Pour réussir dans nos opérations géodésiques, pour obtenir le concours
des habitants des villages voisins de nos stations, nous avions besoin
d’être recommandés aux curés. Nous allâmes donc, M. Lanusse, vice-consul
de France, M. Biot et moi, rendre visite à l’archevêque de Valence, afin
de solliciter sa protection. Cet archevêque, homme de très-haute taille,
était alors général des franciscains; son costume, plus que négligé, sa
robe grise, couverte de tabac, contrastaient avec la magnificence du
palais archiépiscopal. Il nous reçut avec bonté, et nous promit toutes
les recommandations désirables: mais, au moment de prendre congé de lui,
nos affaires semblèrent se gâter. M. Lanusse et M. Biot sortirent de la
salle de réception sans baiser la main de Monseigneur, quoiqu’il l’eût
présentée à chacun d’eux très-gracieusement. L’archevêque se dédommagea
sur ma pauvre personne. Un mouvement qui faillit me casser les dents, un
geste que je pourrais justement appeler un coup de poing, me prouva que
le général des franciscains, malgré son vœu d’humilité, avait été choqué
du sans-façon de mes deux compagnons de visite. J’allais me plaindre de
la brusquerie dont il usait à mon égard; mais j’avais devant les yeux
les nécessités de nos opérations trigonométriques, et je me tus.
D’ailleurs, à l’instant où le poing serré de l’archevêque s’appliqua sur
mes lèvres, je songeais encore aux belles expériences d’optique qu’il
eût été possible de faire avec la magnifique pierre qui ornait son
anneau pastoral. Cette idée, je le dis franchement, m’avait préoccupé
pendant toute la durée de la visite.