Moussa-Gaye, frère d’Ahmady-Gaye, le plus âgé de la famille
royale, succéda à son frère, en vertu des lois de succession. Son
règne fut surtout marqué par la guerre qu’il fit au Guoy. Ce
fut vers cette époque que le chef des Diaybès, N’Diaye-Gauki,
vint s’établir à Bakel, sous la protection de l’almamy
du Bondou. Ahmady-Gaye continua à couvrir de son autorité son
successeur, Silman-Moladiou. C’était vers l’époque de la
première occupation de ce poste par les Anglais. Le tunka de Tuabo
revendiqua comme lui appartenant les terrains de Bakel et voulut
percevoir les droits que les Anglais s’étaient engagés à payer
comme location au chef de ce village. De son côté, Silman-Moladiou
prétendait que, ces terrains ayant appartenu à ses ancêtres,
c’était lui qui devait percevoir l’impôt. Mais, se sentant
trop faible pour pouvoir soutenir la lutte contre le tunka, il vint
demander l’assistance de l’almamy du Bondou. Sur ces entrefaites,
une épidémie s’étant déclarée parmi les hommes qui composaient
la garnison du poste, et presque tous les soldats étant morts, le
commandant dut abandonner Bakel et regagner la côte avec six ou sept
hommes seulement. La cause de discorde disparut donc. Quelque temps
après, un gérant de la Compagnie du Sénégal revint occuper Bakel.
A cette époque, le point où se faisait le principal commerce de
la région était le village de Kounguel. Il y avait alors là une
escale de grande importance, où se trouvaient de nombreux chalands
et même quelques bricks de commerce. Silman-Moladiou, pensant être
secouru par les traitants de Kounguel, refusa un beau jour de payer
à l’almamy du Bondou l’impôt qu’il lui devait verser en
échange de la protection dont celui-ci le couvrait. Moussa-Gaye
se vit donc forcé de prendre les armes contre son ancien allié
et marcha contre Bakel. Silman-Moladiou s’enfuit au premier
choc. La légende rapporte que la grosse pierre que l’on voit
encore suspendue au rocher qui se trouve au bas de la tour de la
Montagne-aux-Singes, à Bakel, a été déplacée par les secousses
que lui ont imprimées les pieds des chevaux de l’almamy Moussa,
lors de l’attaque de Bakel. Son neveu, nommé Sambouddou-Malick,
fils de son frère Malick-Aïssata, fut mortellement atteint dans
le milieu même du village, entre la position actuelle du poste et
l’endroit nommé « L’Hôpital ». Il mourut dans cette même
journée.
Moussa-Gaye, maître de la situation, imposa un impôt aux
commerçants qui viendraient trafiquer à Bakel et à Kounguel. Avant
son avènement au trône, il était, du reste, allé à Saint-Louis
et avait pu, au préalable, traiter cette question avec les
administrateurs des compagnies qui avaient alors la direction du pays.
Dans la dernière année de son règne, il marcha encore contre
les Bakiris, mais fut repoussé à l’attaque qu’il dirigea
contre Goulmy. Il rentra alors à Dara, où il mourut peu après. Il
laissait deux fils : Oumar-Moussa, qui donna naissance aux Sissibés
de Belpounégui, près Sénoudébou, et Malick-Moussa, qui mourut
tout enfant.