OUSMAN-GASSY (1888-1891).

Ousman-Gassy fut nommé almamy du Bondou par la France, en dépit

de toutes les lois d’hérédité en vigueur. Il fut néanmoins

reconnu par les Sissibés. Les qualités dont il avait fait preuve

faisaient espérer qu’il pourrait faire beaucoup pour le relèvement

du Bondou. Il en fut malheureusement tout autrement. Dès qu’il

fut investi du pouvoir suprême, il s’endormit littéralement

à Sénoudébou dans un paresseux _far niente_. Entouré de ses

femmes et de ses griots, il devint apathique et absolument incapable

d’énergie. Il ne fit jamais rien pour donner à ses sujets une

bonne administration, et son autorité ne se fit plus sentir que

pour exiger des villages des redevances exorbitantes, destinées

à subvenir aux dépenses de sa maison et à calmer la rapacité de

ses parents. Aussi le Bondou continua-t-il, comme par le passé, à

se dépeupler. Des villages entiers émigrèrent, particulièrement

dans le Niani et le Niocolo, pour se soustraire à ses exactions et

aux exigences des princes sissibés.

En 1889, il fit aux frais du budget de la colonie du Soudan un voyage

en France resté célèbre. Mais il n’en tira aucun profit ni aucun

enseignement. Les merveilles de la capitale ne lui causèrent pas

la moindre émotion et les principales villes de France ne furent

jamais pour lui que des villages à peine plus grands que Bakel

ou que Kayes. Non seulement il ne ressentit aucune émotion, mais

encore il éprouva, au contraire, de profonds regrets d’avoir

laissé à Sénoudébou son sérail et les chantres de sa gloire

militaire. Les grosses flatteries des griots lui manquaient, et il

en souffrit visiblement.

Quoi qu’il en soit, il demeura toujours notre fidèle allié, et

en 1890, quand le colonel Archinard fit appel à tous nos alliés du

Soudan pour marcher contre Nioro, il vint un des premiers se ranger,

avec ses cavaliers, sous notre drapeau. Mais il était bien changé,

mou, sans entrain et sans autorité sur ses hommes ; il n’avait plus

rien du vaillant guerrier qui combattit si brillamment le marabout

Mahmadou-Lamine et qui plusieurs fois lui fit éprouver de sérieux

échecs. Ce fut au cours de cette campagne qu’il mourut dans le

Nioro, à Touridda, d’une fièvre pernicieuse, dans la nuit du 13

janvier 1891.

L’almamy Ousman-Gassy était chevalier de la Légion d’honneur

et commandeur de l’ordre royal du Cambodge.

Il a laissé un fils, Ahmady-Ousman, âgé de cinq ans environ

aujourd’hui.

Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes · 第 18 / 34 题