_Le Religieux de Saint-Denis_, traduit par M. Bellaguet.
Le roi avait à peine employé un espace de trois jours à pacifier
Rouen, qu'on lui annonça les désordres de Paris. Sa colère en fut
doublée, et il partit aussitôt de Rouen pour aller punir cette
offense. Cependant il crut devoir différer pour un temps sa vengeance,
cédant aux prières et à l'intervention de l'université de Paris, sa
fille vénérable. Les plus sages d'entre les bourgeois, sachant qu'il
avait conçu un juste ressentiment, députèrent vers lui au bois de
Vincennes les anciens de la ville avec les maîtres et les docteurs les
plus considérables, comme des envoyés propres à rétablir la paix, les
chargeant de protester de leur innocence. Ceux-ci furent admis à
l'audience du roi, et s'acquittèrent de leur mission à peu près dans
les termes suivants:
«Votre royale grandeur et éminence sait beaucoup mieux que nous que
dans toute assemblée, et non pas seulement dans les cités et les
grandes réunions d'hommes, tous ne brillent point par une égale
sagesse et ne sont pas doués d'un savoir égal. Mais la diversité des
passions et la différence des mœurs produisent des goûts différents,
et suivant l'expression du sage: _Autant d'hommes, autant d'avis_. Il
ne faut donc pas que la chaleur imprudente d'une populace inconsidérée
tourne au détriment des gens de bien. En effet, il arrive
ordinairement dans ce monde que la multitude, qui ne sait garder ni
règle ni mesure, excite imprudemment des troubles et des séditions. Et
assurément c'est à l'insu des anciens et de ceux qui dirigent les
affaires importantes que la populace inconsidérée s'est rendue
coupable.»
Après avoir développé longuement ces considérations, prosternés
humblement aux pieds du roi, ils exposèrent en termes respectueux les
actes infâmes et les forfaits des séditieux; à force de prières, ils
obtinrent enfin que le peuple serait affranchi des impôts et qu'on
pardonnerait à l'égarement de la multitude, à condition, toutefois,
que ceux qui avaient forcé le Châtelet seraient saisis et mis en
jugement pour subir la peine due à leur crime.