Malabaila Numidica Coss., nouveau pour la Tunisie.

Deverra scoparia Coss. et DR.

Eryngium ilicifolium Desf.

Galium petræum Coss. et DR.

Pyrethrum fuscatum Willd.

Cladanthus Arabicus Cass.

Senecio Decaisnei DC.

Leyssera capillifolia DC.

Asteriscus pygmæus Coss. et DR.

Amberboa crupinoides DC.

Atractylis prolifera Boiss. _var._ ou espèce nouvelle.

—— citrina Coss. et Kral.

Catananche arenaria Coss. et DR.

Andryala Ragusina L. _var._ ramosissima.

Apteranthes Gussoneana Mik.

Celsia laciniata Poir.

Teucrium ramosissimum Desf.

Caroxylon articulatum Moq.-Tand.

Traganum nudatum Delile.

Atriplex mollis Desf.

Euphorbia Bivonæ Steud.

—— glebulosa Coss. et DR.

Forskahlea tenacissima L.

Ephedra fragilis Desf.

Andropogon laniger Desf.

Pennisetum dichotomum Delile.

—— Orientale Rich.

Arthratherum obtusum Nees.

—— ciliatum Nees.

Festuca tuberculosa Coss. et DR. (Catapodium tuberculosum Moris),

nouveau pour la Tunisie.

Cheilanthes odora Sw.

Notochlæna Vellea Desv.

Gafsa, au point de vue zoologique, est l’une des localités les

plus intéressantes que nous ayons visitées. On peut citer, parmi

les mammifères, de nombreuses Gerboises et une Gerbille (_Meriones

albipes_), dont il a été pris une femelle avec trois petits. Au

Djebel Hattig, les Mouflons et les Gundis sont abondants.

Parmi les oiseaux, nous noterons, comme à Tozzer, le gentil et

familier Bou-Habibi et d’abondantes Huppes qui peuplent l’oasis.

Les reptiles sont particulièrement nombreux. Notons, parmi les

Chéloniens, l’_Emys leprosa_, qui habite les sources et les canaux

d’irrigation (saguïa). Parmi les Sauriens :

Chamæleo vulgaris.

Hemydactylus verruculatus.

Tropidocalotes Tripolitanus.

Agama inermis.

Uromastix Acanthinurus.

Ophiops elegans.

Acanthodactylus Boskianus.

—— Savignyi.

Eremias guttulata.

Eremias pardalis (Scincoïde nouveau pour la Tunisie).

Sphenops capistratus.

Gongylus ocellatus.

Euprepes Savignyi (Scincoïde qui vit dans les Joncs et les

Cypéracées du bord des saguïas et des fossés).

Plestiodon Aldrovandi.

Parmi les Ophidiens :

Psammophis sibilans.

Tropidonotus viperinus.

Periops Algirus.

Cœlopeltis insignitus.

Echis carinata.

Echidna Mauritanica (Vipera Euphratica).

Cerastes Ægyptiacus.

Et parmi les Batraciens :

Discoglossus pictus.

Rana viridis.

Bufo pantherinus.

—— viridis.

Dans l’oued et les sources chaudes, particulièrement dans la

piscine romaine du Dar-el-Bey, vit abondamment un élégant _Chromis_,

poisson particulier aux eaux sahariennes, avec de nombreux mollusques

des genres _Melania_ et _Melanopsis_, communs dans presque toute

cette région.

Parmi les insectes nous devons signaler : _Anthia venator_, le

plus grand carabique de la faune saharienne : _Calosoma Olivieri_,

_C. Maderæ_, _Brachinus Africanus_, _Micipsa Mulsanti_, _Julodis

cicatricosa_, et un gros Criquet aux ailes jaunes, _Eremobia insignis_,

volant partout comme un oiseau. Les Arachnides ne nous ont fourni

que de grands Galéodes : _Galeodes Olivieri_, _Rhax melanus_,

_R. ochropus_, et d’énormes Scorpions, appartenant à quatre

espèces : _Buthus Europæus_ et _australis_, déjà vus sur la côte,

et _B. Maurus_ et _Æneas_, espèces plus désertiques.

L’_Helix Doumeti_ habite aussi le Djebel Hattig.

Au point de vue géologique, nous n’aurons à signaler, après le

gisement de calcaires gris surmonté de dolomies et de grès du Djebel

Hattig, que le massif de poudingue grossier à cailloux siliceux qui

émerge, à Gafsa même, au milieu des terrains argilo-sableux de la

plaine située au pied de cette montagne.

=VI=

=De Gafsa au Bir Marabot : El-Guettar, Oum-el-Asker, bords du Chott

El-Fedjedj, Oum-Ali, Djebel Berd, Bir Marabot.=

Le 18 et le 19 mai sont employés à compléter nos approvisionnements

et à reformer notre convoi.

Le 20, nous quittons définitivement Gafsa, en prenant la direction

d’El-Guettar. Notre caravane est constituée comme à notre départ

de Sfax, car nos chameliers ont tenu à nous attendre pour continuer

le voyage avec nous ; notre personnel s’est seulement accru d’un

spahi appartenant à la garnison de Gafsa, qui nous a été donné

comme conducteur par le colonel d’Orcet, et du frère de ce spahi

qui, connaissant beaucoup mieux le pays, lui sert à son tour de guide.

De plus, nous sommes accompagnés par un habitant de Gafsa, dont

la femme malade de la fièvre et le petit garçon atteint d’une

ophtalmie ont reçu la veille une consultation du docteur Bonnet ;

la confiance de ce brave homme dans le savoir du « thebib francis »

est si complète qu’il a sollicité la grâce de nous suivre,

avec son fils aîné et son jeune enfant, en dépit des fatigues et

des privations que nous lui prédisons.

Au delà du large lit de l’Oued Baïech que nous avons franchi

au-dessus du barrage du général Philebert, nous cheminons longtemps

entre de fertiles jardins, où les arbres fruitiers se mêlent à

de splendides groupes de Dattiers et d’Oliviers. Nous laissons à

gauche l’oasis de Lella, située au pied des montagnes, et, prenant

la grande route de Gabès, nous débouchons bientôt dans une vaste

plaine pierreuse dénuée de toute végétation arborescente. Cette

plaine, que j’avais déjà traversée en 1874 et dont j’avais

conservé un souvenir désagréable, offre une assez grande

similitude avec celle de la Crau dans les Bouches-du-Rhône ; et,

comme pour accentuer cette ressemblance, un vent des plus violents

se met à souffler, soulevant des tourbillons de poussière qui nous

enveloppent à chaque instant, arrêtant parfois même notre marche et

surtout celle du convoi. La récolte de quelques bonnes plantes nous

dédommage un peu de l’ennui de la route ; quant aux insectes, il

ne peut en être question ; ils se sont tous mis à l’abri du vent.

A mesure que nous avançons vers El-Guettar, nous nous rapprochons

du pied du Djebel Arbet, dont j’avais fait l’ascension en 1874

en y endurant une chaleur torride et une soif ardente. A plus de

1100 mètres d’élévation, c’est-à-dire au sommet, se trouve

actuellement un poste de télégraphie optique qui correspond avec

Gafsa. Vers une heure, nous atteignons le poste de la compagnie de

discipline qui réside à El-Guettar, et, dès que notre convoi nous

a rejoints, nous nous empressons de dresser nos tentes à l’abri

des premiers groupes d’Oliviers qui se sont montrés à nous. Le

lieu est des mieux choisis, bien que le vent, une véritable tempête

de l’est, rende l’établissement de notre campement des plus

difficiles. Puis, après le repas et notre visite à l’officier

commandant le poste, je me dirige, en dépit du mauvais temps, vers

le pied du Djebel Arbet où je fais une fructueuse herborisation,

pendant que M. Valéry Mayet se livre, de son côté, à la chasse

des insectes et des reptiles.

Les environs d’El-Guettar et surtout la base du Djebel Arbet ou

Orbata sont riches en plantes. Aussi, malgré le mauvais temps et

la brièveté de notre séjour, nous avons pu y récolter un grand

nombre d’espèces, parmi lesquelles nous citerons :

Matthiola oxyceras DC. _var._ basiceras Coss. et Kral.

Conringia Orientais Andrz.

Ammosperma teretifolium Boiss. (Brassica teretifolia Desf.).

Farsetia Ægyptiaca Turr.

Neslia paniculata Desv.

Reseda propinqua R. Br.

Erodium arborescens Willd.

—— guttatum Willd.

Retama sphærocarpa Boiss.

Astragalus corrugatus Bert. _var._ tenuirugis.

Eryngium (espèce peut-être nouvelle).

Callipeltis Cucullaria Stev.

Scabiosa Monspeliensis Jacq.

Leyssera capillifolia DC.

Senecio Decaisnei DC.

Senecio coronopifolius Desf.

Chamomilla aurea J. Gay.

Asteriscus aquaticus Mœnch.

Cyrtolepis Alexandrina DC. _var._

Centaurea furfuracea Coss. et DR.

Zollikoferia angustifolia Coss. et DR.

—— resedifolia Coss. _var._

Echinospermum Vahlianum Lehm.

Linaria fallax Coss.

—— laxiflora Desf.

Celsia laciniata Poir. _var._

Scrophularia arguta Ait.

Andrachne telephioides L.

Euphorbia glebulosa Coss. et DR.

Forskahlea tenacissima L.

Andropogon laniger Desf.

Chloris villosa Pers.

La faune entomologique des environs d’El-Guettar est la même que

celle de Gafsa, mais on y rencontre aussi quelques espèces monticoles

telles que : _Gonocleonus Heros_ et _Pimelia Tunetana_. Le _Calosoma

Olivieri_ y est mêlé, comme à Gafsa, au _C. Maderæ_ du Nord

de la Régence. On y retrouve aussi une espèce prise à Tozzer :

_Ocnera grisescens_.

D’après les renseignements fournis par le lieutenant commandant

le détachement de disciplinaires, l’Hyène serait commune dans le

massif du Djebel Arbet. C’est aussi d’après la description que

m’en avaient faite les indigènes à El-Guettar en 1874, que je

crus pouvoir indiquer l’existence du _Naja_ en Tunisie, fait dont

nous avons eu la confirmation au Redir d’El-Aïa.

Comme renseignement géologique, nous signalerons, au pied même du

Djebel Arbet, un calcaire dur renfermant de gros nodules de silex,

parfois géodiques, qui se détachent de la roche par désagrégation.

L’heure avancée nous a ramenés, M. Valéry Mayet et moi, au camp

où nous attend une nuit des moins agréables et des plus anxieuses,

la fureur du vent nous faisant craindre, à tout instant, de voir

les amarres de nos tentes se casser et celles-ci se renverser sur nous.

El-Guettar ayant déjà été visité par moi dans ma mission de 1874,

il y a moins d’intérêt à y séjourner, et le 21, à neuf heures

du matin, nous faisons route pour les montagnes d’Oum-el-Asker. En

traversant la sebkha d’El-Guettar, dont les grandes pluies des

jours précédents ont accru la quantité d’eau au point d’en

rendre le passage difficile en certains endroits, nous recueillons :

_Delphinium pubescens_ var. _dissitiflorum_, _Statice pruinosa_,

_S. globulariæfolia_, _S. echioides_, _S. Thouini_ var.

Des collines de nature désertique, qui succèdent à la sebkha, nous

offrent une flore assez riche. Laissant sur notre gauche une tombe

de marabout, isolée dans une plaine herbeuse au-dessus de laquelle

tournoient de nombreux rapaces (Busards), nous arrivons à l’entrée

des gorges d’Oum-Ghafa. Là nous sommes en plein terrain calcaire,

et le lit desséché du torrent est creusé à travers de puissants

bancs d’énormes huîtres (_Ostrea proboscidea_) enchâssées dans

une sorte de molasse jaunâtre sableuse qui paraît appartenir à

l’étage sénonien (Rolland). Nous faisons halte à l’entrée

d’une gorge sauvage, près d’un redir creusé dans le rocher et

rempli d’une eau dont l’aspect n’a rien d’engageant et qui est

peuplée de tortues (_Emys leprosa_). La gorge étant impraticable pour

les animaux, nous tournons la montagne par la droite, afin de gagner

les défilés pittoresques du Djebel Cheguieïga, dans lesquels nous

engage un chemin parsemé de tables d’un calcaire poli et glissant

contenant quelques fossiles. Sortant enfin de cet affreux chaos de

rochers, nous nous trouvons dans une coupure large d’environ 300

mètres, entre deux énormes falaises à pic, des plus étranges par

leur forme et leur coloration. Ce passage, sorte de disjonction de la

montagne, porte le nom de Fedj El-Kheïl et est des plus curieux à

étudier. Nous y établissons notre campement pour la nuit, et nous y

trouvons de nombreux fossiles, notamment des Nummulites et un Nautile

d’assez grande taille, le premier que nous ayons encore rencontré.

Le massif du Djebel Cheguieïga, que nous n’avons fait que traverser,

nous a fourni une intéressante récolte de plantes, parmi lesquelles

nous noterons :

Lonchophora Capiomontiana DR.

Ammosperma teretifolium Boiss.

Diplotaxis pendula DC.

Capparis spinosa L. _var._ Fontanesii.

Reseda Duriæana J. Gay.

Erodium arborescens Willd.

—— hirtum Willd.

—— glaucophyllum Ait.

Lathyrus Clymenum L.

Hippocrepis bicontorta Lois.

Hedysarum carnosum Desf.

Reaumuria vermiculata L.

Pteranthus echinatus Desf.

Gymnocarpon decandrum Forsk.

Gymnarrhena micrantha Desf.

Pyrethrum fuscatum Willd.

Calendula stellata Cav. _var._ hymenocarpa.

Microlonchus Duriæi Spach.

Amberboa Lippii DC.

—— crupinoides DC.

Zollikoferia quercifolia Coss. et Kral.

—— angustifolia Coss. et DR.

Echinospermum Vahlianum Lehm.

Arnebia decumbens Coss. et Kral. _var._ macrocalyx.

Plantago ovata Forsk.

Caroxylum articulatum Moq.-Tand.

Traganum nudatum Delile.

A peine sommes-nous installés sur ce point, d’où la vue embrasse

une vaste étendue vers le sud, que nous recevons la visite du cheïkh

d’un douar voisin, lequel, réparant la maladresse de son frère,

chef lui-même d’un autre douar où l’on avait refusé de vendre

un mouton à nos spahis, vient nous en offrir plusieurs et insiste pour

nous faire accepter chez lui la diffa le lendemain à notre passage.

Le 22, dès l’aube, nous achevons d’explorer les alentours

accidentés de notre campement, et nous éprouvons une désagréable

surprise à la vue d’une Vipère-à-cornes qui est venue pendant la

nuit s’abriter sous une caisse, à l’entrée même de l’une de

nos tentes ; le redoutable serpent est immédiatement puni de cette

audace par son immersion dans l’alcool. Ce reptile est abondant

dans ces lieux pierreux, et la présence du Naja dans la plaine du

Bled Cegui, qui précède l’Oum-el-Asker, nous est affirmée par

le cheïkh du douar voisin.

La coupure du Fedj El-Kheïl est des plus curieuses, car elle montre

à nu les diverses couches superposées qui forment le Djebel

Cheguieïga. A la base, des calcaires noirs très durs, puis des

marnes rouges ferrugineuses, et enfin des dolomies surmontant le

tout et formant la crête. Au pied de ces escarpements on trouve de

nombreux fossiles ; c’est là que j’ai recueilli le Nautile dont

il est question plus haut. Les Dolomies du sommet se délitent à

certains endroits et forment des dentelures capricieuses, qui, vues

d’une certaine distance, prennent l’aspect de murailles en ruine.

La flore du Fedj El-Kheïl est presque identique à celle du Djebel

Cheguieïga, dont il n’est du reste qu’une coupure ; nous ne

citerons donc que les quelques espèces suivantes : _Capparis spinosa_

var., _Deverra chlorantha_, _Galium petræum_, _Rhanterium suaveolens_,

_Celsia laciniata_, _Plantago ovata_, _Panicum Teneriffæ_.

Nous récoltons en outre une curieuse monstruosité du _Caroxylum

articulatum_, qui donne à cette espèce l’apparence d’une plante

en fleur ou en fruit.

A neuf heures et demie le signal du départ est donné. Une vaste

plaine d’aspect désertique, ondulée par de basses collines,

s’ouvre devant nous. Elle est parsemée de douars et bornée au

sud par les montagnes d’Oum-El-Asker que nous devrons franchir

pour atteindre les bords du Chott El-Fedjedj. Nous ne tardons pas à

arriver au douar des Sidi-Djeimia, fraction de la tribu des Hammema ;

c’est là que nous sommes invités à prendre une diffa qui nous est

offerte avec beaucoup de cordialité, mais que nous payons largement

par de nombreuses consultations données aux malades ; les enfants

étant en majorité, le chocolat est substitué dans bien des cas aux

médicaments spéciaux qui nous manquent ; à défaut de guérison

radicale, ce remède produit un excellent effet moral et ne manque

pas de grossir le nombre des clients qui se succèdent indéfiniment ;

mais le temps presse et, prenant congé de notre hôte, nous continuons

notre marche vers l’Oum-el-Asker.

Au sommet d’un monticule que nous gravissons pour mieux jouir de la

vue des dentelures étranges formées par les crêtes dolomitiques

des montagnes de Cheguieïga que nous avons quittées le matin,

nous recueillons quelques silex taillés, épars à la surface d’un

terrain sablonneux. Plus loin, sur un assez long parcours et près des

bords d’un oued à sec qui se dirige vers la plaine de Bled-Cegui,

nous traversons les ruines d’une cité antique qui a dû avoir une

assez grande importance.

Nous arrivons enfin aux montagnes d’Oum-el-Asker, dans lesquelles

nous pénétrons par un étroit couloir que nos montures ont peine

à franchir ; on s’aperçoit à ce moment que les chameliers, ayant

pris les devants pendant notre halte chez les Djeimia, se sont trompés

de route, ce qui nous oblige à nous arrêter environ une heure pour

envoyer à leur recherche. Au mauvais passage de l’entrée des

gorges succède un chemin frayé qui semble devenir meilleur à mesure

que nous avançons, mais bientôt nous sommes engagés dans un second

défilé réellement dangereux, et forcés de suivre le lit desséché

d’un oued dans lequel des eaux torrentueuses, actuellement absentes,

ont mis à nu les couches tabulaires d’un calcaire dur et glissant

sur lequel les chevaux, les mulets et les chameaux ont grand’peine

à assurer leurs pieds. Ces roches blanches ou grises, qui paraissent

inférieures aux bancs d’huîtres que nous avons trouvés la veille,

renferment de nombreuses Turritelles fossiles dont il est difficile

de se procurer des échantillons, en raison de la dureté de la roche.

Après deux heures d’efforts et de fatigues, pendant lesquelles nos

bêtes de charge font de dangereuses chutes, nous rencontrons le Redir

Zitoun, petite flaque d’eau bourbeuse dans un trou de rocher. Malgré

la mauvaise qualité de cette eau, on est bien forcé de se résoudre

à s’en désaltérer, car il n’y a pas de choix ; de plus, en

dépit de la défense qui leur en a été faite, nos chameliers,

comme toujours, s’empressent de laisser souiller le redir par

leurs animaux. D’après l’observation barométrique qui donne

728mm,5, le Redir Zitoun est à environ 360 mètres d’altitude ;

il est situé dans un repli de la chaîne d’Oum-el-Asker, à peu

près vers le milieu de son épaisseur. Son nom lui vient sans doute

des deux ou trois Oliviers rabougris qui y existent encore.

Prolonger la halte serait téméraire, car il est déjà cinq heures

du soir et on nous dit que nous n’avons pas encore franchi les

passages les plus dangereux, ce dont nous ne tardons pas du reste à

nous convaincre, car à partir de ce point, non seulement on rencontre

partout les mêmes roches glissantes, mais il faut le plus souvent

suivre un sentier à peine tracé qui monte et descend alternativement

le long du lit encaissé de l’oued. En plusieurs endroits le sentier

domine ce dernier de plus de 30 mètres à pic ; à diverses reprises

on se voit même dans la dure nécessité de décharger en partie les

bêtes de somme, pour éviter des accidents, et malgré ces prudentes

manœuvres, qui ne laissent pas que de retarder considérablement la

marche de notre convoi, les conducteurs ne peuvent, aux plus mauvais

passages, éviter les chutes de plusieurs animaux. La capture faite

à la main, par M. Valéry Mayet, d’une Vipère-à-cornes blottie

dans un creux de rocher, nous cause un moment d’émotion qui fait

diversion aux ennuis de notre difficile trajet. Enfin, après trois

heures d’efforts pénibles, nous atteignons l’extrémité de ce

dangereux défilé, véritable passage des Thermopyles dans lequel il

suffirait, non pas de trois cents Spartiates, mais d’une poignée

de fantassins embusqués pour arrêter toute une armée. Un chemin

relativement bon nous fait rapidement descendre dans la plaine du

Bled Cherb qui borde le Chott El-Fedjedj, mais la nuit nous force à

interrompre la marche et à dresser nos tentes, en pleine obscurité,

avec un vent des plus violents et dans un terrain pierreux où nous

ne pouvons fixer les piquets qu’à grand’peine. Cette journée

a été la plus hérissée de difficultés de tout notre voyage.

Les quelques plantes à noter parmi celles que nous avons récoltées

durant le trajet périlleux du défilé d’Oum-el-Asker sont les

suivantes : _Helianthemum Tunetanum_, _H. sessiliflorum_, _Frankenia

thymifolia_, _Deverra chlorantha_, _Amberboa Lippii_, _Anarrhinum

brevifolium_, _Scrophularia canina_, _Statice pruinosa_.

Outre plusieurs Vipères-à-cornes prises dans les endroits rocheux,

nous avons noté le _Bufo viridis_ qui se montre au Redir Zitoun,

dans l’eau livide duquel nous avons pêché aussi quatre Crustacés

intéressants : d’abord un _Estheria_ nouveau pour la science,

décrit récemment par M. Simon sous le nom de _E. Mayeti_ ; ensuite

trois branchiopodes, les _Apus cancriformis_, _A. Numidicus_ et

_Branchipus stagnalis_.

Parmi les Hémiptères, nous rencontrons pour la première fois une

Cigale (_Cicada Querula_) de moyenne taille, qui se retrouvera partout

dans notre trajet jusqu’au Bir Marabot. Un Coléoptère algérien

(_Bolboceras Bocchus_) est également trouvé pour la première fois

dans notre voyage, ainsi qu’un _Blaps_ probablement nouveau.

Dans la première portion du défilé, un calcaire gris noir, très

dur, affleure dans le fond du ravin, alternant avec un calcaire blanc

ou jaunâtre d’une dureté excessive et prenant sous l’action

de l’eau un poli des plus dangereux pour la marche de l’homme

et des animaux. Nous y avons recueilli quelques _Inoceramus_ et des

Cératites appartenant à l’étage sénonien que nous avons déjà

signalé à Kriz et au Djebel Toumiet.

Comme toutes les nuits, le vent d’est a fait rage, ébranlant sans

répit nos tentes que nous nous estimons heureux de n’avoir pas

vu enlever par la tourmente, et le 23 mai, à six heures du matin,

nous nous empressons d’abandonner ce campement inhospitalier,

non toutefois sans en avoir attentivement exploré les environs où

nous trouvons en abondance plusieurs espèces d’_Helianthemum_

épanouissant leurs fleurs charmantes aux premiers rayons du soleil.

Laissant derrière nous les montagnes d’Oum-el-Asker, dont les

couches, sur ce versant, plongent dans la direction sud, tandis

que jusque-là, depuis et y compris les massifs du Bou-Hedma et de

l’Arbet, elles sont inclinées dans le sens opposé, nous cheminons

dans le Bled Cherb vers le campement de Bir Beni-Zid où nous avions

espéré pouvoir arriver dès la veille. L’immense plaine qui

s’étend devant nous se confond avec le chott où se produisent

de curieux effets de mirage. Les moindres objets y prennent parfois

des proportions fantastiques, simulant des ruines, des collines, ou

des lignes de grands arbres, aux yeux du voyageur qui s’aventure

imprudemment sur ce sol mouvant et dangereux. D’après des récits

légendaires, des caravanes entières, trompées par ces images, ont

disparu dans des fondrières insondables. Au bout d’une heure de

marche environ, nous rencontrons une ruine romaine aussi importante

que curieuse. C’est un grand édifice rectangulaire, plus long que

large, dont l’intérieur présente quatre voûtes accolées. Les

murs extérieurs sont formés de cinq assises de gros blocs taillés,

surmontés de l’appareil réticulaire. La troisième assise,

entièrement couverte de sculptures représentant des losanges, est

la portion la plus remarquable de cet étrange édifice, auquel nos

guides indigènes, qui, soit dit en passant, connaissent fort peu le

pays, ne donnent aucun nom particulier. Cette ruine et la rencontre

de quelques plantes que nous n’avions pas encore vues (le _Reseda

Alphonsi_ entre autres) atténuent un peu la monotonie d’une marche

en ligne droite sur un terrain uniformément plat, occupé par des

_Tamarix rabougris_, des _Anabasis_ et autres Salsolacées.

A midi et demie, nous atteignons le Bir Beni-Zid, réunion de trois

puits non maçonnés, dont l’eau, quoique légèrement saumâtre,

est encore l’une des meilleures que nous ayons trouvées depuis

notre départ de Gafsa ; dans l’un d’eux vit un _Chara_ qui nous

paraît intéressant.

L’existence d’eau potable en cet endroit, plus encore que

la crainte de ne pouvoir atteindre dans la même journée un

autre lieu de campement, nous détermine à y séjourner jusqu’au

lendemain. Du reste, après les fatigues endurées la veille au passage

de l’Oum-el-Asker, il est prudent de ne fournir qu’une courte

étape, pour laisser prendre un peu de repos aux hommes et aux animaux.

Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans la région saharienne, au nord des grands chotts et dans les îles de la côte orientale de la Tunisie · 第 8 / 14 段