X.

Des instruments et des outils de la sorcellerie.--Des diverses espèces

de talismans.--La peau d'hyène, les pierres précieuses et les talismans

naturels.--Les talismans fabriqués.--Comment on les faisait.

Ainsi que les mathématiques, ou les sciences physiques et naturelles, la

sorcellerie avait une foule d'instruments particuliers, à l'aide

desquels elle opérait. Ces instruments, comme les livres dont nous

venons de parler, portaient en eux-mêmes une puissance extraordinaire,

puissance qui leur était communiquée par le sorcier lui-même, et qui

souvent aussi était inhérente à leur nature. Ils comprenaient sous le

nom générique d'abraxas, talismans, phylactères, cercles, anneaux,

carrés magiques, etc., une foule d'objets très-différents entre eux et

dont il suffira d'indiquer ici les principaux, en laissant toutefois de

côté les amulettes, qui appartiennent plutôt à l'histoire des pratiques

superstitieuses qu'à celle de la sorcellerie.

Parmi les talismans naturels, nous indiquerons la peau d'hyène, qui

rendait invulnérable au milieu des combats; la mandragore, qui

inspirait l'amour; la valériane et le sang des chiens noirs, qui

éloignaient les démons quand le sorcier voulait se débarrasser de leur

présence; la plupart des pierres précieuses, telles que l'émeraude, qui

préservait de la foudre, et rendait la mémoire infaillible; la topaze,

qui guérissait la mélancolie; le rubis, qui apaisait les soulèvements

des sens, etc. L'hippomanès, excroissance charnue de couleur brune, qui

se trouve à la tête des poulains lors de leur naissance, était

considérée du temps même de saint Augustin comme un agent des plus

puissants pour produire l'amour; il en était de même du crapaud

desséché. La membrane dont la tête de certains enfants est couverte à

leur naissance, faisait réussir les avocats au barreau. La pierre

alectorienne donnait aux soldats une victoire assurée. Une autre pierre

qui, suivant Isidore de Séville, se trouve dans la tête d'une tortue des

Indes, procurait la faculté de deviner l'avenir à ceux qui portaient

habituellement cette pierre sur leur langue. Ces talismans formaient ce

que l'on pourrait appeler l'arsenal inoffensif des sciences occultes, et

leur usage avait sa source dans une sorte de naturalisme panthéistique

plutôt que dans la sorcellerie proprement dite. Quant aux talismans

fabriqués, ils appartiennent de plein droit à la magie et souvent à la

magie la plus noire.

L'emploi de ces étranges objets remonte à la plus haute antiquité.

Périclès portait au cou un talisman que lui avaient donné les dames

d'Athènes. César, dit-on, s'en servait également. Les anciens

attribuaient les plus grandes vertus au mot _abracadabra_, Quintus

Sérénus prétend que ce mot écrit sur du parchemin et pendu au cou, est

un remède infaillible contre la fièvre. Les anneaux constellés, les

bagues d'argent baptisées, étaient de sûrs préservatifs contre la peste,

la rage, l'épilepsie, etc. On trouve les talismans dans l'Inde, chez

tous les peuples de l'Orient, comme chez tous les peuples sauvages. Au

moyen âge, on avait recours, pour les confectionner, à toutes les forces

vives des sciences occultes, à l'astrologie, à la cabale, à l'évocation

des démons, et l'on profanait même les mots les plus saints, les

cérémonies les plus vénérables de la religion.

On faisait des talismans ou abraxas avec des mots efficaces, dont les

plus célèbres sont les mots _agla_ et _abracadabra_. On en faisait avec

les noms des diables, avec des chiffres, avec des figures astrologiques,

et pour ces derniers, voici comment on raisonnait: «Les astres,

disait-on, sont des intelligences, ils voient, ils entendent; leurs

rayons ont une sorte d'instinct qui leur fait chercher par sympathie

dans le monde inférieur tout ce qui se rapporte à leur nature. Or, en

reproduisant sur des pierres ou des métaux la figure ou le chiffre d'un

astre, on intéresse cet astre à ces pierres ou à ces métaux, et il leur

communique quelque chose de sa propre vertu.»--«Pour attirer la vertu du

soleil, dit Agrippa, qu'il faut toujours citer en ces ténébreuses

matières, on enveloppe le symbole ou signe astronomique du soleil dans

des fils d'or ou de soie jaune, couleur des rayons solaires; on suspend

ce signe à son cou, et l'astre y dépose quelques-unes de ses vertus.» On

connaît la fameuse médaille où Catherine de Médicis est représentée

toute nue entre les constellations du Bélier et du Taureau, le nom

d'Ébullé Asmodée sur la tête, un dard à la main, un coeur dans l'autre,

et dans l'exergue le nom d'Oxiel.

Le plus célèbre des talismans du moyen âge était, sans contredit,

l'anneau de Salomon; quelques rois, parmi les plus puissants, se sont

vantés de le posséder; mais ils se sont vantés à tort, car on sait d'une

manière certaine, disent les cabalistes, que cet anneau incomparable

repose dans le tombeau même de ce grand prince au milieu des îles de

l'océan Indien. Il y avait aussi des talismans avec les noms de

Jésus-Christ ou de saint Pierre, de saint Paul ou de saint Michel. Le

concile de Laodicée, au IVe siècle, en interdit l'usage sous peine

d'excommunication, et déclara que ceux qui les fabriqueraient seraient

chassés de l'église.

La sorcellerie · 第 18 / 36 题