1392.
Pierre de Craon, dit Froissart, était un chevalier de France, de
la nation d'Anjou et de Bretagne, et moult gentilhomme et de
noble extraction. Il se mit d'abord au service du duc d'Anjou;
mais, s'il faut ajouter foi aux accusations des contemporains, il
se montra serviteur déloyal, et il profita de la mort du prince
pour dérober une partie de ses trésors. Puis il vint à Paris, où
il fut favorablement accueilli, à l'hôtel Saint-Paul, par le roi
Charles VI et par le duc de Touraine[123]. Il devint le
compagnon inséparable de ce dernier et le confident de ses
nombreuses amours. Ce fut pour les avoir divulguées, suivant
Froissart, et peut-être aussi parce que Clisson, le connétable,
avait découvert ses intrigues secrètes avec le duc de Bretagne,
qu'il fut exclu tout à coup du service et de l'hôtel du roi[124].
[123] Le duc de Touraine, frère du roi, prit en 1391 le titre de
duc d'Orléans. Il fut assassiné, comme on sait, en 1407, par Jean
sans Peur, duc de Bourgogne.
[124] «Ce propre jour, fut dit à messire Pierre de Craon, de par
le seigneur de la Rivière et messire Jean le Mercier, venant de
la bouche du roi, que on n'avoit plus que faire en l'hôtel du roi
de son service, et que il quist ailleurs son mieux. Pareillement
messire Jean de Beuil et le sire d'Erbaus, sénéchal de Touraine,
lui dirent ainsi.» _Chron._, liv. IV, ch. 21.
Honteux et irrité de l'affront qu'il avait reçu, il quitta Paris, et
se retira auprès du duc de Bretagne, son parent. Celui-ci haïssait
mortellement le connétable. Il entretint donc le chevalier offensé
dans des idées de vengeance; et il arrêta sans doute avec lui le plan
de l'audacieux attentat que Froissart va raconter.