vague qui règne dans l'histoire de madame d'Aubigné et dans celle des
premières années de son illustre fille. Ils se sont contentés de se
copier les uns après les autres. La Beaumelle cependant est plus précis
et plus détaillé. Dans le tome VI de ses Mémoires, il a publié des
extraits de pièces qui jettent quelque jour sur cette partie de
l'histoire de Maintenon, et entre autres une lettre de madame d'Aubigné
à madame de Villette, écrite de la Martinique, datée du 2 juin 1646 dans
la copie, date que la Beaumelle croit fausse. (Voyez _Mém. pour servir à
l'histoire de Maintenon_, t. VI, p. 34 à 38.) On eût trouvé surtout
beaucoup de lumières sur l'histoire de la famille d'Aubigné dans les
pièces du procès que la mère de madame de Maintenon eut à soutenir
contre MM. de Nesmond-Sensac et de Caumont. (LA BEAUMELLE, _Mém._, t. I,
p. 107.) Ces pièces sont probablement dans les nombreux portefeuilles de
Noailles, ou dans les archives de Maintenon. Il faudrait surtout
discuter le récit contenu dans les fragments de Mémoires sur la vie de
la marquise de Maintenon, par le père Laguille, jésuite; récit erroné en
quelques endroits, mais curieux, en ce que son auteur cite des témoins
contemporains des faits. (Conférez _Fragments de Mémoires sur la vie de
la marquise de Maintenon_, par le père Laguille, jésuite, dans les
_Archives littéraires_, 12 vol., trim. d'octobre 1806, in-8º.) Ce
morceau, défiguré par des fautes typographiques, et qui fut publié par
Chardon de la Rochelle, n'a été, je crois, connu d'aucun des auteurs qui
ont écrit sur madame de Maintenon, car ils n'en font pas mention.
Laguille est né en 1658, et a été contemporain de madame de Maintenon.
Il dit que, dans le Béarn et le Poitou, Théodore-Agrippa d'Aubigné
passait pour fils bâtard de la reine Jeanne d'Albret et d'un de ses
secrétaires; assertion que la Beaumelle a bien réfuté dans ses _Mémoires
de Maintenon_, t. I, p. 10 et 14. (Conférez à ce sujet le _Mercure
galant_ de 1688 et de janvier 1705.)--Selon le récit d'un nommé Delarue,
de Niort, madame d'Aubigné, mère de madame de Maintenon, alla d'abord à
la Martinique et de là à la Guadeloupe, où elle resta deux ans
dans l'habitation de Delarue. Elle se rendit ensuite à l'île
Saint-Christophe, où elle mourut, attendant un bâtiment pour la
transporter en France. Ses deux enfants, d'Aubigné et sa sœur
_Francine_ (madame de Maintenon), furent, par les soins d'une
demoiselle, transportés à la Rochelle. Selon le père Duver, jésuite,
doyen, mort à Nantes en 1703, le collége des jésuites de la Rochelle
fournissait du pain et de la viande à d'Aubigné et à sa sœur. Ils
furent conduits ensuite chez M. de Montabert, à Angoulême. Ce fut là
qu'un jeune gentilhomme nommé d'Alens, voulut épouser la jeune Francine,
et lui prédit, dit-on, sa grande fortune. (P. 369-370.) Le reste du
récit de Laguille s'accorde assez bien avec ce que l'on sait de
l'histoire de madame de Maintenon; mais il y a des fautes de copiste
qu'il eût été facile à Chardon de la Rochette de corriger: ainsi le nom
de Neuillans est tantôt converti en _Noïailles_ et tantôt en
_Neuillians_. Laguille dit, p. 376, que d'Aubigné fut d'abord placé
comme page chez le marquis de Pardaillan, gouverneur du Poitou.
Page 217, ligne 20: Les détails les plus minutieux de l'économie
domestique.
La Dauphine avait une forêt de cheveux, que madame de Maintenon démêlait
sans douleur: elle régnait à la toilette. Louis XIV s'y rendait souvent.
Cette dame disait depuis: «Vous ne sauriez croire combien le talent de
bien peigner une tête a contribué à mon élévation.» (LA BEAUMELLE, tome
II, p. 175.)
Page 218, ligne 10: De ne pouvoir parvenir «à l'_écrasement de
l'amour-propre_.»
Madame de Maintenon a dit:
«On n'échappe à l'amour-propre que par l'amour de Dieu.» (_Convers._, t.
I, p. 30.)
«Le bon esprit ne peut se distinguer de la sagesse et de la raison.»
(_Convers._, t. I, p. 32.)
«La sagesse implique la dévotion; car que serait une abnégation de
soi-même qui resterait sans récompense?» (_Convers._, t. I, p. 36.)
Page 218, ligne 23: Celui de paraître par le cœur au-dessus de la
place qu'elle occupait.
«L'élévation des sentiments consiste à se rendre digne de tout, sans
vouloir rien de disproportionné à ce que nous sommes.» (MAINTENON,
_Convers._, 3e édit., p. 219, chap. XXVII.)
Page 222, lignes 1 et 2: _Les Conversations, les Proverbes._
Le dialogue le plus ingénieux et le plus piquant de tous ceux que madame
de Maintenon a composés pour ses élèves de Saint-Cyr, qu'elle leur
faisait apprendre par cœur, et qui nous donne l'idée la plus nette de
son caractère à la fois modéré et énergique, est celui sur les quatre
vertus cardinales, parce qu'elle a su donner à une vérité incontestable
l'apparence d'un paradoxe. (T. I, p. 63-73.)
Elle fait parler la Justice, la Prudence, la Force et la Tempérance,
pour prouver que cette dernière vertu est la première de toutes, la plus
essentielle; et par la tempérance elle n'entend pas seulement la
sobriété, mais la modération en toutes choses.
La Force fait à la Tempérance cette objection: «Ne peut-on point être
trop modéré?--Non, répond la Tempérance; cela ne serait plus la
modération, car elle ne souffre ni le trop ni le trop peu.»
La Tempérance dit: «Je détruis la gourmandise et le luxe; je m'oppose à
tout mal, et je règle le bien. Sans moi, la justice serait insupportable
à la faiblesse des hommes; la force les mettrait au désespoir, la
prudence perdrait son temps à tout peser.»
Page 223, ligne 18: Un gentilhomme de sa province. Et note 485:
Conférez MÉRÉ.
On n'a imprimé, que je sache, aucun vers de Méré: il en faisait
cependant, et voici une jolie épigramme de lui que je tire du recueil de
Duval de Tours (_Nouveau choix de pièces choisies_; la Haye, 1715, p.
185):
Au temps heureux où régnait l'innocence,
On goûtait en aimant mille et mille douceurs,
Et les amants ne faisaient de dépense
Qu'en soins et qu'en tendres ardeurs.
Mais aujourd'hui, sans opulence,
Il faut renoncer aux plaisirs.
Un amant qui ne peut dépenser qu'en soupirs
N'est plus payé qu'en espérance.
Page 224, ligne 16: Écrivant selon l'occasion et le besoin,
facilement, agréablement.
C'est ce dont il se vante et avec juste raison (t. I, p. 130), dans
cette ode de héros burlesque, en style qui n'est nullement burlesque:
On peut écrire en vers, en prose,
Avec art, avec jugement;
Mais écrire avec agrément,
Mes chers maîtres, c'est autre chose.
Les vers ont aussi leur destin:
Un poëme de genre sublime
Que son auteur lime et relime,
Ne vit quelquefois qu'un matin.
Cependant des auteurs comiques,
Des meilleurs, dont il est fort peu,
Ne sont pas bons à mettre au feu,
Au jugement des héroïques.
J'en sais de ceux au grand collier,
Des plus adroits à l'écritoire,
Qui pensent aller à la gloire,
Et ne vont que chez l'épicier.
Ce n'est pas dans une ruelle,
Devant de célestes beautés
Ou des partisans apostés,
Qu'on met un livre à la coupelle:
C'est au palais, chez les marchands,
Où la vente, mauvaise ou bonne,
A tous ouvrages ôte ou donne
Le nom de bons et de méchants.
Page 225, ligne 21: Elle avait bien raison de se comparer à la cane
qui regrette sa bourbe[901].
[901] Ou plutôt: _à de petits poissons qui regrettent leur
bourbe_.
Le 25 janvier 1702, elle écrit, de Saint-Cyr, au duc d'Ayen, depuis duc
de Noailles: «Il y aura demain quinze jours que je suis enrhumée, et en
spectacle aux courtisans, aux médecins, aux princes, caressée, ménagée,
blâmée, chicanée, tourmentée, considérée, accablée, dorlotée,
contrariée, tiraillée.» MAINTENON, _Lettres_, t. V, p. 27, édit.
d'Amst., 1756, in-8º.
Dans une lettre datée de Marly le 27 avril 1705, elle dit au comte
d'Ayen:
«Si j'habite encore longtemps la chambre du roi, je deviendrai
paralytique. Il n'y a ni porte ni fenêtre qui ferme; on y est battu d'un
vent qui me fait souvenir des ouragans d'Amérique.» (_Lettres_, t. V, p.
47, édit. 1756.)--Louis XIV avait un tempérament de fer, et n'aimait pas
les appartements trop renfermés et trop chauds.
Le 19 avril 1717, deux ans avant sa mort, elle écrit à madame de Caylus:
«On rachète bien les plaisirs et l'enivrement de la jeunesse. Je trouve,
en repassant ma vie, que depuis l'âge de trente-deux ans (cette date
nous reporte à 1675-1676, qui est celle du chapitre XI et de ceux qui le
précèdent et le suivent), qui fut le commencement de ma fortune, je n'ai
pas été un moment sans peines, et qu'elles ont toujours augmenté.»
Page 226, lignes 2 à 4: Elle jouissait alors de l'amitié de tous,
sans rien perdre de l'estime, de la considération et du respect qui
lui étaient dus.
Elle a dit de l'heureux temps de sa jeunesse:
«Je ne voulais point être aimée en particulier de qui que ce fût: je
voulais l'être de tout le monde, faire prononcer mon nom avec
admiration, avec respect. Je me contrariais dans tous mes goûts. Il
n'est rien que je n'eusse été capable de souffrir pour conquérir le nom
de femme forte. Je ne me souciais point de richesses; j'étais élevée de
cent piques au-dessus de l'intérêt: je voulais de l'honneur.--Oh!
dites-moi, ma fille, y a-t-il rien de plus opposé à la vraie vertu que
cet orgueil dans lequel j'ai usé ma jeunesse?» (_Entretiens de madame_
DE MAINTENON, dans LA BEAUMELLE, _Mémoires_, t. VI, p. 176 et 177, édit.
d'Amsterdam, 1756, in-12.)
Page 229, lignes 2 et 3: Il désira vivement mettre, dans la galerie
de celles dont il avait triomphé, etc.
Madame de Caylus, dont la conduite a été loin d'être régulière,
quoiqu'elle ait été l'élève chérie de madame de Maintenon, se montre
persuadée en ses Mémoires que, dans la liaison de sa tante avec
Villarceaux, il ne s'est rien passé de contraire à la vertu. Mais, en
rapportant le mot malin de la marquise de Sussay à ce sujet, elle semble
vouloir établir un doute.
Il y a dans Gueroult, poëte du seizième siècle, une pièce de vers
charmante. Ce sont des stances qui expriment les sentiments d'un peintre
devenu amoureux fou d'une grande dame en faisant son portrait. Il n'osa
pas lui déclarer son amour; mais il fit en secret une copie de ce
portrait, et à cette charmante tête il ajouta un corps nu, aussi parfait
que celui de la Vénus de Médicis.--La grande dame surprit le peintre au
moment où il terminait son travail: courroucée, elle demande à l'artiste
pourquoi il a fait un portrait si mensonger, et comment il a eu l'audace
de peindre ce qu'il n'a jamais vu? «Cela est juste, lui dit le peintre;
mais, en voyant un visage si beau et si parfait, je n'ai jamais douté
que tout le reste du corps ne fût semblable; et, sans espérance de
pouvoir contempler tant d'appas, j'ai voulu, par mon art, en posséder
l'image.» D'après l'assertion de la Beaumelle, Villarceaux, irrité des
refus de madame de Maintenon, l'aurait fait peindre comme sortant du
bain, devant un génie noir et laid qui tient un miroir où se
réfléchissent les plus secrets appas de la beauté. (LA BEAUMELLE,
_Mémoires sur madame de Maintenon_, t. I, p. 198, Amsterdam, 1756, liv.
II, ch. XVI.) Quoique la Beaumelle ne cite aucune autorité, le fait est
possible. Mais cette basse vengeance, que Girodet a imitée de nos jours
à l'égard de madame Simons (autrefois mademoiselle Lange, jolie actrice,
si j'ai bonne mémoire), prouve plutôt l'échec de Villarceaux que son
triomphe. Ceux qui avouent que Françoise d'Aubigné, après avoir résisté
à ses nombreux adorateurs, n'a été faible qu'avec Villarceaux, oublient
la juste réflexion de la Rochefoucauld: «Qu'il est plus difficile de
trouver une femme qui n'a eu qu'un seul amant, qu'une femme qui n'en eut
jamais.»
Page 230, avant-dernière ligne: Le nom de l'auteur de la
_Mazarinade_.
Cette satire montre bien à quels excès on peut se laisser aller dans les
temps de divisions politiques. Scarron, qui n'était pas méchant, accuse
Mazarin d'avoir empoisonné le président Barillon, d'avoir volé les
diamants de la reine d'Angleterre, après l'avoir laissée mourir de faim.
Il lui souhaite le destin du maréchal d'Ancre; il veut que l'on vende
ses meubles à l'encan (ce qui fut fait), et il l'apostrophe ainsi:
Va, va-t'en dans Rome étaler
Les biens qu'on t'a laissé voler;
Va, va-t'en, gredin de Calabre,
Puis viennent d'ignobles gravelures qu'on ne saurait lire sans dégoût,
et dont les parlementaires se réjouissaient. Enfin il conclut en disant:
On te reverra dans Paris;
Et là, comme au trébuchet pris,
Et de la rapine publique,
Et de ta fausse politique,
Et de ton sot gouvernement,
Au redoutable parlement,
Dont tu faisais si peu de compte,
Ultramontain, tu rendras compte;
Puis, après ton compte rendu,
Cher Jules, tu seras pendu
Au bout d'une vieille potence,
Sans remords et sans repentance,
Sans le moindre mot d'examen,
Comme un incorrigible. _Amen._
Page 236, note 521: _Œuvres diverses d'un auteur de sept ans, ou
recueil des ouvrages de M. le duc_ DU MAINE, _qu'il a faits pendant
l'année 1677 et dans le commencement de l'année 1678_[902].
[902] Ce long titre indique une réimpression. Un exemplaire de
l'édition originale, imprimé sur vélin, relié en maroquin rouge
aux armes de Mortemart, et inscrit sous le no 1435 dans un
catalogue de vente des bibliothèques du feu roi Louis-Philippe,
Paris, Potier, 1852, porte seulement pour titre _Œuvres diverses
d'un auteur de sept ans_. Cet exemplaire a été adjugé à la somme
de 700 francs.
A la page 207 des _Nouvelles de la république des lettres_ (février
1685, Amsterdam, 1686, 2e édition), il est dit que c'est Benserade qui
a fait présent de ce rare volume au journaliste, qui était, je crois, le
Clerc, et non Bayle. On ajoute: «Selon toutes les apparences, c'est
madame de Maintenon qui a fait l'épître dédicatoire.» Puis en note il
est dit: «On a su depuis qu'elle a été composée par M. Racine; mais
c'était pour madame de Maintenon.» Racine, qui depuis a su prêter à
l'enfance, dans _Athalie_, un langage divin, ne composait pas les
lettres de madame de Maintenon; et s'il avait eu à faire parler le jeune
duc du Maine dans une épître dédicatoire, il l'aurait fait autrement que
madame de Maintenon. Mais il est tout naturel qu'un savant hollandais ne
sût pas cela, et ne soupçonnât pas en Françoise d'Aubigné le talent
d'écrivain. Le grand roi le connaissait bien, lui, qui, après avoir lu
les instructions données à la duchesse de Bourgogne par madame de
Maintenon, et trouvées dans la cassette de cette princesse après sa
mort, voulut qu'il en fût fait des copies. Madame de Maintenon s'y
opposait; mais Louis XIV insista et dit: «C'est pour mes enfants; il
faut bien que ma famille ait quelque chose de vous.»
Qu'il me soit permis de faire remarquer que ces instructions
religieuses, sous le rapport des pensées, de la religion et du style
même, qui est vif et concis, sont bien supérieures à celles qui ont été
données par l'archevêque de Cambrai à madame de Maintenon elle-même, et
à sa demande. Il y a dans ces dernières une forte dose de mysticisme,
qui aurait pu avoir une influence fâcheuse sur un esprit faible[903].
Fénelon s'y abandonne trop à sa rancune amère contre Louis XIV, qui,
avec juste raison, n'avait pu goûter ses chimériques systèmes de
gouvernement. Il dit durement à cette femme que le roi (son mari alors)
ne pratique pas ses devoirs, et qu'il n'en a aucune idée (t. III, p.
224). Enfin, tout en blâmant la règle qu'elle s'était faite de ne
s'occuper en rien des affaires d'État et de la politique, il lui
reproche son indifférence à cet égard, et, au nom de la religion, il
l'exhorte à s'en mêler, et cherche à la jeter par la flatterie dans les
intrigues de cour, en lui disant: «Il me paraît que votre esprit naturel
et acquis a bien plus d'étendue que vous ne lui en donnez.» (T. III, p.
219.)
[903] _Lettres de_ MAINTENON, édit. 1756, in-12, t. III, p. 221:
«Au reste, il faut tellement sacrifier à Dieu le _moi_, qu'on ne
le recherche plus, ni pour la réputation, ni pour la consolation
du témoignage qu'on se rend à soi-même sur ses bonnes qualités ou
sur ses bons sentiments. _Il faut mourir à tout sans réserve, et
ne posséder pas même sa vertu par rapport à soi._»
C'est le contraire qui était vrai. Madame de Maintenon avait un
excellent jugement, un esprit fin, délié, ferme et éclairé, dans le
cercle où elle s'était renfermée; mais ce cercle était resserré: elle
n'aimait pas à en sortir. Elle n'exprimait son avis sur les affaires
d'État que par un signe d'approbation ou de désapprobation, et encore
parce que Louis XIV l'y forçait. Une fois seulement, elle dressa un
mémoire sur la grande affaire de la révocation de l'édit de Nantes. Elle
y fut amenée par tout le clergé et par les ministres eux-mêmes, qui,
dans les circonstances difficiles où l'on se trouvait, avaient le droit
d'exiger le secours de ses lumières.--Le style de madame de Maintenon
est plus pur et plus régulier que celui de madame de Sévigné. Ses
lettres même sont mieux composées; elles ont toujours un motif, un but
qu'elles atteignent parfaitement. Il n'y a aucun désordre, aucune
inconséquence dans les idées, aucune contradiction dans les jugements;
mais on n'y retrouve pas l'imagination et le coloris de madame de
Sévigné. Les lettres de madame de Maintenon, c'est de l'histoire
générale ou particulière; celles de madame de Sévigné sont des
feuilletons pour amuser madame de Grignan.
Page 238, lignes 27 et 28: Elle détermina le vieux duc de
Villars-Brancas à demander sa main.
Cette seconde proposition d'un mariage pour madame Scarron paraît
résulter des récits comparés de madame du Pérou, que nomme positivement
la Beaumelle, qui semble avoir eu des mémoires plus circonstanciés sur
ce fait que les dames de Saint-Cyr; car il dit, t. II, p. 110:
«Elle (madame de Montespan) avait jeté les yeux sur le duc de V... B...,
qu'une jeunesse passée dans les plaisirs, une vieillesse malsaine, et
deux femmes assez méchantes, n'avaient pas dégoûté du mariage.» Et en
note il ajoute que ce duc de V.. B.. était fils de George B..., et frère
de la princesse d'..., morte en 1679. Ce que dit Saint-Simon sur le
titre de duc donné au Brancas, fils de Villars (_Mémoires complets et
authentiques_, t. XIV, p. 201), semble confirmer que la Beaumelle a
voulu désigner ici le duc de Villars-Brancas, père de Brancas le
distrait.--Le duc de Brancas, né en 1663, mort en 1739, marié à sa
cousine germaine, fille de Brancas le distrait, et qui a fait le premier
un si juste éloge des lettres de madame de Sévigné (voyez t. XII, p. 450
de l'édition de Gault de S.-G.), était peut-être le fils de celui qui se
proposa pour épouser la veuve Scarron. (Conférez _Lettres de_ SÉVIGNÉ,
tome VI, p. 240 et 379 de l'édit. Monmerqué, 1820, in-8º, et TALLEMANT
DES RÉAUX, _Historiettes_, t. II, p. 139 de l'édit. in-8º.)
Page 241, ligne 16: Plus énergique.
Elle écrit au cardinal de Noailles pour lui apprendre qu'elle avait
sacrifié les intérêts de sa propre nièce, la maréchale de Noailles:
«Eh bien, voilà les dames nommées, voilà la maréchale désespérée! Mon
état et ma destinée est d'affliger et de desservir tout ce que j'aime.
J'en souffre beaucoup, mais je ne varierai point dans la loi que je me
suis faite, de sacrifier mes amis à la vérité et au bien.»
Page 242, ligne 2: Auquel elle rendait compte dans des lettres qui
quelquefois avaient huit ou dix pages.
Ces lettres, si on les possédait, pourraient seules servir de pièces de
comparaison avec celles de madame de Sévigné. Tout ce qui nous reste de
cette dame est uniquement relatif ou aux personnes à qui elle écrit, ou
à elle-même, et, par cette raison, offre peu de variété dans le fond
comme dans la forme. Mais madame de Maintenon savait que Louis XIV
aimait à trouver, dans la lecture des lettres bien écrites, une
distraction agréable. Elle dut donc, pendant son voyage à Baréges,
chercher, comme madame de Sévigné, à plaire autant qu'à informer; mais
ces lettres, moins riches de ces expressions heureuses qui jaillissent
d'une vive imagination, devaient être mieux rédigées et surtout plus
correctes. Madame de Maintenon est, pour le style épistolaire, un modèle
plus achevé que madame de Sévigné. Presque toujours celle-ci n'écrit que
par le besoin qu'elle éprouve de s'entretenir avec sa fille, avec les
personnes qu'elle aime; enfin, de tout dire, de tout raconter. Madame de
Maintenon, au contraire, a toujours, en écrivant, un objet distinct et
déterminé. La clarté, la mesure, l'élégance, la justesse des pensées, la
finesse des réflexions, lui font agréablement atteindre le but où elle
vise. Sa marche est droite et soutenue; elle suit sa route sans battre
les buissons, sans s'écarter ni à droite ni à gauche. En un mot, madame
de Maintenon était en garde contre le danger de commettre ces
indiscrétions qui donnent tant d'esprit aux lettres de madame de
Sévigné, et elle tâchait d'en prémunir ses élèves de Saint-Cyr en les
détournant de l'envie d'écrire sans nécessité.
Page 243, ligne dernière, et 244, lig. 1: «Et qui souvent sont
chassées par un clin d'œil qu'on fait à la femme de chambre.» Et
note 532, lig. 3: Dans toutes les autres éditions, sans exception, le
texte de cet important passage est faux ou défiguré. Les notes de
ces éditions doivent disparaître.
Cela provient du premier éditeur de 1726; tous les autres ont copié.
Mais ce qui est plus fâcheux, c'est qu'on ait reproduit, dans les
éditions les plus récentes et les meilleures, l'absurde commentaire que
Grouvelle a fait sur le texte: d'où il résulterait que Louis XIV, connu
par son respect pour les convenances, la dignité de ses manières, son
attachement pour la reine, l'aurait traitée avec indignité et mépris
dans l'habitude de la vie. Je ferai remarquer que dans ce passage il n'y
a pas _Quanto_ comme dans toutes les autres éditions, mais que le nom de
Montespan est en toutes lettres; ce qui démontre qu'il n'y a ni
sous-entendu ni déguisement dans la mention de la femme de chambre.
Madame la duchesse de Richelieu, qu'on fait obéir par un clin d'œil à
madame de Montespan, était alors dame d'honneur de la reine; et la
marquise de Montespan n'était encore inscrite que la quatrième sur le
tableau. (Voyez l'_État de la France_, 1678, in-12, p. 326.)
Page 245, lignes 12 à 14: La naissance de mademoiselle de Tours,
morte jeune, venue à terme au mois de janvier 1676.
Et c'est alors même que Louis XIV manifestait publiquement ses
sentiments religieux et sa soumission à l'Église, qu'il communiait en
public, qu'il permettait qu'on mît plus souvent dans la gazette
officielle son exactitude à remplir ses devoirs de piété. On lit dans le
volume du Recueil des gazettes, imprimé en 1677, p. 280, cet article:
«Avril 1676.
«Saint-Germain en Laye
«Le 4 de ce mois, veille de la Résurrection, le roi, qui avait _assisté
à tous les offices_ de la semaine sainte, communia dans l'église
paroissiale par les mains du cardinal de Bouillon, grand aumônier de
France, monseigneur le Dauphin tenant la serviette.»
Page 245, lignes 28 et 29: On savait que la nature de sentiments
exempts de toute faiblesse que lui inspirait madame de Maintenon,
etc.
Ce ne fut qu'après la mort de la reine, après celle de Fontanges, après
la disgrâce de Montespan, que l'opinion des gens de cour et du public
changea, et que l'intimité toujours croissante de Louis XIV et de madame
de Maintenon fit travailler les imaginations, et convertir en passion
amoureuse un attachement constant et pieux, fondé, de la part de Louis
XIV, sur le respect pour la piété, les vertus et les qualités de celle
qu'il s'était choisie pour compagne; et, de la part de madame de
Maintenon, sur l'admiration que lui avaient inspirée les qualités du
grand roi.
CHAPITRE XII.
Page 247, ligne 6: Près du village de Sasbach, dans l'État de Bade.
Il faut écrire Sasbach, et non Salzbach et Saspach, comme a fait Ramsay
(_Histoire du vicomte de Turenne, maréchal général des armées du roi_;
Paris, 1735, in-4º, p. 581). Ce lieu se trouve près d'Achern, sur la
route d'Offenburg à Bade, au sud de Steinbach. La carte de l'atlas de
Ramsay, insérée dans l'édition de 1735, in-4º, à la page 581, intitulée
_Plan des différents camps du vicomte de Turenne et du comte
Montecuculli dans l'Ortnaw_, dessinée et gravée par Cocquart, est
fautive, et trop mauvaise pour qu'on y puisse suivre les opérations
militaires de Turenne dans cette campagne; il faut consulter la carte
intitulée STRASBOURG, dans l'atlas des _Mémoires militaires des guerres
de Louis XIV_, 1836, grand in-folio, exécuté sous la direction du
général Pelet.
Page 252, ligne 19: «Et qu'elle y avait mille affaires.»
Une de ces affaires était celle de la terre de Meneuf, vendue à Jean du
Bois-Geslin, reçu président de Bretagne le 13 juin 1653, et fait depuis
conseiller d'État. Madame de Sévigné lui vendit cette terre en 1674; et
comme elle avait garanti les droits seigneuriaux, elle eut des
difficultés qui furent levées, car elle toucha son argent en décembre
1675. (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 17 novembre, 15 et 29 décembre 1675; t. IV,
p. 209, 250 et 279, édit. G.)
Page 254, ligne 13: Elle avait alors quarante-neuf ans.