XII.

Des onguents, des poudres et des breuvages.--Des plantes et matières

diverses qui entraient dans leur composition.--De l'emploi des cadavres

dans les préparations magiques.--Recettes.--Empoisonnements.

Après avoir cherché une puissance surnaturelle dans les rayons des

astres, dans le ciel et dans l'enfer, dans les chiffres et les lettres,

les traditions du paganisme et la parodie des cérémonies chrétiennes,

les sorciers s'adressaient encore aux plantes, aux arbres, aux animaux,

aux cadavres; ils les soumettaient à des manipulations fantastiques,

elles combinaient de cent manières différentes pour en tirer des

onguents, des poudres ou des breuvages. Ces herbes de la Thessalie, sur

lesquelles on disait que Cerbère, vaincu par Hercule, avait répandu sa

bave, ces herbes avaient gardé pour le moyen âge leurs propriétés

redoutables.

Parmi les plantes, la sorcellerie choisit de préférence toutes celles

qui sont vénéneuses ou infectes, telles que la ciguë ou la valériane;

celles qui croissent dans les ruines et sur les tombeaux, le lierre, la

mauve et l'asphodèle; parmi les arbres, elle choisit le cyprès, et,

comme pour rendre un dernier hommage à l'idolâtrie druidique, elle prête

au gui une vertu mystérieuse. Parmi les animaux, elle s'attache à ceux

qui sont hideux, tristes ou malfaisants, comme le coq que l'antiquité

avait consacré à la mort; le serpent qui séduisit la première femme sur

les gazons du paradis terrestre; le loup, le hibou, le crapaud.

Les cadavres humains eux-mêmes figuraient dans les préparations

diaboliques, et les sorciers, fidèles à leur principe de chercher

toujours ce qui était impur et souillé, recommandaient de n'employer, en

fait de débris humains, que ceux qui provenaient des malfaiteurs, des

excommuniés, des hérétiques et des pendus. Pour ajouter à l'efficacité

de ces restes affreux, on devait se les procurer dans les circonstances

les plus lugubres. Ceux que l'on ramassait dans les voiries étaient

beaucoup plus efficaces que ceux qui provenaient des cimetières; mais

rien n'égalait le corps des suppliciés détachés du gibet, à l'heure de

minuit, par une nuit sans lune, et surtout à la lueur des éclairs,

pendant un orage.

Du reste les recettes variaient à l'infini. En voici une à l'usage des

sorciers espagnols: Prenez des crapauds, des couleuvres, des lézards,

des colimaçons, et les insectes les plus laids que vous pourrez trouver.

Écorchez avec vos dents les crapauds et les reptiles; placez-les dans un

pot avec des os d'enfants nouveau-nés et des cervelles de cadavres tirés

de la sépulture des églises. Faites bouillir le tout jusqu'à _parfaite

calcination_, et faites bénir par le diable.

Shakspeare, résumant dans ses drames splendides les croyances de son

pays et de son temps, nous offre dans _Macbeth_ une formule non moins

étrange. L'une des sorcières fait bouillir dans une chaudière, avec les

entrailles empoisonnées d'un personnage de la tragédie, un crapaud, un

filet de serpent, un oeil de lézard, du duvet de chauve-souris, une

langue de chien, un dard de vipère, une aile de hibou, des écailles de

dragon, des dents de loup, un foie de juif, des branches d'if coupées

pendant une éclipse, un nez de Turc, le doigt d'un enfant de fille de

joie, mis au monde dans un fossé et étranglé en naissant, le tout, après

parfaite cuisson, refroidi dans du sang de singe.

Dans les onguents ou breuvages destinés à produire l'amour, on employait

des têtes de milan, des queues de loup, des cendres de tableaux ou

d'images de saints canonisés, des cheveux d'hommes et de femmes. Tous

les mélanges dont nous venons de parler, outre les vertus qu'ils avaient

par eux-mêmes, devaient recevoir la consécration des paroles et des

conjurations magiques, et dans ces paroles il y avait toujours une

parodie des prières de l'Église, comme il y eut aussi quelquefois une

profanation de ses plus grands mystères par l'emploi sacrilége des

hosties consacrées.

Ainsi la sorcellerie recommandait pour ses pratiques tout ce que

l'imagination la plus souillée peut rêver de plus hideux. Sans doute il

faut faire ici une très-large part à la légende et au conte; mais il

nous paraît hors de doute que l'application de la plupart de ces

recettes a été souvent tentée, et il est facile de comprendre quelles

profanations, quels dangers, quels crimes même devaient en résulter:

aussi voit-on dans plusieurs textes de lois que le sorcier et

l'empoisonneur se confondaient souvent, et sous le règne même de Louis

XIV, Le Sage, Bonard, la Vigoureux, Expilli, qui, aux yeux de la foule,

avaient passé pour sorciers, ne se trouvèrent, en dernière analyse, que

des scélérats vulgaires, justiciables de la chambre des poisons. Il

était difficile, en effet, que des individus qui croyaient ou qui

feignaient de croire à de semblables folies n'arrivassent point

rapidement au dernier degré de la démoralisation.

La sorcellerie · 第 20 / 36 题