l’époque à laquelle ils y ont immigré ; mais il est certain qu’ils y
résident depuis des siècles. Nous savons qu’Abd-El-Kerim, de la tribu
des Djaliya, du pays de Chendi, s’appuyait principalement sur les Arabes
lorsqu’il mit un terme à la domination des Tundzour et fit du Ouadaï un
empire musulman. Les Mahamid’s, les Mahariye’s, les Erekat’s, les
Naouaiba’s, les Beni Holba’s, les Abou Chedr’s[10] se rangèrent sous ses
bannières, ainsi d’ailleurs que les tribus autochtones : les Abou
Sounoun’s, les Oulad Djema, les Mararit’s, les Mimi’s, les Malanga’s,
les Madala’s, les Madaba’s, les Debba’s (Dabba’s ?) et les Abissa’s (?).
Quelques rares tribus arabes, les Missiriya’s, les Zebeda’s, les
Rachid’s, les Hamida’s et les Khozzam’s, demeurèrent fidèles au roi
Daoud et s’allièrent aux Kachemere’s, aux Karanga’s et aux Fala’s pour
combattre Abd-el-Kerim. Les tribus du premier groupe ont encore
aujourd’hui des privilèges datant de cette époque.
Les Arabes du Ouadaï se divisent en Arabes bakkara’s et en Arabes
abbala’s, suivant que leur principale richesse et les tributs prélevés
consistent en bœufs (bakar) ou en chameaux (ibl). En général, les Arabes
sont bien traités au Ouadaï ; ils sont presque tous pasteurs et peuvent
ainsi s’adonner à la vie nomade ; ils cultivent la terre presque
exclusivement avec le concours d’esclaves. Le sultan leur laisse toute
liberté d’errer même pendant des années, s’ils y sont poussés par leur
humeur vagabonde. Au Bornou, on confisquait tout simplement leurs biens
et on voyait d’un très mauvais œil leur séjour à l’étranger.
En général, les Arabes du Ouadaï, comme les Choua’s du Bornou, sont
demeurés purs de tout mélange. Cependant, quelques tribus, complètement
isolées au milieu de tribus fétichistes, s’y sont mêlées à la longue ;
d’autres encore ont laissé s’infiltrer l’élément étranger en mariant
leurs filles à leurs esclaves. En passant en revue les tribus arabes,
nous aurons l’occasion d’indiquer les caractères ethnographiques de
chacune d’elles.
I
=Arabes El Bakkara=
_Eleveurs de bœufs_
1. _Les Salamat’s_ — Leur teint est généralement gris foncé ; souvent
aussi, par suite de leurs alliances avec les esclaves, très fortement
bronzé. Cette tribu est très nombreuse, quatre-vingt-dix-neuf cheiks en
administrent les fractions ; les Salamat’s peuvent mettre en ligne à peu
près quatre mille cavaliers.
Les fractions les plus connues de la tribu des Salamat’s sont : les
Nidchemiya’s, les Elasele’s, les Oisiya’s (?), les Omar’s, les
Dakhakhira’s (Dekakire’s (?), les Oulad Moussa et les Oulad Hamdoun. On
les trouve surtout dans le bassin du Bahr-et-Tine (Bahr-es-Salamat) et
sur les rives du lac Iro ; lorsqu’à l’automne, à la saison des pluies,
ils ne peuvent plus habiter ce sol argileux et marécageux ils se portent
vers le Nord. Ils y retrouvent quelques fractions de leur tribu,
notamment à Amm Dguemat, au Koudougou et sur les bords de l’Ouadi Touil
(Taouil ?) Deux akade, un koursi, un amin et un vice-koursi (koursi
taba) représentent le roi du Ouadaï auprès de la tribu et si, comme il
advient fréquemment, ces hauts fonctionnaires résident à Ouara, c’est le
cheik suprême des Salamat’s, le tobabou, qui expédie les affaires.
2. _Les Missiriya’s (Messiriya’s)._ — Ils habitent au Sud du Djebel
Kharès et se divisent en deux fractions :
_a_) Les Missiriya’s homr (Missiriya rouges). Leur teint n’est pas
rouge, mais rougeâtre ou grisâtre.
_b_) Les Missiriya’s zourk (Missiriya gris). L’ensemble de la population
de ces deux fractions est à peu près le même que celui des Salamat’s
mais les Missiriya’s homr sont plus nombreux que les Missiriya’s zourk.
Les fonctionnaires du sultan sont les mêmes chez eux que chez les
Salamat’s. Les Missiriya’s ont la réputation d’être brutaux et pillards.
3. _Les Oulad Rachid._ — A l’origine, cette tribu était plus nombreuse
que celle des Missiriya’s, mais leur scission avec les Zebeda’s, les
Hamida’s et les Heimat’s, les a très affaiblis. Ils peuvent encore
mettre deux mille cavaliers en ligne. Les fractions de cette tribu
sont : _a_) les Rachid’s abid, _b_) les Rachid’s el Bahariya (Andoma),
_c_) les Rachid’s el Batha, _d_) les Rachid’s el Hadjar. Cependant,
cette dernière fraction habite en dehors du Dar Ouadaï. Les Oulad Rachid
habitent _a_) au Sud du désert de Kitabel, _b_) sur les rives du Bahr
Bougdi et du Bahr Andoma, _c_) au Sud de Dar Kouka et des Moubi’s, _d_)
dans le Bourma Tekil (au Nord-Ouest d’Abou Telfan). Les Oulad Rachid
sont généralement rougeâtres et sont demeurés à peu près purs de tout
mélange. La plupart vivent au milieu de populations fétichistes et ne
valent guère mieux qu’elles ; elles n’en sont pas moins considérées.
L’administration est la même que celle des tribus précédentes.
4. _Les Djaadina’s._ — Leur teint est légèrement grisâtre et rougeâtre ;
ils sont à peu près pur sang arabes et très pieux. Leur nombre est
presque aussi élevé que celui des Rachid’s ; ils peuvent mettre un
millier de cavaliers en ligne. Ils habitent le Fitri, l’Ala et le
Kharroub.
5. _Les Khozzam’s Khouzam’s._ — Physiquement ils ressemblent aux
Djaadina’s, mais sont alliés avec les Zoghaoua’s (Amm Kimmelte). Ils
habitent les mêmes régions et sont aussi nombreux que les Djaadina’s.
6. _Chourafa’s_ (Beni Hassen). — Cette tribu est peu nombreuse ; les
éléments étrangers y sont largement représentés. Ils ont le même teint
que les Salamat’s, habitent d’ailleurs Amm Djellat, le Koudougou et
Douma, avec cette tribu et sont administrés par l’akid des Salamat’s son
chef suprême.
7. _Les Heimat’s_ (Heiymat’s). — Ce sont des Arabes de race ; ils sont
bien bâtis et de teint rougeâtre ; ils sont plus nombreux que les
Chourafa’s. Musulmans très pieux, ils sont querelleurs et batailleurs ;
les Salamat’s sont leurs ennemis héréditaires. Ils sont de la même
famille que les Oulad Hamed et sont encore en relations avec cette
tribu, quoiqu’ils en soient fort éloignés. Ils habitent les villages
mangari’s, sur les rives du Bahr Mangari. A l’automne, ils se retirent
au Koudougou et dans la vallée du Batha. Les principales fractions de la
tribu sont : les Nedmiye’s, les Djarrare’s, les Taissa’s du Dar Soula et
du Dar Amir.
8. _Les Dekena’s._ — Cette tribu est nombreuse mais elle est loin d’être
pure de tout mélange ; ce sont surtout les Salamat’s du Bornou et les
Koran’s — les Oulad Hamed, — les Oulad Salem, — les Oulad Alouan, qui
ont été ces éléments étrangers ; leur teint est très clair et légèrement
bronzé. Ils sont bons musulmans mais d’une insupportable fierté. Ils
habitent le pays entre le Fitri et le Tchad ; l’été, on les trouve plus
particulièrement au Baguirmi et sur les bords du Chari au Bornou ; on
les estime à mille cavaliers.
9. _Les Chiggerat’s_ (Choudjerat’s). — Ils sont rougeâtres de teint et
paraissent être de la famille des Mahamid’s. C’est leur qualité de
Bakkara’s qui les en distingue. Ils habitent entre Nimro et l’Aid el
Djemel. Leur nombre doit être intermédiaire entre celui des Heimat’s et
celui des Chourafa’s.
10. _Les Tordjem’s._ — Ils sont également rougeâtres de teint et fort
peu nombreux. Ils habitent le bassin oriental du Batha (de Massalit à
Aboungantoura) ; l’hiver ils se dirigent vers les Kissan’s du Nord.
11. _Les Kolomat’s._ — Ils sont de la même famille que les Djaadina’s,
mais plus nombreux que les Tordjem’s. Ils habitent les rives du Batha, à
l’ouest du Dar Zioud ; en automne ils font des incursions dans le Nord.
12. _Les Beni Hassen_ (Beni Hassan). — Ils sont de la même famille que
les Hamida’s ; de teint rougeâtre et peu nombreux. Ils habitent les
bords de l’Ouadi el Hamra ; comme leurs frères ils vont chercher en
automne des pâturages plus riches.
13. _Les Zabalat’s._ — Leur peau est très fortement bronzée : ils sont
aussi nombreux que les Beni-Hassen et de la même famille que les
Mahadi’s. Ils sont fixés sur les bords de l’Ouadi Delal et émigrent au
Kounoungo en automne.
14. _Les Mahadi’s._ — Ils ont le même teint que les précédents et sont
aussi nombreux qu’eux ; leurs villages sont au Sud du pays de Soungor ;
ils y pratiquent l’agriculture, et y passent l’automne.
15. _Les Zanatat’s._ — Leur teint est très bronzé ; ils sont de la même
famille que les Medjanin’s et habitent l’Id El Kraa.
16. _Les Medjanin’s._ — Ils sont fort peu nombreux et de la famille des
Mahamid’s. Ils font de la culture à Hadjer Tokoulla, Medjanin et Daraba
où ils demeurent toute l’année.
17. _Les Korobat’s._ — Leur teint est tout aussi bronzé que celui des
précédents ; ils sont peu nombreux et fixés à demeure dans la région
entre le Mararit, le Soungor et le Dar Saïd.
18. _Les Issirre’s._ — Sont peu nombreux, ils sont sédentaires à Chokkan
et à Nella où ils pratiquent l’agriculture.
II
=Arabes Abbala=
(_Eleveurs de chameaux_)
1. _Les Mahamid’s._ — Cette tribu est très nombreuse. La tradition veut
que les fractions des Mahamid’s aient pour ancêtres les trois frères
Mahmoud, Mahar et Naïbe et leur proche parent Rakal ou Ereka. Les
Mahamid’s peuvent fournir au moins quatre mille cavaliers. Ils sont
rougeâtres et ont bon caractère ; on les dit pieux, bienfaisants et
hospitaliers ; ils parlent l’arabe le plus pur. Ils habitent au Nord-
Ouest du Dar Mimi, d’Arada à Haouar et sur les bords de l’Ouadi Garda
(Karda ?) Les fractions de cette tribu sont nombreuses, j’ai pu
reconnaître les suivantes : les Oulad Djellou, les Oulad Cheik, les
Oulad Yassin, les Oulad Zed, les Nedja’s, les Seif ed din (ou Seifan),
les Naouaiba’s, les Erekat’s, les Mahariye’s (Mehriya ?), les Oulad
Djenab, les Hamdiya’s, les Et teiyifat’s.
2. _Les Hamida’s._ — Ils sont de la famille des Oulad Rachid. Jadis ils
étaient assez nombreux pour pouvoir vivre en guerre perpétuelle avec les
Mahamid’s. Epuisés par ces luttes, ils vivent dans le plus parfait
accord et l’automne venu, ils vont même rejoindre les pâturages de leurs
anciens adversaires. Leur teint est très clair, ils sont de taille
moyenne, bien bâtis et vigoureux. L’arabe qu’ils parlent est
relativement pur. Ils sont fixés sur les bords de l’Ouadi el Hamra, dans
les pays d’Abker, de Chokkan et chez les Zebeda’s. Les Hamida’s se
divisent en deux fractions : les Dilla’s et les Hamida’s Zebeda.
3. _Les Beni Holba._ — On les dit aussi de la famille des Oulad Rachid,
mais c’est une parenté bien éloignée. Ils sont très légèrement bronzés,
peu nombreux, mais bons musulmans.
4. _Les Zebeda’s._ — Ils sont presque aussi nombreux que les Khozzam’s
et comptent à peu près huit cents cavaliers. Ils ressemblent beaucoup
aux Oulad Rachid, sont à peine cuivrés, bien bâtis mais fort peu
civilisés et très pillards.
5. _Les Choukekat’s._ — Ils sont alliés aux Mahamid’s mais d’une famille
différente. Ils sont peu nombreux, habitent le Kondongo et le bassin
occidental du Bouteha. En automne ils se retirent chez les Mahamid’s ou
dans le Bitakguinnek. On peut dire que presque toute la province du Dar
Zioud est arabe. Les Tordjem’s, les Missiriya’s homr ou zourk, les Oulad
Hamed, les Khozzam’s y habitent. D’ailleurs les autres groupes ethniques
ont adopté la langue et les mœurs arabes : tels sont les Maba’s de sang
royal, les quelque Kouka’s, les Tundzour’s, les Kimr’s ; puis encore les
Bornouans (habitants du Bornou) ; les Djellaba’s, les Massalit’s, les
Kachemere’s, les Tama’s, les Djebel’s et enfin les Dorouk’s qui sont
originaires du centre de l’Afrique. Cette dernière tribu n’habite que le
Bir Yoyo, leur teint est gris, leur langue paraît être de la même
famille que celle des Kimr’s, mais ils ne parlent plus que l’arabe.
Il faut enfin mentionner quelques tribus qui habitent en dehors des
limites du Dar Ouadaï ; ce sont :
1. _Les Debaba’s._ — Ce sont des Salamat’s ; ils sont fixés au Baguirmi
comme éleveurs de bestiaux (bakkara) ; ils sont fortement bronzés. Les
principales fractions sont : les Oulad Moussa, les Oulad Karai, les
Oulad Djooui, les Assela’s, les Adjina’s, les Nedmiya’s, les
Doukhakhira’s (Dekakire ?) et les Omri’s.
2. _Les Kaoualima’s_ sont rougeâtres ; ils sont de la famille des
Khozzam’s, avec lesquels ils ont d’ailleurs, tout comme avec les
Djaadina’s, des traités d’alliance. Il fut un temps où ils étaient très
nombreux au Ouadaï, mais la plupart ont émigré au Bornou. Ils habitent
le bassin occidental du Batha, les bords du Chari et le Kanem. En
automne, on ne les trouve que dans la région du Batha.
3. _Les Assala’s._ — Ils sont rougeâtres ; on les dit originaires du
Fezzan. Cette tribu belliqueuse ne s’est soumise qu’à contre cœur au
sultan du Ouadaï ; elle fuit autant que possible le pays et le nombre
des membres semble diminuer. Il leur est d’autant plus facile de se
soustraire à la domination du Ouadaï que leur principal établissement se
trouve sur les rives du Tchad et partiellement dans le territoire des
Kouri’s. Jadis ils n’étaient musulmans que de nom mais l’influence du
Ouadaï s’est fait sentir et cette tribu compte actuellement de nombreux
foukara’s (derwiches).
4. _Les Oulad Hamed_ (Hamid). — Leur teint est légèrement rouge cuivré ;
ils sont de la famille des Naouala’s (Naoualina) des Oulad Malek, des
Noumoura’s et des Heimat’s (Heiymat) alliés aux Djaadina’s. Les Oulad
Hamed habitent le bassin du Bahr El Ghazal. Leurs principales fractions
sont : les Omm Koubeba’s, les Oulad Radi, les Oulad Merai, les Oulad
Ahmed et les Oulad Kedafat.
5. _Les Khozzam’s_ (Khouzam’s) el Bahariya ; ce sont les frères des
Khozzam’s du Bornou ; il fut un temps où ils étaient très nombreux mais
ils ont été très éprouvés par les razzia’s des habitants du Ouadaï. Ils
peuplent quelques villages du Baguirmi sur les bords du Chari.
Il faut compter les Tundzour’s parmi les Arabes du Ouadaï. Abd El Kerim
leur ravit le pouvoir. A l’exception de ceux fixés à Abou Telfan, ils
sont musulmans. Leur teint est rougeâtre ou mieux d’un rouge cuivré très
clair ; ils parlent l’arabe. Leur nombre est loin d’être négligeable,
ils disposent d’environ quatre mille huit cents guerriers. Ils sont
fixés au Dar Zioud, au Mekren, au Kadama, chez les Kachemere’s, à Abou
Telfan, au Rounga et au Kanem (Mondo).
Les Kimr’s (Guimr’s) sont, comme nous l’avons dit déjà, la population
autochtone du Tama ; ils sont de la famille des Soungor’s ; au Ouadaï on
les appelle Ermbeli’s (dialecte maba). La racine de ce nom a le même
sens que celle du mot arabe Kimr ; les deux mots signifient : ramier. Le
teint des Kimr’s est foncé mais quelquefois rouge cuivré. Ils sont
éparpillés, ce qui les fait paraître encore moins nombreux qu’ils ne
sont réellement. On les trouve surtout au Guerri et encore à Ras Salime,
à Bir Yoyo, à Fircha et au Tama.
Les Zoghaoua’s sont plus noirs que les gens de Toubou ou même les
Maba’s ; ils parlent la même langue que les Darmout’s et cette langue
diffère complètement du dialecte des Tedaga’s. Il est d’ailleurs facile
de trouver d’autres arguments qui détruisent la thèse d’après laquelle
les Zoghaoua’s feraient partie des tribus Toubou’s ; c’est ainsi qu’ils
boivent le merissa (melissa) et le lait d’ânesse, boissons réprouvées
par les Toubou’s ; qu’ils ont coutume de chasser la gazelle au lacet ce
que feraient tout au plus les « forgerons » des Toubou’s. Physiquement
au contraire et exception faite pour le teint, ils sont du type toubou ;
en général les mœurs et coutumes des deux peuples concordent et la
coiffure des femmes zoghaoua’s est la même que celle des femmes des
Koran’s. Au Ouadaï les Zoghaoua’s sont méprisés ; on les assimile aux
« forgerons ». Mohammed Chérif avait cependant choisi deux de ses
épouses dans cette tribu. Les Zoghaoua’s ne sont pas encore des
musulmans bien fervents. Ils habitent principalement le Darfour ; au
Ouadaï on les trouve mêlés aux Mimi’s et aux tribus arabes qui habitent
l’Ouest du pays Djoumbo, tribus auxquelles ils se sont complètement
assimilés. On les trouve enfin dans les pays d’Amkian, de Gaga,
d’Irenib, d’Id el Kraa et au Dar-Saïd. Au Ouadaï les Zoghaoua’s sont
généralement appelés Oulad Amm Kimmelte. Les principales fractions de la
tribu sont : les Zoghaoua’s Koube, les Zoghaoua’s Dor, les Zoghaoua’s
Anka, les Zoghaoua’s Menderfoki et les Zoghaoua’s Dourne. On évalue à
quatre mille le nombre de leurs guerriers.
III
=Les Toubou’s (Teda’s) du Ouadaï=
Ils sont connus sous le nom de Koran’s.
1. _Les Kreda’s._ — Les Toubou’s du Ouadaï, qu’on compare volontiers aux
gens d’Habech (Abyssinie), auxquels ils ressemblent d’ailleurs beaucoup,
sont beaux, bien proportionnés et très vigoureux, grâce à leur grande
consommation de lait. Leurs traits sont réguliers ; leur teint varie :
il est tantôt fortement bronzé, tantôt cuivré et sale, tantôt très
clair. Les femmes sont semblables à celles des Toubou’s du Nord, mais
elles en diffèrent par le caractère ; c’est ainsi qu’elles se disputent
et se battent bien moins souvent que leurs sœurs du Tibesti. On dit que
les Kreda’s sont les premiers parmi les Toubou’s ou Teda’s qui se soient
convertis à l’islamisme. Les Toubou’s étaient jadis sédentaires dans le
bassin de Bahr-el-Ghazal, et de fait ils étaient sous l’autorité du
Bornou, mais après qu’Arous et Kharout-es-Sarhir du Ouadaï les eussent
razziés à plusieurs reprises, les Toubou’s abandonnèrent leurs villages
et devinrent nomades. Ils conservent d’ailleurs des établissements sur
le Bahr-el-Ghazal ainsi que dans les pays d’Ambar et de Rimela, où ils
viennent résider temporairement.
Les fractions principales des Kreda’s sont : les Kreda’s ou Karda’s, les
Koyo’s, les Ngalamiya’s, les Iriya’s et les Kodera’s. Les Karda’s sont
de la famille des Kanembou’s Karda. Les Koyo’s ont la plus nombreuse
population ; ce sont eux qui ont le teint le plus clair ; on dit qu’ils
s’allient avec les Fellata’s par des mariages tout comme le font les
Karda’s avec les Oulad Hamed. On admet que les Kreda’s peuvent disposer
de plus de trois mille cavaliers.
2. _Les Kacherda’s._ — Ils sont de la famille des Kreda’s et ont le même
physique, on les trouve aussi mêlés aux Koyo’s. Ils étaient très
nombreux, mais ont été cruellement traités par le Ouadaï ; il est vrai
qu’en revanche ils sont devenus meilleurs musulmans. Ils peuvent encore
mettre en ligne un millier de cavaliers. Les Chindakora’s, les Sakerda’s
et les Norea’s (Naouarma) sont les fractions les plus connues.
3. _Les Haoualla’s_ (Famalla’s des Arabes) habitent le bassin de l’Ouadi
Tchiri. Ils sont fortement bronzés et c’est tout ce qui les distingue
des Toubou’s, dont ils ont les mœurs et coutumes. Ils sont bons
musulmans et on les aime beaucoup au Ouadaï. On les trouve mêlés aux
Hammedj’s[11] du Kanem, au teint rougeâtre, tribu très nombreuse et
sédentaire.
4. _Les Oulad Salem_ sont très peu nombreux ; ils habitent le pays entre
le Mao et le Mondo, dans des vallées où les dattiers sont abondants ; on
les trouve aussi mêlés aux Hammedj’s.
5. _Les Oulad Bekkar_ ont les mêmes caractéristiques que les Oulad
Salem ; on peut ajouter cependant qu’au Mondo ils se sont mêlés aux
Tundzour’s.
6. _Les Meidena’s_ sont de la famille des Haoualla’s ; ils vivent comme
eux et avec eux.
7. _La tribu des Dogorda’s_ est très nombreuse ; elle compte à peu près
mille cavaliers ; elle est de la famille des Haoualla’s, le teint est
très clair. Les Dogorda’s habitent au Nord-Est des Kadaoua’s, le lien
qui les rattache au Ouadaï est très lâche ; ils ont passé des traités
avec les Haddad’s et les Hammedj’s[12].
8. _Les Kadaoua’s_ vivent dans le bassin de l’Ouadi Chitati ; ils sont
presque aussi nombreux que les Dogorda’s, on dit qu’ils sont les plus
riches des Koran’s. Avec eux vivent les Hassauna’s (Kaoualina’s) qui
disposent aussi de mille cavaliers environ.
9. _Les Ouandala’s_ ne peuvent guère être comptés au nombre des sujets
du Ouadaï, mais ils résident toujours dans le pays des Kadaoua’s par
crainte des pillages des Oulad-Soliman (Souleman).
10. Il m’a été impossible d’avoir des renseignements sur les
Koumosolla’s ; il semble toutefois qu’ils vivent mêlés aux Oulad-Salem.
Il nous faut mentionner maintenant les esclaves du Sultan qui se
rencontrent dans quelques districts. Ce sont :
1. _Les Bandala’s_ (ce n’est pas un nom de tribu) ; ce sont des
musulmans qui habitent le Sud du Dar Zioud.
2. _Les Abidiya’s_ (ce n’est pas un nom de tribu), musulmans qui
habitent le Dar Zioud et le Dar Saïd.
3. _Les Torom’s_, musulmans dans l’Oloki Neri et le Tondo (pays
Kelinguen).
4. _Les Dengeah’s_, païens qui habitent cinq villages.
5. _Les Bolgou’s_, au Kerou et au Nettemba.
6. _Les Minyi’s_, musulmans du Chokkan.
7. _Les Kassa’s_, païens du Kerou.
8. _Les Ngama’s_, païens du Timan.
9. _Les Banale’s_, environ deux cents païens au Tiggre, près du Soungor.
10. _Les Birguid’s_, au Beredj.
Si maintenant nous groupons les tribus du Ouadaï d’après les langues
qu’elles parlent, nous obtenons le tableau suivant :
1. Le groupe Maba :
_a_) Les Kodoi’s ou Abou-Sounoun’s.
_b_) Les Oulad Djema.
_c_) Les Galoum’s.
_d_) Les Dekker’s.
_e_) Les Malanga’s.
_f_) Les Madaba’s.
_g_) Les Madala’s.
_h_) Les Debba’s (Matlamba’s)[13].
_i_) Les Abissa’s.
2. Dialectes voisins du dialecte Maba
ou qui en sont dérivés. La classification est faite suivant le degré de
rapprochement avec le bora mabang.
_a_) Les Massalit’s.
_b_) Les Marfa’s.
_c_) Les Kachemere’s.
_d_) Les Kondongo’s.
_e_) Les Karanga’s (Kourounga).
_f_) Les Fala’s.
_g_) Les Kadjanga’s.
_h_) Les Ali’s.
3. Dialecte Kadjakse dérivé du Marfa.
4. Dialecte Mararit et ses dérivés :
_a_) Les Chale’s ;
_b_) Les Oro’s ;
_c_) Les Kourbo’s ;
_d_) Les Koubou’s.
Au Ouadaï seulement et non pas au Darfour, les Koubou’s dépendent
politiquement des Mararit’s. Seules, les fractions étroitement liées aux
Mararit’s parlent un dialecte se rapprochant de leur langue.
5. Les Kabga’s ;
6. Les Mimi’s ;
7. Les Zoghaoua’s :
_a_) Les Darmout’s dont le dialecte est le même ;
_b_) Les Dourring’s dont le dialecte est presque semblable à celui
des Zoghaoua’s.
8. Les Teda’s (Koran’s) ;
9. Les Kouka’s :
_a_) Les Abou Simmin’s ;
_b_) Les Boulala’s ;
_c_) Les Middogo’s (Modogo’s) ;
_d_) Les Masmadje’s.
Le dialecte des Kouka’s, des Abou Simmin’s, des Boulala’s et des
Middogo’s, dialecte qui est commun à ces quatre tribus et très voisin de
celui du Baguirmi n’a que très peu d’affinités avec le dialecte des
Masmadje’s.
10. Les Dadjo’s (dialecte du Soula) ;
11. Les Moubi’s dont le dialecte est presque le même que celui des ;
12. Birguid’s du Beredj ;
13. Les Djeggel’s ;
_a_) Les Kibet’s ;
_b_) Les Abou Rhoussoun’s ;
_c_) Les Mangari’s.
14. Le dialecte du Rounga ;
15. Les Mourro’s ;
16. Les Moyo’s ;
17. Les Kourdjinna’s, dont le dialecte est à peu près le même que
celui des Kachemere’s ;
18. Les Soungor’s, ainsi que les habitants du Tama, les Kimr’s et les
Djebel’s (Bororit) ;
19. Les Arabes.
Le groupe maba n’est pas seulement caractérisé par l’identité de
langue ; mais les Kodoi’s et les Oulad Djema se ressemblent encore
absolument au point de vue physique et moral ; ils sont unis par la même
origine et une longue vie politique commune. Enfin les Malanga’s, les
Madaba’s, les Madala’s, les Debba’s, les Abissa’s, ainsi que les
Galoum’s et Dekker’s de la famille des Oulad Djema leur sont entièrement
dévoués. Chaque fois qu’au cours de l’histoire du Ouadaï, si fertile en
révoltes et en guerres civiles, les Kodoi’s ont pris une part active à
la lutte, les Oulad Djema se sont rangés à leurs côtés et le prétendant
reconnu par une des deux tribus était certain d’être soutenu par
l’autre. Les autres tribus maba’s sont d’autant plus étroitement unies à
ces deux principales que physiquement elles n’en diffèrent pas ; la
langue seule est parlée avec un imperceptible accent mais la distinction
est facile au moral et ni les Kodoi’s, ni les Oulad Djema ne sont avides
ou arrogants comme les autres tribus maba’s. Les Kodoi’s et les Oulad
Djema ont adopté une architecture semblable pour la construction de leur
cases, d’où l’identité de leurs mœurs. Leur moralité est la même ; sans
aucun doute ils sont les plus honnêtes, les plus tempérants et les plus
braves des habitants du Ouadaï.
Ils ont l’entêtement de tous les montagnards, sont jaloux de leurs
traditions et de leurs droits, mais ils défendraient aussi loyalement,
fidèlement, jusqu’à la mort, la cause et les droits de leurs princes
légitimes ; ils lutteraient jusqu’à la dernière extrémité contre
l’usurpateur qu’on voudrait leur imposer.