Sévigné avait assez fréquemment recours à la saignée. Cette doctrine
médicale était fortement controversée au temps de Louis XIV, comme elle
l'a été de nos jours du vivant du docteur Broussais. Gui Patin,
conséquent avec ses principes, se fit saigner sept fois dans un rhume
(voir sa lettre du 10 mars 1648, t. I, p. 375; 1846, in-8º), et fit
pratiquer vingt saignées sur son fils.--A l'âge de trois ans, le fils de
madame de Grignan tomba malade: on le saigna. Madame de Sévigné ne put
s'empêcher de témoigner à sa fille des craintes au sujet de cette
saignée: «Je reçois votre lettre, qui m'apprend la maladie du pauvre
petit marquis. J'en suis extrêmement en peine; et pour cette saignée, je
ne comprends pas qu'elle puisse faire du bien à un enfant de trois ans,
avec l'agitation qu'elle lui donne: de mon temps, on ne savait ce que
c'était que de saigner un enfant.» (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 26 juin 1675, t.
III, p. 436, édit. G.)--Gui Patin pensait tout différemment; car en
1648, au sujet d'un médecin allemand nommé Sennertus, dont il avait lu
l'ouvrage, il écrit: «Il n'entend rien à la saignée des enfants; ce
misérable me fait pitié! Si l'on faisait ainsi à Paris, tous nos malades
mourraient bien vite. Nous guérissons nos malades après quatre-vingts
ans par la saignée, et saignons aussi heureusement les enfants de deux
et trois mois, sans aucun inconvénient... Il ne se passe pas de jour à
Paris que nous ne fassions saigner plusieurs enfants à la mamelle et
plusieurs septuagénaires, _qui singuli feliciter inde convalescunt_.»
(GUI PATIN, _Lettres_, 13 août 1648), t. II, p. 419, édit. 1846, in-8º.
Page 254, lignes 20 à 22: Bourdelot, ce célèbre médecin des Condé
et de la reine Christine.
Le haineux et satirique Gui Patin (_Lettres_, édit. 1846, in-8º, t. I,
p. 513) a tracé de ce médecin un portrait qui nous en donne une idée
bien différente de celle que présente l'article _Pierre Michon_ du
savant M. Weiss, dans la _Biographie universelle_ (t. XXVIII, p. 596).
Bourdelot fut d'abord le précepteur du grand Condé avant d'être son
médecin (GUI PATIN, t. II, p. 5). Il revint de Suède en 1653. Il
n'allait faire ses visites qu'avec de grands habits à longue queue, en
chaise à porteurs ou en carrosse, et suivi de trois laquais. Il devint
riche par l'obtention de l'abbaye de Macé en Berri, et par les bienfaits
de la reine de Suède. On a oublié dans la _Biographie_ de mentionner le
plus curieux de ses écrits: c'est la _Relation des assemblées faites à
Versailles dans le grand appartement du Roi_ durant le carnaval de 1683,
in-12. Bourdelot réunissait chez lui, chaque jour de la semaine, un
certain nombre de ses confrères, médecins et hommes de lettres; cette
réunion avait pris le titre d'_Académie de Bourdelot_; et lorsque madame
de Sévigné se confia à ses soins, un auteur nommé le Gallois venait de
publier un ouvrage intitulé _Conversations académiques tirées de
l'Académie de Bourdelot_; Paris, 1674, 2 vol. in-12. Ce livre est dédié
à Huet; il contient des dialogues uniquement relatifs à la médecine, et,
à propos de médecine, des excursions sur la métaphysique et la
philosophie de Descartes, qui alors faisait irruption dans tout.
Page 258, lignes 6 à 9: Le ridicule que madame de Grignan versait
sur madame de la Charce et sur Philis, sa fille aînée, la faisait
rire aux larmes.
Philis de la Tour du Pin de la Charce était l'amie de mademoiselle
d'Alerac (Françoise-Julie Grignan), cette belle-fille de madame de
Grignan, qu'elle aimait si peu. (Voyez, sur cette courageuse demoiselle,
le livre intitulé _Histoire de mademoiselle de la Charce, de la maison
de la Tour du Pin en Dauphiné, ou Mémoire de ce qui s'est passé sous le
règne de Louis XIV_; Paris, chez Pierre Gaudouin, 1731, p. 11, 36: c'est
une espèce de roman, dont l'auteur est inconnu. Conférez madame de
Genlis dans _Mademoiselle de la Fayette_, ou _le siècle de Louis XIII_;
2e édit., 1813, t. I, p. 42, note 4.) On lit dans la _Gazette de
France_, du 23 juin 1703, que Philis de la Tour du Pin de la Charce,
nouvelle convertie, mourut à Nions en Dauphiné, âgée de cinquante-huit
ans. Ainsi cette demoiselle avait trente ans lorsqu'elle était le sujet
des sarcasmes de madame de Grignan.--En relisant la note où j'ai parlé
de mademoiselle de la Charce (4e partie de ces _Mémoires_, p. 354), je
m'aperçois que j'ai attribué à madame Deshoulières des vers qui sont de
sa fille, et que l'on a placés à la suite de ceux de la mère dans
l'édition que je cite (1695, in-8º). L'épître et les madrigaux de M.
Cazes sont adressés à mademoiselle Deshoulières, p. 257 et 278. Les
poésies de cette demoiselle, non mentionnées sur le titre, commencent à
la page 218. Cette édition des poésies de madame Deshoulières a été
donnée par sa fille, ainsi qu'elle le dit dans l'avertissement du second
volume; et la lettre de M. Cazes, datée de Bois-le-Vicomte le 4 octobre
1689, qui se trouve dans l'édition des œuvres de madame et de
mademoiselle Deshoulières (1764, in-12, t. II, p. 204), est adressée à
cette dernière. Les détails sur la mort de M. Cazes (datés de 1692),
page 238 de cette même édition, sont de mademoiselle Deshoulières.
Page 259, ligne 17: «J'ai couché cette nuit à Veretz.»
Toutes les cartes et tous les livres géographiques de la France écrivent
Veretz ou Verets; mais dans les éditions de madame de Sévigné on lit
_Veret_, et c'est ainsi qu'elle a écrit; car dans le vol. XXXII
(département d'Indre-et-Loire, premier arrondissement de Tours), je
trouve une aquarelle du château où coucha madame de Sévigné, faite il y
a cent cinquante ans, et qui porte pour intitulé _Veue du chasteau de
Veret en Touraine, sur la rivière du Cher_ (1689).
Page 261, ligne 15: «Nous allons à la Seilleraye, etc.»--_Sur les
portraits de madame de Sévigné et de madame de Grignan_.
Le château de la Seilleraye est situé dans le canton de Carquefou, à
environ sept kilomètres à l'est de ce bourg. Il est à deux kilomètres de
Mauves et du bord septentrional de la Loire, sur le versant d'un coteau
au bas duquel coule un ruisseau qui se jette dans la Loire au-dessous de
Mauves. Sur la carte de Cassini (no 131), ce ruisseau n'est pas nommé;
mais dans le pays on l'appelle _la Seille_, c'est pourquoi il faut
écrire la Seilleraye, comme dans le grand _Dictionnaire de la poste aux
lettres_, 1836, in-folio, p. 660, et dans la dernière carte de la poste
aux chevaux, dressée par les ordres de M. Conte, et non pas _la
Sailleraye_, ainsi qu'il est marqué sur la carte de Cassini.
Voici ce que madame de Sévigné mande à sa fille au sujet de ce château,
qu'elle n'avait pas vu depuis sa jeunesse, et qui lui parut peu
reconnaissable: «M. d'Harouïs manda de Paris, il y a quatre ans, à un
architecte de Nantes, qu'il le priait de lui bâtir une maison, dont il
lui envoya le dessin, qui est très-beau et très-grand. C'est un grand
corps de logis de trente toises de face, deux ailes, deux pavillons;
mais comme il n'y a pas été trois fois pendant tout cet ouvrage, tout
cela est mal exécuté. Notre abbé est au désespoir, M. d'Harouïs ne fait
qu'en rire.» (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 24 septembre 1675, t. IV, p. 112,
édit. G.)
Ce beau domaine a eu le rare privilége d'être transmis à une famille
alliée à celle de d'Harouïs (la famille de Bec-de-Lièvre), par suite du
mariage de Jean-Baptiste de Bec-de-Lièvre avec Louise d'Harouïs en 1649.
Cette famille le possède encore.--L'auteur d'une _Vie de madame de
Sévigné_ très-agréablement écrite, M. le vicomte Walsh, nous a donné des
détails sur les embellissements faits à ce domaine par le propriétaire
actuel: «La Seilleraye couronne bien le coteau; M. de Bec-de-Lièvre a
_désengoncé_ le château des murailles qui fermaient la cour et les
jardins, dessinés par Le Nôtre; une belle grille, à fers de lances
dorés, ferme aujourd'hui la cour; le parc anglais se lie à merveille
avec les anciens jardins.» (_Vie de Sévigné_; par M. le vicomte Walsh,
1842, in-12, p. 355.) M. Monmerqué a fait graver une _Vue du château de
la Silleraye_ (_sic_) pour accompagner l'édition des _Lettres inédites
de madame de Sévigné_; Paris, Blaise, 1827, in-8º. Dans l'avertissement
de ces _Lettres_ (pag. XIII), le savant éditeur dit que M. le marquis de
Bec-de-Lièvre conserve dans ce château un beau portrait de madame de
Sévigné, peint en Diane. M. le vicomte Walsh décrit ainsi ce tableau:
«Dans ce magnifique portrait de Mignard, donné, dit-on, par madame de
Sévigné à d'Harouïs, Marie de Rabutin-Chantal, _qui venait de se
marier_, est vêtue en Diane chasseresse, selon le goût du temps. Elle a
dansé dans un quadrille devant Louis XIV avec ce costume.» Nous ne
pouvons croire que ce portrait soit celui de madame de Sévigné (Marie de
Rabutin-Chantal). Il est bien vrai que les femmes qui avaient eu
l'honneur de figurer dans les ballets de Louis XIV aimaient à se faire
peindre dans les beaux costumes mythologiques dont elles étaient
revêtues pour le rôle qu'elles remplissaient; mais madame de Sévigné n'a
paru dans les ballets de Louis XIV à aucune époque, et encore moins
_lorsqu'elle venait de se marier_. Marie de Rabutin-Chantal épousa, le 4
août 1641[904], le marquis de Sévigné; Louis XIV n'avait alors que six
ans, et ne donnait pas de ballets. Madame de Sévigné a été peinte par
Nanteuil, et aussi, je crois, par Lefebvre; mais il n'est pas aussi
certain qu'elle l'ait été par Mignard. Elle parle tant et si souvent du
portrait de madame de Grignan par Mignard, que si elle avait été peinte
aussi par ce maître, nous le saurions. Le portrait de la collection de
tableaux qu'on voit à la Seilleraye n'est donc pas plus, _s'il est de
son temps_, le portrait de Marie de Rabutin-Chantal que celui qu'on a
placé avec une semblable désignation dans la galerie de Versailles.
(Voyez partie I, p. 512 de ces _Mémoires_.) Mais si ce n'est pas le
portrait de Marie de Rabutin-Chantal, c'est peut-être celui de
mademoiselle de Sévigné. Celle-là, par exemple, figura dans les ballets
_costumés_ du roi (voyez 2e partie de ces _Mémoires_, p. 332-341), et a
bien véritablement été peinte par Mignard.
[904] Voyez la 1re partie de ces _Mémoires sur madame_ DE
SÉVIGNÉ, 2e édit., 1843, p. 20 et 21. Dans l'édition de 1842, il
y avait, par faute d'impression, _le_ 1er _août_. Un auteur qui a
écrit en 1849 un très-bon opuscule sur l'administration de Louis
XIV nous accuse, d'après cette erreur typographique depuis
longtemps corrigée lorsqu'il écrivait, d'avoir confondu les
fiançailles avec les noces. Il y a, ce nous semble, dans cette
critique, plus que de la rigueur.
Je crois devoir ajouter ici quelques détails à la longue note que j'ai
écrite _sur différents portraits qu'on a gravés de madame de Sévigné_
(2e partie de ces _Mémoires_, p. 512).
Ce qui met hors de doute l'authenticité du portrait peint par Nanteuil
_ad vivum_, et gravé par Édelinck (Nicolas Édelinck, fils de Gérard), ce
sont les lettres où madame de Sévigné parle de son nez carré et de ses
paupières bigarrées[905].
[905] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1668 et 27 février 1671),
tome I, pag. 129 et 268, édit. M.
Indépendamment de la gravure du portrait de madame de Sévigné, finement
exécutée par Jacques Chereau pour l'édition des _Lettres_ de 1734, le
chevalier Perrin en fit faire une autre pour son édition de 1754. Ce
portrait a été peint par Febure ou Lefebvre, le même qui fit celui de
Bussy, reproduit en tête de ses _Mémoires_, édition in-4º, et gravé par
Édelinck. Ce portrait de Lefebvre ressemble plus à celui de Nanteuil
qu'à celui de l'édition de 1734: la coiffure est presque semblable, mais
la tête est penchée; il est vu de trois quarts; les yeux sont plus
grands, la face moins pleine, et il a plus de physionomie. Lefebvre a
fait beaucoup de portraits de personnages illustres; un grand nombre ont
été reproduits par Poilly, Van Schuppen, Balechou, et d'autres. Né en
1736, il mourut à Londres en 1775. Il était l'élève de Charles le Brun;
il ne flattait point les traits, et n'aimait pas à peindre les femmes
avec du fard. C'est peut-être pour cela que madame de Sévigné estimait
peu ses ouvrages. Dans la belle collection d'Odieuvre il y a un portrait
de madame de Grignan par Ferdinand, celui qui a peint Ninon: il est
gravé par Pinssio. Ce portrait, quoique différent de ceux qu'on a faits
depuis, est bien celui de la même femme, et a dû être ressemblant. Il
paraît que M. de Grignan avait donné son portrait, peint par un artiste
provençal, à M. de Coulanges, et qu'il existait du comte un autre
portrait peint par Lefebvre; car madame de Sévigné écrit à sa fille (le
19 février 1672, t. II, p. 392, édit. G.): «Mais que vous dirai-je de
l'aimable portrait que M. de Grignan a donné à M. de Coulanges? Il est
beau et très-ressemblant: celui de Lefebvre est un misérable auprès de
celui-ci. Je fais vœu de ne jamais revenir de Provence que je n'en aie
un pareil, et un autre de vous: il n'y a point de dépense qui me soit si
agréable.»
Madame de Sévigné, avec toute raison, préféra Mignard au peintre
provençal, et elle profita du séjour de madame de Grignan à Paris pour
faire exécuter pour elle, dans les premiers mois de l'année 1675, le
portrait de sa fille. Il obtint bientôt une certaine célébrité.
(SÉVIGNÉ, _Lettres_, 4 et 9 septembre, t. III, p. 452 et 460.) Dans sa
lettre du 19 août 1675 (t. III, p. 411, édit. M., et t. IV, p. 35, édit.
G.), elle dit à madame de Grignan: «Votre portrait a servi à la
conversation; il devient chef-d'œuvre à vue d'œil; je crois que c'est
parce que Mignard n'en veut plus faire.» Mignard avait, il est vrai,
soixante-cinq ans lorsqu'il peignit madame de Grignan; mais aucun
peintre n'a prolongé plus longtemps sa carrière d'artiste. Né en 1610,
il mourut en 1695. Ses derniers portraits furent ceux de la famille
royale d'Angleterre, qu'il exécuta à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.
Un peu auparavant il fit celui de madame de Maintenon, le plus célèbre
de tous, et peignit Louis XIV pour la dixième fois.
Je possède un grand tableau de Mignard provenant de la vente de M.
Quentin Craufurd, connu par la belle collection de portraits qu'il avait
réunis, et par le soin qu'il s'était donné pour s'assurer de
l'exactitude des désignations qu'il leur donnait. Cette toile est
décrite sous le no 162, page 47 du catalogue, comme représentant madame
de Thianges et le duc du Maine, son neveu. Il n'en est rien: elle
renferme les portraits de madame de Seignelay et de ses deux fils,
peints un an après la mort du ministre Seignelay. Ce tableau,
parfaitement bien décrit dans la _Vie de Mignard_ (page 148 de l'édit.
de Paris, 1730, et p. 123 de l'édit. d'Amst., 1731), est signé _Mignard_
et daté de 1691: Mignard avait donc quatre-vingt-un ans lorsqu'il fit le
portrait de Catherine-Thérèse de Matignon, femme de Seignelay, laquelle
se remaria, le 22 février 1696, au comte de Marsan. Mignard résida
vingt-deux ans à Rome, et ne vint se fixer à Paris qu'en 1660; par
conséquent il n'a pu peindre Marie de Rabutin-Chantal peu après son
mariage.
En faisant connaître le portrait le plus authentique et le plus certain
de la marquise de Sévigné, gravé par Édelinck fils, d'après Nanteuil,
j'ai oublié de dire que le premier pastel de Nanteuil existe, très-bien
conservé: nous l'avons vu chez M. le comte de Laubespin de Tracy, auquel
il appartient. De la collection de M. Traullé il a passé dans les mains
de madame Bredt, qui l'a donné à madame de Laubespin.
J'ai parlé du portrait de Ninon par Ferdinand. Il a été très-bien gravé
par Thomas Wastley en 1757, aux frais de Walpole, comte de Sandwich,
d'après le tableau original donné par Ninon de Lenclos à la comtesse de
Sandwich, son amie. Ferdinand peignit aussi madame de Maintenon avant
que Mignard fît d'elle le beau portrait si admirablement gravé par
Ficquet.
«Madame de Maintenon, dit madame du Pérou (_Mémoires de madame de
Maintenon recueillis par les dames de Saint-Cyr_; Paris, Olivier
Fulgence, 1846, in-12, p. 261, chap. XVII), se rendit à nos instances,
et souffrit que Ferdinand, assez habile peintre pour la ressemblance, la
tirât. Il fit un portrait où elle est représentée dans tout son air
naturel, avec mademoiselle d'Aubigné sa nièce, qui était un enfant, et
qui depuis a été la duchesse de Noailles; elle n'avait alors que trois
ou quatre ans, et était aussi jolie et aussi aimable que le peintre l'a
représentée: c'est le portrait qui est dans la salle de la Communauté, à
côté de la cheminée. Il résulte du récit de madame du Pérou que ce
portrait fut fait après le 19 mai 1689, époque de l'élection de
mademoiselle de Loubert. Je ne connais aucune gravure de ce tableau, et
j'ignore s'il existe encore. Mais quand Horace Walpole visita Saint-Cyr,
il vit le portrait de madame de Maintenon dans presque toutes les
chambres. Celui de Mignard a été souvent copié, dit-on, par lui-même
avec des variations. Je possède une de ces copies qui était à Saint-Cyr,
et que j'ai achetée à la vente de M. Craufurd. Elle est semblable, à la
couleur du manteau près, à celle qu'on voit dans la galerie de
Versailles. Ferdinand a aussi peint le duc de Montausier. Ce portrait a
été gravé par Lenfant, in-fol., en 1757.
Page 267, lignes 2 à 4: La partie inédite de ses Mémoires... offre
un exemple d'une aussi forte distraction.
Ainsi, dans le manuscrit autographe de la _Suite des Mémoires de Bussy_,
après la transcription de la lettre que Bussy écrivit à madame de
Sévigné le 19 octobre 1675, on lit au verso de la page 154: «Huit jours
après que j'eus écrit cette lettre, j'en reçus cette réponse.»
Vient ensuite la transcription d'une lettre de madame de Sévigné sous la
date du 27 octobre 1675, qui est la même que celle du 20 décembre 1675
dans l'édit. de Gault de S.-G., sauf le commencement, qui diffère du
manuscrit et des éditions imprimées. Les lignes qui précèdent cette
lettre assurent l'exactitude de sa date, qui est d'ailleurs confirmée,
par tout ce qu'elle contient, comme répondant à celle du 19 octobre.
Elle devrait être, suivant nous, placée immédiatement après cette
lettre; mais, par une étrange méprise, la lettre de madame de Sévigné,
du 27 octobre, est datée de Paris, et commence ainsi: «J'arrivai hier
ici, et on me vient d'apporter votre lettre du 19 de ce mois. Je partis
de Bretagne trois jours après que je vous écrivis.» A moins de
substituer dans la date Vitré à Paris, et _Rochers_ à _Bretagne_, il est
impossible de concilier ce commencement avec la date de 1675 et avec
tout le reste de la lettre.
Cependant tous les faits qui résultent de la correspondance de madame de
Sévigné en Bretagne avec Bussy en Bourgogne, se trouvent confirmés dans
une lettre de cette dame (20 octobre 1675), par laquelle elle envoie à
son cousin sa procuration pour le mariage de sa nièce. Le ms. ne fait
pas mention de cette lettre; mais à la suite de celle du 27 octobre,
Bussy écrit:
«Trois jours après que j'ai reçu cette lettre, je fis cette réponse;» et
cette réponse est en effet datée de Chaseu le 30 octobre.
Cette lettre, dans ce qu'elle a de plus essentiel à partir de la ligne
«Quand je vous ai mandé, etc.,» est la même que celle qui, dans diverses
éditions, est datée de Bussy le 9 janvier 1676. Il y a encore ici
divergence non-seulement dans les dates, mais dans le commencement des
deux lettres: celle du ms. commence, comme l'autre, par la même
impossibilité, en s'exprimant ainsi:
«Je suis fort aise, madame, que nous soyons à Paris: nous y gagnerons
tous deux.» Puis elle répond à la précédente sur la fièvre du roi.
Rien de tout cela dans la lettre imprimée, qui commence ainsi: «Je reçus
avant-hier votre lettre du 20 décembre, qui est une réponse à une lettre
que je vous écrivis le 19 octobre. Vous devez avoir reçu depuis ce
temps-là deux lettres de moi, sans compter celle que je viens de vous
écrire, avec une lettre pour madame de Grignan.» On a vu que cette
lettre du 20 décembre était précisément celle du 27 octobre du ms., et
l'explication paraît une interpolation du copiste-éditeur ajoutée à la
lettre de Bussy. Mais si le ms. de la _Suite des Mémoires_ est
autographe, l'étrange confusion qui fait supposer madame de Sévigné à
Paris est de Bussy lui-même, qui, ayant devant les yeux plusieurs
lettres de sa cousine sous la même date, et sans désignation d'année,
aura été distrait en les transcrivant.
Ces distractions de Bussy, quand il fit la _Suite des Mémoires_,
démontrent que c'est également lui qui a transposé à une date fausse la
lettre que madame de Sévigné a écrite sur la naissance de son fils.
Page 267, lignes 12 à 15: Des fragments des Mémoires autographes
d'Ormesson... constatent que madame de Sévigné accoucha, à Paris,
de sa fille le 10 octobre 1646.
La fin de la lettre de madame de Sévigné à madame de Grignan, en date du
28 août 1680 (t. VI, p. 436 de l'édit. de Monmerqué), ne prouve pas,
comme le dit cet éditeur dans sa note, que madame de Grignan fût née aux
Rochers. Elle signifie seulement que madame de Sévigné envoya à Paris, à
madame de la Fayette ou à madame de Coulanges, une lettre de sa fille,
qu'elle a trouvée très-amusante et bien écrite; et que la réputation de
madame de Grignan, si bien établie comme femme d'esprit à Paris (dans
son air natal), était faite aussi dans les parties les plus reculées de
la France (la Bretagne): «Vos lettres nous ont servi d'un grand
amusement: nous remettons votre nom dans son air natal. Croyez, ma
fille, qu'il est célébré partout où je suis; il vole, il vole jusqu'au
bout du monde, puisqu'il est en ce pays.»
Page 271, ligne dern., et 272, ligne 1: Le père du Chastellet
s'illustra dans les lettres.
Paul Hay du Chastellet mourut en 1636. Il rédigea les premiers statuts
de l'Académie française (réglem. du 27 mars 1634), prononça le premier
discours dans le sein de cette Académie, dont le sujet était sur
_l'éloquence française_. Il écrivit des satires en vers français et en
vers latins, et eut le courage de braver le despotisme de Richelieu, en
défendant le maréchal de Marillac.
CHAPITRE XIII.
Page 292, ligne 16; Elle (_la princesse de Tarente_) lui fit sur
elle-même d'étranges confidences.
Madame de Grignan s'imaginait que la princesse de Tarente, après quatre
ans de veuvage, était encore plongée dans la douleur du souvenir de la
perte de son mari. Madame de Sévigné lui répond:
«Je ne sais quelle idée vous avez de la princesse; elle n'est rien moins
qu'_Artémise_; elle a le cœur comme de cire, et s'en vante, disant
plaisamment qu'elle a le cœur ridicule. Cela tombe sur le général, mais
le monde en fait des applications particulières. J'espère que je mettrai
des bornes à cette ridiculité par tous les discours que je fais, comme
une innocente, de l'horreur qu'il faut avoir pour les femmes qui
poussent cette tendresse un peu trop loin, et du mépris que cela leur
attire. Je dis des merveilles, et l'on m'écoute, et l'on m'approuve tout
autant que l'on peut. Je me crois obligée, en conscience, à lui parler
sur ce ton-là, et je veux avoir l'honneur de la redresser.»
Page 293, ligne 10: Il faut cependant en excepter le roi, qu'elle
aimait plus... qu'il ne fallait pour son repos.
Madame de Sévigné écrit à sa fille: «La princesse de Tarente n'attribue
l'agitation de sa nièce qu'à l'ignorance de son état; elle dit que c'est
une _fièvre violente_, et qu'elle s'y connaît. Voulez-vous que je
dispute contre elle?»
Il n'est pas exact de dire que ces derniers mots prouvent que madame de
Sévigné ne croyait pas à la passion de la duchesse d'Orléans pour le
roi. Et il en serait ainsi, que le témoignage de la princesse de Tarente
deviendrait autrement décisif sur cet objet que celui de madame de
Sévigné. Cela explique parfaitement bien la haine de la duchesse pour
madame de Montespan et pour madame de Maintenon.
Page 296, lig. 5 de la note 652: Cette famille subsiste encore.
Un duc de Tarente, candidat du gouvernement, a été nommé membre du corps
législatif dans la deuxième circonscription du département du Loiret, en
mars 1852.
Page 306, ligne 8: Les éloges qu'elle donne au grand historien du
peuple juif.
Dans la biographie de Josèphe (Flavien), on n'indique pas de plus
ancienne édition de la traduction de cet auteur que celle de 1681, in-8º
et in-12. Les lettres de madame de Sévigné prouvent qu'il y en a
d'antérieures en date; mais je n'ai pu en trouver encore la mention dans
aucune notice.
CHAPITRE XIV.
Page 318, lignes 7 à 9: «Je n'eusse jamais cru que d'Olonne eût été
propre à se soucier de son nom et de sa famille.»
La lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1676, rectifie une erreur
de la _Gazette de Hollande_: elle nous apprend que mademoiselle de
Noirmoutier était aussi de la maison de la Trémouille, et qu'après son
mariage elle s'appellera madame de Royan. La citation de Feuquières
renvoie à une lettre de madame de Saint-Chamand à madame de Feuquières,
qui annonce (le 17 janvier 1676) que la comtesse d'Olonne était à
Baréges, parce qu'elle avait fait une chute de voiture et avait eu le
bras cassé.
Page 329, ligne 21: Quoique l'assemblée ait voté, sous l'influence
de la terreur exercée par le duc de Chaulnes, etc.
Le procès-verbal de la tenue des états en l'endroit cité (p. 379 verso),
sous la date du 12 décembre 1675, porte: «M. de Chaulnes est entré aux
états, pour leur dire de la part du roi de faire les fonds, etc.»
Page 330, ligne 7: Presque en même temps que se terminait à Dinan
la tenue des états de Bretagne.
La tenue de l'assemblée des états de Bretagne commença à Dinan le 9
novembre 1675, et se termina le 15 décembre; l'assemblée des communautés
de Provence ouvrit ses séances à Lambesc le 23 octobre, et les termina
le 20 décembre 1675.
Page 338, lignes 2 et 3: Madame de Sévigné allait quelquefois dîner
au château d'Argentré.