CONSEIL DES MINISTRES.

_Séance du 29 mars_.

Le duc d'Otrante, ministre de la Police générale, expose qu'il va

donner au conseil lecture d'une déclaration, datée de Vienne, le

13, et qu'on suppose émanée du congrès;

Que cette déclaration, provoquant l'assassinat de l'Empereur, lui

paraît apocryphe; que si elle pouvait être vraie, elle serait sans

exemple dans l'histoire du monde; que le style de libelle dans

lequel elle est écrite, donne lieu de penser qu'il faut la classer

au nombre de ces pièces fabriquées par l'esprit de parti, et par

des folliculaires qui sans mission se sont, dans ces derniers tems,

ingérés dans toutes les affaires de l'état; qu'elle est supposée

signée des ministres Anglais, et qu'il est impossible de penser que

les ministres d'une nation libre, et surtout lord Wellington, aient

pu faire une démarche contraire à la législation de leur pays et à

leurs caractères; qu'elle est supposée signée des ministres

d'Autriche, et qu'il est impossible de concevoir, quelques

dissentimens politiques qui existassent d'ailleurs, qu'un père pût

appeler l'assassinat sur son fils; que, contraire à tout principe

de morale et de religion, elle est attentatoire au caractère de

loyauté des souverains dont les libellistes compromettent ainsi les

mandataires; que cette déclaration est connue depuis plusieurs

jours, mais que, par les considérations qui viennent d'être

déduites, elle avait du être considérée comme digne d'un profond

mépris; qu'elle n'a été jugée devoir fixer l'attention du

ministère, que, lorsque des rapports officiels, venus de Metz et de

Strasbourg, ont fait connaître qu'elle a été apportée en France par

des courriers du prince de Bénévent; fait constaté par le résultat

de l'enquête qui a eu lieu et des interrogatoires qui ont été

subis; qu'enfin il est démontré que cette pièce qui ne peut pas

avoir été signée par les ministres de l'Autriche, de la Russie, de

l'Angleterre, est émanée de la légation du comte de Lille à Vienne,

laquelle légation a ajouté au crime de provoquer l'assassinat,

celui de falsifier la signature des membres du congrès.

La prétendue déclaration du congrès, les rapports de Metz et de

Strasbourg, ainsi que l'enquête et les interrogatoires qui ont été

faits par les ordres du ministre de la police générale, et qui

constatent que ladite déclaration est émanée des plénipotentiaires

du comte de Lille à Vienne, seront renvoyés aux présidens des

sections du conseil.

Les Cent Jours (1/2) Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815. · 第 17 / 22 题