Madame de Maintenon, lorsqu'elle voyait le plus madame de Sévigné, et

que celle-ci l'invitait à souper, demeurait rue des Tournelles ainsi que

Ninon, par conséquent très-près de la seconde demeure de madame de

Sévigné au Marais (rue Saint-Anastase); et quand elle fut arrivée à un

grand degré de faveur auprès du roi, qu'elle l'eut ramené à la reine et

séparé de madame de Montespan, elle ne discontinua pas entièrement ses

relations avec madame de Sévigné. Dans une lettre de cette dernière à sa

fille, on trouve ces lignes, remarquables surtout par leur date (29 mars

1680): «Madame de Maintenon, par un hasard, me fit une petite visite

d'un quart d'heure. Elle me conta mille choses de madame la Dauphine, et

me reparla de vous, de votre santé, de votre esprit, du goût que vous

avez l'une pour l'autre, de votre Provence, avec autant d'attention qu'à

la rue des Tournelles.»

Page 212, ligne 18: De son ami qui voyage.

Les éditeurs de madame de Sévigné ont cru qu'il s'agissait ici du voyage

que madame de Maintenon fit à Anvers avec le duc du Maine. Ils se

trompent. Madame Scarron arriva à Anvers au commencement d'avril 1674.

Les Mémoires de Saint-Simon et des dames de Saint-Cyr constatent bien

que ce voyage de madame Scarron à Anvers est antérieur à celui fait à

Baréges, mais il n'en donnent pas la date. La Beaumelle s'y était trompé

dans la première _Vie de madame de Maintenon_, in-18, Nancy, 1753, p.

200. Mais il a pu, d'après les lettres qu'il avait retrouvées, corriger

cette erreur dans ses _Mémoires pour servir à l'histoire de Maintenon_

(t. II, p. 41, liv. IV, et p. 118, liv. V). Cette date paraît bien

fixée: cependant mademoiselle de Montpensier dit dans ses Mémoires (t.

LXVI, p. 403), en parlant du duc du Maine: «Avant qu'il fût reconnu,

madame de Maintenon l'avait mené en Hollande.» Il fut légitimé en

décembre 1673; mais l'arrêt n'était peut-être pas enregistré en mars ou

en avril 1674, époque du départ de madame Scarron.

Page 212, ligne 28: Son caractère ne se démentit jamais.

Dans ses entretiens avec mademoiselle d'Aumale et les élèves de

Saint-Cyr, madame de Maintenon dit:

«Il ne faut rien laisser voir à nos meilleurs amis dont ils puissent se

prévaloir quand ils ne le seront plus. Il est bien fâcheux d'avoir à

rougir dans un temps de ce que l'on aura fait ou dit par imprudence dans

un autre..... Je le disais il y a bien des années à madame de Barillon:

Rien n'est plus habile qu'une conduite irréprochable.» (_Entretiens de

mad._ DE MAINTENON, la Beaumelle, t. III, p. 153.)

«Je me regarde, disait-elle encore, comme un instrument dont Dieu daigne

se servir pour faire quelque bien, pour unir nos princes, pour soutenir

et soulager les malheureux, pour délasser le roi des soins du

gouvernement. Dieu saura bien briser cet instrument quand il le jugera

inutile; et je n'y aurai pas de regret.»

Et toute sa conduite, avant comme après son élévation, avant comme après

la mort du roi, fut d'accord avec ses paroles, et prouve qu'elles

étaient sincères.

Page 213, ligne 5: Quelques _pastiches_ maladroits des lettres de

Coulanges et de Sévigné.

Je désigne ici quelques _fragments de lettres_ fort courts, supposés

extraits de lettres adressées à madame de F*** et à madame de St-G***,

dans la première édition des lettres tirées de la nombreuse

correspondance de madame de Maintenon. Dans la seconde édition, madame

de F*** se trouve être madame de Frontenac, et madame de St-G*** madame

de Saint-Géran. Tous ces intitulés ont été reproduits dans plusieurs

éditions des _Lettres de Maintenon_[895], et ils ont plus ou moins

induit en erreur les historiens et les biographes. Il n'en est pas de

même d'une lettre entière supposée écrite par madame de Maintenon,

imprimée d'abord sans aucune date et sans indication de la personne à

qui elle devait être adressée. Cette lettre semblait avoir été réprouvée

comme suspecte par tous ceux qui ont écrit sur madame de Maintenon. Deux

écrivains très-spirituels se sont avisés de s'en servir comme d'un

document authentique pour pouvoir établir ainsi à une date certaine le

commencement de la passion imaginaire de Louis XIV et de madame de

Maintenon, et expliquer à leur manière la nature de leur liaison. Le

style de cette lettre ne ressemble aucunement à celui de madame de

Sévigné. On y trouve l'expression de _gros cousin_, copiée d'une des

lettres de celle-ci pour désigner le ministre Louvois, cousin de madame

de Coulanges. Or, l'on sait que madame de Maintenon, soigneuse de sa

dignité dans l'abaissement où le sort l'avait placée, ne parlait pas des

ministres, des personnages riches et puissants avec le ton familier des

Sévigné, des Coulanges et des grandes dames de la cour.

[895] _Lettres de_ MAINTENON; Nancy (Francfort), 1752, in-12, t.

I, p. 76, 92, 123, 143, 145, 147, 150, 152, 156, 160, 163, 242,

249; t. II, p. 13, 110, 113, 118.--_Ibid._, édit. de Dresde,

1753, p. 81, 113, 128, 136, 153, etc.; édit. d'Amsterdam, 1755,

p. 48-68; édit. de Paris, 1806, p. 108 à 114.

Enfin, on y trouve répété, avec une légère variante, ce mot que Voltaire

a le premier rapporté: «Je le renvoie toujours affligé, mais jamais

désespéré.» Mais Voltaire le place dans une lettre à madame de

Frontenac, d'accord en cela avec la Beaumelle. Cette antithèse a paru si

charmante à tous les historiens de Louis XIV ou de Maintenon que pas un

seul ne s'est abstenu de la répéter. Aucun n'a réfléchi que, si ces

paroles ont été écrites par madame de Maintenon, c'est dans un sens

tout différent de celui qu'on leur prête, dans tout autre circonstance

que celle qu'on suppose, puisque autrement elles impliqueraient que

Françoise d'Aubigné, pour réussir dans ses ambitieux desseins, ne

craignait pas de recourir aux artifices d'une coquette perfide ou d'une

habile courtisane. Quoique dans la seule édition complète du _Recueil

des lettres de Maintenon_ qu'il ait avouée[896] (Amsterdam, 1755, grand

in-12) la Beaumelle n'ait point inséré cette lettre supposée écrite à

madame de Coulanges, cependant il l'a connue; car à la page la plus

fausse et la plus romanesque qu'il ait tracée dans ces Mémoires, où il y

en a tant de vraies, de curieuses et de bien écrites, il a cité la

phrase la plus invraisemblable. Puis il ajoute: «L'original de cette

lettre est entre les mains de M. de M**, de l'Académie» (t. II, p. 193,

liv. VI, chap. III). Ceux, qui l'ont donnée depuis sans date, ainsi que

ceux qui l'ont imprimée, n'ont point vu cet original, puisqu'ils n'ont

su ni à qui elle était adressée ni comment elle était datée[897]. Quant

à lui, il assigne à cette lettre une date différente de celle que lui

ont donnée les historiens dont j'ai parlé, et il prête aux visites de

Louis XIV un motif tout autre que celui qu'ils ont supposé.

[896] Voyez l'Avertissement qui est en tête de l'édit.

d'Amsterdam, 1755, grand in-12, sorte de prospectus des quinze

volumes de mémoires et lettres, qui ne se trouve, je crois, que

dans cette édition.

[897] Voyez les dernières édit. des _Lettres_ de Maintenon, de

Léopold Collin.

Les fragments ont été habilement fabriqués: ceux qui les ont écrits ont

puisé ce qu'ils ont de vrai dans les lettres adressées par madame de

Maintenon à l'abbé Gobelin. Françoise d'Aubigné fut, dans tout le temps

de sa prospérité, justement tourmentée par la crainte de ne pouvoir

concilier le soin de son salut avec les grandeurs et la vie agitée que

son ambition lui avait faite, et elle eut besoin d'être toujours

rassurée par des directeurs de conscience auxquels elle pût soumettre

ses craintes et confier les plus secrets mouvements de son cœur. L'abbé

Gobelin et Godetz-Desmarets, évêque de Chartres, furent ces deux prêtres

ou directeurs. Elle avait bien choisi: ni l'un ni l'autre

n'ambitionnaient ni la gloire de l'éloquence de la chaire ni les hautes

dignités de l'Église; ni l'un ni l'autre n'appartenaient à l'ordre trop

puissant des jésuites: c'étaient deux bons prêtres, uniquement occupés à

remplir avec ponctualité tous les devoirs de leur saint ministère,

très-attentifs à bien diriger une âme aussi belle, aussi pieuse que

celle de Françoise d'Aubigné. Le second surtout (Godetz-Desmarets),

sans ambitionner l'éclat que donne le talent des controverses

ecclésiastiques, sut, à une époque qui est hors des limites de ces

_Mémoires_, lui inspirer une assez haute idée de son savoir théologique

pour obtenir d'elle une soumission entière à ses décisions, et la faire

marcher dans cette nuit de la foi, comme dit madame de la Sablière[898],

au milieu des écueils que le jansénisme, le jésuitisme et le quiétisme

lui présentaient sur sa route et vers lesquels l'attiraient ou la

tiraillaient en sens contraire son alliance de famille avec le cardinal

de Noailles, sa tendresse pour Fénelon, et sa déférence obligée pour le

P. la Chaise.

[898] _Lettres manuscrites de madame_ DE LA SABLIÈRE _à l'abbé de

Rancé_.

Au nombre des écrits de madame de Maintenon ou relatifs à cette

fondatrice, écrits que les dames de Saint-Cyr conservaient dans leurs

archives et dont les élèves s'occupaient à faire des copies, les plus

précieux pour la bien connaître sont les lettres que lui a écrites

l'évêque de Chartres[899] et celles qu'elle-même écrivit à l'abbé

Gobelin.

[899] _Lettres de messire_ GODETZ; Bruxelles, 1755.--_Lettres de

Maintenon_, t. II.

Quoique très-courts, les fragments dont j'ai parlé décèlent leur

fausseté par le style toujours imité de Coulanges et de Sévigné, mais

plus encore par leur objet, qui est de donner à l'opinion un vague sur

la nature des liaisons de Louis XIV et de Maintenon, vague qui plaisait

tant aux imaginations des élèves et des dames de Saint-Cyr. Et ce qui

prouve encore plus que ces fragments et quelques autres passages de

lettres sont adressés aux mêmes personnes, ou ont été détournés, par des

changements et interpolations, de leur sens naturel et vrai, dans un

intérêt romanesque, c'est le nom des personnes auxquelles on suppose que

ces lettres ont été écrites. A la cour il n'y a jamais que de petites

indiscrétions calculées. A qui persuadera-t-on d'ailleurs que madame

Scarron, connue, dès sa plus tendre jeunesse, pour sa discrétion et sa

circonspection, se soit avisée d'écrire à qui que ce soit ce qui pouvait

se passer entre elle et Louis XIV dans leurs mystérieux tête-à-tête?

Voltaire dit que madame de Frontenac était cousine de madame de

Maintenon; et cependant madame de Maintenon paraît avoir été liée moins

intimement avec elle qu'avec madame de Saint-Géran. Celle-ci est assez

connue par la lecture de ces _Mémoires_. On sait qu'elle fut quatre ans

expulsée de la cour, et qu'elle fit auprès de madame de Maintenon de

constants et inutiles efforts pour être admise à Marly.

Sans doute mesdames de Frontenac et de Saint-Géran, devenues plus

régulières et peut-être sincèrement pieuses dans un âge avancé,

s'attirèrent la considération et les égards qui leur étaient dus, et

firent le charme des sociétés par leur esprit, leur amabilité et le

suprême talent du savoir-vivre. Saint-Simon l'atteste, et c'est

vraisemblablement le souvenir des temps de leur liaison avec madame de

Maintenon qui aura donné l'idée de placer leur nom en tête des fragments

dont j'ai parlé; mais alors même celle-ci ne leur aurait pas confié des

secrets qui étaient aussi ceux du roi. Ainsi les fragments de lettres ou

tous les passages de lettres qui tendent à accréditer une telle pensée

sont nécessairement apocryphes, ou formés à l'aide de phrases habilement

tronquées ou rapprochées de manière à présenter un sens tout opposé à

celui qu'elles avaient; ou bien ce sont de véritables lettres écrites

par une personne autre que madame de Maintenon et pour d'autres que

mesdames de Frontenac et de Saint-Géran.

Cent ans se sont écoulés depuis que Voltaire et la Beaumelle ont écrit

sur le siècle de Louis XIV; et l'on trouve dans les ouvrages de ces deux

auteurs relatifs à madame de Maintenon des faits qui se heurtent, des

jugements inconciliables, qui les mettent en contradiction l'un avec

l'autre. Les écrivains qui depuis ont tracé des histoires ou des notices

sur la vie de Françoise d'Aubigné, ont rarement manqué l'occasion de se

plaindre de la légèreté de Voltaire; mais ils témoignent un mépris

complet pour l'ouvrage de la Beaumelle, et s'abstiennent de le citer, ou

ne le citent que fort rarement. Je suis néanmoins en mesure d'affirmer

qu'on ne trouve chez aucun d'eux un seul fait, un seul détail de faits,

une seule appréciation favorable ou défavorable, une seule vérité, une

seule erreur qui ne soit dans la Beaumelle.

Comme pour décrire ce chapitre XI, restreint dans son objet, nous avions

besoin d'embrasser dans notre pensée l'histoire de la longue vie de

madame de Maintenon, nous avons été obligé, pour faire avec fruit cette

étude, de soumettre à un examen critique les écrits de la Beaumelle et

de Voltaire sur le siècle de Louis XIV et particulièrement sur madame de

Maintenon, et aussi la controverse violente qui s'est élevée entre les

deux auteurs.--Jamais sujet plus curieux d'investigation sur l'histoire

du grand siècle et sur l'histoire littéraire du siècle qui l'a suivi ne

s'était rencontré sur notre route. Mais, après avoir terminé cet examen,

nous nous sommes aperçu qu'il était trop volumineux, et que s'il devait

être publié un jour comme un appendice à ces _Mémoires_, ce n'était pas

dans ce volume qu'il était convenable de le placer.

Page 213, ligne 7: Des mémoires rédigés d'après des bruits de cour.

Du nombre de ces bruits de cour, je mets l'avis du duc de Montausier,

donné au roi au sujet du refus d'absolution fait à madame de Montespan,

le petit colloque de Louis XIV et de Bourdaloue sur la retraite de

madame de Montespan à Clagny, et l'entretien de Bossuet et de madame de

Montespan rapporté par M. de Bausset.--Relativement à ce dernier fait,

le judicieux M. de Bausset lui-même, qui l'a rapporté d'après le

manuscrit de l'abbé Ledieu (l'abbé Ledieu n'entra chez Bossuet qu'en

1684), fait observer que le caractère de madame de Montespan et celui de

Bossuet le rendent invraisemblable. M. de Bausset a été trompé, pour ce

qui concerne Montausier, par le fragment d'une lettre de madame de

Maintenon à madame de Saint-Géran, qui est apocryphe.--M. de Montausier

a contribué sans doute avec Bossuet à la détermination du roi: madame de

Caylus le dit[900]; mais ce ne fut pas de la même manière que le raconte

la lettre apocryphe. Il n'était point dans le caractère de Louis XIV de

consulter le duc de Montausier ou le maréchal de Bellefonds sur les

matières ecclésiastiques. Hors de la chaire évangélique et du

confessionnal, si quelqu'un de ses sujets se permettait de lui faire des

observations sur la religion, c'est qu'il lui en avait donné l'ordre. Il

ne plaisantait pas non plus avec le père Bourdaloue, homme sérieux, et

incapable de faire au roi, qui lui adressait la parole d'une manière

aimable, une réponse aussi impertinente que celle qu'on lui a prêtée.

[900] CAYLUS, _Souvenirs_, coll. des Mém. sur l'hist. de France,

édit. 1828, t. LXVI, p. 387, in-8º.--_Ibid._, édit. de Renouard,

1806, in-12, p. 95. Mais dans ces deux éditions, au lieu de

_madame de Montausier_, il faut lire _M. de Montausier_. Madame

de Montausier était morte depuis longtemps.

Page 214, ligne 14: La grâce, l'esprit, la raison, s'unissaient en

elle dans une juste mesure... Naturellement impatiente, vive,

enjouée.

L'âge ne la changea point, et ne la rendit pas plus sévère.--Voici ce

qu'elle disait à ses élèves de Saint-Cyr:

«Pour vivre ensemble, la raison est préférable à l'esprit... Rien n'est

plus aimable que la raison; mais il ne faut pas la trop prodiguer, et

les personnes qui raisonnent toujours ne sont pas raisonnables. Ce qu'il

est plus essentiel de mettre dans le commerce de la vie, c'est de la

complaisance, de la joie, du badinage, du silence, de la condescendance

et de l'attention aux autres. La piété peut sauver sans la raison; mais

la piété ferait beaucoup plus de bien si elle était réglée par la

raison.» (_Conversations de madame la marquise_ DE MAINTENON; 3e édit.,

Paris, Blaise, 1828, in-18, p. 8 et 9, _convers._ I.)

«L'esprit ne nous rend pas plus sage ni plus heureuse. La raison nous

rend aimable; elle résiste aux passions, aux préventions; elle nous fait

surmonter nos passions, et souffrir celles des autres.» (_Ibid._, p.

100, _conv. XXIV._)

«Un esprit mal fait, disait-elle, m'effraye partout.» (Voyez _Mémoires

de Maintenon_, recueillis pour les dames de Saint-Cyr, 1826, in-12, p.

VIII de la préface et p. 271.)

Page 214, ligne 20: Le besoin de se faire des protecteurs la rendit

insinuante et complaisante.

«Elle fait consister tous les moyens de plaire dans un seul, la

politesse. Mais la grande politesse consiste à ménager en tout et

partout les gens avec lesquels nous vivons, à ne les blesser jamais, à

entrer dans tout ce qu'ils veulent, à ne contrarier ni ce qu'on dit ni

ce qu'on fait.» (_Conversations de la marquise_ DE MAINTENON, 3e édit.,

1828, in-18, _Dialogue sur la société_, p. 3.)

«En société, on n'a qu'à choisir entre la souffrance ou la contrainte.»

(_Ibid._, p. 21.)

Quand on s'accoutume de bonne heure à s'occuper des autres, on s'en fait

une habitude. Toute la philosophie de madame de Maintenon et le secret

de son élévation se trouvent dans ces paroles qu'elle a écrites, où elle

fait elle-même son éloge:

«Je persiste à croire que la jeunesse ne peut être trop sensible aux

louanges des honnêtes gens, à l'honneur, à la réputation; et qu'il n'y a

que les courages élevés qui soient capables de tout faire pour y

parvenir.» (_Conv._, t. I, p. 239.)

Page 214, ligne 20, et p. 215, ligne première: La religion, à

laquelle... elle savait faire parler un langage doux, juste,

éloquent et court, etc.

«Dans le christianisme, dit-elle dans une de ses lettres, l'important

n'est pas de beaucoup agir, mais de beaucoup aimer.»

Page 215, lignes 2 et 3: L'infortune lui ravit l'âge des illusions.

De toutes les qualités que madame de Maintenon cherche à inspirer à ses

élèves de Saint-Cyr pour leur bonheur futur, c'est la prudence et la

circonspection. Elle leur dit:

«Il faut de la discrétion, même dans la vertu..... Il faut se

contraindre, même dans le commerce que l'on a avec ses amis..... En

s'abstenant d'écrire, on se retranche un plaisir, on s'assure un grand

repos. Si on est assez malheureuse pour changer d'amis, on n'appréhende

point qu'ils confient à d'autres les confidences que nous leur avons

faites..... Il n'y a rien de si dangereux que les lettres: il y a

beaucoup de personnes imprudentes qui les montrent; il y en a beaucoup

de méchantes qui veulent nuire. Il s'en perd par hasard; le porteur peut

être gagné, la poste peut être infidèle. Celui à qui vous vous fiez se

fie souvent à d'autres.

«Les lettres ont déshonoré des femmes. Elles ont coûté la vie à des

hommes, elles ont fait des querelles, elles ont découvert des mystères.»

(_Conversations inédites de madame_ DE MAINTENON; Paris, 1828, in-18, t.

II, p. 70-73, _Convers. IX sur les lettres_, et _Convers. XI des

anciennes_, t. I, 1828, in-18, p. 90.)

Page 215, ligne 18: La jeune _Indienne_.

On devait aimera lui donner ce surnom, parce qu'elle intéressait dans la

conversation par les souvenirs qu'elle avait conservés de l'île de la

Martinique, où elle avait passé sa toute petite enfance. Elle étonna

beaucoup Segrais en lui apprenant que, dans ce pays, les ananas se

mangeaient tout crus. On n'en recevait encore en Europe que confits et

en morceaux. Ce fut elle qui fit connaître au poëte traducteur des

_Géorgiques_ la couleur dorée, la forme globuleuse et festonnée de ce

fruit, surmonté de son magnifique panache de feuilles vertes et

élancées. (SEGRAIS, _Œuvres diverses_, 1723, in-12, p. 148.)

Page 216, ligne 6: Autrement que par l'aptitude négative de son

tempérament.

Godetz Desmarets, évêque de Chartres, toucha ce point avec une grande

délicatesse, dans une réponse à madame de Maintenon sur une de ses

_redditions_, qui étaient des confessions écrites, plus explicites, plus

confidentielles que les confessions ordinaires. Elle lui avait dit

qu'elle croyait commettre un péché chaque fois que, cédant aux désirs du

roi, elle cessait d'être son amie pour devenir son épouse.--Il lui

répond:

«C'est une grande pureté de préserver celui qui vous est confié des

impuretés et des scandales où il pourrait tomber. C'est en même temps un

acte de soumission de patience et de charité..... Malgré votre

inclination, il faut rentrer dans la sujétion que votre vocation vous a

prescrite..... Il faut servir d'asile à une âme qui se perdrait sans

cela. Quelle grâce que d'être l'instrument des conseils de Dieu, et de

_faire_ par pure vertu ce que tant d'autres font sans mérite ou par

passion!» (LA BEAUMELLE, t. VI, p. 79-82.)

Elle avait bien choisi son directeur. Godetz-Desmarets n'était pas un

évêque de cour, c'était un saint homme; ses lettres à madame de

Maintenon et toute sa conduite le prouvent. A lui seul elle s'était

confiée, et il se pourrait bien que ce fût lui qui bénit en secret, et

seul, le mariage sur lequel on fit tant de récits à la cour. Harlay

était un homme de mauvaises mœurs, et que madame de Maintenon estimait

peu; au lieu qu'elle ne cachait rien à l'évêque de Chartres. Celui-ci

lui écrit: «Après ma mort, vous choisirez un directeur auquel vous

donnerez vos _redditions_. Vous lui montrerez les écrits qu'on vous a

donnés pour votre conduite. _Vous lui direz vos liens._»

Page 217, ligne 2: Lui valurent d'être tenue sur les fonts de

baptême par la femme du gouverneur.

Dans la notice historique sur madame de Maintenon par M. Monmerqué,

placée en tête des _Conversations inédites_, in-18, Paris, Blaise, 1828,

il est dit qu'elle naquit le 27 novembre 1635, fut baptisée par un

prêtre catholique, et tenue sur les fonts par le duc de la

Rochefoucauld, gouverneur de Poitou, et par Françoise Tiraqueau,

comtesse de Neuillant, dont le mari était gouverneur de Niort. Le nouvel

historien de Maintenon, 1848, in-8º, t. I, p. 73, copiant la Beaumelle

(_Mémoires pour servir à l'histoire de mad. de Maintenon_; Amsterdam,

1755, in-12, t. I, p. 103), dit au contraire que la marraine fut Suzanne

de Baudran, fille du baron de Neuillant. La Beaumelle cite les Mémoires

mss. de mademoiselle d'Aumale; mais M. Monmerqué a vu aussi ces

Mémoires. La Beaumelle remarque, en note, que Françoise d'Aubigné ne fut

baptisée que le lendemain 28 novembre; circonstance omise par les deux

historiens mentionnés ci-dessus.

Page 217, lignes 4 et 5: Sa mère, femme instruite, de courage et de

vertu.

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (5/6) · 第 31 / 34 段