chansons d'Hauterive, son ami. Le marquis d'Hauterive, grand amateur des
beaux-arts et pour lequel, dit M. Gault de Saint-Germain, le Poussin a
exécuté plusieurs tableaux, épousa la fille du duc de Villeroi, veuve de
trois maris. Cette union fut considérée comme une mésalliance de la part
de la femme, très-supérieure à son mari en naissance et en fortune, mais
aussi plus âgée. Bussy ne la désapprouva pas, parce que d'Hauterive
était son ami. «Le secret, dit-il à ce sujet, est d'être aimable et
d'être aimé; et quand cela est on est aussi riche que Crésus, et noble
comme le roi.» D'Hauterive ayant dit à Bussy que devant l'abbesse de
Merreton on l'avait accusé d'être l'auteur des chansons qui couraient
contre les ministres, et que celle-ci l'avait défendu, Bussy se hâta
aussitôt de lui adresser une lettre datée du 15 mai 1674, dans laquelle
on lit ce passage: «Je ne trouve pas étrange que le misérable qui a fait
ces chansons-là les ait mises sous mon nom, sous lequel toutes calomnies
sont crues; mais je suis surpris qu'il y ait des gens désintéressés
assez sots pour croire qu'un homme de mon âge et du rang que je tiens
dans le monde soit capable de si grandes extravagances.» Conf.
_Supplément aux Mémoires et lettres du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, 2e
part., p. 22;--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 44 et 107.--SÉVIGNÉ,
_Lettres_, t. I, p. 284, édit. G.; t. I, p. 213, édit. M.
CHAPITRE V.
Page 83, lignes 2 à 4: Le duc d'York vint, cette année, présenter
au roi de France la princesse de Modène.
MADEMOISELLE, dans ses Mémoires, dit, t. LXIII, p. 369 (1674): «Lorsque
toutes ces propositions furent finies, le roi travailla, et fit le
mariage de la princesse de Modène; elle me parut une grande créature
mélancolique, ni belle ni laide, fort maigre, assez jaune. J'ai ouï dire
qu'elle est à présent fort enjouée et engraissée et qu'elle est devenue
belle.»
Page 86, ligne 4: Ces conjectures sont démenties, selon nous, par
les faits.
Celle de Voltaire, qui dit que c'était l'aventure de mademoiselle de
Guerchy et que ce fut pour elle qu'Hénault composa son sonnet de
l'Avorton, est doublement erronée, puisque ce sonnet a été imprimé trois
ans avant la mort de cette demoiselle. L'autre conjecture que ce
pourrait bien être madame de Ludres que madame de Sévigné désigne, parce
que le chevalier de Vendôme et Vivonne en étaient alors amoureux, noue
paraît plus vraie; mais non relativement à Louis XIV, qui certes ne
voulait pas de mal à madame de Ludres, comme il l'a prouvé depuis.
Page 89, ligne 5: La plus jeune et la plus chérie de ses femmes
espagnoles.
Elle se nommait doña Felippe-Maria-Térésa Abarca. Il est probable,
d'après ces prénoms, qu'elle fut tenue sur les fonts de baptême par la
reine elle-même. Elle figure comme la septième et dernière des femmes
espagnoles dans l'_Etat de la France_ de 1669 et dans celui de 1677.
Doña Maria Molina, qui avait prêté les mains à l'intrigue de Vardes et
du comte de Guiche contre la Vallière et qui se trouve encore comme
première femme de chambre espagnole dans le volume de 1669, fut au
nombre des femmes renvoyées; et peut-être est-ce à cause d'elle et de sa
nièce mademoiselle de Ribera que cette mesure fut prise.--Dans l'_État
de la France_ de 1669 il est dit, p. 377, que Maria-Térésa Abarca est
présentement madame de Visé. Le mari d'Abarca est probablement le
musicien dont il est fait mention dans la lettre de Coulanges à madame
de Sévigné (3 février 1669, t. XI, p. 259, édit. G.), et non pas Donneau
de Visé, l'auteur du _Mercure galant_.
Page 92, ligne 18: Ces enfants moururent peu après leur naissance.
L'un fut nommé Charles, et naquit le 19 septembre 1663; l'autre, nommé
Philippe, naquit le 19 janvier 1665.
Page 93, lignes 4 et 5: Érigea pour elle et pour sa mère la terre
de Vaujour et la baronnie de Saint-Christophe.
C'est au sujet de ce don fait à la Vallière après la naissance du comte
de Vermandois qu'un de ces écrivains qui transforma en roman les amours
de Louis XIV et des personnages de sa cour écrivit cette lettre de
madame de la Vallière à madame de Montausier que M. Matter a publiée,
d'après une copie du temps, dans ses _Lettres et pièces rares ou
inédites_, 1836, in-8º, p. 320-326. Cette lettre est datée du 24 mai
1667, et les lettres patentes pour l'érection de la terre de Vaujour en
duché-pairie furent enregistrées le 13 mai 1667. Dans une note inscrite
à la copie de cette même lettre, on suppose maladroitement que la
réponse de madame de Montausier, à qui la lettre était adressée, fut
faite le même jour. Le paraphe de la Reynie du 21 novembre 1670, s'il
est sincère, donnerait lieu de croire que cette lettre faisait partie
des pièces saisies par la police chez quelque libelliste. La Vallière se
gardait bien d'écrire à des tiers, et surtout à madame de Montausier,
sur les suites probables de ses amours avec Louis XIV; encore moins
aurait-elle pu parler du projet imaginaire de son mariage avec le
marquis de Vardes, ce qui décèle dans la fabrication de cette lettre un
écrivain peu instruit des choses de la cour à cette époque.
Quoique M. de Bausset ait souvent cité les lettres de la Vallière
publiées par l'abbé Lequeux (_Lettres de madame la duchesse de la
Vallière, avec un abrégé de la vie de cette pénitente_, 1747, in-12), je
crois peu à leur authenticité. Plusieurs ont été certainement
fabriquées, et peut-être sont-elles toutes de l'invention de l'abbé
Lequeux, qui en est, dit-on, l'éditeur anonyme. A quel homme bien
instruit des choses et des personnes de ce temps persuadera-t-on que la
Vallière a pu écrire la lettre 14, p. 17, et bien d'autres qu'il serait
facile de citer?
Page 94, ligne 13: Montespan, à peine relevée de sa dernière
couche, ne pouvant danser, etc.
Il est probable que mademoiselle de Nantes fut légitimée peu après son
baptême: nous savons que ce fut en décembre, et madame de Sévigné nous
apprend (lettre du 8 janvier 1674) que les bals de Saint-Germain
commencèrent dès les premiers jours de janvier.
Page 97, ligne 18: Louis XIV était incapable de faire souffrir à
celle qu'il avait tant aimée, etc.
Il ne faut pas croire, par ce que dit madame Élisabeth de Bavière dans
ses lettres, dont les fragments ont été intitulés _Mémoires_, que Louis
XIV ait insulté à la douleur de la Vallière (voyez p. 55, édit. 1832,
in-8º). Il était incapable d'aussi ignobles procédés. Ces Mémoires n'ont
rien d'authentique. On sait que ce sont des extraits des huit cents
lettres de cette princesse qui se sont trouvées dans la succession de la
duchesse de Brunswick, morte en 1767, et écrites par la duchesse
d'Orléans à la princesse Wilhelmine-Charlotte de Galles et au duc
Antoine-Ulrich de Brunswick. Élisabeth-Charlotte, princesse Palatine,
resta toujours Allemande à la cour de France, et accueillit sans
discernement les bruits les plus vulgaires et les plus désavantageux sur
les personnes qui s'y trouvaient. Cependant ces extraits de lettres
contiennent des détails très-curieux; mais il faut les lire avec
défiance; et, pour les écrivains qui manquent de critique, ils sont une
mauvaise source pour l'histoire.
Page 103, lignes 15 et 16: Elle obtint... que la marquise de la
Vallière fût mise dans le nombre des nouvelles dames d'honneur.
Louis XIV, dans la lettre citée (au camp devant Besançon, le 23 mai
1674), refusa à la reine de Portugal une demande semblable en ces
termes: «Toutes les places des dames établies auprès de la reine furent
remplacées par le dernier choix, et c'est un nombre fixe qu'on a résolu
de ne point passer. Il n'est pas besoin de dire à V. M. que celle qui
fut depuis accordée à ma cousine la duchesse de la Vallière ne fait pas
conséquence: elle juge assez qu'une conjoncture comme celle de sa
retraite ne permettait pas de lui refuser cette consolation.»
Page 105, ligne 12: Le troisième dimanche de la Pentecôte.
Ce troisième dimanche, jour de la parabole du bon pasteur, était, en
1674, le 3 juin, et non le 2, comme le dit l'abbé Lequeux dans son
_Histoire de madame de la Vallière_, p. 54. La date du 9 juin, donnée
par M. de Bausset, _Histoire de Bossuet_, t. II, p. 36, est encore plus
fautive.
Page 106, ligne 3: Les regrets qu'elle éprouvait de ne s'être point
trouvée, etc.
La lettre de madame de Sévigné, datée du mercredi 5 juin 1674, a été
commencée le mardi 4; car elle dit: «La Vallière fit hier sa profession
de foi.» Cette date est parfaitement d'accord avec celle que donne
l'abbé Lequeux, _Histoire de la Vallière_, p. 59, où il est dit qu'elle
fit profession le lundi de la Pentecôte, 3 juin; ce qui est exact pour
l'année 1675. M. de Bausset se trompe quand il dit que ce fut le 26 juin
1675. Le 26 juin 1675 était un mercredi, et ne correspond à rien. (Voyez
_Histoire de Bossuet_, liv. V, édit. in-12, t. II, p. 36 de la 4e
édition, revue et corrigée.)
Cela d'ailleurs ne peut être douteux d'après ce qu'on lit dans la lettre
d'une des religieuses compagnes de la Vallière, dont je parlerai dans la
note suivante: «Elle vit arriver avec joie le temps de sa profession;
elle la fit au chapitre, selon notre usage, le troisième de juin 1675.
La reine honora cette cérémonie de sa présence: le concours du monde fut
encore plus grand que le jour qu'elle avait pris l'habit.»
Page 110, ligne 20: C'est dans son cloître, au pied des autels, que
la Vallière a préparé, etc.
La vie de la Vallière comme religieuse fut racontée, le jour même de son
décès (6 juin 1710), dans une lettre de ses compagnes, nommée Magdeleine
du Saint-Esprit. Cette lettre fut adressée à la supérieure des
Carmélites, ensuite imprimée et envoyée à toutes les supérieures de
l'ordre en juillet 1710. Madame de la Vallière avait écrit des
_Réflexions sur la miséricorde de Dieu, par une dame pénitente_. Elles
furent publiées sous le voile de l'anonyme, et à son insu (Paris,
Dezallier, 1685, in-12 de 139 pages). Une nouvelle édition augmentée fut
donnée en 1726 (Paris, Christophe David, in-12 de 240 pages).
L'augmentation consiste en quelques prières tirées de l'Écriture sainte
et un _Récit abrégé de la sainte mort et de la vie pénitente de madame
la duchesse de la Vallière_. Ce récit est un plagiat: l'auteur a
transcrit la lettre de la sœur Magdeleine du Saint-Esprit, dont il a
gâté la touchante et sublime simplicité par des phrases de prédicateur.
Cette lettre, devenue rare, a été réimprimée dans l'_Annuaire de l'Aube_
de 1849, avec quatre autres lettres inédites très-courtes de madame de
la Vallière, dont les autographes appartiennent à la bibliothèque et aux
archives de Troyes: l'une est adressée à l'abbesse Anne de
Choiseul-Praslin et datée du 13 mai 1688, et les trois autres à Denis
Dodart, médecin et membre de l'Académie des sciences, que le caustique
Gui Patin et le philosophe Fontenelle s'accordent à louer comme un des
hommes les plus savants, les plus pieux et les plus charitables de leur
temps. (_Lettres de_ GUI PATIN; Paris, Baillière, 1846, in-8º, t. III,
p. 231.)
«La Vallière mourut à l'heure de midi, le 6 juin 1710, âgée de
soixante-cinq ans dix mois, et trente-six ans de religion.» _Récit
abrégé de la vie pénitente_, p. 234.
Page 111, ligne 6: Elle sait bien aimer.
Madame de Caylus nous apprend, à l'endroit cité, que cette réflexion fut
faite à l'occasion de l'aîné des enfants du roi et de madame de
Montespan, qui mourut à l'âge de trois ans.
Page 111, ligne 8: Cette femme lui déplaisait souverainement, parce
qu'elle plaisait trop à sa maîtresse. (Sur la lettre de madame de
Coulanges à madame de Sévigné, du 20 mars 1673.)
Il y a dans l'édition des _Lettres_ de madame de Sévigné, de M. de
Monmerqué, une note du savant éditeur (t. II, p. 75, édition 1820) à
laquelle M. Rœderer, dans son _Histoire de la société polie_, aurait dû
bien faire attention. C'est au sujet de ce passage remarquable: «Nous
avons enfin retrouvé madame Scarron, c'est-à-dire que nous savons où
elle est; car pour avoir commerce avec elle, cela n'est pas aisé. Il y
a, chez une de ses amies, un certain homme qui la trouve si aimable et
de si bonne compagnie qu'il souffre impatiemment de son absence.» On a
interprété ces derniers mots en supposant que ce certain homme était
Louis XIV; mais après avoir fait observer que la faveur dont a joui
madame de Maintenon auprès de Louis XIV n'a pu commencer qu'en 1675, ou
au plus tôt en 1674, puisqu'il est bien constaté qu'avant cette époque
le roi prit presque en aversion la veuve Scarron, M. de Monmerqué
présume très-judicieusement que cet homme si épris était Barillon. Et
c'était sans doute un ancien ami, puisque madame de Coulanges ajoute
immédiatement: «Elle est cependant plus occupée de ses anciens amis
qu'elle ne l'a jamais été: elle leur donne, avec le peu de temps qu'elle
a, un plaisir qui fait regretter qu'elle n'en ait pas davantage.» Deux
lignes plus loin, madame de Coulanges mentionne le roi, pour dire
«qu'ayant vu l'état des pensions il trouva deux mille francs pour madame
Scarron, et mit _deux mille écus_.» C'était la juste récompense de ses
soins.
Page 111, note: _Souvenirs de madame_ DE CAYLUS.
J'ai donné au long le titre de cette édition des _Souvenirs de Caylus_,
parce qu'elle a été inconnue à tous les éditeurs de ce livre curieux, et
que c'est la seule où Voltaire se trouve nommé comme éditeur. Elle est
sans la préface de Jean-Robert (Voltaire); mais la défense du siècle de
Louis XIV suit immédiatement, et commence à la page 162, au verso de
celle qui termine les _Souvenirs_. Cette édition diffère des autres.
Celle de M. Monmerqué finit ainsi: _Puisqu'il était avec elle._
FIN DES SOUVENIRS DE MADAME DE CAYLUS.
Notre édition, p. 161, se termine par des notes, comme un ouvrage non
entier, avec ces mots de plus: «C'était bien plutôt une galanterie
innocente qu'une passion.»
CHAPITRE VI.
Page 117, ligne 17: Je revins hier du Menil.
Il s'agit ici du Mesnil-Saint-Denis, à cinq kilomètres ou une lieue et
quart de la Grange de Port-Royal. «Cette terre, dit l'abbé Lebeuf (t.
VIII, p. 463 de l'_Histoire du diocèse de Paris_), ayant été aliénée par
l'abbaye de Saint-Denis, était possédée à la fin du seizième siècle par
MM. Habert de Montmor, qui en ont joui jusque dans le siècle présent....
On avait commencé, sur la fin du dernier siècle, à appeler ce lieu-là
Mesnil-Saint-Denis-Habert. J'ai vu des Provisions de la cure du 19
décembre 1691, où cette dénomination est rejetée.»
C'est donc chez Henri-Louis Habert de Montmor, conseiller du roi, maître
des requêtes de l'hôtel, qu'alla madame de Sévigné. Montmor fut de
l'Académie française; il mourut à Paris le 21 janvier 1679. C'est de son
fils, et non de son mari, qu'il est fait mention dans la lettre de
décembre 1694[880], datée de Grignan. Ce M. de Montmor était alors à
Grignan, et ce fut lui qui ménagea le mariage de Grignan avec
mademoiselle de Saint-Amand.
[880] T. II, p. 10.
C'était sans doute avec madame de Montmor plutôt qu'avec son mari que
madame de Sévigné était liée. Sa correspondance ne fait mention que
d'elle. MADEMOISELLE nous apprend que madame de Montmor était
belle-sœur de madame de Frontenac. Cette dernière vivait alors[881]
fort retirée, quoique possédant une grande maison; et elle prêta ses
chevaux à MADEMOISELLE pour s'échapper de Paris. (_Mémoires de
Montpensier_, vol. XLIII, p. 342 et 343.)
[881] En 1652.
Habert de Montmor fut reçu à l'Académie française en janvier 1635, ou un
peu avant[882]. Il était cousin de Cerisy, un des premiers académiciens.
Savant et humaniste, Montmor cultivait les sciences exactes et la
poésie. Il recueillit chez lui Gassendi, qui mourut dans son hôtel[883].
Il rassembla ses ouvrages, et les fit imprimer en six volumes in-folio.
La préface latine qu'on y lit et trois ou quatre petites pièces de vers
français consignées dans les recueils du temps, voilà tout ce qu'on a de
lui. Il avait composé un poëme latin, avec le même titre que celui de
Lucrèce; et il y avait développé toute la physique moderne. Huet, dans
ses _Mémoires_[884], nous apprend que Montmor, en apparence sectateur de
la doctrine épicurienne de Gassendi, préférait en secret la philosophie
de Descartes. Il y avait chez lui, un certain jour de la semaine, une
réunion de savants physiciens et de littérateurs, formant entre eux une
petite académie dont Sorbier a donné les statuts dans une de ses
lettres. Ménage nous apprend qu'il était dans une de ces assemblées avec
Chapelain et l'abbé de Marolles lorsque Molière y lut les trois premiers
actes du _Tartufe_[885]. Il dit aussi qu'à la suite d'un revers de
fortune Habert de Montmor s'abandonna tellement au chagrin et à la
douleur qu'il devint invisible durant les douze dernières années de sa
vie[886]. Ceci explique le silence qui se fit sur lui à l'époque où
madame de Sévigné allait au Mesnil. Malgré les pertes qu'il avait
éprouvées, Montmor devait encore être riche, puisque cette belle
propriété lui restait. Son père, Jean-Habert de Montmor, sieur du
Mesnil, avait acheté en novembre 1627 l'hôtel de Sully (situé dans la
rue Saint-Antoine, près de la rue Royale). Cet hôtel avait été construit
par le partisan Galet, devenu célèbre par les vers de Regnier et de
Boileau, à cause de sa passion pour le jeu. Sa fortune se trouvant
ébréchée, son hôtel fut vendu d'abord à Montmor, ensuite au duc de
Sully. Tallemant raconte que Galet ayant confié cent mille livres à
Montmor, celui-ci nia les avoir reçues. Mais c'est là une historiette
invraisemblable et dont probablement Galet est l'inventeur[887].--La
_Biographie universelle_ ne fait mention de Montmor nulle part: c'est ce
qui nous a engagé à étendre cet article.
[882] PELLISSON, _Histoire de l'Académie française_, 1729, in-4º,
p. 176 et 276.
[883] _Ménagiana_, t. I, p. 2.
[884] HUETII,_Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, p.
186.
[885] _Ménagiana_, t. I, p. 144.
[886] _Ménagiana_, t. II, p. 8.
[887] Les _Historiettes_ de TALLEMANT DES RÉAUX, t. X, p. 70,
édit. in-12; t. V, p. 374-376, Juillet.--_Recherches sur Paris,
quartier Saint-Antoine_, p. 35.
Page 119, ligne 2 de la note: _Mémoires du comte_ DE GUICHE;
Utrecht, 1744.
Ces Mémoires, qui ont été publiés par Prosper Marchand, commencent à
l'année 1665, se terminent en 1667, et sont suivis d'une relation du
siége de Wesel. Ils auraient dû être réimprimés dans la grande
collection des _Mémoires relatifs à l'histoire de France_. On n'y voit
nulle trace de cet esprit guindé que madame de Sévigné blâme dans le
comte de Guiche: ils sont écrits d'un style fort naturel.--L'article du
comte de Guiche, dans le _Dictionnaire_ de Prosper Marchand, est
excellent et très-complet. Il a été abrégé dans la _Biographie
universelle_.
Page 124, lignes 22 à 24: Malgré la réunion des talents qui
contribuaient à sa réussite, il (_l'Opéra_) causa, dans la
nouveauté, plus d'admiration que de plaisir.
Il est à remarquer que dès l'origine la France, dans l'opéra, surpassa
l'Italie pour la danse et les ballets, la composition et l'intérêt des
poëmes, mais qu'elle fut, malgré tous les efforts et les grandes
dépenses faites par son gouvernement, inférieure à l'Italie sous le
rapport du chant, de la musique, des décorations et des machines. Je
crois qu'il en est encore ainsi. L'épître de la Fontaine à M. de Nyert
est une satire spirituelle contre l'Opéra; elle aurait été plus mordante
si le bonhomme n'eût pas eu crainte de déplaire au monarque. Nous avons
rapporté le jugement de l'abbé Raguenet sur l'Opéra dans notre édition
de la Fontaine, t. VI, p. 112. Quarante ans plus tard, Thomas Gray, qui
avait vu l'Italie, était de la même opinion que cet abbé. (_Lettre_ à M.
West; Paris, 12 avril 1739.)--On sait ce que Rousseau a écrit sur notre
musique. Mais il n'en est plus ainsi depuis que l'Opéra a perdu son
privilége exclusif, et que, par l'établissement d'un théâtre, les
Italiens ont formé les oreilles françaises à leur mélodie.
Page 134, lignes 8 et 9: La conquête de la Franche-Comté ne fut
complétée que le 5 juillet.
Le roi était revenu avant la fin des opérations militaires, et il se
hâta de donner des fêtes pour célébrer sa nouvelle conquête.
Ces fêtes employèrent six jours, mais non consécutivement.
Elles commencèrent le samedi 4 juillet (1674)[888]. Ce fut la première
année où Versailles parut dans toute sa pompe. Il avait reçu bien des
embellissements depuis que la Fontaine en avait célébré l'éclat et les
merveilles dans son roman de _Psyché_. Le château avait été
terminé[889], ainsi que Trianon.
[888] FÉLIBIEN, _Divertissements donnés par le roi à toute sa
cour, au retour de la conquête de Franche-Comté en l'année 1674_,
Paris, in-12 (114 pages).
C'est à Trianon que, le second jour de ces fêtes, on représenta
l'_Eglogue de Versailles_.
[889] FÉLIBIEN, _Description du château de Versailles_, 1674,
in-12 (102 pages). Ce volume est accompagné d'un petit plan du
parc et du château de Versailles, qui, par son échelle, offre une
comparaison facile avec le joli plan gravé, un siècle après, pour
l'almanach de Versailles, in-8º, 1789.
La troisième journée, qui fut la plus brillante de toutes, se passa à la
_Ménagerie_. On y représenta le _Malade imaginaire_ de Molière, devant
la fameuse grotte des bains de Thétis, nouvellement achevée[890].
[890] FÉLIBIEN, _Description de la grotte de Versailles_, 1674,
in-12 (80 pages).
Ce fut dans le petit parc que l'on représenta les _Fêtes de l'Amour et
de Bacchus_, premier résultat de l'alliance de Quinault, de Lulli et de
Vigaroni pour donner au spectacle de l'Opéra français la forme qu'il a
conservée depuis[891]. Dans cette pastorale de Quinault, il y a une
imitation charmante du dialogue d'Horace et de Lydie, bien préférable à
celles que l'on a faites depuis.
[891] _Vie de Quinault_, dans l'édition de son _Théâtre_, 1715,
t. I, p. 34.
Ces fêtes durèrent deux mois. Pour le cinquième jour, qui fut un samedi
18 août, on représenta _Iphigénie_, nouvelle tragédie de Racine. Cette
représentation donna lieu, de la part de l'abbé de Villiers, à des
remarques critiques sur ce chef-d'œuvre qui ne sont pas toujours sans
justesse, et aussi à une satire en vers intitulée _Apollon charlatan_,
laquelle, du reste, nous apprend que cette pièce faisait répandre
beaucoup de larmes et renchérir les mouchoirs aux dépens des
pleureurs[892].
[892] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_, t. XI,
p. 339.
Racine fit imprimer _Iphigénie_ avec une courte et savante préface, mais
assez aigre envers ses critiques[893]. En même temps Corneille publia sa
tragédie de _Suréna_, qui fut le dernier effort de sa muse trafique. Il
la fit précéder de ses remercîments au roi, et il parvint à introduire
l'éloge de ce monarque dans le sujet même de sa pièce, qui n'y prêtait
guère[894]. Les deux derniers actes de cette tragédie nous montrent
encore quelques traits de vigueur; mais il se trompait beaucoup, le
grand génie, lorsque, dans ses remercîments à Louis XIV, il disait:
. . . . . . . . . . . . Othon et Suréna
Ne sont pas des cadets indignes de Cinna.
[893] _Iphigénie_ de M. RACINE: Paris, 1674, in-12 (73 pages).
[894] _Suréna, général des Parthes_, tragédie, Paris, Guillaume
de Luynes, 1675, in-12, acte III, scène I, p. 31.
Qu'un monarque est heureux, etc.
CHAPITRE VII.
Page 141, ligne 3: Un enfant qui ne naquit pas viable.
La preuve de cette grossesse de madame de Grignan et le terme de son
accouchement, résultent des passages des lettres de Bussy à madame de
Sévigné, cités en note. Mais, avant de rapporter ces passages, il faut
rectifier les dates des deux lettres de madame de Sévigné au comte de
Guitaud, mal données dans les éditions. Ces lettres furent d'abord
publiées par le libraire Klostermann, dans son édition des lettres
inédites, en 1814, in-8º, sans aucune date ni de jours ni d'années. Il
paraît cependant, d'après la préface des éditeurs, que les autographes
portaient l'indication du jour de la semaine (p. IX); mais, dans
l'embarras où ils ont été de déterminer la date de l'année, ils ont
supprimé celle du jour de la semaine, et bien à tort. Ces deux lettres,
comme toutes celles du même recueil qui sont adressées au comte de
Guitaud, proviennent des archives du château d'Époisses et de la
famille de Guillaume de Pechpeirou-Comenge, comte de Guitaud, marquis
d'Époisses, dont nous avons parlé au chapitre VI. L'éditeur nous apprend
que le comte de Guitaud naquit le 5 octobre 1626, la même année que
madame de Sévigné, et mourut en 1685, à Paris. Ces lettres inédites de
madame de Sévigné ont été redonnées en 1819, et le nouvel éditeur a cru
pouvoir y mettre des dates, qui ne sont, dit-il, qu'approximatives. M.
Gault de Saint-Germain, dans son édition de madame de Sévigné, les a
classées avec les dates fausses de cet éditeur. Les dates des 18 juin et
10 juillet 1675 ressortent de ce que dit madame de Sévigné sur les
adieux de sa fille et du cardinal de Retz et sur les événements
militaires (t. III, p. 347, édit. G.). Elles sont précises pour les mois
et l'année, et déduites approximativement pour les jours.