Je viens d'ouvrir ma Bible, la plus vieille, celle dont je me sers de

temps immémorial; c'est un petit volume imprimé très fin, très

serré, édité à Édimbourg par Sir D. Hunter Blair[7] et J. Bruce,

imprimeurs du Roi, en 1816. Toute jaunie maintenant par l'usage, elle

n'est ni salie, ni déchirée; seuls les coins de pages du huitième

chapitre du Premier Livre des Rois et du XXXIIe du Deutéronome, un peu

noircis et affinés, témoignent de la peine que j'ai eue à me mettre

ces deux chapitres dans la tête. La liste des chapitres que j'ai appris

ainsi par cœur, et sur lesquels ma mère posait les fondements de ma

vie morale[8], vient de s'échapper des feuillets jaunis du vieux livre.

Je demande au lecteur, que cela l'intéresse ou non, la permission de

transcrire cette liste, que le hasard remet ainsi sous mes yeux:

Exode..................... Chapitre 15e et 20e.

Samuel, II................ — Ier du 17e V. à la fin.

Les Rois, I............... — 8e.

Psaumes................... — 23e 32e 90e 91e 103e 112e

119e 139e.

Proverbes................. — 2e 3e 8e 12e.

Isaïe..................... — 58e.

Matthieu.................. — 5e 6e 7e.

Actes..................... — 26e.

Ire aux Corinthiens....... — 13e 15e.

Saint Jacques............. — 4e.

Apocalypse................ — 5e et 6e.

En vérité, si j'ai glané, ici et là, quelques connaissances

supplémentaires en mathématiques, météorologie ou autres, dans le

courant de ma vie, si je dois beaucoup à des maîtres excellents,

l'insistance maternelle à me rendre cette littérature familière, à

en pénétrer mon esprit, est ce qui m'apparaît comme l'acquisition la

plus précieuse qu'il m'ait été donné de faire; c'est, sans

contredit, la partie _essentielle_ de toute mon éducation.

Peut-être est-ce le moment de récapituler ce qu'en bien et en mal les

circonstances avaient pu, jusqu'à cet âge de sept ans, laisser en moi

de traces indélébiles.

Commençons par les bienfaits (ce qu'un ami, qui ne manquait pas de

sagesse, me recommandait toujours, tandis que j'ai la très mauvaise

habitude de me lamenter pour la plus petite épine que je m'enfonce dans

le doigt, au lieu de me dire qu'une épine est peu de chose, et que

j'aurais pu, par exemple, me casser la main).

Parmi les plus pures et les plus précieuses bénédictions, il me faut

compter celle d'avoir appris à connaître l'exacte signification du mot

Paix, en pensée, en action, en parole.

Je n'avais jamais entendu entre mon père et ma mère une discussion où

ils eussent élevé la voix; je ne me souviens pas avoir jamais surpris

un regard irrité, ou seulement offensé, dans les yeux de l'un ou de

l'autre. Je n'avais jamais entendu gronder ou réprimander sévèrement

un domestique, jamais observé le moindre désordre dans les choses de

la maison, rien de fait à la hâte ou à une heure où cela ne devait

pas être fait.

Je ne soupçonnais pas l'existence d'un sentiment comme l'anxiété. Les

petits accès de mauvaise humeur de mon père, quand il rentrait avec

une commande de douze fût alors qu'il avait compté sur une de quinze,

ne se manifestaient jamais devant _moi_; simple question d'amour-propre

d'ailleurs; il s'agissait de savoir si son nom serait plus ou moins

honorablement placé sur la liste annuelle des exportateurs de sherry;

car, ne dépensant jamais plus de la moitié de son revenu, il aurait

supporté facilement une petite diminution dans ses bénéfices.

Je n'avais jamais fait le mal, du moins consciemment, si ce n'est

parfois, en omettant d'apprendre par cœur quelque verset édifiant pour

observer une guêpe sur le carreau de la fenêtre ou un oiseau dans le

cerisier; et je ne savais pas ce que c'était que d'avoir du chagrin.

En même temps que ce don inappréciable de la Paix, j'avais pénétré

le sens profond et de l'Obéissance et de la Foi. J'obéissais au doigt

et à l'œil; un geste de mon père ou de ma mère suffisait, comme le

navire répond au gouvernail; et non seulement sans l'ombre d'une

résistance, mais avec le sentiment que cette direction faisait partie

de ma vie, était ma force, que c'était une loi salutaire qui m'était

aussi nécessaire au point de vue moral que la loi de la pesanteur l'est

à quiconque saute.

Quant à mon expérience en matière de Foi, elle fut bientôt

complète: jamais de promesses fallacieuses; ce qui était promis était

donné sur l'heure; jamais de menaces vaines, jamais de mensonges.

La paix, l'obéissance, la foi, tels étaient les principaux bienfaits;

venait ensuite l'habitude de l'attention, attention de l'esprit et

attention des yeux, mais je ne m'y arrêterai pas ici, cette faculté

étant certainement celle qui m'a été le plus utile dans le cours de

ma vie, celle qui faisait dire à Mazzini, un ou deux ans avant sa

mort--la conversation m'a été textuellement rapportée--que j'avais

«le cerveau le plus analytique d'Europe». Opinion, dans la mesure où

je connais l'Europe, que je suis tout disposé à partager.

Je noterai, enfin, une très grande délicatesse du palais et des autres

sens: odorat, ouïe. Ce que je dois à l'interdiction absolue de toute

espèce de gâteaux, vins, sucreries et même, sauf certaines

circonstances exceptionnelles, de fruits; et au soin avec lequel

étaient préparés les plats que je mangeais.

J'estime que ce sont là les principales bénédictions de mon enfance.

Voyons maintenant quelles en ont été les plus grandes calamités.

Premièrement, je n'avais rien à aimer.

Mes parents étaient pour moi des puissances visibles de la nature; je

ne les aimais ni plus ni moins que le soleil ou la lune: j'aurais

seulement été extrêmement ennuyé ou embarrassé si l'un ou l'autre

s'était éclipsé, éteint (je le sens cruellement aujourd'hui que tous

deux ont disparu derrière un nuage). J'aimais encore moins Dieu; non

que je me fusse querellé avec Lui ou que j'en eusse peur, mais

uniquement parce que les devoirs qu'on me disait qu'il fallait Lui

rendre me paraissaient ennuyeux, et parce que le livre que l'on me

disait être Son livre ne m'amusait pas. Je n'avais aucun camarade avec

qui me disputer, personne à aider et personne à remercier. Les

domestiques avaient ordre de ne jamais s'occuper de moi en dehors de

leur service strict; et pourquoi aurais-je témoigné de la

reconnaissance à la cuisinière pour faire la cuisine, au jardinier

pour s'occuper de son jardin, quand l'une n'osait même pas me donner

une pomme de terre cuite au four sans permission, et que l'autre ne

pouvait pas laisser mes fourmis en repos sous le prétexte qu'elles

abîmaient les allées? Il n'arriva pas, cependant, ce qui aurait fort

bien pu arriver, que je devinsse égoïste, sec, peu affectueux.

Seulement, quand les sentiments tendres s'éveillèrent en moi, ils me

submergèrent: ce fut un véritable torrent que je fus incapable de

maîtriser, de diriger, moi qui n'avais jusque-là rien eu à diriger.

Car (seconde des grandes calamités) je n'avais pas appris à souffrir,

tout m'avait été épargné: dangers, douleurs m'étaient également

inconnus; jamais je n'avais occasion d'exercer ma force, ni mon courage,

ni ma patience. Non que je fusse facilement effrayé: ni les revenants,

ni le tonnerre, ni les animaux ne me faisaient peur; je me souviens

même que le jour où, tout enfant, je fus le plus tenté de me rebeller

contre l'autorité supérieure, ce fut une fois que je voulais jouer

avec les petits lionceaux de la ménagerie de Wombwell.

Troisièmement. On ne m'enseigna pas les bonnes manières, les manières

du monde; il suffisait, quand il y avait des invités à la maison, que

je ne fusse pas gênant et que je répondisse sans timidité quand on

m'adressait la parole: la timidité m'est venue plus tard et elle a

augmenté à mesure que j'ai pris conscience de ma gaucherie. Il me fut

impossible de jamais acquérir aucune souplesse dans les exercices

physiques, aucune adresse à aucun jeu et même la moindre aisance dans

l'ordinaire de la vie.

Enfin, et ce fut le plus grand de tous mes maux, on ne s'appliqua jamais

à développer en moi l'indépendance, la volonté d'agir[9], ni le

jugement sur ce qui est bien et ce qui est mal, car on ne me débarrassa

jamais ni de la bride, ni des œillères.

Les enfants devraient avoir, comme les soldats, des moments où ils ne

seraient pas de service, et, l'habitude de l'obéissance une fois

donnée, l'enfant devrait, très jeune, être livré à lui-même, à

certaines heures, abandonné à ses caprices, obligé de se débattre

contre lui-même et de se vaincre. L'autorité qui a incessamment

veillé sur mes jeunes années m'a longtemps rendu incapable; et

lorsque, enfin, je me suis trouvé lancé dans le monde, je n'ai pu

faire autre chose que me laisser emporter par ses tourbillons.

Le jugement qu'à l'heure actuelle je serais tenté de porter sur

l'ensemble de mon éducation, c'est d'avoir été à la fois trop

formaliste et trop luxueuse, imprimant sa marque sur mon caractère,

mais au moment très important où il se formait, le laissant plutôt

comprimé que discipliné: si j'étais innocent, c'était par protection

et non par vertu. Ma mère s'en rendit compte, elle ne le vit que trop

clairement par la suite, et chaque fois qu'il m'arrivait de faire

quelque chose d'injuste, de stupide ou d'inhumain (et souvent ce fut

tout cela à la fois) elle ne manquait jamais de me dire: «C'est que

vous étiez trop gâté.»

Jusqu'ici, sauf certaines omissions voulues, je n'ai guère réimprimé

que ce que j'avais déjà dit dans _Fors_; je crains que la suite du

récit n'ait point autant d'intérêt. Ce qui me reste à dire ne

gagnera pas à être développé et sera encore moins amusant. Dans

_Fors_, j'ai tenté de présenter les choses de façon un peu piquante;

je tâcherai au contraire, ici, que mon récit soit aussi simple que

possible. Suis-je arrivé dans _Fors_ à écrire avec esprit? Je ne

sais. Ce qui est certain, c'est que j'ai été souvent fort obscur et

que la description que j'ai donnée plus haut de Herne Hill demande à

être faite en termes moins exagérés.

La hauteur de la longue crête de Herne Hill, au-dessus de la Tamise ou

plutôt du niveau de la Tamise, à Camberwell Green, n'a pas, j'imagine,

plus de cent cinquante pieds; mais la descente sur les deux versants est

rapide, s'étageant sur un quart de mille du côté est, aussi bien que

du côté ouest, à travers une succession de parcs et de jardins; route

très vite séchée après l'averse, et que les enfants dégringolaient

en courant; mais aussi quel courage il fallait pour remonter la pente

avec son cerceau! Du sommet, avant qu'il n'y eût de chemins de fer, la

vue était absolument délicieuse; vers le soir, du côté du couchant,

elle était même grandiose, embrassant une longue succession de pentes

boisées.

La Tamise elle-même se cachait derrière les arbres; pas d'espaces

libres, pas de prairies, si ce n'est directement au-dessous; sur une

étendue de vingt milles carrés, rien que des frondaisons verdoyantes

et des bosquets. De l'autre côté, vers l'est et le sud, s'allongeaient

les collines de Norwood, plantées de bouleaux et de chênes, coupées

de landes, hérissées d'ajoncs et de ronces d'un vert sombre, avec, ici

et là, des pentes gazonnées qui faisaient deviner déjà toute la

beauté rurale du Surrey et du Kent et d'une ondulation si large

qu'elles donnaient l'illusion de la montagne. Association d'idées qui

paraît absolument invraisemblable aujourd'hui que le Palais de Cristal,

sans parvenir à suggérer l'idée de grandeur et sans avoir plus de

majesté lui-même qu'une cloche à melon posée entre deux tuyaux de

cheminées, réussit pourtant, grâce au voisinage de sa bête de masse

creuse, à donner des airs de pygmées aux collines environnantes, qui

ressemblent aujourd'hui à trois gros tas d'argile prêts à être

livrés à un entrepreneur de construction. Mais, en ce temps-là, le

Norwood ou Northwood, comme on disait à Croydon, par opposition avec le

Southwood des plateaux du Surrey, montait en demi-cercle sur une

étendue de cinq milles autour de Dulwich vers le sud, coupé ici et là

par de petits sentiers rapides bordés de haies tels que Gipsy Hill et

autres; du sommet, le regard s'étendait dans la direction de Dartford

et sur la plaine de Croydon. C'est devant ce spectacle qu'un jour

j'épouvantai ma mère, en m'écriant que «je sentais mes yeux me

sortir de la tête». Elle crut que j'avais attrapé un coup de soleil.

Herne Hill était au centre de cet amphithéâtre, et l'un de ses

principaux charmes consistait en ce qu'après avoir longé le faîte des

collines, en venant de Londres, au milieu des marronniers d'Inde, des

lilas et des pommiers dont les branches pendaient au-dessus des

palissades des deux côtés, le pays se découvrait soudain et on se

trouvait à l'extrémité d'une grande plaine qui dévalait vers le sud

jusque dans la vallée de Dulwich, prairie semée de boutons d'or où

paissaient des vaches avec, tout au fond, les beaux pâturages et les

avenues séculaires de Dulwich, et à l'horizon le demi-cercle des

collines de Norwood. Sur la gauche, un sentier auquel on accédait par

une barrière et qui était si abrité que les convalescents venaient

s'y promener dès le mois de mars; il était si paisible et si solitaire

que, lorsque j'étais en mal d'écrire, que j'avais besoin de calme et

de réflexion, j'y venais, le préférant au jardin. De simples balises

en bois, hautes de quatre pieds, séparaient la route de la prairie;

elles n'étaient là que pour empêcher les vaches de s'échapper.

Hélas! depuis le temps où j'allais méditer dans le petit sentier, que

de perfectionnements! Le besoin d'une nouvelle église s'étant fait

sentir, on a bâti, en bordure de la prairie, une pauvre église

gothique grêle dont le clocher n'est là que pour l'ornement;

derrière, s'élève le presbytère, si bien que ces deux constructions

bouchent les trois quarts de la vue. Ensuite, ce fut le Palais de

Cristal, qui gâte irrémédiablement tout le panorama d'où qu'on

l'aperçoive et qui, les jours de fête, attire une foule de piétons et

de fumeurs dont le pauvre sentier gardait la trace toute la semaine.

Puis ce fut le tour des chemins de fer qui vomissaient, par chaque train

de plaisir, tous les voyous de Londres, et l'on sait que le plus grand

plaisir de ces messieurs consiste à démolir les barrières, à

effrayer les vaches et à casser les pauvres branches fleuries qui ont

l'imprudence de s'avancer au-dessus des clôtures. Ce que voyant, les

propriétaires en bordure firent élever un mur de briques pour se

protéger.

Le joli sentier, devenu intolérable de chaleur et de saleté, fut

bientôt abandonné aux rôdeurs, que l'on se contentait de faire

surveiller de loin par un policeman placé à l'entrée. Enfin, cette

année, c'est le comble! On a élevé en face du mur une palissade en

planches de deux mètres de haut, si bien que le malheureux

excursionniste est réduit à goûter de la campagne, comme air et comme

vue, ce qui peut lui en arriver soit par-dessus le mur, soit par-dessus

la palissade; il marche, avec l'odeur d'un mauvais cigare en avant, un

autre en arrière, un troisième dans la bouche.

Je serais désolé que ce livre prît des allures maussades, des airs

grognons, car ma disposition naturelle, dont je voudrais qu'il fût

l'écho, est le plus souvent aimable--que l'on me pardonne cette

apparence de fatuité--surtout quand on ne me contrarie pas. Je

grognerai ailleurs, quand il faudra absolument que je grogne, et je note

seulement en passant le tort fait aux habitants et aux promeneurs de

Herne Hill, parce que les questions de droit de passage sont à l'ordre

du jour et que, dans la plupart des cas, le _passage_ est le moindre du

vieux _droit_ bien compris. Le droit devrait s'étendre à la jolie vue

et au bon air.

Je tiens aussi à faire remarquer que, bien que l'on ait toujours en

Angleterre la Grande Charte à la bouche, il y a peu d'Anglais qui

sachent que l'une de ses principales clauses est l'interdiction de

trafiquer[10] de la loi. Or, il me semble que la loi anglaise pourrait

conserver Banstead et autres terrains aux pauvres de l'Angleterre sans

me faire payer, comme elle vient de le faire, deux mille cinq cents

francs pour l'exécution temporaire de ce devoir d'ailleurs gratuit.

Il me faudra revenir plus tard sur ces années d'enfance afin de combler

quelques lacunes, mais je tiens à expliquer ici (ce qui pourra

paraître un peu fastidieux) que lorsque j'ai dit que «dans le jardin

de Herne Hill tous les fruits étaient défendus», j'ai simplement

voulu dire: défendus en dehors de certaines circonstances, car les

cueillettes de fruits, selon les saisons, étaient de véritables

fêtes, et la défense maternelle, sous son apparente sévérité, avait

de grands avantages: la pêche que ma mère me donnait quand elle était

certaine qu'elle fût mûre à point, la tarte dont j'avais trié les

cerises une à une, afin de m'assurer qu'elles étaient bien rouges de

tous les côtés, avaient pour moi une saveur qu'elles n'auraient pas

eue pour un enfant habitué à manger des fruits à sa fantaisie; mais

le plaisir absolument pur, le vrai bonheur était de voir le verger en

fleur; je préférais mille fois ses fleurs à ses fruits. Quant aux

jouissances gastronomiques, pommes de terre bien rissolées, petits pois

fondants, grosses fèves ayant juste le degré d'amertume voulu, et les

bocaux de prunes de Damas ou de groseilles, pour le remplissage annuel

desquels on comptait encore plus sur le fruitier que sur le jardinier,

me paraissaient d'une importance mille fois supérieure à la douzaine

de brugnons dont on me donnait quelques bribes, ou aux deux ou trois

boisseaux de poires que l'on gardait pour l'hiver. Si bien que, de très

bonne heure, mes réflexions sur les arbres m'avaient amené à la

conclusion donnée cinquante ans plus tard dans _Proserpine_, à savoir

que graines et fruits n'étaient là que pour les fleurs, et non pas les

fleurs pour les fruits. C'étaient les perce-neige qui me donnaient ma

première joie de l'année; la seconde, la plus intense, je la devais

aux amandiers en fleur; à partir de ce moment, c'était chaque jour,

dans le jardin ou dans les bois, des plaisirs variés, une suite

ininterrompue de fleurs brillantes ou de feuilles rougissantes; et

pendant de longues années, ce que j'ai demandé au Ciel avec le plus

d'ardeur, c'est qu'à l'époque de la floraison la gelée épargnât les

amandiers!

[Note 3: Dans l'Histoire de Croydon, on remarque que ce nom a longtemps

embarrassé les archéologues; on le retrouve souvent aux environs des

anciens camps romains.]

[Note 4: Ce dessin est encore au-dessus de la cheminée de ma chambre à

coucher à Brantwood.]

[Note 5: Comparer le 52e paragraphe du Chapitre III de la _Bible

d'Amiens_.]

[Note 6: Un nouveau printemps ravivera-t-il Les cendres de l'urne?]

[Note 7: Cet éditeur étant devenu Lord Provost (maire) d'Édimbourg,

reçut le titre de Baronet (Note du traducteur).]

[Note 8: Cette expression dans _Fors_ a paru signifier à quelques

lecteurs que ma mère m'avait rendu très évangéliquement religieux.

Il n'en était rien. J'ai voulu dire simplement qu'elle avait posé les

fondements de ma vie à venir, fondements pratiques aussi bien que

spirituels. (Voir le paragraphe suivant.)]

[Note 9: Remarquez que je parle ici de l'_action_, car en _pensée_ je

n'étais que trop indépendant, comme on a pu le voir plus haut.]

[Note 10: «To no one will We sell, to no one will We deny or defer,

Right or Justice.»

(On ne vendra, on ne refusera, on ne déniera à personne le droit ou la

justice.)]

CHAPITRE III

LES RIVES DE LA TAY

Le lecteur a remarqué, je l'espère, que, dans mon récit, j'ai surtout

insisté sur les circonstances favorables qui ont entouré l'enfant dont

j'ai entrepris de raconter l'histoire, et sur la docilité, la

tranquillité de son tempérament pourtant très impressionnable.

Je ne lui ai attribué aucun talent, aucun don particulier; car, en

réalité, il n'en possédait pas, en dehors de cette patience dans

l'observation, de cette précision dans la sensation qui, plus tard,

avec le travail, a constitué ma faculté d'analyse. En dehors de ces

dispositions, je n'avais aucune de celles qui sont la condition du

génie. Ma mémoire n'était que moyenne et je n'ai jamais vu un enfant

plus incapable de jouer la comédie, ou de raconter une histoire;

d'autre part, je n'en ai jamais connu un dont le goût pour le fait, la

chose vue, fût à la fois aussi ardent et aussi méthodique.

Mais je m'aperçois que, dans le récit qui précède, et que j'aurais

voulu extrêmement modeste, je me vante assez sottement de mon goût

pour la grande littérature comme si elle avait été exclusivement

l'objet de mes premières études. J'aurais dû dire que l'_Iliade_ et

ce qui était à ma portée dans la Genèse et dans l'Exode ne m'ont

guère occupé avant l'âge de dix ans. Ma littérature de lait, si l'on

peut dire, n'était pas toujours aussi austère. Je lisais la _Dame

Wiggins of Lee_, _The Peacock at Home_ et autres contes pour les

enfants, ou encore le _Frank_ et _Harry et Lucy_ de Miss Edgeworth, ou

les _Dialogues scientifiques_ de Joyce. Les premières tentatives,

marquant un mouvement quelconque des molécules de mon cerveau, sont six

«poèmes» qui m'ont été inspirés par ces lectures; entre le

quatrième et le cinquième, ma mère a écrit: janvier 1826. Cet

opuscule, commencé au mois de septembre ou d'octobre 1826, a été

terminé en janvier 1827. Il était écrit en caractères d'imprimerie:

j'étais alors dans ma septième année. Je vois encore le petit cahier

rouge réglé en bleu, et ses quarante ou cinquante pages écrites au

crayon de chaque côté; le titre, qui a été assez exactement

reproduit à la page suivante, était écrit à l'intérieur sur le cartonnage

même. Des quatre volumes annoncés, il semble bien (selon une habitude

à laquelle je suis resté fidèle jusqu'ici) que je n'en aie écrit

qu'un seul. Sur les quarante pages, il y en avait deux consacrées aux

«gravures», dont celle qui avait la prétention de représenter la

«nouvelle route d'Harry». C'est, je crois, la première fois que j'aie

essayé de dessiner une montagne. Le dernier paragraphe de ce premier

volume me semble, pour différentes raisons, mériter d'être conservé.

Je l'imprime tel que, avec ses interlignes et ses différents

caractères.

Quant à la ponctuation, nous la laisserons aux soins du lecteur. Les

espaces, on voudra bien le remarquer, étaient destinés à égaliser

les lignes, non que l'on y soit jamais arrivé; et les interlignes

inégaux concourent au même effet.

HARRY AND LUCY

FIN

DERNIÈRE PARTIE

DE

PREMIÈRES LEÇONS

en quatre volumes

vol I

avec gravures

IMPRIMÉ et composé par un petit garçon

dessiné par lui aussi.

[Figure 05]

Harry savait très bien ce que c'était et continuait à dessiner mais

Lucy l'appela bientôt pour lui montrer un gros nuage noir qui semblait

chargé d'électricité. Harry courut chercher un appareil électrique

que son père lui avait donné, et le nuage électrisa l'appareil au

positif, puis vint un autre nuage qui l'électrisa au négatif, suivi de

nuages plus petits; devant ce nuage s'élevait une grosse nuée de

poussière qui courait après le nuage positif elle finit par prendre

contact avec lui et quand l'autre nuage arriva on vit un éclair

traverser la nuée sur laquelle le nuage négatif s'étendait et se

dissolvait en pluie ce qui bientôt éclaircit le ciel. Le phénomène

terminé Harry revenu de sa surprise se demanda comment il pouvait se

faire qu'il y eût de l'électricité là où il y avait tant d'eau.

Mais il aperçut bientôt un arc-en-ciel et là-dessus montait un

brouillard où son imagination lui fit voir la silhouette d'une femme.

Il pensa immédiatement à la sorcière des Alpes que l'on évoquait en

prenant[11] un peu d'eau dans le creux de la main que l'on répandait en

prononçant des paroles inintelligibles[12]. Et bien que ce ne fût

qu'un conte Harry en fut impressionné lorsqu'il vit dans les nuages une

forme qui y ressemblait.

fin de Harry et Lucy.

"Præterita": souvenirs de jeunesse · 第 3 / 24 段