Fig. 5. Placez une fiole électrisée sur de la cire: prenez un
fil-d'archal (_g_) qui ait la forme d'un C: que ses extrémités,
lorsqu'il est bandé, soient tellement éloignées, que la supérieure
puisse toucher le fil-d'archal de la bouteille, tandis que l'inférieure
en touche le ventre. Attachez-en la partie extérieure sur un bâton de
cire d'Espagne (_h_), qui servira comme de manche: appliquez d'abord son
extrémité inférieure au fond extérieur de la bouteille, & approchez par
dégrés son extrémité supérieure du fil-d'archal qui est dans le liége,
vous y verrez les étincelles se suivre successivement jusqu'à ce que
l'équilibre soit rétabli; touchez d'abord le haut, & en approchant
l'autre extrémité du fond, vous aurez un courant de feu continuel du
dedans au dehors de la bouteille: touchez le haut & le bas en même tems,
& l'équilibre sera bientôt rétabli, le fil-d'archal courbé formant la
communication de l'intérieur à l'extérieur.
»Il est raisonnable en général de faire des questions pour s'instruire
de ce que l'on n'entend pas; mais il ne l'est guères de les accompagner
d'objections; c'est déclarer d'avance que l'on est déterminé à
contredire. Que notre critique demande à Mr. Franklin ce qu'il prétend
prouver par sa quatriéme expérience; à la bonne heure; mais qu'il ajoute
tout de suite: _Ne sçait-on pas qu'on fait cesser l'électricité d'un
corps quand on en tire des étincelles? Ce que vous faites ici sur la
bouteille de Leyde, vous l'éprouverez de même sur une barre de fer,.....
Faudroit-il dire aussi que vous lui rendez par un côté le feu que vous
lui ôtez par l'autre?_ C'est faire connoître qu'il n'entend pas l'état
de la question; l'état d'une bouteille électrisée, & celui d'une barre
de fer aussi électrisée, ne peuvent guères se comparer tant il se trouve
de différence de l'un à l'autre: différence dans la charge, différence
dans la situation, différence dans la décharge, différence dans l'effet;
pour l'expliquer il faudroit un trop long détail, qui se trouvera
d'ailleurs dans toute la suite de ce livre. Revenons à l'expérience dont
il est question.
»Il est certain qu'en touchant successivement avec le fil de fer préparé
comme il est expliqué, le fil-d'archal & le bas de la bouteille
électrisée, l'on transporte le feu du dedans au dehors; quoiqu'en dise
la critique, l'on rend peu à peu à la surface extérieure ce qu'on ôte à
l'intérieure, ce que celle-ci a de trop, & ce qui manque à celle-là,
jusqu'à ce qu'elles soient remises chacune dans leur état naturel. Il y
a même un moyen de rendre ces effets si sensibles qu'on ne puisse plus
les contester; il ne s'agit que de faire l'expérience suivante: tenez
près du ventre de la bouteille une balle de liége suspenduë à un fil de
soye; quand vous toucherez le fil-d'archal de la bouteille avec le fil
de fer, le liége s'approchera de la bouteille; quant après cela vous
toucherez le bas de la bouteille, si vous êtes dans l'obscurité, vous
appercevrez au haut du crochet l'aigrette qui paroîtra & disparoîtra à
chaque attouchement ainsi répété. Si on applique en même tems les deux
bouts du fil de fer, l'un au fil-d'archal de la bouteille, & l'autre au
bas de la même bouteille, l'équilibre sera dans l'instant rétabli entre
les deux surfaces, comme l'a judicieusement avancé notre Américain.»