Quand je revins à moi, j'étais couché au pied d'un arbre et un
_tringlot_ me présentait une potion que je bus avec avidité.
Après avoir apaisé la soif ardente que me dévorait, mon premier soin fut
de me tâter pour voir si j'était bien _tout_ là. Rien n'y manquait; j'en
étais quitte pour une légère blessure à la main droite. J'avais la
jointure de l'annulaire emportée par une balle française, sans soute,
durant la course échevelée que m'avaient fait prendre mes _amis_ les
_Chinacos_. Je regardai autour de moi et je vis, non sans quelque
satisfaction, que mes gardiens du matin étaient mes prisonniers du soir.
Mes deux Juaristes étaient solidement liés aux roues d'une voiture du
train qui accompagnait l'escadron de Chasseurs d'Afrique à qui je devais
la liberté.
J'en étais là de mes réflexions quand un brigadier s'avança vers moi en
me demandant de mes nouvelles.
Je reconnus en lui un camarade de garnison de Tampico, et il me raconta
en quelques mots que son détachement était en route de Carmago à Piedras
Negras, d'où il devait aller rejoindre l'expédition qui se préparait à
envahir les Etats de Durango et de Chihuahua.
Je remerciai ma bonne étoile d'être tombé en aussi bonnes mains.
Huit jours plus tard, le bras droit en écharpe, et ne me sentant
nullement l'envie d'aller voir Anita, en passant par Monterey, je
prenais la route de Matamoras par la diligence de Laredo.
Je trouvai là, la première compagnie d'infanterie de la Contre-guerilla,
qui avait rossé d'importance, quelques jours auparavant, un bataillon de
la brigade de Cortinas.
Je me présentai au capitaine commandant que je connaissais déjà, et qui
me félicita de la bonne tournure qu'avait prise mon escapade d'amoureux.
Je rejoignis mon escadron qui partait pour les côtes Pacifiques et je ne
revis jamais Anita, qui, probablement elle aussi, a oublié depuis
longtemps nos promenades sur la plaza de Monterey.