En 1807, le tribunal de l’inquisition existait encore à Valence et
fonctionnait quelquefois. Les révérends Pères ne faisaient, il est vrai,
brûler personne; mais ils prononçaient des sentences où le ridicule le
disputait à l’odieux. Pendant mon séjour dans cette ville, le
saint-office eut à s’occuper d’une prétendue sorcière; il la fit
promener dans tous les quartiers, à califourchon sur un âne, la figure
tournée vers la queue; la partie supérieure du corps, depuis la
ceinture, n’offrait aucun vêtement; seulement, pour obéir aux règles les
plus vulgaires de la décence, la pauvre femme avait été enduite d’une
substance gluante, de miel, me dit-on, sur laquelle adhérait une énorme
quantité de petites plumes; en sorte que, à vrai dire, la victime
ressemblait à une poule ayant une tête humaine. Le cortége, je laisse à
deviner s’il y avait foule, stationna quelque temps sur la place de la
cathédrale, où je demeurais. On me rapporta que la sorcière fut frappée
sur le dos d’un certain nombre de coups de pelle; mais je n’oserais pas
l’affirmer, car j’étais absent au moment où cette hideuse procession
passa devant mes fenêtres.
Voilà cependant quels spectacles on donnait au peuple, au commencement
du XIXe siècle, dans une des principales villes d’Espagne, siége d’une
université célèbre et patrie de nombreux citoyens distingués par leur
savoir, leur courage et leurs vertus. Que les amis de l’humanité et de
la civilisation ne se désunissent pas; qu’ils forment, au contraire, un
faisceau indissoluble, car la superstition veille toujours et guette le
moment de ressaisir sa proie.