Le Grec introduit dans le Français par le Provençal a mieux conservé

sa forme dans cette dernière langue, parce qu’il n’y a pas été mélangé

avec d’autres idiomes, comme dans le Nord. Il suffit de jeter un regard

sur le petit vocabulaire que nous donnons plus haut pour se convaincre

que les mots grecs ont conservé dans le Provençal les sons et la forme

de la langue Grecque importée à Marseille par les Phocéens. Il n’en est

pas de même du Latin, où l’on retrouve des mots grecs, mais altérés par

les divers idiomes qui se sont mêlés à cette langue.

Nous continuons ci-après par les _adjectifs_ le petit dictionnaire des

mots latins qui sont restés dans le Provençal, en donnant en regard la

traduction française.

VOCABULAIRE DES MOTS LATINS QUI SONT RESTÉS DANS LE PROVENÇAL

_Adjectifs_

PROVENÇAL LATIN FRANÇAIS

Bigre. Piger. Paresseux.

Dooutou. Doctus. Savant.

Embe. Ambo. Deux.

Madur. Maturus. Mûr.

Magi. Major. Aîné.

Negre. Niger. Noir.

Piegi. Pejor. Pire.

Segur. Securus. Sûr.

En Provençal, le féminin des adjectifs a des formes plus variées qu’en

Français; on dit, par exemple, au féminin: bigresso, doouto, emba,

maduro, magé, negro, seguro, etc...; ces différences s’augmentent

encore par les variantes des divers dialectes.

_Pronoms_

PROVENÇAL LATIN FRANÇAIS

Iou. Ego. Je.

Tu. Tu. Toi.

Eou. Ille. Lui.

Naoutre. Nostrum (de). Nous.

Vaoutre. Vestrum (de). Vous.

Elli. Illi. Eux.

Outre ces pronoms, il y a, en Provençal, des mots qui répondent à

des composés latins dans lesquels il entre un pronom; par exemple:

_qouniam_, _quisnam_, pour: quel; _Cooucarem_, _aliquem rem_, pour:

quelque chose, etc...

_Verbes_

Pour la conjugaison des verbes provençaux, ainsi que pour celle des

verbes latins, les pronoms ne sont pas nécessaires; il est même très

rare qu’on s’en serve.

PROVENÇAL LATIN FRANÇAIS

Addure. Adducere. Apporter.

Aigar. Aquari. Arroser.

Ajudar. Adjuvare. Aider.

Amar. Amare. Aimer.

Arar. Arare. Labourer.

Ardre. Ardere. Brûler.

Arrapar. Arripere. Saisir.

Assetar. Assidere. Asseoir.

Aver. Habere. Avoir.

Blagar. Blaterare. Bavarder.

Cantar. Cantare. Chanter.

Coouca. Calcare. Fouler.

Cremar. Cremare. Brûler.

Defoundre. Defundere. Fondre, renverser.

Ensertar. Inserere. Greffer.

Escoundre. Condere. Cacher.

Esse. Esse. Être.

Ferir. Ferire. Blesser.

Finger. Fingere. Feindre.

Fugir. Fugere. Fuir.

Gratificar. Gratificare. Gratifier.

Istar. Stare. Demeurer.

Jacer. Jacere. Reposer.

Lagrimar. Lacrymare. Pleurer.

Legger. Legere. Lire.

Mouzé. Mulgere. Traire.

Necar. Necare. Tuer.

Ougné. Ungere. Oindre.

Paissé. Pascere. Paître.

Pâtir. Pati. Souffrir.

Pouergé. Porrigere. Tendre la main.

Querré. Quærere. Chercher.

Quierar. Queri. Se plaindre.

Saoupre. Sapere. Savoir.

Siblar. Sibilare. Siffler.

Il y a en Provençal quatre conjugaisons:

La première se termine en _ar_, comme _amar_, aimer, et répond à celle

en _er_, du Français.

La deuxième se termine en _ir_, comme _finir_, et elle a sa

correspondante en Français.

La troisième se termine en _re_, comme _recebre_, recevoir, et

_rendre_, rendre; elle correspond aux deux conjugaisons en _oir_ et en

_re_ du Français.

La quatrième se termine en _er_, comme _aver_, _legger_, avoir, lire,

etc... Le _r_ final se supprime dans certains dialectes provençaux;

on dit alors: _ave_, _legge_, etc. Cette conjugaison répond au latin

_habere_, _leggere_, etc.

_Adverbes_

PROVENÇAL LATIN FRANÇAIS

Quant. Quantum. Combien.

Men. Minus. Moins.

_Prépositions_

Por. Per. Pour.

Ounte. Unde. Où.

LANGUES BARBARES

Le souvenir des maux que souffrirent les peuples latins par suite de

l’invasion des diverses nations qui se partagèrent l’Empire Romain

donna au nom de barbares une signification étrangère à son étymologie.

Dans le sens strict du mot, barbares répond à _guerriers_, _forts_ ou

_terribles_. La racine _Bar_, dérivée du sanscrit, signifie _noble_,

_viril_, _fort_.

Parmi ces nations, il y en avait dont le langage, loin d’être

barbare, était régulier et épuré. Les Goths, entre autres, avaient

une langue très travaillée dont la Bible d’_Ulphilas_ est un spécimen

convaincant. Tous les philologues qui ont tenu à reconnaître la parenté

des différentes langues ont trouvé dans cet ouvrage des ressources

indispensables à leurs travaux.

Les Francs, les Bourguignons, les Slaves même avaient leurs poètes et

leurs historiens. Les Lombards, les Saxons et les Sarrasins étaient

dans le même cas; et, si tous ces peuples ont emprunté et introduit

dans leurs langues des expressions et des mots latins ou grecs,

il n’en est pas moins vrai qu’ils ont laissé dans nos provinces

méridionales des traces de leur passage, non seulement au point de vue

archéologique, social, industriel ou artistique, mais encore au point

de vue linguistique.

Dans quelles proportions leur présence dans les Gaules méridionales

a-t-elle concouru, par le contact et les relations journalières, à

enrichir le langage des habitants de ces contrées? Un rapide résumé des

mots que nous trouvons dans divers traités de linguistique nous fixera

sur ce sujet.

Les Wisigoths, qui succédèrent immédiatement aux Romains et possédèrent

la Provence environ un demi-siècle, eurent la sagesse de ne rien

changer dans l’administration et les coutumes du pays. Il en est

résulté que l’on ne retrouve dans le Provençal qu’un très petit nombre

de mots gothiques, plutôt employés en agriculture. Par exemple _Ryo_,

soc de charrue, qui vient du Gothique _ryn_, sillon. Dans quelques

verbes, la prépondérance de cette dernière langue est restée assez

sensible. Donnons comme exemple la première personne plurielle du

présent de l’indicatif du verbe être, qui est _siam_ en Provençal et

_Siyam_ en Gothique. Pour le même verbe, le présent du subjonctif en

Provençal se rapproche beaucoup plus du Gothique que du Latin.

SUBJONCTIF PRÉSENT DU VERBE «ÊTRE»

PROVENÇAL GOTHIQUE LATIN FRANÇAIS

Sighi. Siyau. Sim. Que je sois.

Sighes. Siyais. Sis. Que tu sois.

Sighe. Siyai. Sit. Qu’il soit.

Sighem. Siyaima. Simus. Que nous soyons.

Sighès. Siyaith. Sitis. Que vous soyez.

Sigoun. Siyaina. Sint. Qu’ils soient.

VERBE «ALLER»

PROVENÇAL GOTHIQUE

Vaghi. Vaiyau.

Vaghes. Vaiyais.

Vaghe. Vaiyai.

Vagoun. Vaiyaina.

VERBE «VÊTIR»

Viesti. Vastyau.

Viestes. Vastyais.

Vieste. Vastyai.

Viesten. Vastyaima.

Viestès. Vastyaith.

Viestoun. Vastyaina.

D’autres verbes offrent la même analogie; mais nous pensons que

l’attention a été suffisamment fixée sur ce point, qui peut avoir

de l’importance par rapport à la formation de la langue Romane. Il

est à remarquer que le Provençal emploie, comme le Gothique, le

présent du subjonctif pour l’impératif. On retrouve dans les écrits

des anciens troubadours cette même tournure de phrase dont la Bible

d’_Ulphilas_[53] fournit de nombreux exemples.

FRANCIQUE OU THÉOTISQUE

Sous Charlemagne, la langue des Francs était devenue d’un emploi

général dans le Nord de la France. Dans le Midi, au contraire, le

Latin était resté en usage, mais en s’altérant beaucoup. De ces

divers changements sortit la langue Romane, et le langage des Francs

prit le nom de _Théotisque_, qui n’est qu’une altération de celui de

_Teutonique_.

En effet, comme personne ne l’ignore, la langue des Francs était un

dialecte du _Deutch_, langue mère, d’où dérivent l’Allemand et tous ses

dialectes. On en trouve une preuve, d’ailleurs, dans le recueil des

Capitulaires des rois de France qui contient le traité de Coblentz,

conclu en 860 entre Louis le Germanique et Charles le Chauve, publié en

langue Théotisque ou Francique et en langue Romane, avec une traduction

latine.

Si l’influence des Francs n’a pas été aussi grande dans le Midi que

dans le Nord, il n’en est pas moins vrai qu’elle s’est affirmée de deux

manières: l’une générale, en altérant le Latin et le transformant ainsi

en une nouvelle langue, le Roman; l’autre particulière, en introduisant

dans le dialecte Provençal, dérivé du Roman, un certain nombre de mots

et de désinences qui, évidemment, sont sortis de la langue Francique.

On attribue en grande partie ce résultat aux tribunaux mixtes,

c’est-à-dire composés de magistrats ou clercs francs et provençaux.

Ceux-ci furent obligés d’étudier les deux langues et durent

nécessairement les confondre. On a remarqué, en effet, que les termes

de Palais furent les premiers à subir les conséquences de ce mélange.

Cependant, même dans le Provençal courant, un grand nombre de mots

franciques sont arrivés jusqu’à nous, ayant mieux conservé leur forme

primitive que dans le Français. Nous donnons ci-après un aperçu des

mots les plus usités de nos jours.

MOTS FRANCIQUES QUI SONT RESTÉS DANS LE PROVENÇAL

PROVENÇAL FRANCIQUE FRANÇAIS

Cat. Kater. Chat.

Cherpo. Schœrpe. Écharpe.

Cooulet. Kohl. Chou.

Esteri. Stier. Fixe.

Flascou. Flasche. Flacon.

Fremo. Frau. Femme.

Garbo. Garbe. Gerbe.

Harnesch. Harnisch. Harnais.

Machoto. Nachteule. Chouette.

Matou. Mat. Fou.

Meouffo. Milz. Rate.

Mesclar. Mischen. Mêler.

Muscle. Muschel. Moule.

Nuech. Nacht. Nuit.

Nas. Nase. Nez.

Neblo. Nebel. Brouillard.

Oustaou. Haus. Maison.

Raisso. Reis. Grosse pluie.

Ranzi. Ranzig. Rance.

Reinard. Reinhard. Renard.

Relukar. Lugen. Regarder.

Rodo. Rad. Roue.

Rooubar. Rauben. Dérober.

Tasquo. Tasche. Poche.

Tastar. Tasten. Tâter.

BOURGUIGNON

Lorsque les rois de Bourgogne eurent la souveraineté d’Arles, le

Provençal ressentit le contre-coup de ce changement politique, éphémère

d’ailleurs. Nous ne citerons qu’un petit nombre de mots qui émigrèrent

du Bourguignon dans le Provençal, simplement pour prouver que ce

dernier n’est pas dénué de toute analogie avec les idiomes populaires

de la Bourgogne et du Jura.

La cerise dite de Montmorency s’appelle _gruffien_ en Provençal, et

nous trouvons _greffion_ en patois du Jura ou Bourguignon. Nous y

trouvons aussi désignés sous le nom d’_escousseri_ ceux qui battent le

blé sur l’aire, et en Provençal on appelle _escoussous_ les fléaux avec

lesquels on bat l’avoine, le seigle et les légumes secs. _Destraou_

est, dans les deux idiomes, le nom donné à la hache. Enfin, la lessive

que l’on désigne en Provence par le mot _bugado_ est appelée _bua_ dans

le Jura.

Parmi les autres idiomes qui ont laissé des traces en Provence,

nous trouvons, pour le Slave, le mot _roupiar_, ronfler; _gnigni_,

petit objet; _bedé_ ou _bedec_, un sot; en Slave: _hropit_, _migni_,

_budaca_, avec la même signification.

Des Arabes ou Sarrasins, le Provençal a conservé: _quitran_, poix;

_endivo_, chicorée frisée.

Les mots arabes suivants, qui font partie du Provençal, ont passé dans

le Français avec très peu de variantes. Ce sont:

EN PROVENÇAL EN FRANÇAIS

Artichaou. Artichaut.

Almanach. Almanach.

Magazin. Magasin.

Masquo. Masque.

Assassin. Assassin.

Caravano. Caravane.

Mousselino. Mousseline.

Du Turc, nous avons:

EN PROVENÇAL EN FRANÇAIS

Bazar. Bazar, marché.

Carat. Carat ou once.

Pelaou. Pilau, plat de riz au safran.

Coutoun. Coton.

Café. Café (en Turc cahoué).

Safran. Safran.

Nous n’insisterons pas sur les mots génois, italiens ou catalans

qui ont émigré dans le Provençal par l’effet naturel des relations

commerciales avec Marseille. _Solleri_ assure que, de son temps, le

Provençal de la côte méditerranéenne était très voisin du Génois.

LANGUE ROMANE

Lorsque Constantin transféra d’Italie en Orient le siège de l’Empire

Romain, il ne se rendit pas compte qu’il devait résulter de cet acte un

affaiblissement de sa puissance militaire, et qu’il privait désormais

son gouvernement d’une force qui l’avait aidé à établir sa domination

dans le monde: la propagation de la langue latine.

En effet, les habitants qui restèrent dans l’antique cité dépouillée

de son titre de capitale perdirent peu à peu cet esprit public et cet

orgueil national qui avaient fait des Romains les maîtres du monde.

Non seulement ils n’étaient plus propres à agrandir leur territoire et

à imposer et répandre leur langue, mais ils ne purent même soutenir

le choc des peuples qu’ils avaient conquis et qui, ne se sentant

plus maîtrisés, envahissaient et franchissaient impunément leurs

frontières trop vastes, trop éloignées et trop dégarnies. Rome était

définitivement déchue et, comme tout s’enchaîne, la langue Latine dut

subir à son tour l’influence des idiomes des vainqueurs. Elle s’altéra

avec l’invasion des Goths, et cette corruption ne fit que s’accentuer

par la suite; elle se mêla aux langages divers des envahisseurs; à tel

point qu’elle forma une nouvelle langue que l’on appela Romane.

Les écrits les plus anciens dans cette langue ont été recueillis

en Italie et remontent à l’année 730. Depuis cette époque, ils se

succèdent sans interruption jusqu’à la fin du Xe siècle. _Luitprand_,

en 728, comptait en Espagne, parmi les langues qui s’y parlaient,

le _Valencien_ et le _Catalan_, reconnus pour être des dialectes

de la langue Romane. En 734, l’ordonnance d’_Alboacem_, fils de

Mahomet-Allsamar, fils de Tarif, qui régnait à Coïmbre, fut publiée

en Roman. Enfin, il était, à la même époque, parlé en Portugal, où il

portait le nom de langue _romance_.

En ce qui concerne particulièrement la France, il faut remonter au

commencement de la monarchie pour se rendre compte du développement du

Roman et de l’importance qu’il a pu y acquérir après le Latin et le

Francique ou Théotisque, qui étaient les langues primitives.

Contrairement à ce que l’on a cru longtemps, le Roman n’est pas né

seulement d’une corruption du Latin; il s’est formé, comme nous l’avons

dit précédemment, peu à peu, des mots et des locutions que le passage

des Goths, des Francs, des Lombards et des Espagnols avait introduits

dans le Latin. Si l’on compare les textes du Roman ancien avec

notre Provençal actuel, on est amené à reconnaître que, dès l’époque

des troubadours, il devait y avoir deux langues romanes, l’une qui

s’étendait sur les provinces du Nord et l’autre particulière au Midi;

ce qui donnerait une raison d’être à cette opinion, c’est que, dans le

Roman des côtes du Rhône, de la haute et basse Provence jusqu’à Nice,

on retrouve des mots, des locutions et des expressions qui ne figurent

pas dans le Roman du Nord et qui proviennent du Ligurien, du Grec et

de l’Arabe, langues qui se sont pour ainsi dire cantonnées dans les

provinces méridionales. Et, alors que le Roman de la monarchie franque

s’est transformé peu à peu en Français, le Roman du Midi, parlé et

écrit dans un pays quasi indépendant, ou qui, tout au moins, avait

conservé ses franchises, prit le nom de _Provençal_ et s’est perpétué

jusqu’à nous.

Si l’on tient compte des mœurs, des usages, du climat, des occupations

des habitants de l’Ibérie, de la Gaule cisalpine, de la Lusitanie, on

peut dire qu’à l’époque du démembrement de l’empire de Charlemagne,

le Roman parlé dans ces divers pays commença à se transformer et que

l’Espagnol, l’Italien et le Portugais en furent tirés, dans les mêmes

conditions que le Provençal, et avant que le Français eût acquis cette

forme et cette pureté qu’on lui a connues depuis. A partir de cette

époque, on appela langue _d’Oïl_ le Français tiré du Roman parlé

au-delà de la Loire, parce que cette affirmation s’y prononçait _Oui_;

et langue _d’Oc_ le Roman parlé en deçà de ce fleuve, parce que ce

même mot s’y prononçait _Oc_. Ce n’est que vers le Xe siècle que cette

distinction fut faite. Jusque-là, à la cour des rois de France, comme

en Italie, en Espagne, en Portugal et en Provence, on avait fait usage

de la langue Romane.

La langue _d’Oc_ fut aussi appelée langue Provençale, non seulement

parce que le Roman s’était conservé dans cette province avec plus de

pureté que partout ailleurs, mais encore parce que c’était le pays où

le _gai saber_, c’est-à-dire l’art d’instruire en égayant, était le

mieux cultivé et le plus considéré.

NOTES

[46] Il nous a paru nécessaire, pour la clarté de nos explications

sur la langue romane, de consacrer à chacune des langues qui l’ont

précédée un résumé historique qui en marquera l’esprit et la portée.

Nous avons pensé qu’il ne serait pas inutile d’y joindre une sorte

de vocabulaire abrégé des mots et des principales expressions que

chacune de ces langues, dans des proportions différentes, a fournis

pour la formation du Roman et du Provençal. Le lecteur y retrouvera

ces mêmes mots et ces mêmes expressions employés encore de nos

jours, que le Provençal parlé dans nos départements méridionaux,

particulièrement dans ceux du Sud-Est, nous a transmis à travers les

siècles.

[47] Adelung, savant allemand qui, entre autres ouvrages, fit un

tableau universel des langues.

[48] On remarquera, en parcourant ce vocabulaire, que nous

avons évité de donner l’orthographe nouvelle, afin de démontrer

l’ancienneté des mots, et empêcher toute confusion.

[49] Cet ouvrage est intitulé:

_Recueil alphabétique de mots provençaux dérivés du Grec, renfermant

les termes particuliers au peuple de Marseille et surtout ceux

relatifs à la marine et à la pêche._

[50] Barbares, pour guerriers.

[51] De Villeneuve.

[52] Frédéric Schoell, _Tableau des peuples qui habitent l’Europe_,

p. 62 (Paris, 1812).

[53] _Wœlfel_, connu sous le nom d’_Ulphilas_, évêque des Goths,

de Dacie et de Thrace, au IVe siècle, a traduit la Bible en idiome

gothique. Il existe des fragments de cette version dans un manuscrit

de la Bibliothèque de l’Université d’Upsal, sous le nom de _Codex

argenteus_. Il y en eut plusieurs éditions, dont la 5e a paru à

Weissenfels, en 1805, in-4º, avec traduction latine interlinéaire,

grammaire et glossaire par Fulda, Reinwald et Zahn.

VII

ÉTAT DE LA PROVENCE LORS DE LA FORMATION DE LA LANGUE ROMANE

De l’influence de la chevalerie et des croisades sur le développement

de la langue Romane.--Période des Trouvères et des Troubadours.--Les

Trouvères.--Les Troubadours.

Sous la suzeraineté des rois mérovingiens et l’administration

paternelle des ducs d’Aquitaine, qui avaient abandonné le soin immédiat

des affaires à la direction des comtes indigènes, la Provence, grâce à

sa situation géographique, put jouir des bienfaits d’une paix relative,

si on la compare aux autres provinces françaises dévastées par de

continuelles guerres civiles ou étrangères.

Après le partage de l’empire de Charlemagne, l’autorité de la couronne

était à peine reconnue. Victimes de ministres ambitieux, les princes,

d’un caractère faible ou adonnés aux plaisirs, ne furent plus entre

leurs mains que de simples automates. Les ducs, comtes et autres

gouverneurs de provinces, toujours prêts à empiéter sur la prérogative

royale et à l’usurper au besoin, proclamèrent publiquement leur

indépendance. Les tenures féodales disparurent violemment et les

vassaux immédiats de la couronne se levèrent tous à la fois, comme

autant de souverains allodiaux et héréditaires. Les gouverneurs

des provinces méridionales, et particulièrement de la Provence,

n’hésitèrent pas à profiter d’une occasion aussi favorable pour

réaliser un projet qu’ils nourrissaient depuis longtemps. Le promoteur

de cette revendication armée fut le célèbre _Boson_.

Le fondateur de l’indépendance provençale était le fils de _Théodoric_,

premier comte d’Autun. Par ses talents politiques et militaires, il

sut plaire à _Charles le Chauve_, qui le nomma gouverneur de Provence

et du Venaissin. Quand le roi de France vint visiter le pays, Boson

lui présenta sa sœur _Rachilde_, dont l’éclatante beauté produisit une

profonde impression sur le monarque. Ébloui, captivé par les charmes

de cette femme, Charles, pour la posséder, dut lui offrir sa main.

Les projets ambitieux de Boson furent servis par la nouvelle reine de

France, qui le fit nommer gouverneur des provinces italiennes, titre

équivalent à celui de vice-roi. Ce n’était pas là le dernier mot du

programme du beau-frère de Charles le Chauve.

De connivence avec sa sœur, il contracta un mariage secret avec

_Hermengarde_, fille unique de Louis II, roi d’Italie. Cette union,

qui devait, à la mort de son beau-père, le mettre en possession de son

trône, ne pouvait rester longtemps cachée. Quand Charles le Chauve

en eut connaissance, il en fut gravement et justement offensé. Mais

l’influence de Rachilde était sans bornes; elle intercéda en faveur de

Boson et son succès dépassa même le résultat espéré. Elle obtint, non

seulement que le roi de France approuvât le mariage, mais encore qu’il

consentît à ce qu’une nouvelle célébration de la cérémonie nuptiale eût

lieu, avec toute la pompe royale.

Après la mort de Louis le Bègue, successeur de Charles le Chauve, qui

avait maintenu Boson dans tous ses grades et honneurs, l’anarchie se

répandit dans toute la France. La réputation que ce dernier avait

acquise en Provence, l’ascendant qu’il exerçait dans toute la région en

sa qualité de gouverneur, fonction qui, durant deux règnes consécutifs,

l’y avait fait estimer et aimer, devaient amener prochainement la

réalisation d’un projet longuement médité. En 879, il convoqua un

synode de tous les évêques du Lyonnais, Dauphiné, Languedoc, Provence

et autres diocèses. Les prélats s’assemblèrent dans son château de

Montaille, sur la rive gauche du Rhône, entre Vienne et Valence,

et, préalablement gagnés en sa faveur, procédèrent à son élection

comme roi[54]. Ni la noblesse ni le peuple ne prirent part à cette

nomination, à laquelle cependant ils acquiescèrent tacitement. Telle

fut l’origine de la séparation complète de la Provence et de la

couronne de France. Cet état de choses fut accepté par le roi, car

nous voyons Charles le Gros intervenir, en 883, comme médiateur entre

Boson et Louis III qui avait envahi le nouveau royaume avec son frère

Carloman, médiation qui eut pour résultat d’attribuer à Boson, en

souveraineté absolue, la Franche-Comté, le Dauphiné, la Provence et

la Savoie. Après quelques combats heureux qu’il eut à soutenir contre

divers compétiteurs, il demeura possesseur de ces pays jusqu’à sa mort,

qui advint en 888.

[Illustration: Arles: l’Amphithéâtre.]

Son fils, Louis Boson, qui lui succéda, envahit l’Italie, augmenta

ses possessions et fut couronné empereur par le pape Jean IX. Après

lui, Hugues, gouverneur de Provence, et Rodolphe, roi de la Bourgogne

transjurane, se disputèrent ses États. Alternativement vainqueurs et

vaincus, les deux partis signèrent en 930 une convention par laquelle

_Hugues_ céda à _Rodolphe_, sous condition de réversibilité, la

totalité de ses États transalpins, ce dernier renonçant en faveur de

son rival à toutes ses prétentions sur l’Italie[55]. _Conrad_, qui fut

le successeur de Rodolphe en 944, réunit sous son sceptre les deux

parties de la Bourgogne comprenant, la première, tout le pays suisse,

depuis Schaffhouse jusqu’à Bâle, la partie occidentale de la Suisse

depuis le Rhin jusqu’au Rhône, toute la Savoie, la Franche-Comté, le

Lyonnais, le Dauphiné, la Provence, plusieurs villes du Languedoc;

l’autre partie comprenait la Bourgogne proprement dite.

Par l’exposé qui précède et qui n’était pas inutile pour expliquer

la parenté de la langue Romane ou provençale avec certains mots ou

locutions des dialectes du Nord, on a pu voir que la seconde dynastie

du royaume d’Arles avait singulièrement agrandi ses possessions.

L’importance de ses populations et l’étendue de son territoire

justifiaient la prépondérance que la langue Romane exerça, dès cette

époque, sur toute l’Europe latine.

Des descendants de Rodolphe, Conrad fut le seul qui établit sa

résidence royale en Provence. Il avait choisi à cet effet la ville

d’Arles, et vivait en paix avec ses voisins. Aimé de son peuple, il se

contentait de la sujétion, plutôt nominale qu’effective, des ducs et

comtes qui possédaient des fiefs héréditaires dans chaque district

du royaume, et mérita à juste titre le surnom de _Pacifique_, que ses

contemporains et la postérité lui ont décerné. A part les incursions

fréquentes des pirates maures, qu’il finit par exterminer, son règne,

qui dura quarante-trois ans, fut un des plus heureux dont jouirent les

Provençaux.

LA LANGUE ROMANE DANS LE NORD ET LE MIDI DE LA FRANCE

La Provence: Usages, coutumes, idiomes depuis les origines; le Félibrige et son action sur la langue provençale, avec une grammaire provençale abrégée · 第 11 / 21 段