Ousman-Gassy fut nommé almamy du Bondou par la France, en dépit
de toutes les lois d’hérédité en vigueur. Il fut néanmoins
reconnu par les Sissibés. Les qualités dont il avait fait preuve
faisaient espérer qu’il pourrait faire beaucoup pour le relèvement
du Bondou. Il en fut malheureusement tout autrement. Dès qu’il
fut investi du pouvoir suprême, il s’endormit littéralement
à Sénoudébou dans un paresseux _far niente_. Entouré de ses
femmes et de ses griots, il devint apathique et absolument incapable
d’énergie. Il ne fit jamais rien pour donner à ses sujets une
bonne administration, et son autorité ne se fit plus sentir que
pour exiger des villages des redevances exorbitantes, destinées
à subvenir aux dépenses de sa maison et à calmer la rapacité de
ses parents. Aussi le Bondou continua-t-il, comme par le passé, à
se dépeupler. Des villages entiers émigrèrent, particulièrement
dans le Niani et le Niocolo, pour se soustraire à ses exactions et
aux exigences des princes sissibés.
En 1889, il fit aux frais du budget de la colonie du Soudan un voyage
en France resté célèbre. Mais il n’en tira aucun profit ni aucun
enseignement. Les merveilles de la capitale ne lui causèrent pas
la moindre émotion et les principales villes de France ne furent
jamais pour lui que des villages à peine plus grands que Bakel
ou que Kayes. Non seulement il ne ressentit aucune émotion, mais
encore il éprouva, au contraire, de profonds regrets d’avoir
laissé à Sénoudébou son sérail et les chantres de sa gloire
militaire. Les grosses flatteries des griots lui manquaient, et il
en souffrit visiblement.
Quoi qu’il en soit, il demeura toujours notre fidèle allié, et
en 1890, quand le colonel Archinard fit appel à tous nos alliés du
Soudan pour marcher contre Nioro, il vint un des premiers se ranger,
avec ses cavaliers, sous notre drapeau. Mais il était bien changé,
mou, sans entrain et sans autorité sur ses hommes ; il n’avait plus
rien du vaillant guerrier qui combattit si brillamment le marabout
Mahmadou-Lamine et qui plusieurs fois lui fit éprouver de sérieux
échecs. Ce fut au cours de cette campagne qu’il mourut dans le
Nioro, à Touridda, d’une fièvre pernicieuse, dans la nuit du 13
janvier 1891.
L’almamy Ousman-Gassy était chevalier de la Légion d’honneur
et commandeur de l’ordre royal du Cambodge.
Il a laissé un fils, Ahmady-Ousman, âgé de cinq ans environ
aujourd’hui.