TON BISAIEUL AUGUSTIN

Le port roide de quelque intendant militaire retraité, de petite taille,

le nez long chaussant des lunettes fines, les yeux d’un bleu clair, la

moustache un peu jaunie par les pipes qui enfumaient aussi les journaux

et les livres, et tombante et relevée aux bouts cirés, le menton peu

saillant, les cheveux rares et longs ramenés sur le côté du front un peu

fuyant, l’oreille large: il faisait songer encore à quelque ancien héros

des victoires du romantisme.

Son enfance fut si choyée que lorsqu’il désirait la pluie on montait sur

le toit d’où l’on vidait un arrosoir.

C’était un lettré. Il récitait avec passion ces vers de Musset:

_Oh! Sous le vert platane,

Sous les frais coudriers,

Diane

Et ses grands lévriers!_

Mais il était surtout musicien.

Dans la ville élégante où il s’est retiré, il longe le boulevard. On

voit bien le pic du Midi aujourd’hui.

--Bonjour, Monsieur Bellot, vous allez au concert classique?

Le voici dans la salle pleine d’un beau monde silencieux. Il est assis

tenant par le milieu sa canne qui supporte son chapeau. Il vibre déjà

comme un violon que l’on accorde. Une dame lui adresse un salut de la

main. Il sourit et s’incline. La symphonie ruisselle et ronfle et à la

fin il applaudit, il frappe le parquet poli en signe de satisfaction.

La présence d’un seul moustique dans sa chambre lui fait souhaiter de

n’être jamais né.

Ma Fille Bernadette · 第 61 / 70 题