7. _Le roi pardonne aux Parisiens leur offense._

_Le Religieux de Saint-Denis_, traduit par M. Bellaguet.

Le roi avait à peine employé un espace de trois jours à pacifier

Rouen, qu'on lui annonça les désordres de Paris. Sa colère en fut

doublée, et il partit aussitôt de Rouen pour aller punir cette

offense. Cependant il crut devoir différer pour un temps sa vengeance,

cédant aux prières et à l'intervention de l'université de Paris, sa

fille vénérable. Les plus sages d'entre les bourgeois, sachant qu'il

avait conçu un juste ressentiment, députèrent vers lui au bois de

Vincennes les anciens de la ville avec les maîtres et les docteurs les

plus considérables, comme des envoyés propres à rétablir la paix, les

chargeant de protester de leur innocence. Ceux-ci furent admis à

l'audience du roi, et s'acquittèrent de leur mission à peu près dans

les termes suivants:

«Votre royale grandeur et éminence sait beaucoup mieux que nous que

dans toute assemblée, et non pas seulement dans les cités et les

grandes réunions d'hommes, tous ne brillent point par une égale

sagesse et ne sont pas doués d'un savoir égal. Mais la diversité des

passions et la différence des mœurs produisent des goûts différents,

et suivant l'expression du sage: _Autant d'hommes, autant d'avis_. Il

ne faut donc pas que la chaleur imprudente d'une populace inconsidérée

tourne au détriment des gens de bien. En effet, il arrive

ordinairement dans ce monde que la multitude, qui ne sait garder ni

règle ni mesure, excite imprudemment des troubles et des séditions. Et

assurément c'est à l'insu des anciens et de ceux qui dirigent les

affaires importantes que la populace inconsidérée s'est rendue

coupable.»

Après avoir développé longuement ces considérations, prosternés

humblement aux pieds du roi, ils exposèrent en termes respectueux les

actes infâmes et les forfaits des séditieux; à force de prières, ils

obtinrent enfin que le peuple serait affranchi des impôts et qu'on

pardonnerait à l'égarement de la multitude, à condition, toutefois,

que ceux qui avaient forcé le Châtelet seraient saisis et mis en

jugement pour subir la peine due à leur crime.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 4/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 52 / 126 题