V.

But de la sorcellerie au moyen âge.--Elle est avant tout matérialiste et

sensuelle.--La religion la considère justement comme une idolâtrie

sacrilège.--Elle s'inspire de toutes les sciences

apocryphes.--Énumération et définition de ces

sciences.--Cabale.--Science des nombres.--Astrologie

judiciaire.--Divination et ses diverses branches.

Comme les sciences les plus positives elles-mêmes, la sorcellerie a un

but nettement déterminé, et une série de formules et de pratiques à

l'aide desquelles elle opère. Son but est le même dans tous les temps:

elle veut donner à l'homme la connaissance des secrets de la nature,

satisfaire tous ses désirs, lui révéler le passé et l'avenir, le rendre

riche, puissant, invisible comme les esprits, léger comme les oiseaux;

elle veut soumettre à sa volonté les Êtres du monde supra-sensible,

réveiller les morts de leur sommeil éternel, défendre les sens du

vieillard contre les atteintes de l'âge, livrer au jeune homme les

femmes qu'il convoite, débarrasser l'amant de ses rivaux, l'ambitieux de

ses ennemis. Elle est donc dans son but essentiellement matérialiste et

sensuelle; elle est impie dans sa curiosité, parce qu'elle veut pénétrer

les secrets que Dieu cache aux yeux des hommes. Elle est sacrilège,

parce qu'elle parodie les prières et les mystères les plus vénérables de

la religion.

Elle est absurde dans ses pratiques, parce que, laissant de côté

l'expérience et l'observation, elle attribue à ce qu'elle appelle les

forces élémentaires des vertus qu'elles ne possèdent pas, qu'elles ne

peuvent pas posséder. Aux yeux de la religion, elle n'est qu'une

idolâtrie, parce qu'elle rend aux créatures un culte qui n'appartient

qu'à Dieu, et quand l'Église la proscrit, elle a, comme la science,

complétement raison contre elle. Ceci posé, nous allons indiquer

d'abord les diverses branches dont l'ensemble constitue les sciences

occultes, et qui servent comme de prolégomènes à la sorcellerie, ce

vaste pandémonium de toutes les aberrations de l'esprit humain.

Au premier rang, et dans les hautes sphères de l'illuminisme, nous

trouvons la cabale, sorte de dégénérescence de la théurgie antique, qui

enseigne à découvrir le sens mystérieux des livres sacrés, et à se

mettre en rapport direct avec Dieu, les anges et les esprits

élémentaires, au moyen de certains mots auxquels est attachée une

puissance surnaturelle. On distingue deux sortes de cabales: la haute

cabale, la plus ancienne, qui s'inspire des dix attributs de Dieu,

_couronne, sagesse, intelligence, clémence, justice, ornement, triomphe,

louange, base_ et _règne_. Cette cabale reconnaît en outre

soixante-douze anges, agents intermédiaires entre l'homme et Dieu, et

qui prêtent leur assistance à l'homme pour l'élever au-dessus de la

condition ordinaire. La cabale élémentaire, beaucoup moins abstraite,

opère au moyen de quatre sortes d'esprits, qui sont: les _sylphes_ qui

président à l'air; _les salamandres_, au feu; les _ondines_ à l'eau;

_les gnomes_, à la terre.

Tandis que la cabale cherche dans la combinaison des lettres empruntées

au nom de Dieu, des anges ou des génies, un pouvoir supérieur à celui

de l'homme, la _science des nombres_ cherche ce même pouvoir dans

l'arrangement mystérieux des chiffres. Ces deux prétendues sciences ont

été plus particulièrement cultivées par les Arabes et par les Juifs.

La divination n'est pas moins importante. Cette branche, si longtemps

populaire des sciences occultes, se subdivise elle-même en une foule de

branches accessoires, dont la plus célèbre est l'astrologie.

L'astrologie, ou l'art de prédire l'avenir par l'inspection des corps

célestes, remonte à la plus haute antiquité. On a retrouvé dans le

tombeau de Rhamsès V, roi d'Égypte, des tables astrologiques pour toutes

les heures de tous les mois de l'année. Tibère et la plupart des

empereurs romains consultaient les astrologues. Les plus grands esprits

du moyen âge, Machiavel entre autres, ont cru à leur infaillibilité. A

la cour de Catherine de Médicis, ils ont joui d'un crédit sans bornes,

et quand Louis XIV vint au monde, l'astrologue Morin, placé dans la

chambre même de la reine mère, fut chargé de tirer son horoscope. Parmi

les mensonges des sciences occultes, il en est peu qui aient fait autant

de dupes; en effet, en empruntant en quelques points, et pour certains

problèmes astronomiques, la certitude du calcul, l'astrologie avait pu

prédire quelquefois les révolutions qui s'accomplissent dans l'espace;

et comme c'était une croyance générale que les sept planètes et les

douze constellations du zodiaque, _gouvernent_, c'est le mot consacré,

le monde, les empires et les diverses parties du corps humain, on était

logique dans l'erreur en pensant que ceux qui avaient surpris dans

l'infini le secret des astres pouvaient, à l'aide de ces mêmes astres,

surprendre sur la terre les secrets de la vie de l'homme.

Nous trouvons encore à côté de l'astrologie une foule d'autres pratiques

dont le but était de connaître l'avenir: ce sont les _sorts des saints_,

qui s'obtenaient au moyen âge, en ouvrant au hasard les saintes

Écritures, comme dans l'antiquité, les _sorts virgiliens_, en ouvrant

les livres des poëtes; l'_onéiromancie_, l'_aéromancie_, la

_pyromancie_, l'_hydromancie_, la _physiognomonie_, la _métoposcopie_,

la _cartomancie_, l'_astrogalomancie_, la _léconomancie_,

l'_alphitomancie_, la _rhabdomancie_, la _cléidomancie_,

l'_anthropomancie_, la _géomancie_, etc., c'est-à-dire la divination par

les songes, par les phénomènes de l'air, les mouvements de la flamme,

l'eau, les lignes du visage, les rides du front, les lignes de la main,

les cartes, les dés, les pierres précieuses, la farine, la baguette, les

clefs, les entrailles de l'homme, l'aspect de la terre, etc.

Ces divers modes de divination étaient pour la plupart très-inoffensifs

dans la pratique, mais presque toujours désastreux dans leurs

résultats, parce qu'en trompant sur l'avenir ceux qui étaient assez

crédules pour y avoir recours, ils les enchaînaient d'avance à une sorte

de fatalité mystérieuse et anéantissaient leur libre arbitre. Aussi

l'Église eut-elle toujours le soin de proscrire, quelles qu'elles

fussent, toutes les pratiques dont nous venons de parler, en les

considérant avec raison comme un danger pour l'homme et un outrage

envers Dieu, qui seul peut lire dans l'avenir.

La sorcellerie · 第 13 / 36 题