Boubou-Malick-Sy laissa quatre enfants : Toumané-Boubou-Malick-Sy,
qui mourut peu après son père ; Mody-Boubou-Malick-Sy, qui
donna naissance aux Sissibés de N’Dagor et d’Amaguié ;
Maka-Boubou-Malick-Sy, plus connu sous le nom de Maka-Guiba ou
Maka-Djiba, et enfin Alioum-Boubou-Malick.
Boubou-Malick-Sy mort, ses enfants se trouvèrent sans défense. Leurs
oncles Mody-Malick et Toumané-Malick, à cette nouvelle, s’étaient
enfuis dans le Fouta-Toro, d’où ils n’osèrent jamais revenir.
Les Malinkés, sentant bien combien était en ce moment précaire la
puissance des Sissibés, envahirent le Bondou. A leur approche tous
les membres de la famille de Malick-Sy s’enfuirent dans le Toro,
à l’exception toutefois de Maka-Guiba. De plus, les Guirobés,
forts du droit que leur donnait le traité conclu avec Malick-Sy,
revendiquèrent le pouvoir suprême. Les Torodos-Tambadounabés,
de leur côté, faisaient valoir des droits égaux. En un mot
l’anarchie la plus complète régnait dans le Bondou.
Craignant pour ses jours, Maka-Guiba alla se cacher chez les Tiambés
ou Torodos de Fissa-Tiambé. Pendant dix ans, il resta sous la
tutelle d’un chef des Guénars. Les Guirobés, qui appréhendaient
sa majorité, le firent rechercher. Ils firent demander au chef des
guerriers, chez lequel le jeune prince était caché, s’il existait
encore quelque part un rejeton de la famille des Sissibés. Celui-ci,
sentant que les Guirobés, qui abhorraient cette famille, n’auraient
pas manqué de le faire disparaître, répondit négativement.
Ayant atteint l’âge de trente deux ans, Maka-Guiba résolut de
réclamer ses droits au commandement. Le Bondou était alors gouverné
par les Guirobés, qui, n’ayant aucune autorité, en étaient
arrivés à laisser à chaque village son indépendance. Maka-Guiba
se rendit alors dans le Toro rejoindre ses frères, ses oncles et
ses cousins, les descendants de N’Diob-Hamet, oncle de son aïeul
Malick-Sy, et qui n’avaient jamais quitté Souïma. Il leur exposa
le projet qu’il avait formé de reconquérir le Bondou, et leur
demanda de se joindre à lui pour continuer l’œuvre de Malick-Sy,
leur ancêtre. Ses oncles et ses frères n’osèrent pas se hasarder
dans une entreprise aussi périlleuse et qui avait déjà fait tant
de victimes dans leur famille. Mais les fils de N’Diob-Hamet lui
promirent le concours le plus absolu.
Maka-Guiba ne se rebuta pas et, à la tête des quelques guerriers que
lui avaient procurés ses cousins, il pénétra dans le Bondou. Il se
rendit directement à Boubaïa, fit réunir les notables guirobés
et guénars, et leur fit connaître ses prétentions. Les Guénars
firent une vive opposition ; et après une guerre civile de courte
durée, et dont il sortit vainqueur, son autorité fut reconnue,
et il fut proclamé élimane, au détriment des ayants droit, qui
avaient fuit et déserté la cause de Malick-Sy.