La rose ouvre la bouche pour prier Dieu en silence, et cette oraison
amène une larme jusqu’aux lèvres des pétales. Ta bouche s’ouvre aussi, ô
Bernadette! pour louer le Seigneur. Et ta première dent vient à poindre
comme la goutte de rosée sur la corolle. Il fallait bien que tu
obtinsses quelque faveur de la Trinité, puisque depuis six mois tu lui
souriais de ce sourire si bon! L’Éternel te convie ainsi au banquet où
ce grêlon percera la cerise de feu, le raisin vert d’eau, la prune d’air
bleu et la pomme grise comme la terre.
O mon enfant! Ta mère qui l’a arrosé de son lait a poussé des cris de
joie quand ce germe a pointé. Mais moi je m’attriste un peu... O
Bernadou! Pourquoi cette petite dent? Le lait de ta maman n’est-il donc
pas si doux qu’à jamais il ne te suffise?