Séga-Gaye, frère de Moussa-Gaye et héritier direct, selon les lois
en vigueur, succéda à l’almamy défunt. A peine fut-il installé
sur le trône du Bondou, qu’il eut à réprimer les désordres
soulevés par les mécontents, qui avaient fait cause commune avec
ses ennemis. Il continua contre les Bakiris la guerre commencée par
son frère, et le village de Sangalou ayant méconnu son autorité,
il s’en empara, après un brillant assaut, mit à mort un grand
nombre de guerriers et emmena en captivité les femmes et les enfants.
Le tunka de Tuabo ne se sentant plus assez fort pour lutter contre
l’almamy du Bondou, alla solliciter l’appui de celui du Fouta,
Abdoul-Kader. Celui-ci venait d’être élu almamy par les notables
Foutankès. Originaire du Bondou, il était né à Diamwély, près
de Boulébané, et avait été chassé du Bondou par l’almamy
Moussa à la suite des craintes qu’inspirait son fanatisme
religieux. Son autorité reconnue de Dembakané à Dagana, il
résolut de venger l’injure dont il avait été victime de la
part des Sissibés. L’occasion se présentait belle. Il ne la
laissa pas échapper. Sur ces entrefaites, les Bambaras du Ségou
envahissaient le Kaarta, et ses habitants, obligés de chercher un
asile dans le haut Galam, faisaient prévenir de leur arrivée le roi
du Fouta. Abdoul-Kader refusa de les recevoir, et leva une armée pour
les chasser, lorsque ceux-ci, informés de ses mauvaises dispositions,
rebroussèrent chemin et rentrèrent chez eux en brûlant plusieurs
villages pour se venger du refus de protection de l’almamy du Fouta.
Iman, chef d’un des villages incendiés, marabout estimé, vint
se plaindre à Abdoul-Kader que Séga-Gaye avait enlevé sa femme
et sa fille pour en faire ses concubines et lui avait brûlé tous
ses livres sacrés, si nombreux, disait-il, qu’il y en aurait eu
la charge d’un âne. Au nom de Dieu et du prophète, il adjurait
Abdoul-Kader de lui faire rendre justice.
Celui-ci se rendit alors à Marsa, à l’est de Gabou, avec une
armée de 20,000 hommes. Grand-prêtre de la religion de Mahomet,
et tenant à montrer le respect qu’il avait pour le culte, il
somma Séga-Gaye de venir lui rendre compte de sa conduite. Soit
par crainte, soit par confiance, l’almamy du Bondou répondit à
l’appel d’Abdoul et le rejoignit à Marsa. Dès son arrivée,
le roi du Fouta fit saisir son ennemi sans vouloir l’entendre et
le condamna à l’exil dans le Toro. Séga-Gaye sortit ; mais à
peine avait-il fait cent pas hors du camp qu’il était assassiné
par les hommes d’Abdoul et son corps jeté dans un marais, en
présence des guerriers du Bondou, qui, en nombre insuffisant,
ne purent protéger leur chef.
A l’annonce de sa mort, les Bondounkès se trouvèrent embarrassés
pour lui désigner un successeur, et, subissant l’influence
d’Abdoul-Kader, nommèrent roi le fils de Paté-Gaye, Ahmady-Gaye,
homme absolument nul.
En même temps, un parti considérable proclamait Ahmady-Aïssata,
frère de Séga-Gaye, et héritier légitime du trône.
Séga-Gaye laissa un fils, Boubakar-Séga, qui mourut sans s’être
jamais fait remarquer en rien.
Ces événements allaient encore plonger le Bondou dans une guerre
terrible et il allait avoir à lutter contre un ennemi acharné et
maître d’une armée redoutable. C’était à la fois une guerre
extérieure et une guerre civile.