Le droit d’asile accordé à quelques églises était un des plus hideux
priviléges parmi ceux dont la révolution de 89 débarrassa la France. En
1807, ce droit existait encore en Espagne, et appartenait, je crois, à
toutes les cathédrales. J’appris, pendant mon séjour à Barcelone, qu’il
y avait, dans un petit cloître attenant à la plus grande église de cette
ville, un voleur de grand chemin, un homme coupable de plusieurs
assassinats, qui y vivait tranquillement, garanti contre toute poursuite
par la sainteté du lieu. Je voulus m’assurer par mes yeux de la réalité
du fait, et je me rendis avec mon ami Rodriguez dans le petit cloître en
question. L’assassin prenait alors un repas qu’une femme venait de lui
apporter. Il devina aisément le but de notre visite, et fit incontinent
des démonstrations qui nous prouvèrent que si l’asile était sûr pour le
détrousseur de grands chemins, il ne le serait guère pour nous. Nous
nous retirâmes sur-le-champ, en déplorant que dans un pays qui se disait
civilisé, il existât encore des abus aussi criants, aussi monstrueux.