Tandis qu'on en agissait ainsi à Lisbonne avec la division Caraffa, la

division Taranco, forte de 16 bataillons, et qu'aucune troupe

française ne contenait à Oporto, s'était soulevée, avait fait

prisonnier le général français Quesnel avec tout son état-major, et

avait pris le chemin de la Galice pour rejoindre le général Blake, en

appelant les Portugais aux armes. Ce n'était pas l'envie de

s'insurger qui manquait à ceux-ci, car les Portugais, quoique ennemis

des Espagnols, ne sont au fond que des Espagnols qui en détestent

d'autres. À la vue des Français, ils avaient bien senti qu'ils étaient

de cette race de Maures chrétiens, qui habitent la Péninsule, et

haïssent tout ce qui est au delà. Ils n'auraient pas demandé mieux que

de s'insurger; mais devant l'armée française ils ne l'avaient point

osé, et le bon ordre maintenu par Junot parmi ses troupes avait

contribué à leur rendre cette soumission moins pénible. Mais en

apprenant le soulèvement de l'Espagne, en entendant dire aux Espagnols

qu'ils avaient vaincu les Français, ils avaient conçu naturellement le

désir de suivre un pareil exemple; et il ne leur fallait plus que la

vue de leurs vieux alliés les Anglais, alliés et tyrans à la fois,

pour déterminer parmi eux une insurrection générale.

L'amiral sir Charles Cotton croisait, en effet, du cap Finistère au

cap Saint-Vincent; mais on n'apercevait que des vaisseaux se tenant à

distance, n'abordant pas encore, et on attendait avec impatience qu'un

convoi apportât enfin une armée anglaise. Lisbonne, que contenait le

général Junot avec le gros de ses troupes, ne pouvait guère se

permettre un soulèvement, tandis qu'Oporto, qui avait tous les

sentiments portugais dans le coeur, et, en outre, le chagrin de ne

plus voir les Anglais dans son port, Oporto était prêt à éclater au

premier signal de l'Angleterre.

[En marge: Situation de l'armée française.]

Le brave général Junot sentait tout ce que cette situation avait de

grave. Au moment où le général Dupont succombait, il y avait un mois

qu'il était sans nouvelles de France, car la mer soumise aux Anglais

ne laissait pas passer un navire, et l'insurrection espagnole, qui

enveloppait le Portugal du nord au midi, ne laissait pas passer un

courrier. Le bruit de l'événement de Baylen, transmis par

l'enthousiasme espagnol à la haine portugaise, se répandit en Portugal

avec une promptitude incroyable, et y causa une émotion

extraordinaire. Au contraire, la victoire de Rio-Seco, quoique

antérieure de beaucoup au désastre de Baylen, n'était pas encore

connue; car l'esprit humain propage les faits qui le flattent, et

reste sans écho pour les autres. Il n'y avait pas de mal, au surplus,

et ce fait heureux, qu'on devait bientôt apprendre, allait devenir,

comme on va le voir, une ressource pour le moral de nos soldats.

Quoique jeunes, ils s'étaient déjà aguerris par une difficile marche

en Portugal. Ils s'étaient reposés, réorganisés, instruits,

acclimatés, et présentaient le plus bel aspect. Entrés au nombre de 23

mille, rejoints par 3 mille autres, ils se trouvaient encore, après

leur désastreuse marche de l'automne dernier, au nombre de 24 mille,

très en état de soutenir l'honneur des armes françaises avant de se

rendre, s'il fallait qu'eux aussi succombassent pour expier dans toute

la Péninsule l'attentat de Bayonne.

[En marge: Conseil de guerre tenu par les généraux français dans

lequel on arrête la conduite à suivre.]

Le général Junot, se voyant si loin de France, enfermé entre

l'insurrection espagnole qui s'annonçait victorieuse, et la mer qui se

montrait couverte de voiles anglaises, ne se faisait pas illusion sur

ses dangers; mais il était intelligent et brave, et il était résolu à

se conduire de manière à obtenir l'approbation de Napoléon. Il tint un

conseil de guerre, et dans ce conseil, composé de généraux élevés à

l'école de Napoléon, les résolutions furent conformes aux vrais

principes de la guerre. Malheureusement, si on reconnut en théorie les

vrais principes, dans l'application on ne les suivit pas avec la

vigueur et la précision que le maître seul savait y apporter.

Abandonner tous les points accessoires qu'on occupait, se réunir en

masse à Lisbonne, pour contenir la capitale, et se mettre en mesure de

jeter à la mer le premier débarquement de troupes anglaises, était

naturellement le plan que tout le monde dut concevoir et adopter. Il

fut donc résolu qu'on évacuerait les Algarves, l'Alentejo, le Beyra,

toutes les parties enfin où l'on avait des troupes, sauf les deux

places d'Almeida au nord, d'Elvas au midi, sauf aussi la position de

Setubal et de Peniche sur le littoral, et qu'on se concentrerait entre

Lisbonne et Abrantès. La résolution était bonne, mais pas assez

complète, car il y avait encore dans ces points de quoi absorber 4 à 5

mille hommes sur 20 ou 22 mille de valides, et, en tenant compte de ce

qu'il faudrait à Lisbonne même, on pourrait bien n'avoir pas plus de

10 ou 12 mille soldats à opposer à un débarquement, tandis qu'on

aurait dû s'en réserver 15 ou 18 mille pour une action décisive.

[En marge: Mauvais sentiments de l'amiral russe Siniavin, refusant au

général Junot toute espèce de concours.]

On avait auprès de soi un allié qui aurait pu rendre de grands

services, c'était l'amiral russe Siniavin avec sa flotte montée par

des matelots, marins médiocres, mais soldats excellents. S'il avait

embrassé franchement la cause commune, il lui aurait été facile de

garder Lisbonne à lui seul, et de rendre disponibles trois ou quatre

mille Français de plus. Mais il persistait, comme il l'avait déjà

fait, à se conduire en Russe passionné pour l'Angleterre, plein de

haine pour la France, et tout disposé à ouvrir les bras à l'ennemi. Il

répondait froidement ou négativement à toutes les demandes de concours

qu'on lui adressait, quoiqu'il fût, par sa position au milieu du Tage,

encore plus obligé d'en défendre l'entrée que Junot lui-même. C'était

pour celui-ci une grave difficulté, surtout ayant à contenir une

population hostile de trois cent mille âmes, dans laquelle vingt mille

montagnards de la Galice, exerçant comme les Savoyards ou les

Auvergnats à Paris le métier d'hommes de peine, montraient des

dispositions fort peu amicales. Toutefois, comme à Lisbonne se

trouvait le principal établissement de l'armée française, Junot

espérait, avec les dépôts, les malades, les gardiens du matériel,

imposer à la mauvaise volonté de la capitale. Il ordonna au général

Loison de quitter Almeida avec sa division, au général Kellermann de

quitter Elvas avec la sienne, sauf à laisser une garnison dans ces

deux places. Son projet était, une fois ces deux divisions rentrées,

de tenir une masse toujours prête à agir sur le littoral contre

l'armée anglaise, dont on annonçait le prochain débarquement.

[En marge: Évacuation d'Almeida par le général Loison, d'Elvas par le

général Kellermann.]

Déjà l'insurrection, quoique n'ayant pas encore éclaté, couvait

sourdement en Portugal, et il était presque impossible de faire

arriver un courrier. On envoya cependant tant de messagers au général

Kellermann, et surtout au général Loison, plus difficile à rejoindre

que le général Kellermann, à cause de l'éloignement de la province

qu'il occupait, que l'un et l'autre furent avertis à temps. Le général

Loison, au moment de partir, était déjà entouré d'insurgés qu'avait

gagnés la contagion de l'insurrection espagnole. Les prêtres, non

moins ardents en Portugal qu'en Espagne, s'étaient mis à la tête des

paysans, et gardaient tous les passages, faisant le genre de guerre

qui se pratiquait alors dans toute la Péninsule, c'est-à-dire

barricadant l'entrée des villages, dérobant les vivres, et massacrant

les malades, les blessés ou les traînards. Mais le général Loison

était aussi vigoureux qu'aucun officier de son temps. Il laissa dans

les forts d'Almeida quatorze ou quinze cents hommes les moins capables

de soutenir les fatigues d'une longue route, les pourvut de vivres et

de munitions, et s'achemina avec trois mille, pour traverser tout le

nord du Portugal par Almeida, la Guarda, Abrantès et Lisbonne. Il eut

plusieurs fois à passer sur le corps des révoltés et à les punir

sévèrement; mais il sut partout se faire respecter, s'ouvrir les

chemins, se procurer des subsistances, et il arriva enfin à Abrantès,

n'ayant perdu que deux cents hommes pendant le trajet le plus pénible

et le plus périlleux.

Le général Kellermann se tira d'Elvas tout aussi heureusement. Déjà,

au bruit de l'insurrection de l'Andalousie et de l'Estrémadure, les

Algarves et l'Alentejo avaient commencé à s'agiter. Le général

Kellermann envoya des détachements dans divers sens, à Béja notamment,

où il fit une exécution sévère, parvint à contenir les révoltés, puis

laissa à Elvas, comme le général Loison à Almeida, tout ce qui était

le moins capable de marcher par les chaleurs étouffantes de juillet,

et il rentra sans obstacle à Lisbonne par la gauche du Tage. Il n'y

avait plus dès lors de troupes françaises qu'à Almeida, Elvas,

Setubal, Peniche, Lisbonne et les environs.

[En marge: Annonce de la prochaine arrivée d'une armée anglaise.]

De toutes parts en effet on annonçait comme certaine l'arrivée d'une

armée britannique, venant suivant les uns de Gibraltar et de Sicile,

venant suivant les autres de l'Irlande et de la Baltique. L'amiral sir

Charles Cotton avait plusieurs fois touché au rivage, parlementé

tantôt à l'embouchure du Tage, tantôt à celle du Douro, et partout

promis un débarquement prochain. La connaissance survenue en même

temps du désastre du général Dupont fut pour les esprits un dernier

stimulant, et en un clin d'oeil le Portugal, qui ne s'était encore

révolté que partiellement, se souleva tout entier, depuis le Minho

jusqu'aux Algarves.

[En marge: Insurrection d'Oporto et de plusieurs provinces.]

C'est à Oporto que l'incendie éclata d'abord. On y chargeait du pain

pour un détachement de troupes françaises. Le peuple à cette vue

s'insurgea, s'empara des voitures, les pilla, et en un instant toute

la ville fut debout. L'évêque se mit à la tête de l'insurrection, et

le drapeau portugais fut relevé partout aux cris de _Vive le prince

régent_! L'incendie se propagea dans les provinces, faillit se

communiquer à Lisbonne même, traversa le Tage, se répandit dans

l'Alentejo, et vint se réunir au feu qui s'était une seconde fois

allumé vers Elvas, par le contact avec l'Estrémadure. À Oporto, on

était entré en communication ouverte avec les Anglais; à Elvas, on

entra en communication tout aussi ouverte avec les Espagnols. Un corps

de ceux-ci, composé de troupes régulières, s'avança même de Badajoz

jusqu'à Evora, pour servir d'appui à l'insurrection portugaise.

Junot, qui était vif et entreprenant, céda malheureusement au désir de

réprimer l'insurrection partout où elle se montrait. Il fit partir le

général Loison avec sa division pour disperser les insurgés de

l'Alentejo, qui se trouvaient aux environs d'Evora. Il dirigea le

général Margaron avec de la cavalerie sur un rassemblement qui venait

de Coimbre vers Lisbonne. Il eût bien mieux valu dans cette saison

brûlante tenir ses troupes fraîches et reposées autour de Lisbonne,

que d'en diminuer le nombre par le feu et la fatigue, pour réprimer

des séditions aussi promptes à renaître quand on avait disparu, qu'à

se soumettre quand on marchait sur elles.

[En marge: Répression du mouvement insurrectionnel de Coimbre et

d'Evora.]

Le général Margaron n'eut qu'à paraître avec sa cavalerie pour

disperser et sabrer les quelques centaines d'insurgés rassemblés du

côté de Coimbre. Quant au général Loison, il lui fallut traverser tout

l'Alentejo pour joindre l'insurrection de cette province réunie auprès

d'Evora, et appuyée par un corps de troupes espagnoles. Après une

marche difficile et fatigante, il arriva devant Evora, et y trouva en

bataille les Espagnols et les Portugais. Il les aborda par le flanc,

les culbuta, leur prit leur artillerie, et en tua un bon nombre. Les

portes d'Evora ayant été fermées, il escalada les murailles, entra

dans la ville, et la saccagea. En quelques jours les Espagnols furent

renvoyés chez eux, et les Portugais ramenés à une obéissance

momentanée. Les soldats étaient chargés de butin, mais épuisés de

fatigue, et avaient à rebrousser chemin vers Lisbonne par une chaleur

accablante.

[En marge: Expédition anglaise dirigée vers le Portugal.]

[En marge: Concentration de toutes les forces britanniques vers la

Péninsule dès le commencement de l'insurrection espagnole.]

[En marge: Avantages que la péninsule présentait aux Anglais pour la

guerre de terre.]

Cependant les Anglais, tant de fois annoncés, paraissaient enfin. Dès

l'insurrection des Asturies, et l'envoi de deux émissaires à Londres

pour y faire connaître le soulèvement des Espagnes, le gouvernement

anglais avait été averti de l'occasion imprévue qui s'offrait à lui de

multiplier nos embarras, et de soulever contre nous les résistances

les plus opiniâtres. Le ministère Canning-Castlereagh avait

naturellement résolu de porter tous ses efforts vers la Péninsule, et

d'y susciter dans de plus vastes proportions, et d'une manière bien

autrement durable, les obstacles qu'il nous avait un moment suscités

dans les Calabres. L'ordre fut envoyé à toutes les forces britanniques

de terre et de mer, répandues dans la Méditerranée, le golfe de

Gascogne, la Manche, la Baltique, de concourir vers cet unique but.

Des chargements d'armes, des envois d'argent, furent dirigés vers les

côtes d'Espagne et de Portugal. Toutes les troupes dont l'expédition

de Boulogne avait motivé l'organisation, et dont une partie venait de

se signaler à Copenhague, furent destinées à opérer sur ce nouveau

champ de bataille. Il était impossible en effet d'en offrir à

l'Angleterre un mieux choisi, et plus commode pour elle. Avec un bon

vent, on pouvait en quatre jours se transporter des côtes d'Angleterre

au cap Finistère, aux baies de la Corogne et de Vigo, aux bouches du

Douro ou du Tage. L'immense marine anglaise, croisant sans cesse

autour de cette ceinture de côtes, pouvait toujours y approvisionner

une armée de vivres et de munitions, tandis que les adversaires de

cette armée sur un sol à demi sauvage, dépourvu de routes, devaient

avoir la plus grande peine à se nourrir. Les lourds et solides

bataillons britanniques, débarqués dans les golfes nombreux de la

Péninsule, mettant pied à terre dans des postes bien retranchés,

s'avançant hardiment si l'on remportait un succès, rétrogradant

promptement si l'on essuyait un revers, pour gagner cette mer qui

était leur appui, leur refuge, leur dépôt de vivres et de munitions,

tour à tour soutenant en cas d'offensive les agiles Espagnols contre

le choc impétueux de l'armée française, ou bien les laissant en cas de

retraite s'en tirer comme ils pourraient, par la dispersion ou une

soumission momentanée, recommençant enfin cette manoeuvre sans se

lasser, jusqu'à ce que la puissance française succombât d'épuisement,

les bataillons britanniques allaient faire, disons-nous, la seule

guerre qui leur convînt, et qui pût leur réussir sur le continent.

[En marge: Forces britanniques réunies sur les côtes de Portugal.]

[En marge: Première apparition sur le théâtre des guerres européennes

de sir Arthur Wellesley.]

Tous les ordres pour une grande expédition furent donnés avec une

extrême promptitude. Cinq mille hommes sous le général Spencer, venus

d'Égypte en Sicile, avaient été transportés à Gibraltar, de Gibraltar

à Cadix, où les Espagnols, se faisant un scrupule de les recevoir,

avaient ajourné l'acceptation de leurs services. Ces cinq mille

Anglais, refusés à Cadix, avaient été débarqués aux bouches de la

Guadiana, sur le territoire du Portugal, attendant le moment favorable

pour agir. Dix mille hommes se trouvaient à Cork en Irlande. Ils

furent immédiatement embarqués sur une flottille escortée de plusieurs

vaisseaux de ligne; on leur donna pour chef un officier qui s'était

déjà fait connaître dans l'Inde, et qui venait de rendre de grands

services au général Cathcart devant Copenhague: c'était sir Arthur

Wellesley, célèbre depuis par sa bonne fortune autant que par ses

grandes qualités militaires, sous le titre de duc de Wellington. Il

avait pour instructions de faire voile vers la Corogne, d'offrir aux

Espagnols des Asturies et de la Galice le concours des forces

anglaises, et partout enfin de s'employer contre les Français autant

qu'il le pourrait. Le général Spencer avait ordre de venir se placer

sous son commandement dès qu'il en serait requis. Sir Arthur Wellesley

allait donc se voir à la tête de 15 mille hommes. Mais ces troupes

n'étaient qu'une partie de celles qu'on destinait à la Péninsule. Cinq

mille hommes sous les généraux Anstruther et Ackland se trouvaient à

Ramsgate et Harwich. Des bâtiments de transport étaient déjà dirigés

sur ces points d'embarquement pour les conduire auprès de sir Arthur

Wellesley. Grâce à la proximité des lieux et aux vastes moyens de la

marine anglaise, c'était une opération de dix à douze jours que de

rassembler toutes ces forces en un même endroit. Enfin sir John Moore,

revenant de la Baltique avec 11 mille hommes de troupes, devait être

acheminé prochainement vers le point que les généraux anglais auraient

désigné sur les côtes de la Péninsule pour y opérer une concentration

générale.

[En marge: Commandement provisoire attribué à sir Arthur Wellesley.]

Cette force de 30 mille hommes environ une fois réunie, on n'avait pas

cru pouvoir la mettre tout entière sous les ordres de sir Arthur

Wellesley, trop jeune encore d âge et de renommée pour commander à une

armée qui, aux yeux des Anglais, pouvait passer pour très-considérable;

et on en avait attribué le commandement supérieur à sir Hew Dalrymple,

gouverneur actuel de Gibraltar, lequel devait avoir au-dessous de lui

sir Henri Burrard pour chef d'état-major. En attendant la réunion de

toutes ces troupes, et l'arrivée de sir Hew Dalrymple, sir Arthur

Wellesley devait diriger les premières opérations à la tête des 10 mille

hommes partis de Cork, et des 5 mille débarqués sur le rivage des

Algarves. L'amiral sir Charles Cotton, commandant les forces navales de

l'Angleterre dans ces mers, avait ordre de seconder tous les mouvements

des armées.

Embarquées le 12 juillet, les troupes anglaises de Cork étaient le 20

devant la Corogne, et montraient aux Espagnols, enchantés de se voir

si bien soutenus, une immense flottille. La vue de cette force

considérable, qui en présageait beaucoup d'autres, les avait consolés

un peu de la défaite des généraux Blake et de la Cuesta à Rio-Seco, et

leur avait fait concevoir de nouvelles et grandes espérances de la

lutte engagée contre Napoléon. Toutefois ils n'avaient pas plus voulu

que les Andalous recevoir les troupes anglaises sur leur sol, si près

surtout de l'arsenal du Ferrol. Ils avaient donc accepté des armes en

quantité, de l'argent pour une somme de 500 mille livres sterling (12

millions et demi de francs), mais ils avaient engagé les Anglais à

tourner leurs efforts vers le Portugal, qu'il n'importait pas moins

d'enlever aux Français que l'Espagne elle-même.

[En marge: D'après le désir des Espagnols les forces anglaises sont

dirigées sur Oporto plutôt que sur la Corogne.]

Sir Arthur Wellesley s'était aussitôt transporté à Oporto, où il avait

été reçu avec une joie extrême, car les commerçants portugais, ne

vivant que de leurs relations commerciales avec les Anglais, sentaient

à leur aspect leurs intérêts aussi satisfaits que leurs passions. Dès

cet instant, l'action de l'armée britannique avait été décidément

dirigée vers le Portugal. Cette résolution, qui convenait aux

Espagnols, toujours ombrageux vis-à-vis de l'étranger, convenait aussi

aux Anglais, lesquels devaient désirer avant tout la délivrance du

Portugal; et elle servait à un même degré la cause commune, le but de

la nouvelle coalition étant de chasser les Français de la Péninsule

tout entière. Restait à savoir quelle partie du Portugal on choisirait

pour y aborder en présence de l'armée française, sans courir la chance

d'être brusquement jeté à la mer.

[En marge: Raisons qui font adopter l'embouchure du Mondego comme

point de débarquement.]

Sir Arthur Wellesley laissa son convoi croiser des bouches du Douro à

celles du Tage, et se rendit de sa personne auprès de sir Charles

Cotton, devant le Tage même, pour concerter avec lui son plan de

débarquement. Mettre pied à terre à l'entrée du Tage avait l'avantage

de débarquer bien près du but, puisque Lisbonne est à deux lieues, et

on pouvait de plus donner à la nombreuse population de cette capitale

une impulsion telle, que les Français ne tiendraient pas devant la

commotion qui en résulterait, car ils étaient 15 mille au plus, en

comptant les malades, au milieu de 300 mille habitants tous ennemis.

Si cette population, en effet, se soulevait dans un moment où une

armée anglaise s'avancerait pour la soutenir, peut-être en finirait-on

dans une seule journée. Mais les Français occupaient tous les forts;

ils avaient pris l'habitude de dominer le peuple de Lisbonne; la côte,

à droite et à gauche de l'embouchure du Tage, est abrupte, exposée au

ressac de la mer, et un changement de temps pouvait livrer aux

Français une partie de l'armée anglaise, avant que l'autre partie eût

achevé son débarquement. C'était d'ailleurs mettre pied à terre bien

près d'un redoutable et puissant adversaire, qu'on n'était pas encore

habitué à braver et à combattre.

[En marge: Plan de campagne de sir Arthur Wellesley.]

Par toutes ces considérations, sir Arthur Wellesley, d'accord avec sir

Charles Cotton, résolut de débarquer entre Oporto et Lisbonne, à

l'embouchure du Mondego, près d'une baie assez commode que domine le

fort de Figuera, lequel n'était pas occupé par les Français. Le choix

de ce point, placé à une certaine distance de Lisbonne, donnait à sir

Arthur Wellesley le temps de prendre terre avant que les Français

pussent venir à sa rencontre, d'attendre le corps du général Spencer

qu'il avait mandé auprès de lui, et, une fois descendu sur le sol du

Portugal avec 15 mille hommes, de s'avancer vers Lisbonne en suivant

la côte, pour profiter des occasions que lui offrirait la fortune. Les

Français, qu'il savait forts tout au plus de 20 à 22 mille hommes,

ayant plusieurs places à garder, surtout la capitale, ne pourraient

jamais marcher contre lui avec plus de 10 à 12 mille; et en longeant

toujours la mer, soit pour se nourrir, soit pour se rembarquer au

besoin, il avait chance de s'approcher de Lisbonne, et d'y tenter

quelque coup heureux, sans courir trop de danger. Sachant sir Hew

Dalrymple appelé prochainement à le remplacer, il était impatient

d'avoir exécuté quelque chose de brillant, avant de passer sous un

commandement supérieur. Ces résolutions étaient parfaitement sages, et

dénotaient chez le général anglais les qualités que sa carrière révéla

bientôt, le bon sens et la fermeté, les premières de toutes après le

génie.

[En marge: Débarquement des troupes anglaises, le 1er août, aux

bouches du Mondego.]

[En marge: Jonction des troupes du général Spencer avec celles de sir

Arthur Wellesley.]

[En marge: Caractère de l'armée anglaise.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 09 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 15 / 43 段