Saada-Ahmady, fils d’Ahmady-Saada et petit-fils de l’almamy
Saada-Ahmady-Aïssata, succéda à Oumar-Penda et fut reconnu par
la France et les Sissibés, bien que, pendant les événements
qui avaient ensanglanté le règne de son prédécesseur, il se
fût montré peu dévoué à la cause du Bondou. Pendant son court
règne, il fit peu pour reconquérir son autorité et ne nous seconda
que mollement dans la guerre que nous fîmes à Mahmadou-Lamine
pour l’en débarrasser. Tout l’honneur de ce qui se fit à
ce moment-là de courageux et d’utile revient à son cousin
Ousman-Gassy, qui, au cours de ces années de troubles, ne cessa
jamais de se montrer le digne fils de Boubakar-Saada.
Après la défaite de Fissa-Daro et la mort d’Oumar-Penda,
Ousman rentra absolument désespéré à Sénoudébou. La colonne
du marabout, de son côté, avait suivi la route de Diauré et de
Guéoul. Arrivée dans la plaine qui entoure ce dernier village, elle
y rencontra la population de tous les villages du Ferlo-Baliniama qui
avaient été reconstruits depuis la retraite de Mahmadou-Lamine à
Dianna ; ses habitants, en apprenant les événements de Fissa-Daro,
s’étaient enfuis et se dirigeaient vers le Ferlo-Fouta. Les
hommes de Lamine ne manquèrent pas de se précipiter sur ces
malheureux incapables de se défendre. Ils en tuèrent un grand
nombre, emmenèrent les autres en captivité et s’emparèrent de
plus de 200 bœufs. Ils rentrèrent à Dianna avec leur butin en
passant par Kouddy, Badé et Bani.
Dans le courant d’août, Saada-Ahmady, le nouvel almamy qui
n’avait pas encore quitté sa résidence de Samba-Médina-Gouro,
expédiait son cousin Ahmady-Ciré avec 4 ou 500 hommes contre
Dalafine, dans le Tiali, où s’étaient réfugiés tous les
Peulhs Hamanabés, partisans du marabout. Dalafine fut pris après
une opiniâtre résistance et bon nombre de rebelles y perdirent la
vie. Les Bondounkés y firent environ 120 captifs, femmes et enfants,
et s’emparèrent de plus de 400 bœufs.
Peu après, Mahmadou-Lamine lui-même se mit en campagne avec
environ 2,000 hommes. Son objectif était Sénoudébou. Par Dalafine,
Dindoudy, Bounguel et Koussan-Almamy, il arrive à Sambacolo, où son
avant-garde rencontre quelques captifs d’Ousman-Gassy, partis le
matin de Sénoudébou pour y chercher du mil. Les hommes du marabout
les attaquèrent et leur tuèrent plusieurs des leurs, entre autres
un des chefs des captifs de la couronne nommé Demba-N’Diamban. Les
autres parvinrent à se dégager et à gagner Sénoudébou dans la
nuit même. Ousman-Gassy, aussitôt prévenu de l’arrivée des
bandes de Mahmadou-Lamine, se hâta d’en informer le lieutenant
Yoro-Coumba, qui commandait le poste, et qui prit immédiatement
ses dispositions pour la défense.
Depuis l’affaire de Boulébané, Ousman-Gassy avait fait entourer
tout le village de Sénoudébou d’un fort sagné, où il n’avait
ménagé que quatre ouvertures, l’une donnant sur la route de
Boulébané, une autre sur la route de Kaïnoura, la troisième sur
celle de Débou, et enfin la dernière sur celle de Bakel. Il disposa
ses guerriers en conséquence et de façon à ce que chaque porte fût
défendue. A l’une, il porta les captifs de Sénoudébou qu’il
commandait lui-même ; à la seconde, les guerriers de Boulébané ;
à la troisième, les guerriers de Sénoudébou, commandés par
Ahmadou-Ciré, et enfin la quatrième était défendue par les
auxiliaires sous l’autorité d’Oumar-Sané. Saada-Ahmady, qui
était venu l’avant-veille de Médina-Samba-Gouro, devait rester
avec la réserve et attendre les événements. Toutes ces dispositions
prises, le lieutenant Yoro-Coumba fit placer une petite avant-garde
à 500 mètres environ en avant de chaque porte et veilla à ce que
les défenseurs ne s’endormissent pas pendant la nuit.
Mahmadou-Lamine, de son côté, après avoir dépassé Sambacolo,
se dirigea directement sur Soumourdaka. A 5 kilomètres environ de
ce village, il abandonna la route de Débou et se dirigea droit au
nord en coupant la route de Boulébané. Il passa par l’ouest de la
montagne de Kadjambiré, au sud-ouest de Sénoudébou, franchit le
col du même nom tout près de Diala et, se dirigeant vers l’est,
atteignit Kaïnoura presque sur les bords de la Falémé ; mais,
par un hasard heureux pour les défenseurs de Sénoudébou, la nuit
qui précéda l’attaque il tomba une grande pluie. Les guerriers
du marabout, absolument transis par le froid, allumèrent de grands
feux pour se sécher et pour sécher leurs armes. De Sénoudébou,
on aperçut la fumée et on entendit quelques coups de fusil. La
présence de l’ennemi fut ainsi dévoilée et l’on se tint
sur ses gardes. Un homme fut mis en vigie sur un baobab situé
au centre du village, et, vers onze heures du matin, il signala
l’arrivée de la colonne du marabout qui s’avançait par la
route de Kaïnoura. L’alarme fut aussitôt donnée et tout le
monde courut à son poste.
A 600 mètres du village environ, le marabout partagea ses hommes
en trois colonnes. Il en lança deux contre le village et garda la
troisième en réserve. Les assiégés soutinrent brillamment le
choc. Mais écrasés par le nombre, ils durent battre en retraite
et la porte de Kaïnoura fut emportée. L’ennemi entra dans le
village. La seconde colonne fut tenue en respect par Ousman-Gassy,
et le marabout, voyant l’impuissance des siens, leur envoya sa
troisième colonne en renfort.
Le lieutenant Yoro-Coumba, qui, de l’intérieur du poste,
surveillait tous les mouvements de l’ennemi, jugea le moment
opportun pour entrer en scène. Il répartit sa petite troupe en
deux sections. Il confia le commandement de l’une à l’adjudant
Fougasse et prit le commandement de la seconde. La section Fougasse
devait défendre le poste au cas où il serait attaqué. Avec sa
section, Yoro-Coumba courut en toute hâte au-devant des ennemis
qui avaient forcé la porte de Kaïnoura et étaient entrés dans
le village. Ils les rencontra à 30 mètres environ du tata de
Boubakar-Saada, avec les défenseurs duquel ils échangeaient des
coups de fusil. Il les attaqua vigoureusement, rompit leurs rangs,
les dispersa et les chassa hors du village.
De là, Yoro-Coumba se porta immédiatement au secours
d’Ousman-Gassy qui défendait la porte de Bakel. Par une belle
manœuvre, le lieutenant arriva à prendre l’ennemi entre deux
feux. Il ne résista pas et ses colonnes se dispersèrent dans toutes
les directions et dans le plus grand désordre. Mahmadou-Lamine
et les guerriers qui lui servaient d’escorte avaient déjà
pris la fuite depuis environ une demi-heure. Ousman-Gassy se mit
alors à la poursuite de l’ennemi avec tous ses cavaliers. Mais,
à cette époque de l’année, la campagne étant complètement
inondée par suite des grandes pluies de l’hivernage, les fuyards
ne pouvaient s’aventurer en dehors des sentiers sans voir leurs
chevaux s’embourber. Il fut donc facile aux hommes d’Ousman de
faire environ 150 ou 200 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient
bon nombre de personnages importants du Tiali, du Niéri, du Ferlo
et du Diaka. Nous citerons particulièrement Boubakar-Diawandou,
le confident de Mahmadou-Lamine, venu avec lui de Ségou, et qui
était un Diawandou du Kaarta ; Mahmadou-Kana, le chef de ses
griots ; Mahmadou-Sanoussy, chef de Kouddy, etc., etc. Ils furent
tous fusillés le soir même.
Mahmadou-Lamine rentra en toute hâte à Dianna, suivi de ses troupes
absolument démoralisées. Ses guerriers ne gagnèrent le village
que par petits groupes de huit ou dix au plus, et parmi lesquels il
y avait toujours quelques blessés.
L’échec du marabout devant Sénoudébou changea brusquement la
face des affaires dans le Diaka et le Niéri. Les Diakankés, qui
avaient en lui une grande confiance, virent avec regrets son étoile
commencer à pâlir, et quelques-uns de leurs chefs quittèrent son
armée en le chargeant de malédictions et en lui reprochant de les
avoir trompés et de les avoir fait courir à leur perte. Enfin les
Peulhs du Niéri, dont beaucoup, comme ceux de Bentenani, par exemple,
n’avaient embrassé la cause du faux prophète que par peur et
contraints par la force, n’attendaient, pour s’en séparer,
que le jour heureux où une colonne française marcherait contre lui.
De son côté, Mahmadou-Lamine, tout en faisant secrètement ses
préparatifs pour fuir, s’efforçait de les retenir en leur disant
dans les palabres : « Ne craignez rien en restant avec moi, les
Français ne viendront pas m’attaquer, car j’ai traité avec le
colonel et le gouverneur. » Et pendant qu’il les trompait ainsi,
il envoyait dans le Ouli un de ses confidents, Sourakata-Diawara, avec
la mission d’aller à Toubacouta demander au chef de ce village,
Dimbo, de lui donner asile dans le cas où il serait forcé de
s’enfuir de Dianna. En même temps, il expédiait dans le Saloum
un courrier à Saër-Maty pour lui demander de venir le seconder
dans sa lutte contre les infidèles.
Sur ces entrefaites, la colonne française commandée par le colonel
Gallieni, qui venait de succéder au colonel Frey, arrivait à
Sénoudébou et marchait sur Dianna avec les guerriers du Bondou que
commandait Ousman-Gassy. L’almamy Saada-Ahmady restait toujours
dans l’inaction et ne faisait preuve d’aucune énergie pour
reconquérir son royaume. Il suivit cependant la colonne à
Dianna. Elle passa par Soumourdaka, Sambacolo, Koussan-Almamy,
Kaparta et Soutouta. Mais là, pendant qu’on cherchait un endroit
favorable pour que les animaux pussent franchir le marigot qui
coule dans les environs, les troupes françaises furent reconnues
par des cultivateurs dont les éclaireurs n’avaient pas signalé
la présence. Effrayés, ces hommes s’enfuirent et donnèrent
l’éveil à quelques guerriers du marabout qui étaient campés
dans le village. Quelques feux de salves les en délogèrent et ils
ne tardèrent pas à prendre la fuite, les uns vers Bani-Israïla,
les autres vers Dembacoli, et la plus grande partie gagna Dianna pour
demander secours au marabout. Dès leur arrivée, ils le mirent au
courant de ce qu’ils avaient vu. Alarmé, Mahmadou-Lamine se disposa
à fuir dès que les colonnes françaises approcheraient de Dianna.
Le colonel Gallieni fit camper ses troupes à Soutouta. Après la
longue marche qu’elles venaient de faire, un peu de repos leur
était indispensable. Dès le lendemain, la colonne se remit en marche
dans la direction de Dianna. Elle était précédée toujours dans
ses mouvements des spahis sénégalais et des cavaliers bondounkés
de l’almamy Saada-Ahmady. Le 24 décembre 1886, on entendit le
canon vers l’est. C’était la seconde colonne qui, commandée
par le chef de bataillon d’infanterie de marine Vallière, était
partie de Diamou, avait traversé le Bambouck, franchi la Falémé
et arrivait à jour fixe au rendez-vous. Elle était aux prises avec
un fort contingent de l’armée du marabout qui occupait le village
de Saroudian. Immédiatement, le colonel envoie en avant les spahis
et les cavaliers du Bondou, sous la direction du capitaine Fortin,
pour prêter main-forte, si besoin était, à la deuxième colonne,
et en même temps, il donne l’ordre à sa colonne entière de
marcher droit au canon.
Cependant, la colonne Vallière a emporté d’assaut le village de
Saroudian et les deux colonnes ont fait leur jonction à Sanoundi. Les
cavaliers du capitaine Fortin sont arrivés à temps pour poursuivre
les fuyards et ramener quelques prisonniers qui, après avoir été
interrogés, furent laissés, à leur grand étonnement, en liberté.
La route de Dianna était libre. Sans perdre de temps, par une
marche forcée, on arrive le lendemain sous les murs de ce fort
village, où le marabout avait passé la plus grande partie de
l’hivernage. Mais tout est calme. Mahmadou-Lamine s’est enfui
précipitamment la veille, dans la soirée, à la nouvelle de la
prise de Saroudian. On le disait réfugié à Safalou, son village
natal, à 50 kilomètres environ vers le sud. Le 25 décembre 1886,
les troupes françaises entrèrent dans Dianna, où l’on trouva
dans le logement même du marabout sa peau de lion, ses sandales,
son coran et une grande couverture provenant de Djenné. Après avoir
mis en lieu sûr les approvisionnements considérables en mil, maïs,
etc., etc., que Lamine y avait entassés, Dianna fut incendié.
Le lendemain de la prise de Dianna, une petite colonne volante,
composée de 200 tirailleurs environ, des spahis et des cavaliers
du Bondou, était lancée, sous le commandement du capitaine Robert,
à la poursuite du marabout. Elle arrive rapidement à Safalou, où
elle trouve un petit détachement que le marabout y avait laissé
pour couvrir sa retraite et l’en déloge aisément. Par une
marche de nuit remarquable de hardiesse, elle arrive au marigot de
Kagnibé, après avoir traversé le Niéri-Kô à la nage. Là elle
est attaquée par le gros des troupes de Mahmadou-Lamine et par ses
meilleurs talibés. La petite colonne eut à soutenir à Kagnibé
l’effort le plus sérieux de cette campagne ; mais, grâce à
l’énergie du capitaine Robert, du lieutenant de spahis Guérin
et d’Ousman-Gassy, elle résista victorieusement à toutes les
attaques, et défit complètement et définitivement l’ennemi. Quant
au marabout, il avait encore échappé et fuyait à toutes brides
vers Toubacouta. Le 30 décembre, la colonne Robert, épuisée de
fatigue, rentrait victorieuse à Dianna, et peu après, les troupes
françaises reprenaient la route de Kayes et de Diamou. Le combat
de Kagnibé est un de nos plus glorieux faits d’armes coloniaux,
et la campagne de Dianna peut être considérée, à juste titre,
comme un des modèles les plus parfaits de la tactique militaire à
suivre dans les régions à peine explorées du Soudan français.
Durant le combat de Kagnibé, Mahmadou-Lamine se trouvait à environ
8 kilomètres au sud-ouest, à Simbanou. Alarmé par les fugitifs
et croyant avoir affaire à toute la colonne française, il prit
aussitôt la fuite et se dirigea vers le Ouli, escorté par les
contingents du Diaka, du Niéri et d’une partie du Tiali. Ces
rebelles, qui naguère avaient une si grande confiance en leur
prophète, le suivaient maintenant en désespérés et surtout parce
qu’ils craignaient de tomber entre les mains des Français. Ils
accusaient le marabout d’être l’auteur de leurs malheurs, et
un chef du Niéri l’invectiva même un jour en plein palabre en
ces termes : « Prophète de malheur, le jour où tu as apparu dans
notre pays a été pour tout le monde un jour néfaste. »
Dans cette fuite désespérée, la frayeur du marabout et de ses
hommes était telle que le moindre bruit qui se produisait dans la
forêt les glaçait d’épouvante. Ainsi un jour, à peu près
à mi-chemin entre Bamba-Diaka et Mountoungou, sur la route de
Soudouol à Nétéboulou, un arbre mort vint à tomber tout à coup
à quelques pas des fugitifs. Ils furent tellement effrayés que
tous se sauvèrent dans toutes les directions, abandonnant leurs
bagages et leurs femmes. Mahmadou-Lamine lui-même, affolé, piqua
des deux, se sépara des siens et s’enfuit à bride abattue. Une
demi-heure après seulement, on reconnut que c’était une fausse
alerte. Aussitôt Sourakata, son homme de confiance, et Kissima,
son cousin, se mirent à sa recherche pour le rassurer. Ils ne le
trouvèrent que 5 ou 6 kilomètres plus loin, le tranquillisèrent
et le décidèrent à attendre la tête de la colonne des émigrés
qui marchaient à sa suite.
Le surlendemain matin, Mahmadou-Lamine arrivait avec tout son monde
près de Nétéboulou, dans le Ouli. Dès la veille, il avait,
dans la soirée, envoyé des émissaires au chef de ce village,
Malamine-Diamé, pour lui demander l’hospitalité. Celui-ci ne
voulut même pas les recevoir dans le village. Il en fit fermer
les portes devant eux et leur enjoignit de retourner auprès de
leur maître et de lui dire que, si jamais il mettait les pieds
dans la plaine de Nétéboulou, il l’attaquerait coûte que
coûte. Quelques mois auparavant, le colonel Frey, alors commandant
supérieur du Soudan français, avait rencontré à Bakel un des
frères de Malamine-Diamé, Mody-Moussa, et l’avait chargé de
le prévenir que, pendant la campagne suivante, les Français
ne manqueraient pas de marcher contre Dianna. Le marabout ne
les y attendrait certainement pas et prendrait la fuite à son
approche. Il pourrait donc se faire qu’il se présentât alors
dans le Ouli. En conséquence, il invitait Malamine et le massa
(roi) du Ouli à l’attaquer, afin de prouver aux Français que
l’alliance qu’ils avaient conclue avec eux était sincère.
Repoussé de Nétéboulou, le marabout envoya auprès du massa du
Ouli un cavalier pour lui demander l’hospitalité. Immédiatement
un grand palabre fut tenu de nuit à Sini ou Sine, capitale du Ouli,
et on hésita longuement à prendre une détermination. Les uns
voulaient ouvrir les portes au marabout qui, malgré ses défaites,
était encore redoutable. Les autres, au contraire, voulaient marcher
à sa rencontre et le chasser du Ouli, _manu militari_.
Sur ces entrefaites, un des princes de la famille régnante,
nommé Dally-Nianama, qui n’avait encore pris aucune part à la
discussion, se leva tout à coup et, dans une courte harangue,
leur démontra qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que de
l’indépendance du Ouli : « Que ceux qui sont prêts à mourir
avec moi pour la défense du pays, dit-il, se lèvent donc. Je suis
décidé à aller attaquer immédiatement Mahmadou-Lamine. Je le
vaincrai ou périrai, mais qu’on sache bien que les membres de la
famille royale qui craindront de prendre part à ce combat seront
à jamais exclus du trône du Ouli, si nous sommes assez heureux
pour remporter la victoire. » Ces paroles hardies relevèrent le
courage des assistants, et tous, sans exception, jurèrent de courir
sus au faux prophète. Aussi quand, vers minuit, Dally-Nianama monta
à cheval et sortit de Sini, fut-il suivi par tous les guerriers
du village, commandés par Sarra-Baly, fils aîné du massa, et
auxquels s’étaient joints ceux de Makadian-Counda, que commandait
en personne le chef de ce grand village, Penda-Mahmady.
Dally-Nianama vint alors camper avec ses hommes dans la plaine de
Faro-Talel. Réveillés de bonne heure, le lendemain matin, par
le tabala (tam-tam de guerre) du marabout qui avait passé la nuit
dans la plaine de Nétéboulou, les guerriers du Ouli se levèrent
rapidement et, au son de leurs tams-tams de guerre, marchèrent
hardiment à sa rencontre, pendant que les hommes de Nétéboulou,
sous la conduite de Malamine-Diamé, attaquaient l’ennemi par
derrière. Le combat dura une heure et demie environ. Les bandes du
marabout furent complètement défaites. Ses guerriers s’enfuirent
dans la brousse en laissant 150 des leurs environ sur le champ de
bataille et à peu près autant de blessés. Le nombre des captifs
qui tombèrent entre les mains des guerriers du Ouli fut énorme,
et chaque homme n’en eut pas moins de 10 pour sa part.
Mahmadou-Lamine n’avait pas attendu l’issue du combat pour
prendre la fuite. Escorté par quelques cavaliers qui protégèrent
sa retraite, il chercha un refuge sur la montagne que l’on voit au
sud-ouest de Nétéboulou, et de là assista en simple spectateur
à la défaite de ses troupes. Il y resta la plus grande partie
de la nuit, et ce ne fut qu’au point du jour qu’il quitta sa
retraite. Il longea alors la rive droite de la Gambie, passa entre
Biroufou et Passamassi et alla chercher un refuge à Toubacouta
auprès de son ami, le chef de ce village, Dimbo, fils du marabout
Simotto-Moro, le fondateur de Toubacouta.
L’histoire de ce marabout est assez curieuse et mérite d’être
racontée ici.
Vers 1869 ou 1870, le marabout Simotto-Moro (Moro en mandingue
veut dire marabout) avait émigré de la rive gauche de la Gambie,
du marigot de Simotto-Ouol, qui se jette dans ce fleuve près du
village de Oualiba-Counda, dans le Fouladougou, situé à environ
3 kilomètres au sud-ouest de Gabou-Teguenda. Il avait acquis
une grande renommée dans le village qu’il venait de quitter,
et beaucoup d’adeptes lui étaient venus des autres villages du
Ghabou. Aussi ne tarda-t-il pas à éveiller la méfiance du roi
du pays, Alpha-Molo, père de Moussa-Molo, le souverain actuel du
Fouladougou. Alpha-Molo résolut d’en finir avec cet agitateur et de
s’emparer de sa personne ; mais le marabout, instruit de ce qui se
tramait contre lui et ne se sentant plus en sûreté dans son village,
traversa la Gambie à la tête de 5 ou 600 de ses compatriotes et vint
demander au massa du Ouli de lui donner l’hospitalité. Celui-ci
l’autorisa à s’établir là où il lui plairait sur le territoire
auquel il commandait. Depuis longtemps déjà le vieux marabout avait
remarqué de fertiles terrains sur les bords du marigot de Maka-Doua,
qui sépare le Ouli du Sandougou. Ce fut là qu’il résolut de
construire son village, et le Massa-Ouli lui envoya même son frère
Penda-Mahmady avec 400 hommes pour l’aider dans ce travail. Durant
quinze jours environ, les hommes du massa et ceux de Simotto-Moro
travaillèrent avec acharnement à édifier un solide sagné, pour
lequel ils furent obligés d’abattre une quantité considérable
d’arbres dans les environs. Ce sagné fut entouré d’un fossé
extérieur et d’un fossé intérieur, larges de 3 mètres et
d’une profondeur de 2 mètres à 2m50 environ.
En sûreté à l’abri de cette solide enceinte, le vieux marabout
continua à recevoir des populations des pays riverains de la Gambie
des cadeaux de toutes sortes, et partout il n’était connu que
sous le nom de Simotto-Moro, du nom du marigot de Simotto-Ouol,
dont il venait de quitter les bords. Sa renommée s’étendait
au loin et son influence était grande. Aussi ne tarda-t-il pas à
profiter de ces avantages pour chercher en maintes occasions à en
imposer à son trop confiant suzerain, le massa du Ouli. Celui-ci,
d’ailleurs, comme tous les idolâtres, avait pour le marabout un
grand respect mélangé d’une crainte profonde. Il n’osa jamais
l’évincer ni contrecarrer sa propagande. Ce fut une grande faute,
comme on le verra plus loin.
Les choses restèrent cependant ainsi jusque vers 1875, époque à
laquelle Ousman-Gassy organisa dans le Ferlo-Bondou une petite colonne
et marcha contre le village du vieux marabout. En arrivant dans la
plaine de Toubacouta, quand il se fut rendu compte de l’importance
des défenses du village, il reconnut, mais trop tard, que ses forces
étaient insuffisantes pour s’en emparer. Il se contenta donc,
par bravade, de faire caracoler ses chevaux jusque sous les murs de
la place, échangea avec les défenseurs quelques coups de fusil
et se retira en emmenant une vingtaine de prisonniers qui, à son
approche, n’avaient pas eu le temps de regagner le village. Il
traversa alors la Gambie et alla dans le Fouladougou offrir ses
services et ses guerriers à Moussa-Molo, qui avait à réprimer
une grave révolte de presque toute la partie ouest de son pays.
De son côté, Massa-Ouli envoya des émissaires à Sénoudébou pour
se plaindre à Boubakar-Saada, à l’instigation de Simotto-Moro,
du préjudice qui avait été causé par Ousman-Gassy à Toubacouta,
et pour lui demander une juste réparation. Boubakar n’accorda
rien, et de ce moment Simotto conçut pour l’autorité du massa un
profond mépris, et pour l’almamy du Bondou une haine profonde. Il
n’eut plus dès lors qu’une seule pensée, qu’un seul désir :
c’était de tirer une vengeance éclatante de l’affront qu’il
venait de recevoir. Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés.
Vers la fin de 1876 ou au commencement de 1877, les marabouts
Mour-Seïny et Biram-Cissé, lieutenants de Mahmadou-Dadi, roi
du Saloum, qui venait de soumettre à son autorité la plus grande
partie du Niani-Mandingue, levèrent une colonne de 2 à 3,000 hommes
et marchèrent contre le Ouli, et si le marabout Simotto-Moro ne leur
donna pas de guerriers pour les seconder, du moins il leur donna tous
les renseignements nécessaires pour faciliter leurs entreprises. Et,
en effet, grâce à ses indications, Médina, qui était alors la
capitale du Ouli, tomba dans les mains des envahisseurs. Le massa ne
put s’enfuir et échapper au massacre qu’avec une faible partie
de la population. Malgré cet échec, ses guerriers ne perdirent pas
courage. Pendant la nuit, alors que les vainqueurs se livraient à la
joie de la victoire, Penda-Mahmady et Dally-Nianama, frères du massa,
réussirent, non sans peine, à rallier 200 ou 300 de leurs hommes
avec lesquels ils allèrent s’embusquer au gué de Paqueba, sur le
Sandougou, afin de couper la retraite à l’ennemi. Le surlendemain
matin, Mour-Seïny et les siens se présentèrent au gué. Au moment
où ils allaient prendre leurs dispositions pour le traverser,
les guerriers du Ouli se levèrent vivement et les reçurent par
une fusillade bien nourrie. Les hommes de Mour-Seïny se remirent
promptement de leur surprise et purent reprendre l’offensive. Ils
engagèrent alors avec les troupes du Ouli un combat meurtrier
qui dura près de trois heures. Le Ouli, accablé par le nombre,
ne put résister plus longtemps. Ses guerriers lâchèrent pied et
s’enfuirent en laissant sur le terrain un grand nombre des leurs
tués ou blessés. Dans la journée, ces derniers furent exterminés
sans pitié par les Ouolofs de Mour-Seïny.
Le Ouli, dans cette journée, perdit plusieurs de ses meilleurs
guerriers, au nombre desquels se trouvaient 6 princes de la famille
régnante, environ 10 ou 12 captifs de la couronne et 50 à 60 hommes.
Mour-Seïng rentra triomphalement à Koussalan, après avoir ravagé
tout le Ouli et satisfait ainsi la vengeance du marabout du Simotto.
A la nouvelle de la défaite du massa, on fit de grandes fêtes
à Toubacouta, et l’on s’y réjouit ouvertement des malheurs
qui venaient de fondre sur les infidèles, comme le marabout avait
l’habitude d’appeler ses bienfaiteurs. Mais la reconnaissance
n’a jamais été, comme on le sait, le fait des dévots, et des
musulmans en particulier.
A la mort de Simotto-Moro, survenue en 1880 ou 1881, son fils aîné,
nommé Dimbo, lui succéda comme chef de Toubacouta. Il avait hérité
de son père de la haine que ce dernier avait vouée aux Oualiabés
du Ouli et aux Sissibés du Bondou. Jusqu’en 1887, il n’y eut
aucune hostilité ni d’un côté ni de l’autre. Après la prise
de Dianna, lorsque le marabout Mahmadou-Lamine s’enfuit devant
la colonne du colonel Gallieni et les troupes du Ouli, Toubacouta
était le seul village où ce rebelle pût se réfugier. Aussi,
malgré nos conseils et nos avis, y fut-il reçu à bras ouverts
par son chef Dimbo.
Du jour où le marabout se fut retiré à Toubacouta, ce village
devint le refuge de tous les brigands et de tous les rebelles du
Niani, du Sandougou et de tous les pays mandingues riverains de
la Gambie et du Saloum. Cet état de choses ne pouvait durer ainsi
sans exposer les pays qui s’étaient rangés sous le protectorat
de la France à devenir encore la proie des attaques des bandes
de Mahmadou-Lamine.
Le colonel Gallieni comprit bien la situation. Mais il lui était
impossible d’y remédier pour le moment, car il avait besoin de
toutes les troupes dont il disposait pour se rendre sur les bords
du Niger où sa présence était devenue indispensable. Il dut
donc remettre à la campagne suivante l’expédition qui était
devenue nécessaire pour débarrasser le pays d’un agitateur
aussi dangereux que Mahmadou-Lamine. Mais il fallait, avant tout,
mettre nos alliés à l’abri de ses attaques, et leur permettre
de cultiver, pendant l’hivernage qui approchait, leurs lougans en
toute sécurité. Il décida donc, en conséquence, qu’une colonne
volante serait concentrée en un point qui serait ultérieurement
choisi, pour surveiller de près les menées du marabout.
Il expédia, à cet effet, le lieutenant indigène de tirailleurs
sénégalais Yoro-Coumba dans les pays riverains de la Gambie, avec
la mission de nouer des relations avec les habitants et de tenter de
les détacher de la cause du marabout, que beaucoup d’entre eux,
surtout les Mandingues, musulmans fanatiques, avaient embrassée
avec enthousiasme.
Yoro-Coumba s’acquitta avec soin et succès de cette délicate
mission, et il put s’avancer jusqu’à Yabouteguenda, sur
les bords de la Gambie à une journée de marche de Toubacouta,
après avoir parcouru le pays de Gamon, le Tenda et la plus grande
partie du Ouli. Dans ce voyage dangereux de reconnaissance, le
brave lieutenant n’était accompagné que de 10 tirailleurs et de
quelques cavaliers du Bondou qu’Ousman-Gassy commandait. Le prince
sissibé Abdoul-Séga, le chef actuel de Koussan-Almamy, lui avait
été adjoint comme secrétaire. Quant à Saada-Ahmady, l’almamy
du Bondou, il n’avait cru devoir accompagner la petite colonne que
jusqu’à Nétéboulou, à une étape de Sini, capitale du Ouli. Il
commençait déjà à pratiquer cette politique à double face dont un
an plus tard sa déposition devait être la conséquence inévitable.
Yoro-Coumba revint à Sini dans la dernière quinzaine d’avril
1887, et là, il reçut du commandant supérieur du Soudan français
l’ordre de se replier sur le Bondou, où il devait choisir, non
loin du Niéri-Kô, l’endroit où serait concentrée la colonne
volante qui devait, pendant l’hivernage, opérer dans la région
et surveiller le marabout. Il devait, en plus, y accumuler le plus
de mil et de riz possible pour pourvoir à la nourriture des troupes
indigènes qui allaient y séjourner plusieurs mois. S’inspirant
des instructions qui lui avaient été données, il choisit dans
ce but le village important de Bani-Israïla, dans le Diaka, situé
à peu de distance du Niéri-Kô, dans une position exceptionnelle,
et dont les habitants, musulmans fanatiques, avaient pour la plupart
suivi le marabout dans sa fuite.
Au cours de sa mission, Yoro-Coumba était arrivé à y faire revenir
la plus grande partie de ceux qui s’étaient réfugiés dans le
Tenda, le pays de Gamon et à Damentan où ils n’attendaient qu’un
moment opportun pour rallier à Toubacouta le drapeau du marabout.
Dans la première quinzaine de mai 1887,1e capitaine Fortin,
de l’artillerie de marine, fut nommé par M. le Commandant
supérieur du Soudan au commandement de la colonne volante du Diaka,
avec mission de s’établir à Bani-Israïla et d’y construire
un poste provisoire, afin de pouvoir donner à ceux des habitants
qui y étaient revenus une sécurité complète et d’y attendre
paisiblement le moment où les chemins seraient redevenus praticables
pour exécuter l’expédition décidée contre Toubacouta et en
finir avec le marabout.
Fortin se rendit donc à Bani-Israïla et procéda immédiatement
à la construction d’un camp retranché dont on voit encore les
vestiges et qui se trouvait situé à 5 ou 600 mètres environ au
sud-est du village, sur une petite éminence d’où on pouvait
aisément surveiller la plaine entière. Ce camp était assez vaste
pour pouvoir abriter la garnison et, en cas d’attaque, donner
refuge à la population du village.
La garnison de ce petit fort se composait de la 3e compagnie de
tirailleurs sénégalais, commandée par le lieutenant Renard, ayant
sous ses ordres le lieutenant indigène Yoro-Coumba qui venait de
terminer sa mission. Une pièce de canon servie par des tirailleurs
la défendait. Dans l’intérieur, on avait élevé des cases en
pisé pour loger les officiers, les soldats européens, les chevaux
et les mulets et pour servir de magasins et de poudrière. Le parc
à bestiaux et le village des tirailleurs étaient placés sur le
plateau en arrière de la gorge de l’ouvrage.
A défaut de médecin, la direction de l’ambulance fut confiée
à M. le pharmacien de 2e classe Liotard. Deux interprètes, dont
l’un était notre ami Abdoul-Séga, devaient seconder le capitaine
dans ses rapports avec les populations voisines.
Le séjour de Bani-Israïla pour des Européens arrivés depuis peu de
France était loin d’être bienfaisant. Ils ne s’y acclimataient
que difficilement. Aussi la petite garnison blanche y paya-t-elle
un large tribut aux fièvres et aux maladies auxquelles nous sommes
si souvent sujets dans les pays chauds. Néanmoins, il n’y eut
pas à déplorer de décès pendant cette période si insalubre
de l’hivernage.
Pas un arbre ne protégeait de son ombre le campement. Un
marigot voisin l’empestait, pendant les pluies, de ses miasmes
pernicieux. Ce marigot, c’est celui de Goundiourou, qui coule
dans la direction est-ouest, à 1 kilomètre environ au nord du
poste, et vient se jeter dans le Niéri-Kô, à 7 ou 8 kilomètres
environ à l’ouest de Bani-Israïla. Enfin, si cet endroit malsain
était bien choisi au point de vue de la défense, il présentait
encore d’autres avantages sérieux en pareille circonstance. On se
trouvait aussi loin des cases des Diakankés, et les tirailleurs du
poste ne pouvaient fréquenter que rarement avec le village. Ainsi
furent évités tous les ennuis si fréquents au Soudan à la suite
des rapports des tirailleurs avec l’élément civil.
A ce moment-là, le Bondou offrait peu de ressources pour subvenir
aux besoins de la garnison de Bani. Le Diaka et le Niéri étaient
presque complètement dépeuplés, et le capitaine fut obligé
d’aller chercher au loin ce qui lui était nécessaire pour nourrir
ses animaux et pour approvisionner ses troupes.
Fortin profita de son inaction forcée à Bani pendant la saison
des pluies pour entamer et entretenir des relations suivies avec
les chefs des différents pays riverains de la Gambie. Nous verrons
plus loin comment il parvint ainsi à rendre toute fuite du marabout
impossible au moment où la colonne française viendrait à marcher
contre Toubacouta.
Le capitaine savait que dans la dernière quinzaine de juillet, le
Niéri-Kô n’est plus guéable. Grossi par l’apport de nombreux
cours d’eaux du Niéri, du Bondou et du Diaka, il déborde alors,
et comme il n’y avait ni pont ni embarcations pour le traverser,
le moment approchait où on ne pourrait plus le franchir. Il
serait alors absolument impossible à la garnison de Bani de se
porter vers l’ouest si, par hasard, le marabout venait à attaquer
quelques-uns de nos alliés de cette région. Fortin remédia à cet
état de choses qui pouvait devenir grave, selon les circonstances,
en envoyant dans le Ouli Ousman-Gassy avec une centaine de cavaliers
et 200 fantassins auxiliaires pour prêter main-forte au massa en
cas de besoin. Ousman alla camper à Sini, la capitale de ce petit
état malinké.
Cependant, Mahmadou-Lamine à Toubacouta recrutait sans cesse de
nouveaux partisans. D’abord accueilli avec méfiance, il n’avait
pas tardé à fanatiser absolument ses hôtes. Son titre de pèlerin,
les miracles qu’il ne cessait de faire pour les besoins de sa cause
lui attirèrent rapidement la vénération des naïves populations
dont il exploitait sans vergogne la crédulité. Donc, en peu de
temps, Toubacouta devint à la fois un véritable repaire de bandits
et un centre fanatique de prosélytisme musulman. Il se passa alors
sur la Gambie ce qui s’était passé dans le Haut-Sénégal. De
même que les populations sarracolées s’étaient levées à
la voix de Mahmadou-Lamine, de même les populations mandingues
accoururent en foule se ranger sous sa bannière. C’est ainsi que
l’on vit accourir la plupart des chefs du Niani-Padjine et du Niani
proprement dit, entre autres Fodé-Gadially, Sountoukoma, chefs de
County ; Birahima-Tendy, chef de Iona, et le plus puissant de tous,
Mahmadou-Fatouma, qui avait déjà combattu à ses côtés et qui
venait de s’installer en maître dans le Sandougou après en avoir
chassé les souverains légitimes. Il lui vint même des partisans
du Rip et du Saloum qui lui furent amenés par Biram-Cissé et
Mour-Seïny, dont la colonne du colonel Coronnat venait de disperser
les bandes. En peu de jours enfin, il se vit à la tête de 4 ou 5,000
hommes. Ce n’était plus le tremblant fugitif de Dianna qui était
venu implorer l’hospitalité de Dimbo, chef de Toubacouta, à la
tête des quelques talibés sarracolés qui lui étaient restés
fidèles. C’était un véritable chef de guerre avec lequel il
faudrait compter et qui pourrait nous causer de sérieux embarras.
Voyant ainsi ses forces augmenter sans cesse et son étoile briller
d’un nouvel éclat, Lamine ne tarda pas à vouloir essayer sa
puissance. Il n’était pas homme à avoir oublié la réception
qu’il avait reçue dans le Ouli, et son premier soin fut d’en
tirer une vengeance éclatante. Donc il se met de nouveau en
campagne. Dans les premiers jours d’octobre il quitte Toubacouta
avec une colonne de 7 à 800 hommes, longe le Sandougou qu’il
traverse à Paqueba, passe à Colibentan, campe pendant quelques
jours à Makacoto, retraverse le Sandougou, séjourne quelque temps
à Licounda et de là, par une marche de nuit, vient tomber, vers
sept heures du matin, sur Nétéboulou qu’il investit aussitôt. On
se rappelle que le chef de ce village, Malamine-Diamé, n’avait
pas voulu le recevoir lors de sa fuite de Dianna, et c’est de ce
refus dont le marabout avait à cœur de se venger.
De sept heures à onze heures du matin il tenta de prendre
Nétéboulou d’assaut. Les défenseurs, conduits par leur chef,
repoussèrent vaillamment toutes ses attaques. Mais le feu ayant
pris dans le village, les habitants sortirent en foule par la porte
de Sini. Beaucoup de défenseurs avaient été déjà mis hors de
combat. Antioumané, frère de Malamine, avait reçu quatre blessures
et gisait inanimé dans la cour de sa maison. Quarante-cinq captifs
du chef avaient été mortellement frappés. Enfin, au moment où
les habitants s’enfuirent pour échapper aux flammes, Malamine,
courant après eux pour les retenir et pour ranimer leur ardeur, tomba
frappé à mort après s’être courageusement défendu. Peu après,
le village tomba aux mains de l’ennemi. Une des femmes de Malamine,
Diénéba-Ahmady, sœur de Saada-Ahmady et nièce de Boubakar-Saada,
fut faite prisonnière par les hommes du marabout. Contrairement aux
coutumes du Soudan, il la fit égorger ainsi que ses trois enfants,
le soir même de la prise de Nétéboulou.
Mahmadou-Lamine, sa vengeance accomplie et satisfaite, rentra
alors à Toubacouta, qu’il quitta de nouveau une vingtaine de
jours après pour venir attaquer Sini, la capitale du Ouli, où se
trouvait Ousman-Gassy avec ses guerriers.
Informés par leurs espions de la marche du marabout, Ousman et le
massa prirent en toute hâte leurs dispositions pour se défendre
vigoureusement. Dès le lendemain du jour où ils avaient été
ainsi prévenus, vers onze heures du matin, un homme qui veillait
du haut des murs du village signala la présence de l’ennemi. Le
tam-tam de guerre fut aussitôt battu et les chevaux sellés en un
instant ; les fantassins descendirent en hâte dans le fossé qui
entourait le sagné et l’on attendit tranquillement. L’ennemi ne
tarda pas à se présenter devant la face ouest du village. Quelques
hommes d’Ousman-Gassy et ceux du Massa-Ouli sortirent alors à sa
rencontre et dirigèrent sur ses colonnes un feu bien nourri qui fut
couronné de succès. Les assaillants, après avoir échangé avec
eux une vive fusillade qui dura environ une demi-heure, lâchèrent
pied et se sauvèrent en toute hâte en laissant bon nombre des
leurs sur le champ de bataille. Les blessés furent achevés par
les assiégés, qui rentrèrent en grande pompe et au son du tam-tam
dans leur village.
Cependant Mahmadou-Lamine ne se découragea pas, et quelques jours
après il quittait de nouveau Toubacouta avec 8 à 900 guerriers,
cavaliers et fantassins et marchait de nouveau contre le Ouli. Il vint
camper à Canapé, qui était alors en ruine, et s’avançait jusque
sous les murs de Sini, qu’il n’osa pas attaquer. Revenant alors
sur ses pas, il vint attaquer Makadian-Counda où se trouvait alors
Penda-Mahmady, frère du Massa-Ouli. Pendant cinq heures le village se
défendit de son mieux. Mais les hommes du marabout, ayant défoncé
une des portes du sagné, pénétrèrent dans l’enceinte, et le
village fut sur le point d’être emporté. Croyant la situation
désespérée, Penda-Mahmady fit ouvrir les barils de poudre qui lui
restaient et en versa le contenu devant lui, bien décidé à se faire
sauter plutôt que de tomber vivant entre les mains du marabout. Les
hommes de ce dernier avaient déjà fait sortir 200 prisonniers
du village et tout enfin semblait absolument perdu, quand tout à
coup on entendit un sourd roulement dans le lointain. C’était
Ousman-Gassy qui arrivait au secours du village assiégé avec
ses guerriers et ceux de Sini et qui faisait battre le tam-tam
de guerre. Mahmadou-Lamine allait être cerné par les cavaliers
d’Ousman lorsqu’il s’enfuit à toutes brides vers Canapé. Ses
hommes le suivirent en désordre. Quant à ceux qui étaient parvenus
à pénétrer dans le village, ils y furent tous massacrés ou faits
prisonniers. Ceux qui furent pris vivants furent amenés devant
Ousman-Gassy, qui se trouvait devant la face est du village, et par
son ordre immédiatement fusillés. Ce fut une épouvantable tuerie,
et aujourd’hui encore on peut voir non loin de Makadian-Counda, à
quelques portées de fusil des remparts, à l’est, les ossements
des talibés du marabout que le temps a blanchis. Mahmadou-Lamine
perdit plus de 500 hommes dans cette affaire.
Quant au marabout et aux guerriers qui l’accompagnaient, ils
furent poursuivis jusqu’à Soutouko, village qui se trouve à
35 kilomètres environ au sud de Makadian-Counda. Ousman-Gassy
rentra le soir même à Sini, vers neuf heures, après avoir pris à
l’ennemi une vingtaine de chevaux et fait encore une cinquantaine
de prisonniers.
Lamine rentra à Toubacouta, heureux d’avoir échappé à un ennemi
dont il savait ne devoir jamais attendre aucune pitié. Quelques
jours après il expédia, dit-on, un émissaire au gouverneur du
Sénégal, à Saint-Louis, afin d’entamer des négociations ;
elles n’aboutirent pas.
Pendant que ces événements se passaient dans le Ouli, le capitaine
Fortin négociait avec le roi du Fouladougou, Moussa-Molo, et arrivait
à le décider à établir des postes militaires tout le long de la
rive gauche de la Gambie, depuis le Kantora jusqu’à Mac-Carthy,
afin de couper toute retraite au marabout dans le cas où Toubacouta
pris, il parviendrait à s’échapper. Il écrivit au chef de
Dougousine, Silly-Penda ; au chef de Diambour, Massa-Ali, et à
celui de Coutia de réunir leurs guerriers au premier signal afin
de barrer la route à Mahmadou-Lamine s’il venait à s’enfuir
vers le Kalonkadougou. Enfin il donna les mêmes instructions à
Ousman-Celli, à Oualia, à Maka-Cissé, chef de Dinguiray, à
l’alcati de Koussalan et à tous les chefs torodos et ouolofs du
Niani dans le cas où l’ennemi se dirigerait vers l’ouest.
Après avoir pris toutes ces dispositions, Fortin n’attendit plus
pour agir que d’avoir reçu les renforts qui lui étaient annoncés
de Kayes et les instructions du commandant supérieur.
Le 25 novembre, la colonne de la Gambie était complètement
concentrée et formée à Bani. Elle était composée de deux
compagnies de tirailleurs sénégalais, commandées par les
lieutenants Chaleil, Poitout, Pichon et Renard, et formant un
total d’environ 250 hommes armés de kropatscheks avec 200
cartouches par homme, et d’une section d’artillerie de 80
millimètres, commandée par le lieutenant Le Tanhouëzet. Enfin
le Dr Fougère, médecin de deuxième classe de la marine, était
nommé médecin-major de la colonne expéditionnaire, et le lieutenant
Levasseur était attaché à l’état-major du commandant. Quant à
la cavalerie, elle était constituée par les guerriers du Bondou,
sous les ordres d’Ousman-Gassy.
Le 28 novembre, à quatre heures du soir, la colonne partait de Bani
pour Toubacouta. Il s’agissait maintenant de marcher rapidement et
dans le plus grand secret afin de surprendre l’éternel fuyard et
d’arriver devant Toubacouta avant que l’éveil fût donné. On
savait que le marabout, sur des bruits vagues de mouvements de
troupes dans le Bondou, avait aussi concentré tout son monde à
Toubacouta où, comme à Dianna, l’année précédente, il avait
été élevé d’importantes fortifications.
Une garnison de quelques hommes seulement est laissée à Bani pour
établir les communications avec Sénoudébou et Bakel.
Le soir, on bivouaque à Bentenani. Le surlendemain on arrive à
Goubaïel, sur les bords du Niéri-Kô, que l’on traverse sur un
pont qu’il fallut faire de toutes pièces et qui existe encore. Le
1er décembre on est à N’Garioul, le 2 à Godjieil, le 3 à
Tambacounda, le 4 à Baricounda, le 5 à Sini, le 7 on tourne le gros
village de Barocounda qui est occupé par un contingent d’environ
300 hommes, presque tous talibés du marabout. Enfin le 8, par une
marche hardie et remarquable en tous points de tactique militaire,
on arrive devant Toubacouta qui est immédiatement investi à sept
heures du matin. Le bombardement commence aussitôt, et dès que le
feu de l’ennemi est éteint et que Fortin juge le moment opportun,
il donne le signal de l’attaque. « L’attaque, dit le colonel
Gallieni dans son remarquable livre : _Deux Campagnes au Soudan
français, 1886-1888_, est brillamment conduite par Ousman-Gassy
qui se montre le digne fils du roi Boubakar-Saada. La colonne
pénètre dans le village, accueillie par le feu nourri des derniers
défenseurs de Toubacouta. Ceux-ci luttent avec acharnement, et en
moins de quelques minutes les assaillants ont une vingtaine de tués
et autant de blessés. Mais cernés et acculés par l’incendie,
les talibés finissent par jeter leurs armes et se rendent à
discrétion. On s’informe de suite du marabout. Hélas ! cet
éternel fuyard avait encore échappé. »
Voici ce que, d’après le même auteur, on apprit au capitaine
Fortin : Mahmadou-Lamine avait reçu avis de la marche de la colonne
le 7 décembre vers six heures du soir. La nouvelle lui était
parvenue par un courrier du village de Gamon qui avait fait un
grand détour par le Tenda. Toutefois ce renseignement n’avait
pu lui indiquer la position exacte des troupes françaises. Il
savait seulement qu’une colonne était partie de Bani pour
l’attaquer. Vers huit heures du soir, le même jour, il sut que des
mouvements de troupes étaient signalés du côté de Oualia et de
Paqueba, le long du Sandougou, mais qu’aucun blanc n’avait encore
paru dans cette direction. Le 7 au soir le marabout ignorait donc que
le capitaine Fortin était campé à une dizaine de kilomètres à
peine, entre son poste avancé de Barocounda et Toubacouta. Mais il
préparait sa fuite, croyant d’ailleurs avoir beaucoup de temps
devant lui. Toutefois, comme il s’était engagé par serment
à défendre sa place d’armes, dans le cas où les Français
viendraient l’attaquer, il avait peur, s’il dévoilait la
vérité, d’être retenu de force. Aussi avait-il réuni tous les
notables du village pour leur annoncer qu’il allait combattre les
Torodos du Niani, qui venaient de s’installer dans les villages du
Sandougou. Il ne prit avec lui que 100 de ses talibés, alla camper
sur la rive droite du marigot de Douga, à 500 mètres à peine de
Toubacouta. Là, il avait passé la nuit et avait dû s’enfuir
par la route de Oualia au premier coup de canon. Les blessés et
prisonniers interrogés n’en savaient pas plus long.
Les pertes subies par le marabout à Toubacouta étaient énormes ;
le village et ses abords, le marigot et les pentes de la rive droite
étaient jonchés de cadavres. Beaucoup de blessés étaient,
en outre, allés mourir dans la brousse à 2 ou 3 kilomètres de
là. Presque tous les lieutenants de Mahmadou-Lamine avaient été
tués : son cadi, Ahmady-Boré, qui avait organisé et présidé
le premier palabre secret de Balou, où les Sarracolés avaient
décidé de se soulever contre les Français ; son ministre,
Sourakata-Diawara, qui avait surpris, avant toute déclaration
d’hostilité, la garnison de Bakel sortie pour aller surveiller
le village insoumis de Yaféré, sur le Sénégal ; les principaux
chefs talibés qui avaient pris la part la plus active au siège de
Bakel et au pillage de nos comptoirs, etc.
De notre côté, nous comptions une cinquantaine de victimes, presque
toutes parmi les auxiliaires du Bondou et du Ouli. Nos tirailleurs
avaient trois ou quatre hommes hors de combat. Pas un soldat européen
(il est vrai qu’ils se réduisaient à quelques canonniers et aux
gradés des compagnies de tirailleurs) n’avait été atteint.
Le frère du chef de Toubacouta, Fodé-Bâ, fut tué par un homme
de la suite de Malick-Touré, l’almamy du Bondou.
Le désastre était complet, il est vrai, pour le marabout ; mais
il fallait à tout prix s’emparer de lui, car il aurait fallu
recommencer la lutte la campagne suivante. Toubacouta pris, Fortin,
bien que Lamine eût déjà plus de cinq heures d’avance, lança
à sa poursuite tous les cavaliers auxiliaires dont il disposait.
Le 9 décembre, à six heures du soir, Moussa-Molo, roi du
Fouladougou, débouche sur le champ de bataille de Toubacouta avec
une armée de 2,000 guerriers. Fortin le lance à la poursuite du
marabout, sachant bien que celui-ci n’échapperait pas et que,
mort ou vivant, Moussa-Molo s’en emparerait.
Mahmadou-Lamine, en quittant Toubacouta, s’était sauvé à bride
abattue vers le Sandougou. Il espérait bien, grâce à ses 100
talibés, en forcer les passages. Il se présente devant Oualia ;
notre allié, Ousman-Celli, l’en chasse à coups de fusil. Il
continue alors sa route vers le nord et veut forcer le gué de
Paquéba ; mais là Maka-Cissé, avec les Torodos du Niani, l’oblige
à rebrousser chemin. Toutefois, les hommes chargés de garder la
route de Colibentan ont fait défection. La route est libre. Lamine
franchit le Sandougou et se renferme dans le village de Maka, où il
va attendre les événements et essayer de se défendre. Ce retard
le perd. Le 9 au soir, les contingents du Ouli et du Bondou sont
dirigés sur Maka, pendant que Moussa-Molo est lancé sur la rive
droite de la Gambie pour lui couper la retraite.
Cependant, dans la soirée du 9, les auxiliaires du Bondou et du
Ouli, arrivés devant Maka, en sont chassés par les talibés. Mais
le chef du village ne veut pas garder un hôte aussi encombrant plus
longtemps, et le chasse aussitôt de ses murs. Il prend alors la
route du sud. Repoussé successivement de Cissé-Counda, de Countiao,
Carantaba, Counting, Iona, il arrive, exténué de fatigue, dans
le petit village de N’goga-Soukota. A peine y est-il installé
qu’arrivent Moussa-Molo et ses cavaliers. Le village est cerné
et les talibés, attaqués à la fois par les habitants et les
contingents du Bondou, du Ouli et du Fouladougou, vendent chèrement
leur vie. Enfin, Mahmadou-Lamine, blessé à la cuisse d’un coup
de sabre par un Bondounké, est fait prisonnier. Porté en civière,
il succombe à Counting de ses blessures. Les habitants de ce village
qui, en secret, tenaient pour lui, réclament son corps, qu’ils
veulent soustraire aux profanations de ses ennemis. Moussa-Molo
refuse. Il fait laisser le cadavre sur la civière, et ordonne
à son griot de confiance de le transporter jusqu’au camp
français. Lui-même prend les devants pour annoncer l’heureuse
nouvelle.
Mais ce cadavre entre bientôt en putréfaction ; le griot ne
pouvant plus le faire transporter, et pour accomplir la mission
qui lui a été donnée, tranche la tête du marabout, dont il
abandonne le corps aux oiseaux de proie. Il accroche le trophée
sanglant à l’arçon de sa selle, et rentre au camp le lendemain
matin. Devant lui marchait le cheval blanc du marabout, portant ses
armes et sa robe couverte de gris-gris. « Ainsi finit l’homme, dit
le colonel Gallieni, qui rêva un moment la fortune des El-Hadj-Oumar
et des Samory. Il eut tort de s’adresser trop tôt à la puissance
française. »
La prise de Toubacouta et la capture du marabout Mahmadou-Lamine sont
peut-être les deux faits d’armes les plus glorieux que nous ayons
à enregistrer au Soudan français. Ils font le plus grand honneur
au colonel Gallieni et au capitaine Fortin, qui ont su organiser
cette victoire sans rien laisser à l’imprévu.
Dans cette courte campagne, le capitaine Fortin fit preuve d’une
connaissance approfondie du pays, des mœurs et des habitudes
militaires des indigènes. D’une énergie sans égale, il montra les
qualités les plus précieuses d’un véritable homme de guerre, et
le succès qui couronna ses efforts démontra d’une façon évidente
combien était parfaite la tactique qui présida à ses opérations.
Aujourd’hui Toubacouta appartient aux Anglais. Nous le leur avons
cédé par le traité du 10 août 1889, qui règle la situation
réciproque de la France et de l’Angleterre dans le bassin de
la Gambie.
Quelques semaines après, la colonne victorieuse rentrait à Kayes,
où il lui fut fait une réception digne de ses travaux.
Peu après, Saada-Ahmady, l’almamy du Bondou, qui n’avait pas
cru devoir marcher avec nous contre le marabout, et qui, s’étant
déclaré ouvertement contre notre politique, s’était enfui avec
son frère Yssaga-Ahmady dans le Bosséa, auprès d’Abdoul-Boubakar,
fut déposé par le colonel Gallieni. Sur la proposition du capitaine
Fortin, Ousman-Gassy fut placé sur le trône du Bondou.
Juste récompense du zèle et du dévouement dont il n’avait cessé
de faire preuve pour la cause française.