La neige interrompt soudain le renouveau des pépiements, des roulades et
des sifflets et, tandis qu’hier encore les fins duvets des blés
naissants recouvraient la terre çà et là, pareils aux cheveux de
Bernadette, aujourd’hui le vieil Hiver a fait tondre sa barbe. Il n’y a
plus d’autre évocation de Printemps que des fumées qui se balancent
au-dessus des chaumines et forment des touffes lilas fleuries aux
soleils des petits feux ménagers. O bosquet de la halte des pauvres en
hiver!
J’ai hissé Bernadette sur mon bras, de telle façon qu’elle pût
apercevoir les toits qui semblent basculés et les terreaux que l’on
dirait picorés et les feuilles qui ont du coton dans les oreilles. Elle
a contemplé tout cela avec une curiosité qui figeait son sourire. Que la
nature est donc belle, mon Dieu! Elle change encore de robe, mais cette
fois c’est une robe comme la tienne, ô Bernadette! la robe d’une
nouvelle-née, robe où mûrit le grain de blé ou le cœur de l’homme.
Regarde face à face cette grande sœur, la Terre qui, demain, après son
sommeil, se remettra à gazouiller. Elle te garde son cœur, ce grain de
blé, afin qu’un jour Dieu puisse entrer _sous ton toit_, de nouveau
recouvert par un voile de neige, le voile de ta première communion.