HISTOIRE DE LA SEMAINE

Mgr Lavigerie; les Frères armés en Afrique.

Les correspondances de Biskra rapportent que l'inauguration de la

première maison fondée par le cardinal Lavigerie a eu lieu le 5 avril

dernier et a produit une profonde impression. L'_Illustration_ a publié

dernièrement des documents très complets sur les Frères armés d'Afrique,

ou plutôt du Sahara: nous n'y reviendrons que pour constater la

sympathie témoignée par les populations de l'extrême-sud à ces

pionniers, qui sont appelés à leur rendre de si grands services. Cette

sympathie est d'ailleurs toute naturelle. C'est pour aider un jour la

France à achever, dans le Sahara et le Soudan, l'oeuvre commencée par

ses soldats, que les Frères du Sahara forment à Biskra une congrégation.

Ils ne font de voeux d'aucune sorte. Ils emploient leur noviciat à

s'instruire dans les connaissances spéciales que comporte la culture

saharienne; ils se consacrent aux soins des blessés et des malades, et

aussi au maniement des armes qui, dans un telle région, leur seront

toujours nécessaires pour défendre leur vie et protéger celle des

esclaves délivrés qui voudront se grouper autour d'eux dans les centres

qu'ils ont créés.

Dans ces conditions, on comprend que la solennité de l'inauguration

devait avoir un réel éclat, et, en effet, une foule considérable

d'Européens et un nombre plus grand encore d'indigènes étaient venus y

assister.

Le cardinal Lavigerie présidait, assisté de l'évêque de Constantine et

de plusieurs missionnaires et prêtres africains.

Dans la matinée, le cardinal avait béni les habits des nouveaux Frères,

qui les ont aussitôt revêtus. Dans la journée a eu lieu en grande pompe

la bénédiction des bâtiments de la maison nouvelle.

L'évêque de Constantine a prononcé à cette occasion une très chaude

allocution, dans laquelle il a exprimé en termes, souvent éloquents, son

admiration pour cette conception aussi hardie que sainte et patriotique.

Le cardinal a aussi pris la parole. Il a marqué à grands traits les

étapes de l'oeuvre de civilisation qu'il poursuivait et à laquelle la

dernière institution créée par lui doit faire faire un grand pas. Mais,

chose à laquelle on ne pouvait s'attendre, il a profité de cette

occasion pour formuler sur les confins du désert une nouvelle

déclaration, plus formelle et plus décisive encore que les précédentes,

sur l'évolution des catholiques en faveur du régime actuel.

Guillaume II et la marine allemande.--L'empereur d'Allemagne, que nous

avons montré tour à tour socialiste, pédagogue, artiste et diplomate,

revient à ses premiers instincts, c'est-à-dire à ses instincts

militaires. C'est de la marine qu'il s'occupe aujourd'hui et, comme on

va le voir, ses projets peuvent avoir une influence sérieuse sur la

politique maritime des autres puissances.

En effet, voici les idées qu'a exposées Guillaume II aux officiers qu'il

avait convoquas à l'Académie de marine à Kiel.

D'après l'empereur, la marine de l'ancienne confédération germanique

était un instrument de défense, et même, à ce point de vue, elle n'a

joué qu'un rôle très effacé. En 1870 on a vu des navires français dans

la Baltique, une mer fermée cependant; les navires allemands ont été

maintenus par ordre dans les ports. Quand le 12 août, les cuirassés

français étaient en vue d'Héligoland, l'amiral Jachmann voulait

attaquer: un ordre de Berlin vint le lui défendre. Le motif de cette

inaction était non seulement la faiblesse numérique de la flotte, mais

aussi le manque d'instruction stratégique chez l'état-major.

L'empereur a développé ensuite cette idée que la marine devait adopter

désormais, comme principe général, la tactique qui a fait le succès de

l'armée prussienne: attaquer, toujours attaquer. «Dans un certain sens,

a dit Guillaume II, la tâche de la flotte cuirassée, des canonnières et

des torpilleurs, doit être la même que celle de la cavalerie sur terre.

A l'exemple d'un corps de cavalerie, une escadre doit concentrer en un

seul effort tous ses éléments, chercher le corps à corps et s'efforcer

d'anéantir l'ennemi parle choc le plus violent.»

Enfin, d'une façon générale, l'empereur a fait entendre que, dans sa

pensée, la flotte aurait à jouer un rôle considérable si la guerre

venait à être déclarée et il a ajouté qu'il comptait tout

particulièrement sur les marins pour la défense et la gloire du pays.

Cette déclaration n'est pas nouvelle, car Guillaume II, comme la plupart

des souverains militaires, accorde toujours une place privilégiée au

corps d'officiers auquel il s'adresse, l'arme qu'ils représentent étant

invariablement celle qui doit avoir le plus d'influence sur le sort des

batailles. Mais, en mettant de côté cette petite flatterie, toute de

style, et d'ailleurs très excusable, il n'en reste pas moins du discours

impérial, que l'Allemagne se prépare à accroître ses forces maritimes.

Depuis 1870, de grands progrès ont déjà été réalisés dans ce sens. On va

en faire d'autres, cela est certain, et d'autant plus rapides que les

Allemands, ayant eu à créer leur marine de toutes pièces, ne sont pas

embarrassés par des traditions quelquefois funestes ou des préjugés

invétérés comme dans les autres pays, et ils profitent des expériences

coûteuses faites par les autres puissances. Aussi toutes les nations

maritimes sont-elles tenues de suivre ce mouvement et de prévoir la

nécessité de nouveaux sacrifices, si elles ne veulent pas déchoir de

leur rang. C'est ainsi que chaque année devient plus lourde, pour les

contribuables de tous les pays, cette charge déjà énorme que cause le

système des armements à outrance.

Il y a souvent intérêt à rapprocher les petites choses des grandes, et

peut-être y a-t-il lieu de rappeler ici un fait qui est passé inaperçu

et qui prouve cependant que l'empereur d'Allemagne se préoccupe des

progrès à réaliser dans la marine, sous toutes les formes. L'année

dernière, il se faisait recevoir membre du Royal Yacht Squadron, le club

nautique le plus aristocratique de l'Angleterre, que préside le prince

de Galles. Tout récemment le _Thistle_, un yacht de course célèbre qui a

été lutter aux États-Unis pour reprendre la coupe de l'_América_, était

acheté par un Allemand dont on ne faisait pas connaître le nom. Or, on

affirme que cet acheteur mystérieux n'est autre que l'empereur

d'Allemagne en personne. Si la chose est vraie--et elle paraît

l'être--ce serait la preuve que Guillaume II comprend cette théorie que

rien n'est plus propre à développer le sens marin chez un peuple que la

pratique du yachting et surtout du yachting de course. C'est, chez nous,

l'opinion de beaucoup de marins d'élite et, entre autres, du plus

autorisé de tous, l'amiral Jurien de la Gravière, qui a fait, de la

marine dans tous les temps et chez tous les peuples, l'étude de toute sa

vie. Il serait curieux que l'empereur d'Allemagne se fût emparé de ces

idées et voulût les faire triompher dans son pays, en payant le premier

d'exemple.

Nécrologie.--M. Henry Delval, chef du service administratif à

Porto-Novo.

Le célèbre Barnum, entrepreneur de spectacles, inventeur de la grande

réclame moderne.

Le colonel Mélard, directeur du génie à Perpignan.

Le général Appert, ancien ambassadeur à Saint-Pétersbourg.

L'Illustration, No. 2512, 18 Avril 1891 · 第 11 / 30 题