Avec _Roumanille_, nous entrons dans le cycle félibréen. Le premier,

il réagit contre certaines formes vicieuses et contre l’orthographe

défectueuse du provençal, qui forcément s’était altéré après la

proscription dont il fut l’objet et le mépris dont l’honoraient ceux

qui ne le comprenaient pas. Il voulut le doter de mots propres à

rendre l’élévation de la pensée et l’épurer d’expressions triviales

qui, depuis sa chute au rang de patois, s’étaient introduites dans

le langage populaire et jetaient sur certaines œuvres une note

discordante. Il se proposa, par une réforme savante et intelligente,

d’empêcher le triomphe de ceux qui prétendaient que le provençal était

impropre à rendre des idées complexes et des sentiments élevés. Après

avoir publié _les Oubretto_, _li Margarideto_ et _li Sounjarello_,

ce fut dans _la Par daù bon Dieù_ et, plus tard, dans _la Campano

mountado_ qu’il fit les premiers essais de sa réforme orthographique.

Son œuvre est saine, morale, pleine d’enseignements. Il reste clair,

tout en cherchant à préserver sa phrase de certains termes trop

prosaïques ou susceptibles d’équivoque. Il a, de Bellot et de Bénédit,

la bonhomie et la franche gaieté, éléments de leur succès auprès des

masses populaires, pour lesquelles ils écrivaient et qui les comprirent

si bien.

Dans _Se n’en fasian un avoucat_, Roumanille dépeint sous leurs vraies

couleurs les hésitations de braves paysans cherchant une carrière pour

leur enfant, qu’ils voudraient voir arriver à une haute situation. Leur

choix fait, ils donnent sans compter le fruit de leurs économies. Mais

ils sont punis dans leur vanité. Leur fils s’amuse à Paris, au lieu de

suivre les cours de l’école de droit; il dépense en folies l’argent si

péniblement amassé par ses parents qui, à bout de ressources, tombent

dans la misère. La mère meurt, le père, vieux et infirme, va de porte

en porte mendier son pain. Le dernier vers exprime la morale de cette

histoire:

_Aubourès pas lou fièù au dessus de soun paire._

[Illustration: Roumanille.]

Le succès local qu’obtint Roumanille devait s’étendre peu à peu

et devenir ainsi le point de départ d’une école dont il fut le

fondateur[31]. Autour d’elle se groupe bientôt toute une pléiade de

poètes provençaux: le Félibrige était né. On a beaucoup employé,

pour caractériser cet événement, l’expression de «renaissance de la

langue provençale». Il y a là, évidemment, un peu d’exagération. Si

la production des divers genres de poésie a pu se ralentir à certains

moments, il est cependant difficile d’admettre que les œuvres de

Goudouli, de La Bellodière, de Gros, de Germain, de Raynouard, de

Fabre d’Olivet, de Moquin-Tandon, d’Azaïs, de La Fare-Alais, de

Bellot, de Bénédit et de tant d’autres, qui ont précédé Roumanille et

le Félibrige, n’aient pas formé une chaîne ininterrompue jusqu’à la

fondation de cette société. Elles sont assez remarquables pour qu’il y

ait injustice à contester la place glorieusement intermédiaire occupée

par ces hommes, dont les Félibres ne sont que les continuateurs. La

seule différence appréciable entre eux et ces derniers, c’est qu’après

les premières années de tâtonnements les Félibres se sont constitués

en société, avec un règlement, des statuts, un programme défini et les

aspirations légitimes que suggère la force décuplée par l’union. Leurs

prédécesseurs n’agissaient, eux, que pour leur compte particulier;

l’isolement, qui ne diminuait rien de leur mérite, l’empêchait de

fructifier. Ils étaient privés des avantages de l’association, qui

fut un des éléments de succès du Félibrige. Somme toute, ce sont les

idées de Roumanille sur la langue provençale que les Félibres ont

développées, propagées dans tout le Midi, alors qu’elles n’avaient été

jusque-là que localisées, et soutenues par lui seul.

Nous avons assez fait connaître les précurseurs plus ou moins

éloignés des Félibres; il convient maintenant d’énumérer ceux qui

les précédèrent immédiatement. Tels: _Victor Gelu_, le chansonnier

marseillais, auteur de _Meste Ancerro_ et de _lou Garagai_; Bergeret,

de Bordeaux; Rancher, de Nice; Navarrot, du Béarn; Damase-Arbaud, de

la haute Provence; les frères Rigaud, de Montpellier; Roch-Bourguet,

de Béziers; Castil-Blaze, de Cavaillon, etc., etc. Ainsi, voilà une

nouvelle pléiade qui s’ajoute à l’ancienne pour combler toutes les

lacunes et démontrer que le Félibrige ne naquit pas spontanément, mais

fut le résultat naturel d’un état littéraire et social dès longtemps

préexistant.

Les populations méridionales l’acceptèrent comme un événement pour

ainsi dire prévu. Ceci explique la faveur dont il jouit auprès d’un

public qui, depuis Gros (pour ne pas remonter plus haut) jusqu’à

Roumanille, n’avait cessé d’être bercé aux sons de la poésie provençale.

[Illustration: Aubanel.]

Les premières réunions des Félibres eurent lieu à Fonségugne, en 1854.

Y assistaient: Roumanille, Paul Giera, Théodore Aubanel, Jean Brunet,

Anselme Mathieu, Frédéric Mistral et Alphonse Tavan; soit sept en

tout. Ce nombre sept fut adopté par eux comme un nombre fatidique. Il

rappelait d’abord les sept fondateurs des Jeux floraux de Toulouse;

c’est également le nombre sept qui semble dominer sur Avignon, la

capitale du Félibrige. On y trouvait en effet sept églises principales,

sept portes, sept collèges, sept hôpitaux, sept échevins; sept papes y

sont siégé, sept fois dix ans[32]. Enfin, la première Félibrée ayant

été tenue, le 21 mai 1854, jour de la Sainte-Estelle[33], ce fut sous

son vocable que la société se fonda, adoptant l’étoile symbolique à

sept rayons comme guide et emblème des destinées du Félibrige. Dans

les réunions qui suivirent, on décida de lancer dans le public un

ouvrage de propagande, pour faire connaître l’organisation récente et

lui assurer les moyens pratiques de réaliser son programme. En 1855,

parut donc l’_Armana prouvençaù_, qui fut ainsi le premier organe du

Félibrige, et dont le succès ininterrompu va toujours grandissant.

C’est une véritable anthologie poétique provençale en même temps qu’une

sorte d’encyclopédie des familles. On y trouve en effet des poèmes d’un

grand mérite, suivis de toutes sortes de conseils aux agriculteurs, des

recettes de tous genres, des proverbes, et nombre d’indications aussi

instructives qu’amusantes.

A partir de 1859, le rayon d’action de l’_Armana prouvençaù_ s’agrandit

singulièrement. D’abord localisé dans la Provence, il se répandit peu à

peu dans toutes les anciennes provinces du Midi. Le nombre des Félibres

augmentait chaque jour; parmi les nouvelles recrues, on remarquait Mme

d’Arbaud, Bonaventure Laurent, Anthemon, Martelly, Legré, Thouron,

Charles Poncy, Roumieux, Gabriel Azaïs, Canonge, Floret, Gaidon.

Mistral, qui s’était mis hors de pair par son beau poème _la Communioun

di sant_ et d’autres poésies où son mérite s’affirmait de plus en plus,

produisit en 1859 une œuvre géniale: _Mireille_.

[Illustration: Mireille.]

Tout a été dit sur _Mireille_, qui, traduite en français, recueillit

les suffrages des littérateurs du Nord et fut pour Paris et les hommes

de lettres la révélation la plus inattendue des beautés de la langue

provençale. Ce qui fit dire à Villemain: «La France est assez riche

pour avoir deux littératures.» _Mireille_ est un des plus beaux joyaux

de l’écrin littéraire de la Provence; c’est un diamant que l’habile

lapidaire qu’est Mistral tailla avec un rare bonheur, et qu’il sertit

dans l’or le plus pur et le plus artistement ciselé. Transportée sur la

scène de l’Opéra-Comique, ce fut un triomphe. La musique si mélodieuse

de Gounod fut le coup d’aile donné à la poésie du maître, et les

auditeurs furent saisis d’une admiration que le temps n’a pas diminuée.

Il semblait difficile qu’une gloire si éclatante pût être partagée.

Mais le succès engendre l’émulation, source intarissable de génie et

de chefs-d’œuvre. En plaçant Théodore Aubanel à côté de Mistral, le

Félibrige honore les deux plus hautes personnalités que cette société

ait vues naître dans son sein. Les vers de Théodore Aubanel, pleins

d’ampleur et de passion, le classent parmi les grands poètes.

Tout le monde connaît sa _Miougrano entreduberto_ et ses _Fiho

d’Avignoun_, _lou Pan daù pécat_ (traduit en français par Paul Arène),

_lou Pastre_, _lou Roubatâri_, _la Vénus d’Arles_ et bien d’autres

pièces, toutes dignes de celui qui les a signées.

Avec Louis Roumieux, de Nîmes, nous entrons dans la série des auteurs

gais. _La Rampelado_ et surtout _la Jarjaiado_, un chef-d’œuvre dans

son genre, sont animées d’un bout à l’autre d’une franche gaîté. Dans

_la Falandoulo_, Anselme Mathieu, dit le poète _deis poutouns_, fait

de vers en vers voltiger les baisers. Mme d’Arbaud paye son tribut au

Félibrige par la publication de _Amours de Ribas_. Enfin, _les Belugos_

font regretter à tous les amateurs de littérature provençale la mort

prématurée d’Antoinette Rivière, de Beaucaire, dont le talent venait de

s’affirmer dans ce recueil de poésies.

[Illustration: Mistral.]

Toutes ces œuvres publiées, propagées, discutées, admirées ou

critiquées, forcèrent l’attention des lettrés. Il n’est pas jusqu’aux

étrangers qui ne fussent attirés et séduits.

C’est ainsi que les Catalans, qui avaient rétabli les jeux floraux,

dépêchent leur premier lauréat, Damaso Calvet, au Félibrige, pour

l’assurer de leur concours. C’est un Irlandais, William Bonaparte

Wyse, qui s’enthousiasme pour le provençal, l’apprend avec une ardeur

surprenante et publie dans cette langue deux charmants recueils: _li

Parpaioun blu_ et _li Piado de la princesso_.

L’année 1867 fut marquée par l’apparition de _Calandau_, de F. Mistral.

Il y revendique toutes les anciennes libertés de la Provence. Comme

dans _la Countesso_, il établit un parallèle entre la situation

politique et économique de cette province sous la juridiction de

ses comtes, et l’état où elle se trouve aujourd’hui. Ce n’est pas

sans amertume et sans regret qu’il constate la perte de ses libertés

publiques, de ses franchises, de ses droits, la proscription de sa

langue. Telle est l’origine du reproche qu’on lui a souvent adressé, de

vouloir semer la désunion dans les esprits, en réclamant des libertés

locales dont la disparition dans toutes les provinces a été un mal

nécessaire pour l’unification politique et linguistique de la France.

On a poussé la malveillance à l’extrême lorsqu’on lui a attribué des

idées de séparatisme, qui certainement n’ont jamais existé dans son

esprit. Nous ne reviendrons pas sur ces incidents fâcheux. Mistral,

d’ailleurs, a fait justice de toutes ces attaques et de toutes ces

insinuations[34]. Dans l’_Ode aux Catalans_, une seule ligne suffit à

le laver de ces calomnies:

_Siou de la grando Franço e ni court ni coustie[35]._

Qui pourrait mettre en doute ses sentiments largement patriotiques en

lisant les vers qu’il composa en 1870 sur l’invasion: _lou Saume de la

penitenci_, et, en 1871, _lou Roucas de Sisife_? Son _Tambour d’Arcole_

n’est-il pas encore une page glorieuse et bien française, quoique le

héros en soit un enfant de la Provence?

D’ailleurs, ce que Mistral voulait, ce qu’il veut encore aujourd’hui,

avec la grande majorité des populations de nos départements, du nord au

sud, de l’est à l’ouest, c’est une décentralisation sage et éclairée,

c’est la protection du gouvernement accordée aux mœurs, aux usages,

aux aspirations différentes de nos anciennes provinces, et aux idiomes

locaux. C’est l’enseignement de ces idiomes repris d’après une méthode

simple et pratique, qui permettrait à nos jeunes générations de ne pas

oublier la langue maternelle, la langue du terroir, sans pour cela

nuire en aucune façon à l’enseignement du français[36]. On peut désirer

ces améliorations sans mériter l’épithète de mauvais patriote, on peut

garder un souvenir affectueux pour sa ville natale sans renier l’amour

de la patrie. Nous irons même plus loin et nous prouverons que les gens

indifférents ou railleurs à l’égard des lieux qui les ont vus naître ne

sont pas de bons Français. La France n’est la France que par la réunion

en un seul faisceau de toutes ses anciennes provinces, et celui qui

n’aime pas la petite patrie est incapable d’aimer la grande. Jamais on

ne trouvera un traître à la nation parmi ceux qui ont conservé intact

le souvenir de leur village. Ce sont ces idées qui ont inspiré à Félix

Gras la déclaration si souvent répétée et qui a fait le tour de la

presse:

_Ame moun vilage mai que toun vilage;

Ame ma Prouvenço mai que ta provinço;

Ame la France mai que tout[37]._

[Illustration: Avignon: les Remparts.]

Assurément, il faut compter avec les passions politiques, si ardentes

dans le Midi quant à la forme du gouvernement. Mais il y a une chose

sacrée qui domine toute étiquette gouvernementale, c’est la patrie,

c’est la France. Et sur ce point, ce n’est pas chez les Félibres qu’il

y aura jamais désaccord. D’ailleurs, cette tendance à leur prêter des

sentiments qu’ils n’ont jamais eus n’émane que de quelques cerveaux

malveillants, désireux de voir régner parmi eux la discorde et charmés

d’en pronostiquer les symptômes. Leur conduite en maintes circonstances

a prouvé d’une manière éclatante combien ils sont au-dessus d’une

accusation qu’on aurait voulu injurieuse et qui n’était qu’absurde.

L’opinion publique a fait justice d’une calomnie qui a tourné au

grotesque, et les diffamateurs ont dû disparaître sous le blâme des

esprits sensés et la risée générale.

Malgré la campagne entreprise contre son existence, le Félibrige

vit, au contraire, les adhésions lui arriver aussi nombreuses que

précieuses, sans distinction d’opinions politiques ou de fortune, de

toutes les anciennes provinces du Midi.

En 1876, il entra dans une nouvelle période, que l’on pourrait appeler

la période d’_affirmation_. Cette année-là tient une place à part

dans ses annales par la proclamation des statuts. Ils furent votés le

21 mai 1876, à Avignon, dans la salle des _Templiers_ de l’Hôtel du

Louvre. Nous les donnons ci-après, _in extenso_, parce qu’ils font

partie intégrante de l’histoire du Félibrige et, partant, de la langue

provençale.

STATUTS DU FÉLIBRIGE DE PROVENCE[38]

ARTICLE PREMIER.--Le Félibrige a pour but de réunir et stimuler les

hommes qui, par leurs œuvres, sauvent la langue du pays d’Oc, ainsi

que les savants et les artistes qui étudient et travaillent dans

l’intérêt de ce pays.

Fondée le jour de Sainte-Estelle, le 21 mai 1854, cette Association

s’est constituée et organisée dans la grande Assemblée tenue en

Avignon, le 21 mai 1876.

ART. 2.--Sont interdites dans les réunions félibréennes les

discussions politiques et religieuses.

ART. 3.--Une étoile à sept rayons est le symbole du Félibrige, en

mémoire des sept Félibres qui l’ont fondé à Fontségugne, des sept

troubadours qui jadis fondèrent les Jeux floraux de Toulouse, et des

sept Mainteneurs qui les ont restaurés à Barcelone, en 1859.

ART. 4.--Les Félibres se divisent en _majoraux_ et _mainteneurs_;

ils se relient par les _Maintenances_, qui correspondent à un grand

dialecte de la langue d’Oc; les Maintenances se divisent en _Ecoles_.

DES FÉLIBRES MAJORAUX ET DU CONSISTOIRE

ART. 5.--Les Félibres majoraux sont choisis parmi ceux qui ont le

plus contribué à la Renaissance du Gai-Savoir. Ils sont au nombre de

cinquante et leur réunion porte le nom de _Consistoire Félibréen_; le

Consistoire se renouvelle comme suit:

ART. 6.--A la mort d’un Majoral, tous les Félibres mainteneurs sont

avisés par les soins du Chancelier, et ceux d’entre eux qui désirent

posséder le siège vacant adressent au Consistoire, dans la quinzaine,

une demande écrite où ils font valoir leurs titres.

Le bureau du Consistoire aura aussi le droit de prendre l’initiative

d’une candidature, en se conformant aux conditions énoncées par

l’article 12; le Chancelier fera connaître aux Majoraux, par une

circulaire, les candidatures posées, et l’élection aura lieu à la

majorité des voix, en séance consistoriale. Les Majoraux présents ont

seuls droit de suffrage; en cas de partage, la voix du Capoulié ou

celle de son remplaçant à la présidence entraîne le vote.

ART. 7.--La réception solennelle du nouvel élu aura lieu pour

Sainte-Estelle, anniversaire du Félibrige. Un membre du Consistoire,

à ce désigné, le complimentera publiquement, et le récipiendaire,

dans sa réponse, fera l’éloge de son prédécesseur.

ART. 8.--Le Bureau du Consistoire se compose du _Capoulié_, des

_Assesseurs_ et des _Syndics_, ainsi que du _Chancelier_ et du

_Vice-Chancelier_.

Le Capoulié préside les assemblées générales du Félibrige, les

réunions consistoriales et le Bureau du Consistoire.

Les Assesseurs remplacent le Capoulié empêché; la présidence est

déférée à celui que le Capoulié désigne, et au plus âgé au cas de

non-désignation.

Il y a autant d’Assesseurs que de Maintenances, et chaque Maintenance

a aussi un Syndic chargé de l’administrer.

Le Chancelier garde les archives, tient la correspondance et perçoit

la cotisation des Félibres majoraux. Le Vice-Chancelier le remplace

au besoin.

ART. 9.--Le Bureau est élu pour trois ans dans la séance

consistoriale de Sainte-Estelle. Le vote a lieu au scrutin secret.

Les Majoraux absents peuvent voter par correspondance, pourvu que

leurs bulletins soient signés.

Le Capoulié est nommé par les Majoraux; mais c’est lui seul qui nomme

le Chancelier et le Vice-Chancelier.

Les Assesseurs et les Syndics sont nommés par les Majoraux de leur

Maintenance.

Le Capoulié sortant proclame le nouveau Bureau à la réunion de

Sainte-Estelle.

ART. 10.--Le Consistoire peut modifier les statuts sur la demande

écrite de sept Félibres. Il peut exclure les indignes. Il peut

dissoudre les Ecoles qui violent les Statuts. Il peut casser les

décisions des Maintenances. Il peut se prononcer sur les questions

grammaticales ou orthographiques. Pour toutes ces décisions, les deux

tiers des suffrages sont nécessaires. Si le nombre des suffrages

exprimés compte une voix de moins qu’un multiple de 3, le Capoulié

ou son remplaçant peut donner une voix de plus; si, au contraire, le

nombre des suffrages exprimés est supérieur d’une unité, il en sera

tenu compte pour le calcul de la majorité.

Le Consistoire peut, à la majorité simple, nommer des Majoraux, des

Associés (_soci_), ainsi que des délégués pour le représenter; il

peut créer des Maintenances. Il règle l’emploi de ses revenus.

Les membres présents ont seuls droit de vote et, en cas de partage,

la voix du Capoulié ou de son remplaçant est prépondérante.

ART. 11.--Les décisions du Consistoire doivent être signées du

Capoulié ainsi que du Chancelier; elles sont contresignées par

l’assesseur de la Maintenance à laquelle la décision est relative.

Lorsque la décision intéresse le Félibrige entier, elle doit être

contresignée par tous les assesseurs.

ART. 12.--Dans l’intervalle des sessions du Consistoire, le Bureau

jouira de tous les droits consistoriaux, sauf de ceux qui concernent

la modification des Statuts, le pouvoir de se prononcer sur les

questions grammaticales ou orthographiques, et la nomination des

Majoraux ou des auxiliaires.

L’exclusion d’un Félibre ou la dissolution d’une Ecole félibréenne ne

peuvent avoir lieu qu’à la majorité des deux tiers des voix. Cette

majorité doit être: 2 sur 3, 3 sur 4, 4 sur 5, 4 sur 6, 5 sur 7, 6

sur 8, 6 sur 9, 7 sur 10. S’il y a plus de 10 votants, on suivra la

règle prescrite par l’article 10.

Lorsqu’un siège de Majoral est vacant, le Bureau peut poser une ou

plusieurs candidatures, mais pour cela l’unanimité des suffrages

exprimés est nécessaire.

Les membres du Bureau peuvent voter par écrit, et leurs bulletins

seront conservés aux archives.

ART. 13.--Cependant, l’exclusion d’un membre ou la dissolution d’une

Ecole ne peuvent être prononcées que provisoirement par le Bureau,

qui devra soumettre sa décision au Consistoire. Le Consistoire peut

annuler cette décision, pourvu que cette annulation soit prononcée

par les deux tiers des suffrages exprimés.

Le Félibre coupable ou l’Ecole fautive peuvent se défendre devant le

Consistoire.

ART. 14.--Le Capoulié a la direction du Félibrige; il réunit le

Consistoire et son Bureau, ainsi que les Assemblées générales. Il

autorise ou repousse les candidatures de Félibres Mainteneurs avant

leur présentation devant l’Assemblée de la Maintenance.

ART. 15.--Dans les félibrées, le Capoulié a pour insigne l’_Etoile

d’or à sept rayons_, et les Majoraux, la _Cigale d’or_.

ART. 16.--Chaque cigale recevra du Consistoire un nom particulier

qu’elle gardera à perpétuité.

DES FÉLIBRES MAINTENEURS

ART. 17.--Les Félibres Mainteneurs sont en nombre illimité.

ART. 18.--Ceux qui voudront posséder ce titre devront s’adresser au

Bureau de la Maintenance de laquelle dépend leur dialecte natal.

Le Bureau accepte ou repousse la demande; dans le premier cas, elle

est transmise au Capoulié.

Si celui-ci donne un avis favorable, la demande est de nouveau

soumise à la réunion de la Maintenance qui se prononce en dernier

ressort.

ART. 19.--La Maintenance, dès qu’elle a ouvert sa réunion, statue

sur les demandes d’admission. Un délégué va aussitôt chercher les

nouveaux élus, qui prennent place à table à côté du Syndic.

ART. 20.--Dans les réunions félibréennes, les Mainteneurs portent

comme insigne une _Pervenche d’argent_.

DES MAINTENANCES

ART. 21.--On entend par Maintenance la réunion des Félibres d’un

grand dialecte de notre langue d’Oc.

ART. 22.--Le Bureau de la Maintenance se compose du _Syndic_, de deux

ou trois _Vice-Syndics_, des _Cabiscols_ de la Maintenance, et d’un

_Secrétaire_.

Le Syndic préside les assemblées de la Maintenance. En cas

d’empêchement, il est remplacé par le Vice-Syndic qu’il désigne, et,

à défaut de désignation, par le plus âgé.

Les _Cabiscols_ administrent les Ecoles; le Secrétaire tient les

archives et la correspondance. Il perçoit les cotisations des

Félibres Mainteneurs.

ART. 23.--Le Bureau de la Maintenance est élu pour trois ans.

Le Syndic est nommé comme il est dit à l’article 9.

Les Vice-Syndics et le Secrétaire sont nommés par les Félibres de la

Maintenance.

Les Cabiscols sont élus par les Ecoles conformément à l’article 30.

ART. 24.--La Maintenance peut créer des Ecoles en se conformant aux

articles 28 et 29. Elle nomme les Félibres Mainteneurs, conformément

à l’article 18. Elle peut célébrer des fêtes littéraires ou

artistiques, ainsi que des Jeux Floraux, soit d’elle-même, soit en

se concertant avec des Sociétés ou avec des villes. Elle règle la

disposition de ses revenus.

Les Félibres présents aux réunions de Maintenance ont seuls droit de

vote.

Enfin, les Majoraux qui ne font pas partie du Bureau de la

Maintenance n’ont pas le droit de voter sur les dépenses.

ART. 25.--Dans l’intervalle des réunions, le Bureau a tous les droits

de l’Assemblée de Maintenance, excepté celui de nommer des Félibres

Mainteneurs; il a le droit de poser des candidatures au titre de

Mainteneur; mais, en ce cas, l’unanimité des voix est nécessaire. Les

membres du Bureau peuvent voter par écrit, et leurs bulletins de vote

sont conservés aux archives.

ART. 26.--Le Syndic administre la Maintenance; il en réunit les

assemblées ainsi que celles du Bureau. Enfin, chaque année, dans

la réunion générale de Sainte-Estelle, il fait un rapport sur les

travaux effectués.

ART. 27.--Dans les Assemblées de Maintenance, le Syndic porte une

_Etoile d’argent à sept rayons_.

DES ÉCOLES

ART. 28.--L’Ecole est la réunion des Félibres d’une même région.

Elle a pour but l’émulation, l’enseignement des uns aux autres ou la

collaboration à des travaux communs.

L’Ecole est constituée par décision de Maintenance sur la demande de

sept Félibres habitant le même centre.

ART. 29.--Les Félibres qui veulent créer une Ecole font eux-mêmes

leur règlement, tout en se conformant à l’esprit des Statuts et à

l’obligation prescrite par l’article 7; ils le transmettent par écrit

en même temps que leur demande au Bureau de la Maintenance, et ne

peuvent, sans l’autorisation de celle-ci, modifier leur règlement.

La Provence: Usages, coutumes, idiomes depuis les origines; le Félibrige et son action sur la langue provençale, avec une grammaire provençale abrégée · 第 6 / 21 段