nous apprennent que, malgré son intimité avec les habitants de ce
château et ses railleries fréquentes sur les sottises de mademoiselle du
Plessis, elle s'égayait par trop aussi sur les ridicules provinciaux de
toute la famille. M. Corbière, qui, au milieu de ses travaux
ministériels, ne pouvait s'empêcher de causer longuement de littérature,
m'a dit qu'on savait en Bretagne qu'avant la publication des lettres de
madame de Sévigné, sa mémoire était en vénération parmi les descendants
des du Plessis: le portrait de cette illustre amie se trouvait dans
toutes les chambres du château, comme celui d'une parente vénérée qu'on
a perdue. Mais quand les lettres eurent paru, la famille d'Argentré,
cruellement détrompée, fit remettre au grenier les images de la dame des
Rochers; et sa mémoire y fut en exécration parmi les personnes qui
auraient recherché son estime, si elles avaient vécu de son temps. Cet
exemple vient à l'appui des sages instructions de madame de Maintenon
pour ses élèves de Saint-Cyr, sur le danger d'écrire des lettres. Afin
de mieux concevoir l'effet que dut produire au château d'Argentré la
lecture de la correspondance de madame de Sévigné, il faut citer le
passage de sa lettre à madame de Grignan, en date du 5 janvier 1676:
«Au reste, mademoiselle du Plessis s'en meurt; toute morte de jalousie,
elle s'enquiert de tous nos gens comme je la traite. Il n'y en a pas un
qui ne se divertisse à lui donner des coups de poignard: l'un lui dit
que je l'aime autant que vous; l'autre, que je la fais coucher avec moi,
ce qui serait assurément la plus grande marque de ma tendresse; l'autre,
que je la mène à Paris, que je la baise, que j'en suis folle; que mon
oncle l'abbé lui donne dix mille francs; que si elle avait seulement
vingt mille écus, je la ferais épouser à mon fils. Enfin, ce sont de
telles folies, et si bien répandues dans le petit domestique, que nous
sommes contraints d'en rire très-souvent, à cause des contes perpétuels
qu'ils nous font. La pauvre fille ne résiste pas à tout cela. Mais ce
qui nous a paru très-plaisant, c'est que vous la connaissiez encore si
bien, et qu'il soit vrai, comme vous le dites, qu'elle n'ait plus de
fièvre quarte dès que j'arrive; par conséquent elle la joue; mais je
suis assurée que nous la lui redonnons _véritable_ tout au moins. Cette
famille est bien destinée à nous réjouir. Ne vous ai-je pas conté comme
feu son père nous a fait pâmer de rire six semaines de suite? Mon fils
commence à comprendre que ce voisinage est la plus grande beauté des
Rochers.» (SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. IV, p. 295, édit. G.)
Page 345, ligne 15: D'anciennes dettes contractées envers la
famille de Mirepoix.
L'inventaire des archives de la maison de Grignan démontre que le
chevalier Perrin, s'il a été bien informé, entend, dans sa note, parler
de la première femme du comte de Grignan. Il s'agissait d'une
réclamation du sieur Jabach pour une somme de 4,000 liv. qui lui était
due comme complément d'une obligation faite à son profit par M. le comte
de Grignan et feu son épouse. Cette affaire ne fut terminée que le 31
mars 1677, au moyen d'une constitution de 250 liv. de rentes, par M. le
comte et madame la comtesse de Grignan, au profit de mademoiselle de
Grignan, fille de madame de Grignan-Rambouillet. Après cette
constitution, le sieur Jabach donna quittance. (_Catalogue des archives
de la maison de Grignan_, p. 33.--Les pièces les plus importantes ont
été achetées par la Bibl. nat., où elles sont conservées.)
Page 346, ligne 10: Puis marquis de Vins.
L'abbé de Vins, dont il est fait mention dans la lettre du 11 mars 1671
(t. I, p. 365, édit. G.), et qui était venu trouver madame de Sévigné
pour lui donner des nouvelles de madame de Grignan, était probablement
le frère cadet du marquis de Vins.
Dans une lettre de M. de Pomponne au marquis Isaac de Feuquières,
ambassadeur en Suède, datée de Paris le 29 avril 1674, on lit:
«...La grande affaire que nous avons faite a été de marier ma sœur (sa
belle-sœur) à M. le marquis de Vins, qui est un homme de qualité de
Provence, seul et unique héritier de sa maison, ayant un père et une
mère, toutes dettes payées.» (_Lettres de_ FEUQUIÈRES, t. II, p. 429.)
Page 355, lignes 1 et 2: Sans inspirer à l'une et à l'autre ni
estime ni confiance.
Dans la lettre de madame de Maintenon au cardinal de Noailles (mars
1700), on lit: «Madame de Saint-Géran m'a demandé une audience, en
m'assurant qu'elle voulait être dévote, et très-dévote. Elle a voulu me
persuader de la faire aller à Marly. Je lui ai parlé avec une grande
franchise sur sa mauvaise conduite. Je l'ai renvoyée à madame la
maréchale de Noailles, pour juger si pour se détacher du monde il faut
aller à Marly. Que de conversions fausses! Le péché vaut encore mieux
que l'hypocrisie.» (_Lettres de madame_ DE MAINTENON, t. IV, p. 191.)
Page 355, lignes dernières: Elle (_madame de Saint-Géran_) n'eut
qu'une fille, dont elle accoucha après vingt et un ans de mariage.
Dans l'ignorance où elles étaient de ce fait, les personnes qui ont à
Saint-Cyr composé ou falsifié nombre de lettres de madame de Maintenon
lui font dire dans une de celles adressées à madame de Saint-Géran:
«Votre fils est très-joli.» Et plus loin; «La _du Fresnoy_ est
délaissée. Elle a recours à moi... Nous nous sommes embrassées. Je lui
rendrai service.» (Mai 1679, p. 133, édit. de Dresde, 1753, in-12.)
Combien madame de Maintenon eût eu pitié de celles qui croyaient servir
sa mémoire en lui prêtant de tels sentiments, un tel langage, à l'époque
même où elle faisait tous ses efforts pour ramener le roi à la
soumission religieuse!
CHAPITRE XV.
Page 356, lignes dernières: Madame de Sévigné se plaint fréquemment
à sa fille du grand nombre de lettres qu'elle recevait, etc.
Nous avons remarqué dans la troisième partie de ces _Mémoires_, chapitre
VI, p. 108, que la réputation de madame de Sévigné dans le genre
épistolaire, bien établie à la cour et parmi le grand monde, devint
populaire aussitôt après la publication des _Mémoires de Bussy_ en 1694;
nous avons cité les vers latins de l'Épître sur la manière l'écrire des
lettres, par le jésuite Montaigu. Cette épître, qui fut publiée en
1713, reparut encore en 1749 dans le recueil intitulé _Poëmata
didascaloïca_; Parisiis, le Mercier, 1749, 3 vol. in-12.--Le passage sur
Sévigné se trouve t. I, p. 314; et pour qu'on ne commît aucune méprise
sur la personne, au mot _Sevinia_ on a ajouté cette note, qui n'était
pas dans l'édition première: «Marie de Rabutin, marquise de Sévigné.»
Page 366, lignes 1 à 3: Les deux sœurs étaient également l'objet
des railleries de madame de Grignan pour leur vanité.
Il paraît que cela était assez fondé, et que madame de Grignan n'était
pas la seule qui raillât madame de Coulanges sur sa vanité. Madame de
Maintenon écrivant à son frère (28 février 1678, t. I, p. 154, Amst.,
1756), afin de lui recommander l'économie, lui dit: «Je ne suis pas plus
avare que vous; mais j'aurais 50,000 livres de rente, que je n'aurais
pas le train de grande dame, ni un lit galonné d'or, comme madame de la
Fayette; ni un valet de chambre, comme madame de Coulanges. Le plaisir
qu'elles en ont vaut-il les railleries qu'elles en essuient? M. le
chancelier son oncle (c'est-à-dire le Tellier, oncle de madame de
Coulanges) est plein de modération, et le roi l'estime.»
FIN.
TABLE SOMMAIRE
DES CHAPITRES DE CE VOLUME.
CHAPITRE PREMIER.--1673.
Pages
Madame de Sévigné quitte la Provence.--Elle écrit de Montélimar.--Elle
arrive à Bourbilly.--Conduite du comte de Bussy.--Détails sur la
comtesse de Fiesque.--La cour de Monsieur et la cour de
Condé.--Arrivée à Paris de madame de Sévigné. 1
CHAPITRE II.--1673-1674.
Visites que reçoit madame de Sévigné.--Pour la voir, son fils
quitte deux fois l'armée.--Mort du marquis de Maillane.--Louis
XIV se prépare à conquérir la Franche-Comté.--Il charge
l'évêque de Marseille d'une négociation auprès de la
duchesse de Toscane. 18
CHAPITRE III.--1673-1674.
Détails sur la principauté d'Orange et sur ceux qui la
possédèrent.--Le comte de Grignan s'empare de la citadelle
d'Orange et la fait démolir.--Lutte entre l'évêque de Marseille
et Grignan.--Ouverture des états de Bretagne. 36
CHAPITRE IV.--1673-1674.
Madame de Sévigné retrouve Bussy à Paris.--Origine de la liaison de
la marquise de Martel avec madame de Sévigné.--Bussy demande une
nouvelle prolongation de séjour.--La duchesse de Longueville
intercède pour lui auprès de Condé, mais inutilement.--Bussy reste
caché dans Paris.--Louis XIV fait venir la reine à Dijon.--La
guerre de Franche-Comté s'achève. 60
CHAPITRE V.--1674.
Portrait de Louis XIV.--Détails sur la reine.--Madame de
Montespan donne des bals d'enfants.--Amours de Louis XIV
et de la Vallière.--Elle est faite duchesse.--Triomphe de
madame de Montespan.--Madame de la Vallière entre aux
Carmélites.--Sa prise d'habit et ses vœux.--Grâce que lui
accorde le roi.--Pourquoi il s'abstint de l'aller voir. 81
CHAPITRE VI.--1674-1675.
Le parti religieux et le parti mondain se disputent l'influence sur
Louis XIV.--Réforme dans la maison de la reine.--Madame de Sévigné
visite Port-Royal des Champs.--Mort du grand Condé.--Colbert est
chargé de la réorganisation des spectacles de Paris.--L'Opéra
devient le spectacle dominant.--Sociétés de Paris à cette époque. 112
CHAPITRE VII.--1674-1675.
Arrivée à Paris de M. et madame de Grignan.--Madame de
Grignan demeure quinze mois avec sa mère.--Ouverture
de l'assemblée des communautés de Provence.--Correspondance
de Bussy et de madame de Sévigné.--Détails sur les
deux femmes et les enfants de Bussy. 137
CHAPITRE VIII.--1675.
Madame de Grignan retourne en Provence.--Retz va en Lorraine,
et donne sa démission du cardinalat.--Son portrait,
par la Rochefoucauld.--Douleur de madame de Sévigné en
se séparant de Retz.--Elle quitte Paris pour aller en Bretagne. 160
CHAPITRE IX.--1674-1675.
Succès de Louis XIV en Franche-Comté et en Roussillon.--Bataille
de Senef.--Révoltes en Bretagne et en Guienne.--Le
duc de Chaulnes sévit contre les Bretons.--Les états
de Bretagne s'assemblent à Dinan.--Remontrances adressées
au roi.--D'Harouïs, trésorier des états, est condamné à une
prison perpétuelle. 173
CHAPITRE X.--1675-1676.
L'opinion publique se déclare contre madame de Montespan.--Un
prêtre lui refuse l'absolution.--Bossuet et Bourdaloue
conseillent au roi et à madame de Montespan de se séparer.--Ils
le promettent.--Madame de Montespan construit Clagny.--Le
roi ordonne qu'elle soit réintégrée à Versailles, mais
avec l'intention de ne plus avoir commerce avec elle.--Madame
de Montespan parvient à le faire changer de résolution.--La
cour reprend sa splendeur et ses plaisirs. 189
CHAPITRE XI.--1675-1676.
Espoir du parti pieux dans l'influence de madame de Maintenon.
--Nécessité de jeter un coup d'œil rétrospectif sur la vie de
cette dame.--Le roi lui confie l'éducation de ses enfants
issus de madame de Montespan.--Elle devient marquise de
Maintenon.--Obtient de correspondre directement avec le
roi.--Durée du règne de madame de Montespan. 209
CHAPITRE XII.--1675-1676.
Turenne est tué.--Création de nouveaux maréchaux.--La
révolte continue à Rennes.--Madame de Sévigné arrive à
Nantes.--Souvenirs que ce voyage lui rappelle.--Faits importants
relatifs à sa jeunesse, rectifiés.--Date de la naissance
de ses enfants, etc.--Détails fournis par les Mémoires
de d'Ormesson sur madame de Sévigné et sur les événements. 246
CHAPITRE XIII.--1676.
Liaison de madame de Sévigné avec la princesse de Tarente.--Nouvelles
du Danemark et de la cour de France, données
par cette princesse à madame de Sévigné durant son séjour
aux Rochers.--Détails sur Griffenfeld.--Mariage de la princesse
de la Trémouille.--Caractère de MADAME, seconde
femme du duc d'Orléans.--Détails sur le prince et la princesse
de Tarente.--Madame de Sévigné passe l'hiver aux
Rochers. 283
CHAPITRE XIV.--1675-1676.
Malheurs de la Bretagne.--Forbin marche sur cette province
avec six mille hommes.--Exil du parlement.--M. de Chaulnes est
insulté.--Tenue des états de Provence.--Détails sur les affaires
de Bretagne et sur celles des provinces.--Correspondance de
madame de Sévigné avec ses amis de Paris.--Ses liaisons avec
différentes personnes. 314
CHAPITRE XV.--1675-1680.
Plaintes de madame de Sévigné sur le grand nombre de lettres
qu'elle est obligée d'écrire.--Soins et attentions que lui
prodigue son fils.--Volages amours de celui-ci.--Nouveaux
travaux qu'entreprend aux Rochers madame de Sévigné.--Elle
y tombe dangereusement malade.--Sévigné vient à Paris pour
vendre sa charge de guidon.--Madame de Sévigné quitte les
Rochers.--Elle s'arrête à Malicorne, où on lui lit l'oraison
funèbre de Turenne par Fléchier.--Elle arrive à Paris. 356
FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.
TABLE SOMMAIRE
DES
MATIÈRES PRINCIPALES DES NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS CONTENUS DANS CE
VOLUME.
Pages
Sur les madrigaux de Montreuil pour madame de Sévigné 393
Sur le voyage clandestin de l'évêque de Valence à Paris 393
Sur deux petits poëmes de Marigny 395
Sur _Forléans_, _Bourbilly_ et _Époisses_ 397
Sur le château d'Époisses 398
Sur madame de la Morésan 403
Sur les éditions de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ 404
Sur doña Felippe-Maria-Térésa Abarca 406
Sur la lettre de la sœur Magdeleine du Saint-Esprit 409
Sur la terre du Mesnil Saint-Denis 411
Sur l'opéra en France 413
Sur une grossesse de madame de Grignan 415
Vers de Benserade sur le marquis de Saucourt 418
Jugement de M. de la Rivière sur les lettres de madame de Grignan 420
Sur la _Relation de ce qui s'est passé en Catalogne_ 421
Sur des lettres de Louis XIV à Colbert, relatives à madame de
Montespan 422
Sur M. de Condom 425
Sur la perruque de Louis XIV 426
Sur une lettre et des fragments de lettres attribués à madame
de Maintenon 429
Sur des bruits de cour relatifs à madame de Montespan 433
Passages extraits des _Conversations de madame de Maintenon_ 433
Sur le vague qui règne dans l'histoire de madame d'Aubigné et
dans celle des premières années de sa fille 437
Sur un dialogue de madame de Maintenon pour ses élèves de
Saint-Cyr 439
Épigramme du chevalier de Méré 439
Sur l'auteur de la _Mazarinade_ 443
Sur les _Œuvres diverses d'un auteur de sept ans_ 443
Sur Gui Patin 449
Sur le château de la Seilleraye, et sur les portraits de madame de
Sévigné et de sa fille 451
Sur madame de Sévigné et la famille du Plessis 460
FIN DE LA TABLE DES NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.