EL-HADJ-OUMAR DANS LE BUNDOU (1853-1857).

A la mort d’Ahmadou-Sy, le trône du Bondou donna lieu à

d’ardentes compétitions et à des dissensions si profondes entre

les deux branches royales de Boulébané et de Koussan-Almamy,

qu’elles dégénérèrent en une guerre civile longue et acharnée

qui mit le Bondou à deux doigts de sa perte et fut une des causes

les plus importantes du démembrement et de la dépopulation de ce

grand pays.

L’héritier légitime du trône était Oumar-Sané, fils

d’Ahmady-Aïssata et frère de l’almamy Saada. Il ne fut pas

reconnu par les Sissibés de Boulébané. Escorté par les fils

de l’almamy Saada, ses propres neveux, il alla se mettre sous la

protection des Sissibés de Koussan-Almamy, qui le proclamèrent et

le firent rentrer à Boulébané.

Le fils aîné de l’almamy Saada, Ahmady-Saada, se retira alors

à Gabou, à 25 kilomètres environ de Bakel. Boubakar-Saada et

ses autres frères restèrent à Sénoudébou. Tout en contestant

à leur oncle ses droits au pouvoir, ils protégeaient un prince

nommé Ahmady-Gaye, fils d’Ousman-Coumba-Tounkara, un des sept

princes sissibés qui, à la mémorable défense de Dara-Lamine,

avaient préféré la mort à la captivité. Séga-Toumané, fils

aîné de l’almamy Toumané-Mody et chef de la branche de Koussan,

fit tous ses efforts pour faire comprendre à Ahmady-Saada que la loi

du pays s’opposait formellement à ce qu’un autre qu’Oumar-Sané

fût proclamé almamy. Ce fut en vain ; Ahmady-Saada s’y refusa

net et persista dans la première résolution qu’il avait prise

de proclamer Ahmady-Gaye, sous prétexte que l’almamy Saada, son

père, l’avait, en mourant, désigné comme son successeur. Il le

fit reconnaître par son parti et vint s’établir avec lui et ses

partisans dans le Lèze-Bondou, à Gabou.

La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux partis. Les

Sissibés de Koussan levèrent une armée qui, sous la conduite de

Toumané-Samba, vint attaquer à Fissa-Daro Ahmady-Saada qui s’y

était enfermé avec de nombreux guerriers, grossis d’un contingent

de Bambaras du Kaarta. L’armée de Koussan tenta l’assaut de

Fissa-Daro, mais fut repoussée à plusieurs reprises. Toumané-Samba

fut mortellement atteint. Ses hommes, terrifiés, battirent en

retraite, l’abandonnant sur le champ de bataille. Ses meilleurs

guerriers perdirent la vie dans cette affaire. Un autre Sissibé de

Koussan, nommé Baïla-Malick, fils de Malick-Coumba et cousin de

Samba-Toumané, fut compté au nombre des morts.

Cependant, à force d’insistances et de pourparlers, les notables du

Bondou parvinrent à opérer un rapprochement entre les Sissibés. La

ruine et la désolation s’étaient abattues sur le pays, et tout

le peuple se croyait forcé de le quitter, si une solution ramenant

la paix n’intervenait pas rapidement. Des démarches furent alors

tentées ; les deux partis décidèrent qu’un grand palabre aurait

lieu à Diamwély, au centre du Bondou, dans lequel on choisirait un

seul des deux almamys pour le pouvoir. Il aurait comme successeur

immédiat son compétiteur présent. L’accord était presque sur

le point de se conclure, lorsque apparut dans le Bondou le prophète

El-Hadj-Oumar.

Ce marabout fameux, cet homme qui, hier encore obscur et inconnu,

réussit à fanatiser la plus grande partie du Soudan occidental et

à créer de toutes pièces le plus grand empire noir qui ait jamais

existé en Afrique, naquit vers la fin du XVIIIe siècle à Aloar,

près Podor, d’une famille de Toucouleurs Séléiobés. Dès son

jeune âge, il se distingua par une grande réputation de sainteté

et attira ainsi autour de lui bon nombre de disciples. Pour se rendre

encore plus célèbre, il songea à aller se purifier à la Mecque ;

mais il était sans ressources et dut solliciter des marabouts de

Saint-Louis les moyens d’accomplir son voyage ; en 1825, il vint au

chef-lieu de notre colonie, où les musulmans lui firent un chaleureux

accueil et le comblèrent de présents. L’année suivante, il se

mettait en route à travers l’Afrique pour se rendre à la ville

sainte. Pendant toute la durée de ce long et pénible voyage et

jusqu’en 1842 on n’entendit plus parler de lui. A cette époque,

il revint dans le Ségou, prêchant, prophétisant et vendant très

bien ses gris-gris réputés miraculeux.

On pensait qu’il allait venir briguer la dignité d’almamy du

Fouta-Toro, mais il se dirigea vers le Fouta-Djallon et se construisit

à Dinguiray un tata pour y enfermer ses richesses. De tous côtés

affluèrent des cadeaux qui étaient immédiatement convertis en

armes et munitions.

En 1847, il visita son pays natal et poussa jusqu’à l’escale

du Coq, où les traitants de Saint-Louis lui firent un accueil

enthousiaste et obtinrent même un bateau à vapeur pour le ramener

chez lui.

El-Hadj reprochait souvent leur apathie aux gens du Fouta et irritait

en même temps les princes, qui tentèrent de le faire assassiner.

Au mois d’août 1847, il se rencontrait à Bakel avec MM. de

Grammont, gouverneur du Sénégal, et Caille, directeur des

affaires politiques, et, en présence de Paul Holle, il leur tint

ce langage : « Je suis l’ami des blancs, je veux la paix, je

déteste l’injure. Quand un chrétien a payé la coutume, il doit

pouvoir commercer librement. Le jour où je serai almamy du Fouta,

construisez-moi un fort. Je disciplinerai le pays et nous aurons

des relations amicales. »

De retour dans le Fouta-Djallon, la tête remplie de projets,

il redoubla d’activité pour attirer à lui le plus possible de

partisans. Quand il crut le moment venu, il envoya une députation

au chef de Tamba, village situé sur les frontières du Bondou, du

Bambouck et du Fouta-Djallon, pour obliger les habitants à embrasser

la religion du prophète. Ses messagers furent éconduits. El-Hadj,

furieux, résolut de s’emparer de force de ce point stratégique,

et au mois d’août 1852 il se rendit maître de Tamba, dont il

massacra presque tous les habitants.

Pour donner un prétexte à ses entreprises ambitieuses, il disait

bien haut que la gloire de Dieu et la conversion des infidèles

étaient les seuls motifs qui le poussaient à faire la guerre.

En 1853, il pénétra dans le Bambouck, qu’il suivit de village

en village, appelant et prêchant les habitants, pendant que ses

émissaires parcouraient le Khasso, le Bondou et le Guidimakha.

En 1854, il était devant Farabanna ; il appela les chefs et les

retint sous une cause quelconque pour faire gouverner la ville par un

de ses marabouts, avec ordre de détruire les tatas devant lesquels

étaient venues s’échouer les forces du Bondou, du Bambouck et

du Khasso.

Désormais libre de ses mouvements, il fit de Farabanna le centre

de ses opérations, et, se posant en arbitre souverain, il convoqua

dans sa nouvelle capitale tous les chefs des pays environnants. Ceux

du Guoy, du Khasso, du Guidimakha, du Fouta, les Sissibés de

Boulébané et de Koussan répondirent à son appel. Ces derniers

soumirent à son arbitrage le différend qui les séparait et les

avait armés les uns contre les autres. El-Hadj, pour la forme,

proclama almamy Oumar-Sané, et trouva le moyen de faire cesser

les luttes intestines qui désolaient le Bondou, en le supprimant

pour ainsi dire et en emmenant ses princes et leurs sujets à sa

suite. « Laissez-là, leur dit-il, vos querelles, que je réglerai

à mon retour. Pour le moment, vous devez me suivre à la conquête

des pays infidèles. » Les Bondounkés sont comme les autres

peuples de race noire et musulmans, ils s’acclimatent vite avec le

fanatisme, et ils n’attendaient qu’une occasion favorable pour

se ranger sous la bannière du faux prophète. Le plus grand nombre

des Sissibés se réunit donc aux contingents d’El-Hadj-Oumar,

qui leur déclara qu’il ne restait plus aucun pouvoir que celui

de Dieu, qu’il représentait. Les habitants, fatigués d’être

sous les ordres de chefs qui leur imposaient de lourdes charges,

suivirent le grand marabout dans le Nioro, abandonnant ainsi leur

pays, qui devint la proie de ses talibés (disciples).

Ahmady-Saada, désespéré, rentra malade à Gabou et y mourut peu

après. Quant aux deux almamys, ils suivirent El-Hadj et moururent à

ses côtés. Oumar-Sané fut tué au siège de Médine en laissant

un fils, Abbas-Oumar, qui mourut à Nioro. Ahmady-Gaye succomba

à Yellimané. Il laissa deux fils : Oumar-Ahmady-Gaye, qui mourut

sans régner, et Abdoul-Ahmady-Gaye, qui vit encore à Diamwély,

près de Boulébané.

Les princes sissibés qui avaient suivi El-Hadj combattirent à ses

côtés pendant toutes ses campagnes. Nous ne rééditerons point

ici tout ce qui a été dit au sujet du grand marabout. Sa vie

et ses hauts faits sont aujourd’hui trop connus. Nous prierons

seulement le lecteur que cela pourrait intéresser de vouloir

bien se reporter au récit qu’en a fait, dans la relation de son

_Voyage au pays de Ségou_, le grand explorateur, M. le lieutenant

de vaisseau Mage. Jusqu’à ce jour, il n’a rien été fait de

plus complet sur cette partie de l’histoire du Soudan, et nous

nous contenterons simplement de rapporter ce qui touche de près

au royaume du Bondou. On n’ignore pas qu’après la prise de

Yellimané, la capitale des Massassis-Coulibalys, rois du Kaarta,

El-Hadj fit exécuter 200 des plus nobles Bambaras qu’il avait

faits prisonniers. Boubakar-Saada, l’un des fils de l’almamy

Saada, qui, comme ses parents, avait suivi le faux prophète, ne

put faire autrement qu’intercéder pour ses oncles. Il était, en

effet, fils d’une princesse Massassi que son père avait épousée

comme gage d’alliance avec les Bambaras du Kaarta. Cette démarche

le rendit suspect aux yeux d’El-Hadj. De plus, les talibés le

dénoncèrent comme partisan des infidèles. Il fut alors pris et

gardé à vue par les gens du marabout. Sur le point d’être mis

à mort, il réussit à s’échapper et vint à Médine, où il

rencontra le lieutenant-colonel du génie Faidherbe, qui le prit sous

sa protection et qui, voyant le Bondou sans chef et dans l’anarchie

la plus complète, le nomma almamy, le 5 octobre 1855.

Au commencement de mars 1856, une bande de Toucouleurs de l’armée

d’El-Hadj revenant du Kaarta et commandée par deux grands marabouts

du Fouta nommés Belli et Tierno-Allioun, forçait le Bondou

à se soulever de nouveau contre nous et contre son almamy. Ils

s’emparèrent de Bordé, village situé près de Bakel et qui

avait hésité à prendre parti pour eux. Enhardis par ce succès,

ils vinrent enlever le troupeau du poste. On courut après eux et

on leur tua 50 hommes. On leur prit 400 captifs qu’ils ramenaient

de leur guerre sainte, 14 chevaux, des bœufs, des ânes et du

butin qu’on mit 4 jours à transporter à Bakel. Les deux chefs

toucouleurs restèrent sur le champ de bataille.

A la suite de ces événements, Boubakar reprit la campagne avec

3 ou 400 partisans, et M. Girardot, commandant de Sénoudébou, se

réunit à lui. Ils détruisirent le village de Débou qui s’était

révolté et y firent plus de 400 prisonniers. Peu de jours après,

le commandant de Sénoudébou brûlait le village Touldéouoro, aidé

par Boubakar-Saada. Ils ne perdirent que 2 hommes et en tuèrent 30

à l’ennemi, entre autres un prince sissibé nommé Boubakar-Malick.

Le 5 avril 1856, 500 Bondounkés cherchèrent à enlever le troupeau

de Sénoudébou ; 50 hommes du poste, 80 du village et 100 Malinkés

les repoussèrent vigoureusement. Par suite de cette agression, on

alla quelques jours après brûler Naïé, où plus de 200 prisonniers

périrent dans les flammes. On fit aussi quelques prisonniers,

entre autres un grand marabout d’El-Hadj, chef de la bande qui

avait attaqué le troupeau du poste et qui fut fusillé sur-le-champ.

Le 7 avril, le village sous le poste est attaqué de nouveau et

l’ennemi repoussé.

Le 7 mai, à sept heures du matin, le fort et le village de

Sénoudébou furent encore assaillis par plus de 2,000 hommes. Le

combat se prolongea jusqu’à six heures du soir. L’ennemi fut

de nouveau repoussé.

Le 21 du même mois, un marabout du Fouta-Djallon, avec une armée

de 4,000 hommes du Bondou, du Kaméra, du Fouta, tenta une nouvelle

attaque ; après une fusillade de cinq heures, il se retira à 3

kilomètres, laissant trois morts.

Dans la nuit du 23, il fit une nouvelle attaque sans résultat. Enfin,

le 24 à onze heures, divisé en trois corps, l’ennemi vint tenter

un nouvel assaut. Trois fois repoussé, il abandonna le champ de

bataille à deux heures de l’après-midi, laissant 35 morts et

emmenant beaucoup de blessés. 200 hommes du poste et du village le

poursuivirent et ramenèrent une dizaine de prisonniers.

Juin 1856. Boubakar-Saada est envoyé par le commandant de Bakel

pour brûler le village d’Alana, entre le Guoy et le Fouta, qui

avait tué un de nos courriers.

Août 1856. Tout le Bondou se soumet à Boubakar-Saada et lui donne

des otages.

Septembre 1856. Profitant d’un voyage de M. Flize, officier

d’infanterie de marine, dans le Bambouck, Boubakar, aidé de

Bougoul, chef de Farabanna, attaqua Kéniéba qui était au pouvoir de

nos ennemis. Ils prirent le village et le mirent à notre disposition

pour l’exploitation des mines d’or.

Janvier 1857. Boubakar fait une grande razzia sur son cousin Ousman

qui le trahissait et qui lui fit sa soumission à la suite de cette

sévère leçon.

Février 1857. Boubakar se rend dans le Ferlo soumettre les villages

révoltés, dont une partie passa à l’ennemi en traversant le

fleuve, se rendant dans le Guidimakha.

Mars. Croyant les circonstances favorables, un compétiteur

s’éleva contre lui dans le Bondou. C’était un Sissibé de

la branche d’Amaguié, qui se nommait Ely-Ahmady-Kaba, et qui

était partisan d’El-Hadj. Il avait réussi à grouper autour de

lui les villages de Ouro-Ahmadou, Bélidioudé, Séling, Kipinguel,

c’est-à-dire environ 6,000 hommes avec lesquels il s’enferma

dans le village fortifié d’Amaguié ou Amadhié. Boubakar, lui

ayant fait demander le tribut dû à l’almamy, celui-ci répondit

par un refus formel, menaçant de mettre à mort celui qui viendrait

lui renouveler cette demande.

Les hostilités commencèrent aussitôt. Boubakar marcha contre

le rebelle. Son armée renforcée par les troupes du poste de

Sénoudébou, que commandait le piqueur du génie Girardot, vint

mettre le siège devant Amaguié. Le village ne put être enlevé

de vive force. La résistance des habitants fut opiniâtre, et,

l’affût de la pièce du poste s’étant brisé, on fut obligé de

demander du renfort à Bakel et la colonne, en attendant vint camper

sous les murs de Séling ou Sélen sur la Falémé. A l’attaque

d’Amaguié, les Maures Douaïch qui s’étaient joints à Boubakar

se contentèrent de faire caracoler leurs chevaux dans la plaine

sans s’approcher des tatas.

Le commandant de Bakel, le capitaine Cornu, se vit obligé de marcher

avec ses hommes au secours de Boubakar-Saada et du commandant de

Sénoudébou. Il les rejoignit quelques jours après à Séling et

marcha avec eux contre Amaguié. Mais il eut beaucoup de peine à

décider les Maures à marcher avec eux à l’ennemi.

Lorsqu’il arriva devant Amaguié, il fit demander le chef. Celui-ci

lui envoya aussitôt son fils. Il le chargea d’aller dire à

son père de venir faire sa soumission immédiatement. Vers le

soir, Ely-Ahmady-Kaba arriva avec tous ses notables. Il fit sa

soumission à Boubakar-Saada en lui demandant de ne pas abuser

de la protection de la France pour commettre des injustices et se

livrer à des représailles contre ses ennemis. On désarma tous les

habitants du village. On prit tous les chevaux, les bœufs et les

captifs. Les hommes libres furent laissés en liberté. L’autorité

de Boubakar-Saada fut donc affirmée pour quelque temps dans le

Lèze-Maïo. Le tata d’Amaguié avait 500 mètres de développement,

3 mètres de haut et 1 mètre d’épaisseur à la base.

Juillet 1857. Après avoir chassé El-Hadj des environs de Médine,

le gouverneur Faidherbe se décida à s’emparer de Somsom-Tata,

la ville la plus forte du Haut-Bondou et celle qui avait, de tout

temps, fait le plus d’opposition à Boubakar-Saada. Celui-ci,

de son côté s’était assuré de l’alliance du chef des

Maures Douaïch, du roi du Khasso, Sambala, et de Bougoul, chef

de Farabanna. Ainsi secondé et fort de l’appui de la France,

il marcha sur Somsom-Tata. Le chef de ce village, Malick-Samba,

prince sissibé, retenait alors prisonnier dans son tata Alkossoum,

Sissibé de la branche de Koussan-Almamy, fils de l’almamy Toumané,

et, par conséquent, oncle du chef du village auquel il avait été

confié. On l’accusait de s’entendre avec Boubakar-Saada dont il

défendait vivement le parti. Aussi avait-il été arrêté par ordre

d’El-Hadj-Oumar et interné à Somsom-Tata, qui passait alors,

dans tout le pays, pour une forteresse absolument imprenable. Elle

avait été construite quarante ans auparavant par l’almamy

Toumané et était dirigée contre les Bambaras, qui venaient

à chaque instant faire des razzias dans le Bondou. L’almamy

Toumané y avait installé une forte garnison en même temps pour

surveiller le Bas-Bondou et pour pouvoir protéger le Lèze-Maïo,

afin de donner le temps aux troupes du Koussan et de Boulébané

de se rassembler. Cette garnison se composait presque uniquement de

captifs de l’almamy et d’hommes libres de sa suite, et lorsque

Malick-Samba en fut nommé le chef, c’étaient les descendants de

ceux-ci qui défendaient la forteresse.

Boubakar-Saada, résolu à en finir avec eux, avait fait écrire

à Malick pour le sommer d’avoir à rendre la liberté

à Alkossoum. Malick refusa net, et Boubakar marcha contre

Somsom-Tata. Il fut soutenu, dans cette circonstance, par le capitaine

Cornu, commandant de Bakel, qui lui prêta son concours. Arrivés

devant la place, ils livrèrent un assaut terrible ; mais ils furent

repoussés. Ils résolurent alors de faire brèche. Le capitaine

Cornu fit mettre en batterie les quatre pièces de montagne dont il

disposait. Mais ce fut inutile, les boulets n’entamèrent même pas

la muraille. Le siège fut alors organisé en règle et on résolut

de prendre le village par la famine. Ce fut alors que le gouverneur

Faidherbe, prévenu par le capitaine Cornu, se mit en marche contre

Somsom-Tata, dont la longue résistance pouvait avoir, dans le pays,

un déplorable effet, surtout à cette époque où El-Hadj se trouvait

au plus haut degré de sa puissance. Il fit débarquer ses troupes

à Yaféré, sur le Sénégal, et marcha contre le village rebelle,

devant lequel il arriva le lendemain.

Il fit alors venir le chef et lui intima l’ordre de délivrer le

prisonnier. Malick-Samba promit de faire sur-le-champ ce qu’il

désirait. Mais à peine entré dans le village, il en fit fermer les

portes et, non seulement refusa de tenir sa parole, mais encore fit

immédiatement assassiner le prince Alkossoum. Faidherbe recommanda

alors au commandant de Sénoudébou et à Boubakar de bien surveiller

les portes ; car, le lendemain, on devait mitrailler le village,

et le surlendemain en faire l’assaut.

Mais Malick, effrayé et ne doutant pas qu’il serait vaincu, prit

la fuite pendant la nuit. Les gardes des portes le poursuivirent,

tuèrent une vingtaine de ses guerriers et firent 400 prisonniers. Le

lendemain on entra dans le village, qui fut pillé et brûlé.

Le 28 août 1857, M. le lieutenant de vaisseau Brossard de Corbigny,

de concert avec les troupes du Bondou et celles de Bougoul, chef

de Farabanna, remonte la Falémé sur le _Grand-Bassam_, capitaine

Marteville, et vient châtier le village de N’Dangan qui avait

laissé passer les gens du Fouta allant au secours des assiégeants

de Médine.

Le village de N’Dangan fut pillé et brûlé. On y fit 25

prisonniers. Le reste de la population s’enfuit à Djenné.

Deux heures après, le _Grand-Bassam_ parut devant Sansandig en même

temps que nos alliés. Des obus mirent le feu au village, et les

défenseurs, découragés, prirent la fuite. On fit 64 prisonniers,

on s’empara de 250 bœufs, et de beaucoup de chèvres. Le chef de

Samba-Yaya, quatre fils du chef de Sansandig et le fils du chef de

Djenné y furent tués.

Novembre 1857. Le Bondou tout entier se soumet à Boubakar-Saada,

et il est proclamé almamy par tous les Sissibés qui y résidaient

alors.

Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes · 第 14 / 34 题