madame de Grignan: «Comment vous portez-vous en votre grossesse, madame,
et du mal de madame votre mère?» Puis, un an après, lorsque la comtesse
accoucha aux îles Sainte-Marguerite, madame de Sévigné écrit au comte de
Guitaud (t. III, p. 348): «Madame de Guitaud est une raisonnable femme
d'être accouchée comme on a accoutumé et de ne pas aller chercher midi à
quatorze heures, comme madame de Grignan, pour faire un accouchement
hors de toutes les règles! Voilà les îles en honneur pour les femmes
_grosses de neuf mois_; si ma fille l'est, je lui conseille d'y aller.
Je ne sais point de ses nouvelles sur ce sujet; mais, comme vous dites,
ce n'est pas à dire que cela ne soit pas vrai; je vous assure que j'en
serais fort affligée.» D'autres passages, qu'il serait trop long de
citer, corroborent ces preuves de la grossesse de madame de Grignan et
de son accouchement. Le général de G..., qui, dans l'avertissement de
l'édition des lettres inédites de madame de Sévigné, a classé ces
lettres et mis les dates, est, je crois, le général de Grimoard, un des
éditeurs des _Œuvres de Louis XIV_.
Page 150, ligne 16: Sa sœur, Marie-Thérèse de Bussy-Rabutin, etc.
Il y avait encore deux autres demoiselles de Rabutin, parentes de Bussy:
c'étaient les sœurs de ce page de la princesse de Condé, lequel épousa
la duchesse de Holstein. Elles allèrent trouver leur frère en Allemagne,
et écrivirent à Bussy le 25 décembre 1686 et le 28 octobre 1687. (Voyez
BUSSY, _Lettres_, t. VI, p. 201 et 264.)
Page 151, lignes dernières, et 152, ligne 1: Le jeune frère de
madame de Montataire et du marquis de Bussy (Michel-Celse-Roger de
Rabutin)..., qui n'était âgé que de six à sept ans.
On lit dans les _Pièces fugitives_ de Flachat de Saint-Sauveur, 1704,
in-12, t. I, p. 123:
«M. le comte de Bussy-Rabutin a laissé une belle famille, comme vous
savez. M. l'abbé de Bussy est grand vicaire d'Arles, et fait beaucoup
d'honneur à l'état qu'il a embrassé.»
A la page 121, il est dit «qu'on travaille au Louvre à une édition plus
correcte des _Mémoires de Bussy_.»
Malheureusement cette édition n'a point paru. Une nouvelle édition des
_Mémoires de Bussy_, dont la plus grande partie n'existe encore qu'en
manuscrit, serait un service rendu à l'histoire; mais il faudrait y
joindre sa vaste correspondance, puisqu'il ne semble avoir composé ses
Mémoires que pour y intercaler les lettres qu'il écrivait et qu'il
recevait.
Page 154, ligne 4: Bussy avait eu trois filles de sa cousine
Gabrielle de Toulongeon.
Bussy dit, t. I, p. 125 de ses _Mémoires_ pour l'année 1646: «Je ne fus
pas longtemps sans perdre ma femme, dont je fus extrêmement affligé.
Elle m'aimait fort, elle avait bien de la vertu et assez de beauté et
d'esprit. Elle me laissa trois filles, Diane, Charlotte et
Louise-Françoise. L'aînée n'avait pas deux ans lorsque sa mère mourut.»
J'ai prouvé ci-dessus que Gabrielle de Toulongeon était morte le 26
décembre 1646. Bussy s'était marié le 28 avril 1643; ainsi Diane n'a pu
naître qu'en février 1644. L'époque de la mort de Charlotte est ignorée;
mais il en résulte que, comme elle est née avant Louise-Françoise, cette
dernière n'a pu naître avant la fin de septembre ou le commencement
d'octobre 1645, ni plus tard que le 26 décembre 1646. Elle avait donc
environ vingt-huit ans et demi lorsqu'elle se maria.
Page 154, ligne 18: Elle était cette pieuse religieuse de
Sainte-Marie de la Visitation.
Mademoiselle Dupré, cette savante et spirituelle correspondante de
Bussy, lui écrit de Paris, le 1er juin 1670:
«Je ne comprends pas, monsieur, que vous m'ayez si peu parlé de madame
votre fille aînée, religieuse aux Dames Sainte-Marie de la rue
Saint-Antoine. Mon bon génie m'a inspiré de l'aller voir. Je ne crois
pas qu'il y ait personne plus accomplie en vertu, en esprit et même en
agrément de sa personne, s'il lui plaisait d'en avoir.»
Page 155, ligne 5: Celle qui, par les charmes de sa conversation et
de son style épistolaire.
Dans sa lettre à l'abbé Papillon, en date du 7 août 1735, de la Rivière
(_Lettres choisies_, Paris, 1735, in-12, t. II, p. 207) dit: «Madame de
la Rivière (Louise-Françoise de Coligny) n'a composé que la Vie de saint
François de Sales et l'épitaphe de son père, à laquelle le P. Boubours
n'a eu nulle part.»
«... Je ne sais pas ce qu'on pense à Dijon des lettres de feu ma femme.
Elles firent un tel bruit à la cour que le roi me les demanda. Je lui en
donnai une vingtaine; il les lut chez madame de Montespan, et me dit en
me les rendant: «La Rivière, votre femme a plus d'esprit que son père.»
Madame de Thianges, qui avait assisté à cette lecture, m'apprit que le
lendemain le roi s'en était diverti et que je lui avais donné une bonne
soirée.» (P. 208.)
Le 18 août de la même année (t. II, p. 215), de la Rivière ajoute les
détails suivants sur les lettres de sa femme: «Je me suis reproché
d'avoir gardé longtemps une cassette pleine de lettres de feu ma femme;
enfin, je les ai brûlées. Elles n'étaient qu'un composé de sentiments
vifs, propres à inspirer des passions et à les allumer. Si on les avait
imprimées, le public aurait couru après; mais c'eût été un dangereux
présent que j'aurais fait à la postérité.»
Pages 156, lig. dernière, et 157, lig. 1: Assez de la couleur de
celui de Saucourt (chose considérable en un futur).
Le meilleur commentaire de ces mots de Bussy se trouve dans les vers de
Benserade, du _Ballet royal des amours de Guise_, où l'entrée du marquis
de Saucourt, qui devait représenter un démon, est ainsi annoncée:
Non, ce n'est point ici le démon de Brutus
Ni de Socrate:
Par d'autres qualités et par d'autres vertus
Sa gloire éclate.
Sous la forme d'un homme il prouve ce qu'il est:
Doux, sociable;
Sous la forme d'un homme aussi l'on reconnaît
Que c'est le diable.
Le bruit de ses exploits confond les plus hardis
Et les plus mâles;
Les mères sont au guet, les amants interdits,
Les maris pâles.
Contre ce fier démon voyez-vous aujourd'hui
Femme qui tienne?
Et toutes cependant sont contentes de lui,
Jusqu'à la sienne.
BENSERADE, _Œuvres_ (1697), t. II, p. 307.
Page 157, lignes 3 et 8; Les terres de Cressia, de Coligny... Il
jouit de la terre de Dalet et de celle de Malintras.
Dalet et Malintras sont en Auvergne, dans le département du Puy-de-Dôme.
Dalet est dans l'arrondissement de Clermont, canton de Pont-sur-Allier,
à huit kilomètres de Billom et onze de Clermont: il y a environ quatorze
cent cinquante habitants. Autrefois ce lieu était dans l'élection de
Clermont, intendance de Riom, et l'on y comptait cent soixante dix-huit
feux. Malintras est dans cette petite vallée qu'on nomme la Limagne, à
plus de deux lieues des montagnes. On y voit une roche qui distille la
poix minérale et qui est à quelque distance, au nord, de Pont-Château.
Malintras comptait soixante-six feux. Cressia est dans l'arrondissement
de Lons-le-Saulnier, canton d'Orgelet. Coligny est un bourg du
département de l'Ain, à vingt-deux kilomètres, au nord, de Bourg; sa
population est de seize à dix-sept cents individus. Ce lieu est sur les
confins de l'ancienne Franche-Comté, à sept lieues sud-ouest d'Orgelet,
dans un pays que l'on nomme _Revermont_, et que la maison de Châtillon
prétendait avoir possédé autrefois en souveraineté. Il y avait dans ce
bourg quarante-six feux. (Voyez d'Expilly, _Dictionnaire géogr. et
polit. des Gaules et de la France_, t. II, p. 389.)
Page 157, ligne 19: Ainsi Bussy avait tout arrangé et tout prévu
pour le bonheur de sa fille chérie.
On lit dans la _Suite des Mémoires du comte de Bussy-Rabutin_, in-8º,
ms. de l'Institut, p. 129 verso, un billet de madame de Scudéry en date
du 17 juillet 1675, auquel Bussy fait une réponse qui commence ainsi:
«A Chaseu, ce 30 juillet 1675.
«Le mariage de ma fille n'est pas encore fait, madame; il ne se fera
qu'au mois de novembre prochain. Si dans ces marchés il n'y avait point
d'intérêts mêlés, ils iraient beaucoup plus vite. Mais puisque nous
sommes sur cette matière, je vous veux dire les réflexions que je viens
de faire.»
Ces réflexions sont celles d'un libertin impie, et elles ne peuvent être
transcrites.
CHAPITRE VIII.
Page 169, lignes 8 et 9: «Vous ne sentez pas, dit-elle, l'agrément
de vos lettres; il n'y a rien qui n'ait un tour surprenant.
Voici le jugement de la Rivière sur les lettres de madame de Grignan:
«Madame de Grignan avait beaucoup d'esprit, mais il paraît qu'elle en
était bien aise. Son style est rêvé, peigné, limé, périodique et ne
tient rien du style épistolaire, qui ne demande, je crois, qu'une noble
simplicité.» _Lettres choisies de M. de la Rivière_, t. II, p. 217 et
218.
Dans la note, il est dit que les lettres de madame de Grignan n'étaient
point perdues, comme le prétend le chevalier Perrin, et que M. de
Bouhier les vit autographes entre les mains de madame de Simiane, à Aix
en Provence, en 1733. Ainsi c'est madame de Simiane qui les a détruites.
Mais madame de Grignan n'écrivit pas qu'à sa mère, et ceux qui
recevaient des lettres de cette reine de Provence devaient les
conserver.
Rivière, en écrivant à l'abbé Pavillon le 28 août 1737, dit: «Tant mieux
pour le public si on n'imprime pas les lettres de madame de Grignan.
C'était un esprit guindé, périodique, plus propre à l'éloquence du
barreau et de la chaire qu'aux agréments de la société. Je l'ai connue:
elle ne se permettait aucune négligence dans le style, ce qu'elle
portait jusqu'à l'affectation; d'ailleurs, d'une très-aimable figure.
Mais il y avait une mer de séparation entre la mère et la fille dans ce
qui regardait la gentillesse de l'esprit.»
CHAPITRE IX.
Page 174, ligne 8: Le comte de Schomberg avait défait les
Espagnols; et note 2: _Relation de ce qui s'est passé en
Catalogne_.
Cette relation est curieuse et faite par un homme qui se trouvait dans
l'armée de Schomberg. Elle commence par la conspiration qui fut ourdie
pour livrer Perpignan et Villefranche aux Espagnols. Il y a toute la
matière d'un drame des plus animés et des plus tragiques. A la fin se
trouve l'histoire plus plaisante du marquis de Rivarolles, qui eut une
cuisse emportée au siége de Boulau. Il fut transporté à Toulouse, et là
il tint à des femmes quelques propos légers sur Madaillan, qui avait
servi d'aide de camp à Schomberg. Madaillan, instruit par une lettre,
part de Paris en poste, arrive à Toulouse, et envoie à Rivarolles un
cartel pour le prier de monter à cheval, attendu qu'il veut se battre
avec lui. Le chirurgien de Rivarolles se présente de la part de ce
dernier chez Madaillan, et est introduit sans dire quelle est sa
profession ni quelle réponse il venait faire. Il déploie tranquillement
sa trousse d'instruments tranchants, à la grande surprise de Madaillan,
qui lui demande si c'est lui que M. de Rivarolles envoie pour répondre à
son billet. «C'est moi-même, monsieur, dit l'autre. Monsieur de
Rivarolles est tout prêt à se battre avec vous, comme vous le désirez;
mais, persuadé qu'un brave comme vous ne voudrait pas se battre avec
avantage, il m'a ordonné de vous couper une jambe auparavant, afin que
toutes choses soient égales entre vous.» La colère de Madaillan fut
grande. Mais le maréchal de Schomberg lui dépêcha le baron de
Montesquiou, qui, en sa qualité de subdélégué des maréchaux de France,
avait qualité pour arranger ces sortes d'affaires et qui parvint à
réconcilier les deux guerriers. (_Relation_, etc., p. 185-193.)--Barbier
(_Dict. des Anonymes_, t. III, p. 186, no 16,048) commet une erreur en
attribuant deux volumes à cet ouvrage. Il y a une seconde partie à ce
volume, intitulée _Suite de la Relation de ce qui s'est passé en
Catalogne depuis le commencement de la guerre jusqu'à la paix_; Paris,
Quinet, 1679, in-12 (170 pages).
Plus loin, sous le no 16,057, Barbier mentionne une _Relation de la
campagne de Flandre en 1678_, par D. C.; Paris, Quinet, 2 vol. in-12. Il
attribue (t. III, p. 186) cet ouvrage, ainsi que le précédent à de
Caisses; puis dans les corrections de ce volume, p. 670, à un M. Doph,
quartier maître général et ensuite général des dragons.
CHAPITRE X.
Page 190, lignes 28 à 30: A la reine, que... le roi n'avait jamais
entièrement négligée.
«Le roi couchait toutes les nuits avec la reine; mais il ne se
comportait pas toujours comme le tempérament espagnol le désirait.»
(_Lettres de_ MADAME, du 17 avril 1719.)
«La reine avait une telle affection pour le roi qu'elle cherchait à lire
dans ses yeux tout ce qui pouvait lui faire plaisir. Pourvu qu'il la
regardât avec amitié, elle était gaie toute la journée. Elle se
réjouissait que le roi couchât avec elle maritalement; elle en devenait
si gaie qu'on le remarquait chaque fois. Elle n'était pas fâchée qu'on
la raillât à ce sujet. Alors elle riait, clignotait, et se frottait les
mains.» (_Lettres de_ MADAME, du 24 mars 1719.)
Page 195, lignes 4 et 5: Le roi enjoignit au ministre de prévenir
les désirs de celle qu'il lui était si pénible d'affliger.
La lettre que Louis XIV écrit à Colbert, de son camp près de Dôle, le 9
juin 1674, est curieuse, parce qu'elle nous fait voir ce roi, honteux
des exigences de madame de Montespan dans l'état de pénurie où l'on se
trouvait, dissimulant avec son ministre. Nous transcrirons ici une
partie de cette lettre, qui est tout entière de la main de Louis XIV.
Nous conservons l'orthographe: «Madame de Montespan ne veut pas
absoluement que je lui donne des pierreries; mais afin quelle n'en
manque pas, je désire que vous faciés travailler à une petite cassette
bien propre, pour mettre dedans ce que je vous diray ci-après, afin que
j'ai de quoy lui prester à point nommé ce qu'elle desirera. Cela parois
extraordinaire; mais elle ne veut point entendre raison sur les
présens.» Vient ensuite l'énumération d'une parure de femme en perles et
en diamants, tellement longue et minutieuse que Louis XIV a dû la copier
d'après celle que lui avait transmise madame de Montespan. Il termine
par ces mots: «Il faudra faire quelque depense à cela, mais elle me sera
fort agréable; et je désire qu'on la fasse sans ce (sic) presser. Mandés
moy les mesures que vous prendrez pour cela, et dans quel temps vous
pouvez avoir tout.»
Louis XIV écrit encore à Colbert, du camp de Gembloux, le 28 mai 1675
(_Lettres_, t. V, p. 533):
«Madame de Montespan m'a mandé que vous avez donné ordre qu'on achète
des orangers, et que vous lui demandez toujours ce qu'elle désire.
Continuez à faire ce que je vous ai ordonné là-dessus, comme vous avez
fait jusqu'à cette heure.»
Du camp de Latines, le roi adresse à Colbert, au sujet de madame de
Montespan, une lettre encore plus remarquable, qui répond à celle de
Colbert rendant compte de la commission dont il avait été chargé:
«A M. COLBERT.
«Au camp de Latines, le 8 juin 1675.
«La dépense est excessive, et je vois par là que, pour me plaire, rien
ne vous est impossible. Madame de Montespan m'a mandé que vous vous
acquittiez fort bien de ce que je vous ai ordonné, et que vous lui
demandez toujours si elle veut quelque chose. Continuez à le faire
toujours. Elle me mande aussi qu'elle a été à Sceaux (Sceaux appartenait
à Colbert), où elle a passé agréablement la soirée. Je lui ai conseillé
d'aller un jour à Dampierre, et je l'ai assurée que madame de Chevreuse
et madame Colbert l'y recevraient de bon cœur. Je suis assuré que vous
en ferez de même. Je serai très-aise qu'elle s'amuse à quelque chose; et
celles-là sont très-propres à la divertir. Confirmez ce que je désire;
continuez à faire ce que je vous ai mandé là-dessus, comme vous avez
fait jusqu'à cette heure.»
Cinq jours avant la lettre que l'on vient de lire, Pellisson, qui avait
suivi Louis XIV à la guerre, écrivait, de ce même camp de Latines:
«_Du 3 juin 1675._
«Le roi dit hier au soir au petit coucher, avec plaisir, le grand
accueil qui avait été fait à Bourdeaux à M. le duc du Maine, et la joie
que le peuple témoigna de le voir, bien différente des mouvements où il
était naguère, comme marquant son repentir. C'est madame de Maintenon
qui lui a écrit une lettre de huit à dix pages. Elle marque qu'en son
absence le petit prince répondit de son chef aux harangues; et qu'au
retour l'ayant trouvé fort échauffé de la foule qui avait été auprès de
lui, elle lui demanda s'il n'aimerait pas mieux n'être point fils du roi
que d'avoir toute cette fatigue: à quoi il répondit que non, et _qu'il
aimait mieux être fils du roi_. Le roi dit encore que les médecins de
Bourdeaux, aussi incertains que ceux de Paris, avaient été d'avis qu'il
allât à Bourbon plutôt qu'à Baréges; et que le lendemain ils avaient
conclu, au contraire, qu'il essayât des eaux de Baréges avant d'aller à
Bourbon.» (PELLISSON, _Lettres historiques_, t. II, p. 278.)
Il est évident, d'après la date de ces deux lettres, que la veuve
Scarron ne pouvait alors avoir la moindre idée de balancer dans le cœur
de Louis XIV l'amour qu'il avait pour Montespan; qu'elle cherchait
seulement à être agréable au monarque et à gagner sa confiance comme
gouvernante de ses enfants.--Par une autre lettre datée du camp de
Latines le 7 juin 1675, Louis XIV dit au maréchal duc d'Albret que rien
ne pouvait lui être plus sensible que ce qu'il lui avait écrit touchant
son fils le duc du Maine, ainsi que les soins qu'il prenait pour sa
personne.
Page 195, lignes 7 à 10: A l'aide de Mansart et de Le Nôtre...,
elle fit de Clagny un magnifique séjour.
Il ne reste plus rien de ce chef-d'œuvre de Le Nôtre et de
Jules-Hardouin Mansart. Tout est rasé.--En 1837, le grand _Dictionnaire
de la poste aux lettres_ comptait vingt habitants sur la butte de
Clagny, laquelle n'est pas même visitée par les voyageurs curieux qui
vont voir Versailles. Le château de Clagny n'était pas terminé en
septembre 1677, ainsi qu'on le voit par une lettre de Mansart à Colbert,
date du 7 de ce mois, publiée par DELORT dans les _Voyages aux environs
de Paris_, 1821, in-8º, t. II, p. 98.
Page 197, lignes 13 à 16: C'était le P. la Chaise... On le disait
sévère.
Le P. François de la Chaise succéda au P. Ferrier; on fit alors ce
couplet, sur l'air _Aimons, tout nous y convie_:
Chantons, chantons, faisons bonne chère.
Notre monarque vainqueur
A pris pour son confesseur
La Chaise, père sévère.
Il promet que, dans un an,
Il rendra la Montespan
Compagne de la Vallière.
(_Chansons historiques_, manuscrit de Maurepas, Bibl. nation., vol. IV,
p. 189.)
Page 201, ligne 23: Ne soit que la même chose avec celui de M. de
Condom.
On ne s'explique pas bien comment Bossuet, qui avait été nommé à
l'évêché de Condom le 13 septembre 1669, suivant M. de Bausset, mais qui
avait donné sa démission en 1671 et avait été remplacé dans cet évêché
par Goyon de Matignon le 31 octobre de la même année, est appelé _M. de
Condom_, non-seulement dans une lettre de madame de Sévigné à M. de
Grignan sur la mort de Turenne, du 31 juillet 1675, mais encore dans
plusieurs autres de Louis XIV, de 1676 et 1677. (LOUIS XIV, _Œuvres_,
t. V, p. 549, 566, 572.)
Dans le _Gallia christiana_, t. II (1720, in-folio), p. 972, il est dit
que Jacob-Bénigne Bossuet fut désigné évêque de Condom le 13 septembre
1668 et inauguré le 21 septembre 1670. Il fut désigné évêque le 13
septembre 1669.--Ni M. de Bausset ni M. de Barante, dans son article de
la _Biographie universelle_ n'ont copié cette erreur du _Gallia
christiana_; mais elle a été reproduite par M. Jules Marion dans son
estimable travail de l'_Annuaire historique_ pour 1847. Bossuet se démit
de l'archevêché de Condom le 31 octobre 1671, et Jacob Goyon de
Matignon, de la famille des comtes de Thorigny, fut nommé à sa place
(_Gall. christ._, t. II, p. 974). Cependant Bossuet, jusqu'à sa
nomination à l'évêché de Meaux, signait _ancien évêque de Condom_; et
madame de Sévigné, et tout le monde, et Louis XIV lui-même, dans des
lettres de 1675 et 1676, l'appelaient _monsieur l'évêque de Condom_.
(Conférez LOUIS XIV, _Œuvres_, t. V, p. 549, 566, 572, et SÉVIGNÉ,
lettre du 31 juillet 1675, sur la mort de Turenne.) C'est une singulière
anomalie, qui dérouterait bien des critiques si elle n'était expliquée
par la grande célébrité de Bossuet et l'obscurité de son successeur.
Page 203, lignes dernières: Et d'y vivre aussi chrétiennement
qu'ailleurs; et note 452: CAYLUS, _Souvenirs_.
On a dit que madame de Caylus paraît avoir confondu ensemble, dans cet
endroit, les souvenirs de deux années, qu'il fallait séparer. Mais on
n'a pas remarqué que ces souvenirs seraient bien plus fautifs dans la
page précédente (t. LXVI, p. 387) de la collection des _Mémoires_, édit.
1828, in-8º, ou page 95 de l'édit. Renouard, 1806, in-12, si, au lieu
de _madame de Montausier_, on ne corrigeait pas _M. de Montausier_. Il y
avait trop de temps que madame de Montausier était morte à l'époque
dont parle madame de Caylus pour qu'une telle erreur pût lui être
attribuée.
Page 205, lignes 9 et 10: Louis XIV avait trente-sept ans.
Néanmoins depuis deux ans le roi portait perruque, comme on le voit par
cette lettre de Pellisson, en date du 13 août 1673:
«Le roi a commencé ces jours passés à mettre une perruque entière, au
lieu du tour de cheveux. Mais elle est d'une manière toute nouvelle:
elle s'accommode avec ses cheveux, qu'il ne veut point couper, et qui
s'y joignent fort bien, sans qu'on puisse les distinguer. Le dessus de
la tête est si bien fait et si naturel qu'il n'y a personne sans
exception qui n'y ait été trompé d'abord, et ceux-là même qui l'avaient
suivi tout le jour. Cette perruque n'a aucune tresse; tous les cheveux
sont passés dans la coiffe l'un après l'autre. C'est le frère de la
Vienne qui a trouvé cette invention et à qui le roi en a donné le
privilége. Mais on dit que ces perruques coûteront cinquante pistoles.»
(PELLISSON, _Lettres historiques_, t. I, p. 395.)
Page 207, ligne première: Dans son épître à Seignelay.
On n'a pas encore découvert, que je sache, d'édition séparée de cette
belle épître de Boileau, comme Berriat Saint-Prix (t. I, p. CXLV) en a
trouvé une de l'épître à Guilleragues; Paris, Billaine, 1674, in-4º de
10 pages.--L'édition des _Œuvres diverses du sieur_ D*** (Despréaux);
Paris, Denys Thierry, 1675, in-12, ne contient que cinq épîtres, et
celle de Guilleragues est la dernière.
Page 207, lignes 5 et 6: A ce brillant spectacle Pomponne conduisit
l'abbé Arnauld, son frère, revenu de Rome.
Antoine Arnauld, né en 1616, fils aîné du célèbre Arnauld d'Andilly,
accompagna l'un de ses oncles, Henri Arnauld, abbé de Saint-Nicolas, qui
fut nommé, en 1645, chargé des affaires de France à Rome. L'oncle et le
neveu, à cette date, étaient hommes du monde, peu rigoristes, honnêtes
gens, mais non scrupuleux. De retour en France en 1648, ils se
trouvèrent insensiblement pris par les opinions et par les mœurs de
leurs familles. Ils se retirèrent quelque temps à Port-Royal-des-Champs
auprès de M. d'Andilly. L'abbé de Saint-Nicolas devint un janséniste
fervent; il fut nommé évêque d'Angers. Son neveu, dégagé d'ambition et
sans beaucoup de zèle, le suivit dans son évêché, tout en conservant ses
relations de la ville et de la cour. Pendant le ministère de son frère
cadet M. de Pomponne, il obtint, en 1674, l'abbaye de Chaumes en Brie.
Il ne fut janséniste que parce qu'il était de la famille Arnauld, et
resta toujours volontiers homme du monde. Dans ses Mémoires il s'est
beaucoup plaint de son père, dont il était le fils aîné et nullement le
Benjamin: c'est M. de Pomponne qui était ce Benjamin. Après la disgrâce
de ce dernier (1679), l'abbé Arnauld se retira près de l'évêque
d'Angers, dont il administra le temporel. Il mourut en février 1698, âgé
de quatre-vingt-deux ans. Il a laissé d'assez agréables Mémoires, et son
récit s'étend entre les années 1634 et 1675.
CHAPITRE XI.
Page 211, ligne 12: Elle en fut le chef.
On créa pour elle alors le surnom de _matriarche_. Voyez les _Nouvelles
à la main de la cour_ du 9 mars 1685, p. XXXVIJ, dans la _Correspondance
administrative_ du règne de Louis XIV, recueillie par Depping. Déjà, dès
cette époque, l'envie répandait le bruit que madame de Maintenon
disposait de tous les emplois; que Louis XIV n'entreprenait rien sans
avoir son avis; qu'elle voulait se faire déclarer reine, et que le
Dauphin s'y opposait; enfin, tous les _cancans_ de cour que Saint-Simon
a consignés trente ans après.
Page 211, lignes 14 et 15: Françoise d'Aubigné fut aimée et
recherchée par madame de Sévigné; et la note.