassé le marché de l'habillement de Bordeaux. Envoyez-y un

directeur qui fasse confectionner pour mon compte, qui sera aidé du

préfet, qui requerra le local et les ouvriers. Partez bien du principe

qu'on ne fait des marchés que pour voler; que quand on paye, il n'y a

pas besoin de marchés, et que le système de la régie est toujours

meilleur.

»Comment faut-il donc faire pour cet atelier de confection? Comme on

fait dans les régiments: mettre un commissaire des guerres probe à la

tête de cet établissement, y joindre trois ou quatre maîtres tailleurs

sous ses ordres, comme employés de l'atelier, et charger trois

officiers supérieurs, de ceux qui se trouvent à Bordeaux, de

surveiller la réception, de ne recevoir que de bons habits. Il n'y a

pas besoin de marché pour tout cela, en mettant de l'argent à la

disposition dudit commissaire.

»Par le décret, vous verrez qu'il n'est question que d'avoir un bon

adjoint au commissaire des guerres, qui veuille mettre sa réputation à

bien faire aller cet atelier, et d'avoir deux bons garde-magasins et

deux maîtres tailleurs sortant des corps, honnêtes et experts.

Moyennant ces cinq individus, cet atelier marchera parfaitement, et je

veux avoir des habits aussi bien confectionnés que ceux de la garde.

»Quant à l'activité, si on veut confectionner 10,000 habits par jour,

on les confectionnera, parce qu'il ne sera question que de requérir

des ouvriers dans toute la France. Si vous aviez agi d'après ces

principes, tout marcherait parfaitement. Mieux vaut tard que jamais.

Pour votre règle, je ne veux plus de marché; et quand je ne ferai pas

confectionner par les corps, il faudra suivre cette méthode.»]

[En marge: Arrivée de Napoléon à Vittoria.]

À peine rendu à Vittoria, et arraché aux embrassements de son frère,

qui lui était fort attaché, il fit appeler auprès de lui son

état-major, et particulièrement les officiers français ou espagnols

qui connaissaient le mieux les routes de la contrée, afin de commencer

sur-le-champ les opérations décisives qu'il avait projetées.

Pour comprendre les remarquables opérations qu'il ordonna en cette

circonstance, et qui ne furent pas au nombre des moins belles de sa

vie militaire, il faut savoir ce qui s'était passé en Espagne pendant

les mois de septembre et d'octobre, mois employés tant à Paris qu'à

Erfurt en négociations, en préparatifs de guerre, en mouvements de

troupes.

[En marge: Ce qui s'était passé en Espagne pendant les mois de

septembre et d'octobre.]

[En marge: Exaltation produite chez les Espagnols par le triomphe de

Baylen.]

Les Espagnols, doublement enthousiasmés du triomphe inespéré de Baylen

et de la retraite du roi Joseph sur l'Èbre, étaient dans le délire de

la joie et de l'orgueil. Ce n'étaient pas quelques conscrits, accablés

par la chaleur, mal conduits par un général malheureux, qu'ils

croyaient avoir vaincus, mais la grande armée, et Napoléon lui-même.

Ils se supposaient invincibles, et ne songeaient à rien moins qu'à

réunir une masse de cinq cent mille hommes, à porter ces cinq cent

mille hommes au delà des Pyrénées, c'est-à-dire à envahir la France.

Dans les négociations avec les Anglais, qu'ils savaient vainqueurs

aussi en Portugal, mais dont ils dédaignaient fort la convention de

Cintra, en la comparant à celle de Baylen, ils ne parlaient que

d'entreprises dirigées contre le midi de la France. Ils acceptaient et

désiraient même le secours d'une armée anglaise, mais ils le

demandaient sans y attacher le salut de l'Espagne, qu'ils se

chargeraient bien d'opérer indépendamment de toute assistance

étrangère. Qu'on se figure la jactance espagnole, si grande en tout

temps, exaltée par un triomphe inouï, et on se fera à peine une idée

juste des folles exagérations que débitaient les insurgés.

[En marge: Difficulté de constituer un gouvernement.]

[En marge: Efforts du conseil de Castille pour ressaisir le pouvoir.]

[En marge: Le conseil de Castille appelle à Madrid les généraux

victorieux.]

Ce qui pressait le plus, et ce qu'il y avait de plus difficile,

c'était de constituer un gouvernement; car depuis le départ de la

famille royale pour Compiégne et Valençay, depuis la retraite de

Joseph sur l'Èbre, il n'y avait d'autre autorité que celle des juntes

insurrectionnelles formées dans chaque province, autorité

extravagante, qui se divisait en douze ou quinze centres ennemis les

uns des autres. À Madrid, autrefois centre unique de l'administration

royale, il n'était resté que le conseil de Castille, aussi méprisé que

haï pour n'avoir opposé à l'usurpation étrangère d'autre résistance

qu'un peu de mauvaise grâce, et beaucoup de tergiversations. Ce corps

était alors en Espagne dans la situation où avaient été en France, à

l'ouverture de la révolution, les anciens parlements, dont on s'était

servi avant 1789, et dont après 1789 on ne voulait plus tenir aucun

compte, parce qu'ils étaient demeurés fort en deçà des désirs du

moment. Doué cependant, comme tous les vieux corps, d'une ambition

patiente et tenace, il ne désespérait pas de s'emparer du pouvoir, et

crut en trouver l'occasion dans le massacre d'un vieillard, don Luis

Viguri, autrefois intendant de la Havane et favori du prince de la

Paix, oublié depuis long-temps, mais rappelé malheureusement à

l'attention du peuple par une querelle avec un ancien serviteur

traître à son maître. L'infortuné don Luis ayant été égorgé et traîné

dans les rues, le besoin d'une autorité publique se fit

universellement sentir, et le conseil appela à Madrid les généraux

espagnols victorieux des Français, pour prêter main-forte à la loi. Il

proposa en même temps aux juntes insurrectionnelles de députer chacune

un représentant, afin de composer à Madrid avec le conseil lui-même un

gouvernement central.

[En marge: Entrée à Madrid de don Gonzalez de Llamas avec les

Valenciens, de Castaños avec les Andalous.]

[En marge: Les juntes insurrectionnelles refusent de répondre à

l'appel du conseil de Castille et de constituer un gouvernement

central sous ses auspices.]

[En marge: Rivalités entre les juntes.]

[En marge: Prétentions des juntes du nord de l'Espagne.]

[En marge: Les juntes d'Estrémadure, de Valence, de Grenade, de

Saragosse, veulent un gouvernement unique, placé au centre, et font

prévaloir ce voeu.]

Les généraux espagnols s'empressèrent en effet de venir triompher à

Madrid, et on vit successivement arriver don Gonzalez de Llamas avec

les Valenciens et les Murciens, prétendus vainqueurs du maréchal

Moncey, et Castaños avec les Andalous, vainqueurs trop réels du

général Dupont. L'enthousiasme pour ces derniers fut extrême, et il

était mérité, si le bonheur peut être estimé à l'égal du génie. Mais

les juntes n'étaient pas d'humeur à subir la prépondérance du conseil

de Castille, et à se contenter d'une simple participation au pouvoir,

sous la direction suprême de ce corps. Pour unique réponse, toutes

(une seule exceptée, celle de Valence) lui adressèrent les plus

violents reproches, et elles déclarèrent ne pas vouloir reconnaître

une autorité qui n'avait été jadis qu'une autorité purement

administrative et judiciaire, et qui récemment ne s'était pas conduite

de manière à obtenir de la confiance de la nation un pouvoir qu'elle

ne tenait pas des institutions espagnoles. Elles discutèrent entre

elles par des envoyés la forme du gouvernement central qu'elles

constitueraient. Elles étaient, quant à cet objet, aussi divisées de

vues que de prétentions. D'abord toutes jalousaient leurs voisines.

Celle de Séville était en brouille avec celle de Grenade, chacune

s'attribuant l'honneur du triomphe de Baylen, et poussant la violence

jusqu'à vouloir se faire la guerre, qu'elles auraient commencée sans

le sage Castaños. De plus, cette même junte de Séville entendait

devenir le centre du gouvernement, tant à cause de ses services que de

sa situation géographique, qui la plaçait loin des Français, et elle

voulait par voie d'adhésions successives attirer toutes les autres à

elle. Les juntes du nord, formant deux groupes peu amis, d'une part

celui de Galice, de Léon, de Castille, de l'autre celui des Asturies,

tendaient cependant à se rapprocher, et, une fois unies, à fixer au

nord le gouvernement de l'Espagne. Moins ambitieuses, plus sages, et

non moins méritantes, les juntes d'Estrémadure, de Valence, de

Grenade, de Saragosse, n'avaient aucune de ces ambitions exclusives,

et se prononçaient pour la formation d un gouvernement unique, placé

au centre de l'Espagne, mais non à Madrid, afin d'éviter la domination

du conseil de Castille.

[En marge: Établissement de la junte centrale à Aranjuez.]

Toutes ces juntes finirent par s'entendre au moyen d'envoyés, et elles

convinrent de députer à un lieu indiqué, Ciudad-Real, Aranjuez ou

Madrid, deux représentants par junte, afin de composer une junte

centrale de gouvernement. Cet accord fut accepté, et les deux

représentants nommés, après beaucoup d'agitations, se rendirent, les

uns à Madrid, les autres à Aranjuez. Ceux de Séville, toujours plus

jaloux, parce qu'ils étaient les plus ambitieux, ne voulurent pas

dépasser Aranjuez, et finirent par attirer tous les autres à eux. Il

plaisait d'ailleurs à l'orgueil de ces suppléants de la royauté

absente de s'établir dans son ancienne résidence, et d'en usurper

jusqu'aux dehors.

[En marge: Le conseil de Castille élève quelques objections mal

accueillies contre la formation d'une junte centrale.]

[En marge: La junte centrale acceptée par les généraux et la nation.]

Constituée à Aranjuez sous la présidence de M. de Florida-Blanca,

l'ancien ministre de Charles III, homme illustre, éclairé, habile,

mais malheureusement vieux et étranger au temps présent, la junte

centrale se déclara investie de toute l'autorité royale, s'attribua le

titre de majesté, décerna celui d'altesse à son président,

d'excellence à ses membres, avec 120 mille réaux de traitement pour

chacun d'eux. S'élevant dans le commencement à vingt-quatre membres,

elle fut portée bientôt à trente-cinq, et pour premier acte elle

enjoignit au conseil de Castille ainsi qu'à toutes les autorités

espagnoles de reconnaître son pouvoir suprême. Le conseil de Castille,

qui ne trouvait pas de son goût la création d'une pareille autorité,

songea d'abord à résister. Il objecta par une déclaration formelle

que, d'après les lois du royaume, la junte, à titre de conseil de

régence, était trop nombreuse, et à titre d'assemblée nationale ne

pouvait en rien remplacer les cortès. En conséquence, il demanda la

convocation des cortès elles-mêmes. Nous avons déjà eu l'occasion de

faire remarquer que dans ce soulèvement de l'Espagne pour la royauté,

il y avait explosion de tous les sentiments démocratiques, et qu'au

nom de Ferdinand VII on ne faisait en réalité que se livrer aux

passions de 1793. Aussi rien ne sonnait-il mieux aux oreilles

espagnoles que le mot de cortès. Mais du conseil de Castille tout

était mal pris. On vit uniquement dans ce qu'il proposait un piége

pour annuler la junte et se substituer à elle, et, sans renoncer aux

cortès, on ne répondit à sa déclaration que par une rumeur universelle

de haine et de mépris. L'appui des généraux était alors la seule force

efficace. Or, tous appartenaient à cette junte centrale, composée des

juntes provinciales, auprès desquelles ils s'étaient élevés, avec

lesquelles ils s'étaient entendus, et ils adhérèrent à la junte, sauf

un seul, le vieux Gregorio de la Cuesta, toujours chagrin, toujours

insociable, détestant les autorités insurrectionnelles et tumultueuses

qui venaient de se former, et préférant de beaucoup le conseil de

Castille, qu'il avait jadis présidé. Il songea même un moment à

s'entendre avec Castaños, et à s'attribuer à eux deux le gouvernement

militaire, en abandonnant le gouvernement civil au conseil de

Castille. Les événements prouvèrent bientôt qu'une pareille

combinaison aurait mieux valu; mais Castaños n'était pas assez

entreprenant pour accepter les offres de son collègue, et d'ailleurs,

élevé par la junte de Séville, il était du parti des juntes. Don

Gregorio de la Cuesta fut donc obligé de se soumettre, et le conseil

de Castille, dénué de tout appui, se trouva réduit à suivre cet

exemple.

La junte centrale d'Aranjuez, en plein exercice du pouvoir dès les

premiers jours de septembre, se mit à gouverner, à sa manière, la

malheureuse Espagne.

[En marge: Composition des armées de l'insurrection.]

[En marge: Quels furent ceux qui s'enrôlèrent sous l'influence de

l'enthousiasme du moment.]

[En marge: Armées de l'Andalousie, de Grenade et de Valence.]

[En marge: Division de l'Estrémadure.]

[En marge: Armées de la Galice, des Asturies, de Léon, de la

Vieille-Castille.]

Son premier, son unique soin aurait dû être de s'occuper de la levée

des troupes, de leur organisation, de leur direction. Mais, dans un

pays où il n'y avait jamais eu que fort peu d'administration, où une

révolution subite venait de détruire le peu qu'il y en avait, le

gouvernement central ne pouvait rien ou presque rien sur la partie

essentielle, c'est-à-dire sur l'organisation des forces, et pouvait

tout au plus quelque chose sur leur direction générale. L'enthousiasme

était assurément très-bruyant en Espagne, aussi bruyant qu'on le

puisse imaginer, et on va voir combien l'enthousiasme est une faible

ressource effective, combien il est inférieur en résultats à une loi

régulière, qui prend tous les citoyens, et les appelle bon gré mal gré

à servir le pays. L'Espagne, qui aurait pu et dû donner en de telles

circonstances quatre ou cinq cent mille hommes, très-courageux par

nature, en donna à peine cent mille, mal équipés, encore plus mal

disciplinés, incapables de tenir tête, même dans la proportion de

quatre contre un, à nos troupes les plus médiocres. Après beaucoup de

bruit, d'agitation, tout ce qui s'enrôla fut la jeunesse des

universités, quelques paysans poussés par les moines, et un très-petit

nombre seulement des exaltés des villes. Dans certaines provinces, ces

enrôlés allèrent grossir les rangs de la troupe de ligne; dans

d'autres, ils formèrent sous le nom de _Tercios_, vieux nom emprunté

aux anciennes armées espagnoles, des bataillons spéciaux servant à

côté de la troupe de ligne. L'Andalousie, si fière de ses succès, eut

son armée forte de quatre divisions, sous les ordres des généraux

Castaños, la Peña, Coupigny, etc. Grenade eut la sienne sous le major

de Reding. Valence et Murcie expédièrent sous Llamas une partie des

volontaires qui avaient résisté au maréchal Moncey. L'Estrémadure, qui

n'avait pas encore figuré dans les rangs de l'insurrection armée,

forma sous le général Galuzzo et le jeune marquis de Belveder une

division dans laquelle entrèrent, avec des volontaires, beaucoup de

déserteurs des troupes espagnoles de Portugal. À cette division se

joignirent les enrôlés de la Manche et de la Nouvelle-Castille. La

Catalogne continua à lever des bandes de miquelets qui serraient de

près le général Duhesme dans Barcelone. L'Aragon, répondant à la voix

de Palafox, et encouragé par la résistance de Saragosse, organisa une

armée assez régulière, composée de troupes de ligne et de paysans

aragonais, les plus beaux hommes, les plus hardis de l'Espagne. Les

provinces du nord, la Galice, Léon, la Vieille-Castille, les Asturies,

profitant d'un noyau considérable de troupes de ligne, les unes

revenues du Portugal, les autres de garnison au Ferrol, se rallièrent

sous les généraux Blake et Gregorio de la Cuesta, dédommagées de leur

défaite de Rio-Seco par les succès de l'insurrection dans le reste de

la Péninsule. Elles reçurent aussi un renfort inattendu, c'était celui

des troupes du marquis de La Romana, échappé avec son corps des rives

de la Baltique, par une sorte de miracle qui mérite d'être rapporté.

[En marge: Évasion miraculeuse des troupes de La Romana revenues du

Danemark dans les Asturies.]

On se souvient que les troupes espagnoles envoyées à Napoléon pour

concourir à la garde des rivages de la Baltique, avaient été répandues

dans les provinces danoises, où elles devaient tenir tête aux Anglais

et aux Suédois. Ces troupes, sommées de prêter serment à Joseph,

commencèrent à murmurer. Celles qui étaient dans l'île de Seeland,

autour de Copenhague, s'insurgèrent, cherchèrent à tuer le général

Fririon qui les commandait, ne purent atteindre que son aide de camp

qu'elles égorgèrent, et déclarèrent ne point vouloir d'une royauté

usurpatrice. Le roi de Danemark les fit désarmer. Mais la plus grande

partie du corps espagnol était dans l'île de Fionie et dans le

Jutland. Les troupes qui se trouvaient dans ces deux localités,

travaillées depuis long-temps par des agents espagnols venus sur des

bâtiments anglais, avaient résolu d'échapper au dominateur du

continent, et pour cela de se porter à l'improviste sur un point du

rivage, où les flottes anglaises s'empresseraient de les recueillir.

Le marquis de La Romana, esprit ardent et singulier, tout plein de la

lecture des auteurs anciens, instruit mais peu sensé, plus bouillant

qu'énergique, était à la tête de ce noble complot. À un signal donné,

tous les détachements espagnols coururent au port de Nyborg, où l'on

s'embarque pour passer le grand Belt, y trouvèrent une centaine de

petits bâtiments dont ils s'emparèrent, et se rendirent dans l'île de

Langeland. Là, sous la protection des flottes anglaises, ils n'avaient

rien à craindre. Les autres détachements épars dans le Jutland

coururent, de leur côté, à Frédéricia, passèrent le petit Belt dans

des barques enlevées par eux, traversèrent l'île de Fionie pour se

rendre à Nyborg, et de Nyborg gagnèrent l'île de Langeland,

rendez-vous commun de ces fugitifs. La cavalerie, abandonnant ses

chevaux dans les campagnes, suivit l'infanterie à pied, et arriva avec

elle au rendez-vous général. Les Anglais avertis, ayant rassemblé le

nombre de bâtiments nécessaires pour une courte traversée, eurent

bientôt transporté les fugitifs sur la côte de Suède pour les mettre

hors d'atteinte, et, tous les moyens ayant enfin été réunis, les

ramenèrent de Suède en Espagne dans les premiers jours d'octobre,

après trois mois d'aventures merveilleuses. Sur les 14 mille Espagnols

placés au bord de la Baltique, 9 à 10 mille étaient revenus en

Espagne, 4 à 5 mille étaient restés en Danemark, désarmés et

prisonniers.

[En marge: Conseil de généraux placé auprès de la junte centrale

d'Aranjuez.]

[En marge: Plan de campagne adopté par ce conseil.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 09 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 27 / 43 段