Nous allons maintenant séjourner plusieurs mois à Alger; j’en profiterai
pour rassembler quelques détails de mœurs qui pourront intéresser comme
le tableau d’un état antérieur à celui de l’occupation de la Régence par
les Français. Cette occupation, il faut le remarquer, a déjà altéré
profondément les manières, les habitudes de la population algérienne.
Je vais rapporter un fait curieux et qui montrera que la politique, qui
s’infiltre dans l’intérieur des familles les plus unies et y porte la
discorde, était parvenue, chose extraordinaire, à pénétrer jusque dans
le bagne d’Alger. Les esclaves appartenaient à trois nations; il y
avait, en 1809, dans ce bagne, des Portugais, des Napolitains et des
Siciliens; dans ces deux dernières classes, on comptait les partisans de
Murat et les partisans de Ferdinand de Naples. Un jour, au commencement
de l’année, un drogman vint, au nom du dey, inviter M. Dubois-Thainville
à se rendre sans retard au bagne, où les amis des Français et leurs
adversaires se livraient un combat acharné; déjà plusieurs avaient
succombé. L’arme avec laquelle ils se frappaient était la grosse et
longue chaîne attachée à leurs jambes.