temps immémorial; c'est un petit volume imprimé très fin, très
serré, édité à Édimbourg par Sir D. Hunter Blair[7] et J. Bruce,
imprimeurs du Roi, en 1816. Toute jaunie maintenant par l'usage, elle
n'est ni salie, ni déchirée; seuls les coins de pages du huitième
chapitre du Premier Livre des Rois et du XXXIIe du Deutéronome, un peu
noircis et affinés, témoignent de la peine que j'ai eue à me mettre
ces deux chapitres dans la tête. La liste des chapitres que j'ai appris
ainsi par cœur, et sur lesquels ma mère posait les fondements de ma
vie morale[8], vient de s'échapper des feuillets jaunis du vieux livre.
Je demande au lecteur, que cela l'intéresse ou non, la permission de
transcrire cette liste, que le hasard remet ainsi sous mes yeux:
Exode..................... Chapitre 15e et 20e.
Samuel, II................ — Ier du 17e V. à la fin.
Les Rois, I............... — 8e.
Psaumes................... — 23e 32e 90e 91e 103e 112e
119e 139e.
Proverbes................. — 2e 3e 8e 12e.
Isaïe..................... — 58e.
Matthieu.................. — 5e 6e 7e.
Actes..................... — 26e.
Ire aux Corinthiens....... — 13e 15e.
Saint Jacques............. — 4e.
Apocalypse................ — 5e et 6e.
En vérité, si j'ai glané, ici et là, quelques connaissances
supplémentaires en mathématiques, météorologie ou autres, dans le
courant de ma vie, si je dois beaucoup à des maîtres excellents,
l'insistance maternelle à me rendre cette littérature familière, à
en pénétrer mon esprit, est ce qui m'apparaît comme l'acquisition la
plus précieuse qu'il m'ait été donné de faire; c'est, sans
contredit, la partie _essentielle_ de toute mon éducation.
Peut-être est-ce le moment de récapituler ce qu'en bien et en mal les
circonstances avaient pu, jusqu'à cet âge de sept ans, laisser en moi
de traces indélébiles.
Commençons par les bienfaits (ce qu'un ami, qui ne manquait pas de
sagesse, me recommandait toujours, tandis que j'ai la très mauvaise
habitude de me lamenter pour la plus petite épine que je m'enfonce dans
le doigt, au lieu de me dire qu'une épine est peu de chose, et que
j'aurais pu, par exemple, me casser la main).
Parmi les plus pures et les plus précieuses bénédictions, il me faut
compter celle d'avoir appris à connaître l'exacte signification du mot
Paix, en pensée, en action, en parole.
Je n'avais jamais entendu entre mon père et ma mère une discussion où
ils eussent élevé la voix; je ne me souviens pas avoir jamais surpris
un regard irrité, ou seulement offensé, dans les yeux de l'un ou de
l'autre. Je n'avais jamais entendu gronder ou réprimander sévèrement
un domestique, jamais observé le moindre désordre dans les choses de
la maison, rien de fait à la hâte ou à une heure où cela ne devait
pas être fait.
Je ne soupçonnais pas l'existence d'un sentiment comme l'anxiété. Les
petits accès de mauvaise humeur de mon père, quand il rentrait avec
une commande de douze fût alors qu'il avait compté sur une de quinze,
ne se manifestaient jamais devant _moi_; simple question d'amour-propre
d'ailleurs; il s'agissait de savoir si son nom serait plus ou moins
honorablement placé sur la liste annuelle des exportateurs de sherry;
car, ne dépensant jamais plus de la moitié de son revenu, il aurait
supporté facilement une petite diminution dans ses bénéfices.
Je n'avais jamais fait le mal, du moins consciemment, si ce n'est
parfois, en omettant d'apprendre par cœur quelque verset édifiant pour
observer une guêpe sur le carreau de la fenêtre ou un oiseau dans le
cerisier; et je ne savais pas ce que c'était que d'avoir du chagrin.
En même temps que ce don inappréciable de la Paix, j'avais pénétré
le sens profond et de l'Obéissance et de la Foi. J'obéissais au doigt
et à l'œil; un geste de mon père ou de ma mère suffisait, comme le
navire répond au gouvernail; et non seulement sans l'ombre d'une
résistance, mais avec le sentiment que cette direction faisait partie
de ma vie, était ma force, que c'était une loi salutaire qui m'était
aussi nécessaire au point de vue moral que la loi de la pesanteur l'est
à quiconque saute.
Quant à mon expérience en matière de Foi, elle fut bientôt
complète: jamais de promesses fallacieuses; ce qui était promis était
donné sur l'heure; jamais de menaces vaines, jamais de mensonges.
La paix, l'obéissance, la foi, tels étaient les principaux bienfaits;
venait ensuite l'habitude de l'attention, attention de l'esprit et
attention des yeux, mais je ne m'y arrêterai pas ici, cette faculté
étant certainement celle qui m'a été le plus utile dans le cours de
ma vie, celle qui faisait dire à Mazzini, un ou deux ans avant sa
mort--la conversation m'a été textuellement rapportée--que j'avais
«le cerveau le plus analytique d'Europe». Opinion, dans la mesure où
je connais l'Europe, que je suis tout disposé à partager.
Je noterai, enfin, une très grande délicatesse du palais et des autres
sens: odorat, ouïe. Ce que je dois à l'interdiction absolue de toute
espèce de gâteaux, vins, sucreries et même, sauf certaines
circonstances exceptionnelles, de fruits; et au soin avec lequel
étaient préparés les plats que je mangeais.
J'estime que ce sont là les principales bénédictions de mon enfance.
Voyons maintenant quelles en ont été les plus grandes calamités.
Premièrement, je n'avais rien à aimer.
Mes parents étaient pour moi des puissances visibles de la nature; je
ne les aimais ni plus ni moins que le soleil ou la lune: j'aurais
seulement été extrêmement ennuyé ou embarrassé si l'un ou l'autre
s'était éclipsé, éteint (je le sens cruellement aujourd'hui que tous
deux ont disparu derrière un nuage). J'aimais encore moins Dieu; non
que je me fusse querellé avec Lui ou que j'en eusse peur, mais
uniquement parce que les devoirs qu'on me disait qu'il fallait Lui
rendre me paraissaient ennuyeux, et parce que le livre que l'on me
disait être Son livre ne m'amusait pas. Je n'avais aucun camarade avec
qui me disputer, personne à aider et personne à remercier. Les
domestiques avaient ordre de ne jamais s'occuper de moi en dehors de
leur service strict; et pourquoi aurais-je témoigné de la
reconnaissance à la cuisinière pour faire la cuisine, au jardinier
pour s'occuper de son jardin, quand l'une n'osait même pas me donner
une pomme de terre cuite au four sans permission, et que l'autre ne
pouvait pas laisser mes fourmis en repos sous le prétexte qu'elles
abîmaient les allées? Il n'arriva pas, cependant, ce qui aurait fort
bien pu arriver, que je devinsse égoïste, sec, peu affectueux.
Seulement, quand les sentiments tendres s'éveillèrent en moi, ils me
submergèrent: ce fut un véritable torrent que je fus incapable de
maîtriser, de diriger, moi qui n'avais jusque-là rien eu à diriger.
Car (seconde des grandes calamités) je n'avais pas appris à souffrir,
tout m'avait été épargné: dangers, douleurs m'étaient également
inconnus; jamais je n'avais occasion d'exercer ma force, ni mon courage,
ni ma patience. Non que je fusse facilement effrayé: ni les revenants,
ni le tonnerre, ni les animaux ne me faisaient peur; je me souviens
même que le jour où, tout enfant, je fus le plus tenté de me rebeller
contre l'autorité supérieure, ce fut une fois que je voulais jouer
avec les petits lionceaux de la ménagerie de Wombwell.
Troisièmement. On ne m'enseigna pas les bonnes manières, les manières
du monde; il suffisait, quand il y avait des invités à la maison, que
je ne fusse pas gênant et que je répondisse sans timidité quand on
m'adressait la parole: la timidité m'est venue plus tard et elle a
augmenté à mesure que j'ai pris conscience de ma gaucherie. Il me fut
impossible de jamais acquérir aucune souplesse dans les exercices
physiques, aucune adresse à aucun jeu et même la moindre aisance dans
l'ordinaire de la vie.
Enfin, et ce fut le plus grand de tous mes maux, on ne s'appliqua jamais
à développer en moi l'indépendance, la volonté d'agir[9], ni le
jugement sur ce qui est bien et ce qui est mal, car on ne me débarrassa
jamais ni de la bride, ni des œillères.
Les enfants devraient avoir, comme les soldats, des moments où ils ne
seraient pas de service, et, l'habitude de l'obéissance une fois
donnée, l'enfant devrait, très jeune, être livré à lui-même, à
certaines heures, abandonné à ses caprices, obligé de se débattre
contre lui-même et de se vaincre. L'autorité qui a incessamment
veillé sur mes jeunes années m'a longtemps rendu incapable; et
lorsque, enfin, je me suis trouvé lancé dans le monde, je n'ai pu
faire autre chose que me laisser emporter par ses tourbillons.
Le jugement qu'à l'heure actuelle je serais tenté de porter sur
l'ensemble de mon éducation, c'est d'avoir été à la fois trop
formaliste et trop luxueuse, imprimant sa marque sur mon caractère,
mais au moment très important où il se formait, le laissant plutôt
comprimé que discipliné: si j'étais innocent, c'était par protection
et non par vertu. Ma mère s'en rendit compte, elle ne le vit que trop
clairement par la suite, et chaque fois qu'il m'arrivait de faire
quelque chose d'injuste, de stupide ou d'inhumain (et souvent ce fut
tout cela à la fois) elle ne manquait jamais de me dire: «C'est que
vous étiez trop gâté.»
Jusqu'ici, sauf certaines omissions voulues, je n'ai guère réimprimé
que ce que j'avais déjà dit dans _Fors_; je crains que la suite du
récit n'ait point autant d'intérêt. Ce qui me reste à dire ne
gagnera pas à être développé et sera encore moins amusant. Dans
_Fors_, j'ai tenté de présenter les choses de façon un peu piquante;
je tâcherai au contraire, ici, que mon récit soit aussi simple que
possible. Suis-je arrivé dans _Fors_ à écrire avec esprit? Je ne
sais. Ce qui est certain, c'est que j'ai été souvent fort obscur et
que la description que j'ai donnée plus haut de Herne Hill demande à
être faite en termes moins exagérés.
La hauteur de la longue crête de Herne Hill, au-dessus de la Tamise ou
plutôt du niveau de la Tamise, à Camberwell Green, n'a pas, j'imagine,
plus de cent cinquante pieds; mais la descente sur les deux versants est
rapide, s'étageant sur un quart de mille du côté est, aussi bien que
du côté ouest, à travers une succession de parcs et de jardins; route
très vite séchée après l'averse, et que les enfants dégringolaient
en courant; mais aussi quel courage il fallait pour remonter la pente
avec son cerceau! Du sommet, avant qu'il n'y eût de chemins de fer, la
vue était absolument délicieuse; vers le soir, du côté du couchant,
elle était même grandiose, embrassant une longue succession de pentes
boisées.
La Tamise elle-même se cachait derrière les arbres; pas d'espaces
libres, pas de prairies, si ce n'est directement au-dessous; sur une
étendue de vingt milles carrés, rien que des frondaisons verdoyantes
et des bosquets. De l'autre côté, vers l'est et le sud, s'allongeaient
les collines de Norwood, plantées de bouleaux et de chênes, coupées
de landes, hérissées d'ajoncs et de ronces d'un vert sombre, avec, ici
et là, des pentes gazonnées qui faisaient deviner déjà toute la
beauté rurale du Surrey et du Kent et d'une ondulation si large
qu'elles donnaient l'illusion de la montagne. Association d'idées qui
paraît absolument invraisemblable aujourd'hui que le Palais de Cristal,
sans parvenir à suggérer l'idée de grandeur et sans avoir plus de
majesté lui-même qu'une cloche à melon posée entre deux tuyaux de
cheminées, réussit pourtant, grâce au voisinage de sa bête de masse
creuse, à donner des airs de pygmées aux collines environnantes, qui
ressemblent aujourd'hui à trois gros tas d'argile prêts à être
livrés à un entrepreneur de construction. Mais, en ce temps-là, le
Norwood ou Northwood, comme on disait à Croydon, par opposition avec le
Southwood des plateaux du Surrey, montait en demi-cercle sur une
étendue de cinq milles autour de Dulwich vers le sud, coupé ici et là
par de petits sentiers rapides bordés de haies tels que Gipsy Hill et
autres; du sommet, le regard s'étendait dans la direction de Dartford
et sur la plaine de Croydon. C'est devant ce spectacle qu'un jour
j'épouvantai ma mère, en m'écriant que «je sentais mes yeux me
sortir de la tête». Elle crut que j'avais attrapé un coup de soleil.
Herne Hill était au centre de cet amphithéâtre, et l'un de ses
principaux charmes consistait en ce qu'après avoir longé le faîte des
collines, en venant de Londres, au milieu des marronniers d'Inde, des
lilas et des pommiers dont les branches pendaient au-dessus des
palissades des deux côtés, le pays se découvrait soudain et on se
trouvait à l'extrémité d'une grande plaine qui dévalait vers le sud
jusque dans la vallée de Dulwich, prairie semée de boutons d'or où
paissaient des vaches avec, tout au fond, les beaux pâturages et les
avenues séculaires de Dulwich, et à l'horizon le demi-cercle des
collines de Norwood. Sur la gauche, un sentier auquel on accédait par
une barrière et qui était si abrité que les convalescents venaient
s'y promener dès le mois de mars; il était si paisible et si solitaire
que, lorsque j'étais en mal d'écrire, que j'avais besoin de calme et
de réflexion, j'y venais, le préférant au jardin. De simples balises
en bois, hautes de quatre pieds, séparaient la route de la prairie;
elles n'étaient là que pour empêcher les vaches de s'échapper.
Hélas! depuis le temps où j'allais méditer dans le petit sentier, que
de perfectionnements! Le besoin d'une nouvelle église s'étant fait
sentir, on a bâti, en bordure de la prairie, une pauvre église
gothique grêle dont le clocher n'est là que pour l'ornement;
derrière, s'élève le presbytère, si bien que ces deux constructions
bouchent les trois quarts de la vue. Ensuite, ce fut le Palais de
Cristal, qui gâte irrémédiablement tout le panorama d'où qu'on
l'aperçoive et qui, les jours de fête, attire une foule de piétons et
de fumeurs dont le pauvre sentier gardait la trace toute la semaine.
Puis ce fut le tour des chemins de fer qui vomissaient, par chaque train
de plaisir, tous les voyous de Londres, et l'on sait que le plus grand
plaisir de ces messieurs consiste à démolir les barrières, à
effrayer les vaches et à casser les pauvres branches fleuries qui ont
l'imprudence de s'avancer au-dessus des clôtures. Ce que voyant, les
propriétaires en bordure firent élever un mur de briques pour se
protéger.
Le joli sentier, devenu intolérable de chaleur et de saleté, fut
bientôt abandonné aux rôdeurs, que l'on se contentait de faire
surveiller de loin par un policeman placé à l'entrée. Enfin, cette
année, c'est le comble! On a élevé en face du mur une palissade en
planches de deux mètres de haut, si bien que le malheureux
excursionniste est réduit à goûter de la campagne, comme air et comme
vue, ce qui peut lui en arriver soit par-dessus le mur, soit par-dessus
la palissade; il marche, avec l'odeur d'un mauvais cigare en avant, un
autre en arrière, un troisième dans la bouche.
Je serais désolé que ce livre prît des allures maussades, des airs
grognons, car ma disposition naturelle, dont je voudrais qu'il fût
l'écho, est le plus souvent aimable--que l'on me pardonne cette
apparence de fatuité--surtout quand on ne me contrarie pas. Je
grognerai ailleurs, quand il faudra absolument que je grogne, et je note
seulement en passant le tort fait aux habitants et aux promeneurs de
Herne Hill, parce que les questions de droit de passage sont à l'ordre
du jour et que, dans la plupart des cas, le _passage_ est le moindre du
vieux _droit_ bien compris. Le droit devrait s'étendre à la jolie vue
et au bon air.
Je tiens aussi à faire remarquer que, bien que l'on ait toujours en
Angleterre la Grande Charte à la bouche, il y a peu d'Anglais qui
sachent que l'une de ses principales clauses est l'interdiction de
trafiquer[10] de la loi. Or, il me semble que la loi anglaise pourrait
conserver Banstead et autres terrains aux pauvres de l'Angleterre sans
me faire payer, comme elle vient de le faire, deux mille cinq cents
francs pour l'exécution temporaire de ce devoir d'ailleurs gratuit.
Il me faudra revenir plus tard sur ces années d'enfance afin de combler
quelques lacunes, mais je tiens à expliquer ici (ce qui pourra
paraître un peu fastidieux) que lorsque j'ai dit que «dans le jardin
de Herne Hill tous les fruits étaient défendus», j'ai simplement
voulu dire: défendus en dehors de certaines circonstances, car les
cueillettes de fruits, selon les saisons, étaient de véritables
fêtes, et la défense maternelle, sous son apparente sévérité, avait
de grands avantages: la pêche que ma mère me donnait quand elle était
certaine qu'elle fût mûre à point, la tarte dont j'avais trié les
cerises une à une, afin de m'assurer qu'elles étaient bien rouges de
tous les côtés, avaient pour moi une saveur qu'elles n'auraient pas
eue pour un enfant habitué à manger des fruits à sa fantaisie; mais
le plaisir absolument pur, le vrai bonheur était de voir le verger en
fleur; je préférais mille fois ses fleurs à ses fruits. Quant aux
jouissances gastronomiques, pommes de terre bien rissolées, petits pois
fondants, grosses fèves ayant juste le degré d'amertume voulu, et les
bocaux de prunes de Damas ou de groseilles, pour le remplissage annuel
desquels on comptait encore plus sur le fruitier que sur le jardinier,
me paraissaient d'une importance mille fois supérieure à la douzaine
de brugnons dont on me donnait quelques bribes, ou aux deux ou trois
boisseaux de poires que l'on gardait pour l'hiver. Si bien que, de très
bonne heure, mes réflexions sur les arbres m'avaient amené à la
conclusion donnée cinquante ans plus tard dans _Proserpine_, à savoir
que graines et fruits n'étaient là que pour les fleurs, et non pas les
fleurs pour les fruits. C'étaient les perce-neige qui me donnaient ma
première joie de l'année; la seconde, la plus intense, je la devais
aux amandiers en fleur; à partir de ce moment, c'était chaque jour,
dans le jardin ou dans les bois, des plaisirs variés, une suite
ininterrompue de fleurs brillantes ou de feuilles rougissantes; et
pendant de longues années, ce que j'ai demandé au Ciel avec le plus
d'ardeur, c'est qu'à l'époque de la floraison la gelée épargnât les
amandiers!
[Note 3: Dans l'Histoire de Croydon, on remarque que ce nom a longtemps
embarrassé les archéologues; on le retrouve souvent aux environs des
anciens camps romains.]
[Note 4: Ce dessin est encore au-dessus de la cheminée de ma chambre à
coucher à Brantwood.]
[Note 5: Comparer le 52e paragraphe du Chapitre III de la _Bible
d'Amiens_.]
[Note 6: Un nouveau printemps ravivera-t-il Les cendres de l'urne?]
[Note 7: Cet éditeur étant devenu Lord Provost (maire) d'Édimbourg,
reçut le titre de Baronet (Note du traducteur).]
[Note 8: Cette expression dans _Fors_ a paru signifier à quelques
lecteurs que ma mère m'avait rendu très évangéliquement religieux.
Il n'en était rien. J'ai voulu dire simplement qu'elle avait posé les
fondements de ma vie à venir, fondements pratiques aussi bien que
spirituels. (Voir le paragraphe suivant.)]
[Note 9: Remarquez que je parle ici de l'_action_, car en _pensée_ je
n'étais que trop indépendant, comme on a pu le voir plus haut.]
[Note 10: «To no one will We sell, to no one will We deny or defer,
Right or Justice.»
(On ne vendra, on ne refusera, on ne déniera à personne le droit ou la
justice.)]
CHAPITRE III
LES RIVES DE LA TAY
Le lecteur a remarqué, je l'espère, que, dans mon récit, j'ai surtout
insisté sur les circonstances favorables qui ont entouré l'enfant dont
j'ai entrepris de raconter l'histoire, et sur la docilité, la
tranquillité de son tempérament pourtant très impressionnable.
Je ne lui ai attribué aucun talent, aucun don particulier; car, en
réalité, il n'en possédait pas, en dehors de cette patience dans
l'observation, de cette précision dans la sensation qui, plus tard,
avec le travail, a constitué ma faculté d'analyse. En dehors de ces
dispositions, je n'avais aucune de celles qui sont la condition du
génie. Ma mémoire n'était que moyenne et je n'ai jamais vu un enfant
plus incapable de jouer la comédie, ou de raconter une histoire;
d'autre part, je n'en ai jamais connu un dont le goût pour le fait, la
chose vue, fût à la fois aussi ardent et aussi méthodique.
Mais je m'aperçois que, dans le récit qui précède, et que j'aurais
voulu extrêmement modeste, je me vante assez sottement de mon goût
pour la grande littérature comme si elle avait été exclusivement
l'objet de mes premières études. J'aurais dû dire que l'_Iliade_ et
ce qui était à ma portée dans la Genèse et dans l'Exode ne m'ont
guère occupé avant l'âge de dix ans. Ma littérature de lait, si l'on
peut dire, n'était pas toujours aussi austère. Je lisais la _Dame
Wiggins of Lee_, _The Peacock at Home_ et autres contes pour les
enfants, ou encore le _Frank_ et _Harry et Lucy_ de Miss Edgeworth, ou
les _Dialogues scientifiques_ de Joyce. Les premières tentatives,
marquant un mouvement quelconque des molécules de mon cerveau, sont six
«poèmes» qui m'ont été inspirés par ces lectures; entre le
quatrième et le cinquième, ma mère a écrit: janvier 1826. Cet
opuscule, commencé au mois de septembre ou d'octobre 1826, a été
terminé en janvier 1827. Il était écrit en caractères d'imprimerie:
j'étais alors dans ma septième année. Je vois encore le petit cahier
rouge réglé en bleu, et ses quarante ou cinquante pages écrites au
crayon de chaque côté; le titre, qui a été assez exactement
reproduit à la page suivante, était écrit à l'intérieur sur le cartonnage
même. Des quatre volumes annoncés, il semble bien (selon une habitude
à laquelle je suis resté fidèle jusqu'ici) que je n'en aie écrit
qu'un seul. Sur les quarante pages, il y en avait deux consacrées aux
«gravures», dont celle qui avait la prétention de représenter la
«nouvelle route d'Harry». C'est, je crois, la première fois que j'aie
essayé de dessiner une montagne. Le dernier paragraphe de ce premier
volume me semble, pour différentes raisons, mériter d'être conservé.
Je l'imprime tel que, avec ses interlignes et ses différents
caractères.
Quant à la ponctuation, nous la laisserons aux soins du lecteur. Les
espaces, on voudra bien le remarquer, étaient destinés à égaliser
les lignes, non que l'on y soit jamais arrivé; et les interlignes
inégaux concourent au même effet.
HARRY AND LUCY
FIN
DERNIÈRE PARTIE
DE
PREMIÈRES LEÇONS
en quatre volumes
vol I
avec gravures
IMPRIMÉ et composé par un petit garçon
dessiné par lui aussi.
[Figure 05]
Harry savait très bien ce que c'était et continuait à dessiner mais
Lucy l'appela bientôt pour lui montrer un gros nuage noir qui semblait
chargé d'électricité. Harry courut chercher un appareil électrique
que son père lui avait donné, et le nuage électrisa l'appareil au
positif, puis vint un autre nuage qui l'électrisa au négatif, suivi de
nuages plus petits; devant ce nuage s'élevait une grosse nuée de
poussière qui courait après le nuage positif elle finit par prendre
contact avec lui et quand l'autre nuage arriva on vit un éclair
traverser la nuée sur laquelle le nuage négatif s'étendait et se
dissolvait en pluie ce qui bientôt éclaircit le ciel. Le phénomène
terminé Harry revenu de sa surprise se demanda comment il pouvait se
faire qu'il y eût de l'électricité là où il y avait tant d'eau.
Mais il aperçut bientôt un arc-en-ciel et là-dessus montait un
brouillard où son imagination lui fit voir la silhouette d'une femme.
Il pensa immédiatement à la sorcière des Alpes que l'on évoquait en
prenant[11] un peu d'eau dans le creux de la main que l'on répandait en
prononçant des paroles inintelligibles[12]. Et bien que ce ne fût
qu'un conte Harry en fut impressionné lorsqu'il vit dans les nuages une
forme qui y ressemblait.
fin de Harry et Lucy.