XI.

Le miroir magique.--La pistole volante.--Les têtes d'airain et

l'androïde.--Les armes enchantées.--Les coupes.--Les bagues.--L'anneau

du voyageur et l'anneau d'invisibilité.--Le téraphim.--Le carré.--La

baguette magique.--Comment elle se fabriquait.

L'une des pièces les plus importantes de l'arsenal des sorciers était

les miroirs magiques. Dans l'antiquité païenne les sorcières de la

Thessalie écrivaient avec du sang humain leurs oracles sur ces miroirs,

et les oracles se réfléchissaient dans le disque de la lune, où on

pouvait les lire comme dans un livre. L'usage de ces instruments devint

extrêmement commun en France, au XVIe siècle, et l'on assure que

Catherine de Médicis en possédait un à l'aide duquel elle apercevait

d'un coup d'oeil tout ce qui se passait en France, et tout ce qui devait

y arriver dans l'avenir. Pasquier rapporte qu'elle y vit un jour une

troupe de jésuites qui s'emparaient du pouvoir; à cette vue elle entra

dans une telle colère, qu'elle voulut briser l'instrument révélateur,

mais on le lui arracha des mains, et à la fin du XVIIe siècle, en 1688,

on assurait que l'on pouvait encore le voir au Louvre. Les ennemis des

jésuites accusèrent le père Coton de faire voir à Henri IV, dans un

miroir étoilé, ce qui se passait dans les cours et les cabinets de tous

les princes.

La pistole volante était une monnaie marquée d'un signe magique, qui

revenait toujours dans la poche de son maître, comme les cinq sols du

Juif errant.

Les têtes d'airain, fabriquées sous l'influence de certaines

constellations, avaient la faculté de parler, et elles donnaient des

avis sur les affaires importantes. Virgile, Robert de Lincoln, Roger

Bacon, en possédaient plusieurs qui ne se trompaient jamais. Albert le

Grand avait même fait un homme entier, à la confection duquel il

travailla trente ans; cet homme d'airain se nommait l'androïde; mais il

fut brisé par saint Thomas d'Aquin, qui ne pouvait supporter son babil.

Les armes enchantées, qui rappellent les armes forgées par Vulcain, et

qui jouent un si grand rôle dans les romans de chevalerie, avaient la

propriété de faire voler en éclats toutes celles qui leur étaient

opposées, et de ne jamais se briser elles-mêmes.

Les coupes magiques communiquaient aux breuvages, dont elles étaient

remplies, des vertus extraordinaires, et se brisaient lorsqu'elles

étaient touchées par une liqueur empoisonnée.

Les peaux d'enfants sur lesquelles on traçait des caractères magiques,

préservaient des maladies, et reculaient indéfiniment la vieillesse.

Les bagues constellées renfermaient de petits démons, appelés

_servants_, qui remplissaient les fonctions de domestiques, et se

rendaient en un clin d'oeil, d'un bout du monde à l'autre, pour remplir

les commissions dont on les avait chargés. Quand le possesseur de la

bague avait besoin d'un avis, il approchait le chaton de son oreille, et

le servant répondait à toutes ses questions. L'historien Froissart, qui

séjourna longtemps à la cour de Gaston Phoebus, comte de Foix, nous

apprend que ce seigneur avait un de ces lutins à ses ordres. Le lutin

avait d'abord été attaché à un prélat romain qu'il avait quitté pour un

baron gascon. Celui-ci, qui était vassal du comte de Foix, avait

consenti à ce qu'il passât au service de son seigneur. Il était fort

utile au comte qui l'employait comme courrier, et l'envoyait dans tous

les pays du monde pour savoir ce qui s'y passait. Le lutin se rendait

immédiatement aux endroits désignés, et revenait presque aussitôt donner

des nouvelles à son maître.

L'anneau du voyageur faisait parcourir, sans fatigue, des espaces

immenses, et l'_anneau d'invisibilité_, réminiscence de l'anneau de

Gigès, avait la propriété, comme son nom l'indique, de dérober a tous

les yeux la personne qui le portait. On pouvait aussi se rendre

invisible au moyen d'un tibia de chat noir, bouilli dans des herbes

magiques, ou d'une petite pierre qui se trouve dans le nid de la huppe.

Le téraphim, espèce d'automate dans le genre de l'androïde, se

fabriquait également sous l'influence des constellations. On le frottait

d'huile et d'ammoniaque, on l'entourait de cierges, on plaçait sous sa

langue une lame d'or, sur laquelle était écrit en caractères mystérieux

le nom d'un démon impur, et, dans cet état, il répondait à toutes les

questions qui lui étaient faites.

Le carré magique, espèce d'échiquier dont chaque case était marquée d'un

chiffre, servait tout à la fois aux conjurations et aux consultations

sur l'avenir; il devait être tracé sur un parchemin préparé avec la peau

d'un animal vierge, ou qui n'avait jamais engendré.

La baguette magique servait à tracer les cercles de conjuration et à

découvrir les trésors; il y eut même, en 1700, dans la ville de

Toulouse, un curé qui devinait à l'aide de cet instrument ce que

faisaient les personnes absentes. Il consultait la baguette sur le

passé, le présent et l'avenir. Elle s'abaissait pour répondre oui, et

s'élevait pour répondre non. On pouvait faire les demandes de vive voix

ou mentalement, «ce qui serait bien prodigieux, dit le père Lebrun, si

plusieurs réponses ne s'étaient trouvées fausses.» La baguette était

faite d'une branche de coudrier de la poussée de l'année; il fallait la

couper le premier mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, et

se servir d'un couteau neuf; une fois coupée on la bénissait, on

écrivait au gros bout le mot _agla_; au milieu _cor_; au petit bout

_tetragrammaton_, avec une croix à chaque mot, de plus on prononçait

cette formule: _Conjuro te cito mihi obedire. Venies per Deum vivum_, et

l'on faisait une croix,--_per Deum verum_,--une seconde croix,--_per

Deum sanctum_,--une troisième croix.--Ainsi, comme nous l'avons déjà

remarqué, les mots les plus saints, les formules les plus vénérables

étaient profanées dans les pratiques les plus absurdes. La sorcellerie

parodiait toutes les cérémonies de l'Église, et l'Église en la

proscrivant se montrait justement sévère, car elle ne défendait pas

seulement la religion contre l'idolâtrie satanique, elle défendait aussi

les droits de la raison humaine contre la plus étrange des aberrations.

La sorcellerie · 第 19 / 36 题