Deverra scoparia Coss. et DR.
Eryngium ilicifolium Desf.
Galium petræum Coss. et DR.
Pyrethrum fuscatum Willd.
Cladanthus Arabicus Cass.
Senecio Decaisnei DC.
Leyssera capillifolia DC.
Asteriscus pygmæus Coss. et DR.
Amberboa crupinoides DC.
Atractylis prolifera Boiss. _var._ ou espèce nouvelle.
—— citrina Coss. et Kral.
Catananche arenaria Coss. et DR.
Andryala Ragusina L. _var._ ramosissima.
Apteranthes Gussoneana Mik.
Celsia laciniata Poir.
Teucrium ramosissimum Desf.
Caroxylon articulatum Moq.-Tand.
Traganum nudatum Delile.
Atriplex mollis Desf.
Euphorbia Bivonæ Steud.
—— glebulosa Coss. et DR.
Forskahlea tenacissima L.
Ephedra fragilis Desf.
Andropogon laniger Desf.
Pennisetum dichotomum Delile.
—— Orientale Rich.
Arthratherum obtusum Nees.
—— ciliatum Nees.
Festuca tuberculosa Coss. et DR. (Catapodium tuberculosum Moris),
nouveau pour la Tunisie.
Cheilanthes odora Sw.
Notochlæna Vellea Desv.
Gafsa, au point de vue zoologique, est l’une des localités les
plus intéressantes que nous ayons visitées. On peut citer, parmi
les mammifères, de nombreuses Gerboises et une Gerbille (_Meriones
albipes_), dont il a été pris une femelle avec trois petits. Au
Djebel Hattig, les Mouflons et les Gundis sont abondants.
Parmi les oiseaux, nous noterons, comme à Tozzer, le gentil et
familier Bou-Habibi et d’abondantes Huppes qui peuplent l’oasis.
Les reptiles sont particulièrement nombreux. Notons, parmi les
Chéloniens, l’_Emys leprosa_, qui habite les sources et les canaux
d’irrigation (saguïa). Parmi les Sauriens :
Chamæleo vulgaris.
Hemydactylus verruculatus.
Tropidocalotes Tripolitanus.
Agama inermis.
Uromastix Acanthinurus.
Ophiops elegans.
Acanthodactylus Boskianus.
—— Savignyi.
Eremias guttulata.
Eremias pardalis (Scincoïde nouveau pour la Tunisie).
Sphenops capistratus.
Gongylus ocellatus.
Euprepes Savignyi (Scincoïde qui vit dans les Joncs et les
Cypéracées du bord des saguïas et des fossés).
Plestiodon Aldrovandi.
Parmi les Ophidiens :
Psammophis sibilans.
Tropidonotus viperinus.
Periops Algirus.
Cœlopeltis insignitus.
Echis carinata.
Echidna Mauritanica (Vipera Euphratica).
Cerastes Ægyptiacus.
Et parmi les Batraciens :
Discoglossus pictus.
Rana viridis.
Bufo pantherinus.
—— viridis.
Dans l’oued et les sources chaudes, particulièrement dans la
piscine romaine du Dar-el-Bey, vit abondamment un élégant _Chromis_,
poisson particulier aux eaux sahariennes, avec de nombreux mollusques
des genres _Melania_ et _Melanopsis_, communs dans presque toute
cette région.
Parmi les insectes nous devons signaler : _Anthia venator_, le
plus grand carabique de la faune saharienne : _Calosoma Olivieri_,
_C. Maderæ_, _Brachinus Africanus_, _Micipsa Mulsanti_, _Julodis
cicatricosa_, et un gros Criquet aux ailes jaunes, _Eremobia insignis_,
volant partout comme un oiseau. Les Arachnides ne nous ont fourni
que de grands Galéodes : _Galeodes Olivieri_, _Rhax melanus_,
_R. ochropus_, et d’énormes Scorpions, appartenant à quatre
espèces : _Buthus Europæus_ et _australis_, déjà vus sur la côte,
et _B. Maurus_ et _Æneas_, espèces plus désertiques.
L’_Helix Doumeti_ habite aussi le Djebel Hattig.
Au point de vue géologique, nous n’aurons à signaler, après le
gisement de calcaires gris surmonté de dolomies et de grès du Djebel
Hattig, que le massif de poudingue grossier à cailloux siliceux qui
émerge, à Gafsa même, au milieu des terrains argilo-sableux de la
plaine située au pied de cette montagne.
=VI=
=De Gafsa au Bir Marabot : El-Guettar, Oum-el-Asker, bords du Chott
El-Fedjedj, Oum-Ali, Djebel Berd, Bir Marabot.=
Le 18 et le 19 mai sont employés à compléter nos approvisionnements
et à reformer notre convoi.
Le 20, nous quittons définitivement Gafsa, en prenant la direction
d’El-Guettar. Notre caravane est constituée comme à notre départ
de Sfax, car nos chameliers ont tenu à nous attendre pour continuer
le voyage avec nous ; notre personnel s’est seulement accru d’un
spahi appartenant à la garnison de Gafsa, qui nous a été donné
comme conducteur par le colonel d’Orcet, et du frère de ce spahi
qui, connaissant beaucoup mieux le pays, lui sert à son tour de guide.
De plus, nous sommes accompagnés par un habitant de Gafsa, dont
la femme malade de la fièvre et le petit garçon atteint d’une
ophtalmie ont reçu la veille une consultation du docteur Bonnet ;
la confiance de ce brave homme dans le savoir du « thebib francis »
est si complète qu’il a sollicité la grâce de nous suivre,
avec son fils aîné et son jeune enfant, en dépit des fatigues et
des privations que nous lui prédisons.
Au delà du large lit de l’Oued Baïech que nous avons franchi
au-dessus du barrage du général Philebert, nous cheminons longtemps
entre de fertiles jardins, où les arbres fruitiers se mêlent à
de splendides groupes de Dattiers et d’Oliviers. Nous laissons à
gauche l’oasis de Lella, située au pied des montagnes, et, prenant
la grande route de Gabès, nous débouchons bientôt dans une vaste
plaine pierreuse dénuée de toute végétation arborescente. Cette
plaine, que j’avais déjà traversée en 1874 et dont j’avais
conservé un souvenir désagréable, offre une assez grande
similitude avec celle de la Crau dans les Bouches-du-Rhône ; et,
comme pour accentuer cette ressemblance, un vent des plus violents
se met à souffler, soulevant des tourbillons de poussière qui nous
enveloppent à chaque instant, arrêtant parfois même notre marche et
surtout celle du convoi. La récolte de quelques bonnes plantes nous
dédommage un peu de l’ennui de la route ; quant aux insectes, il
ne peut en être question ; ils se sont tous mis à l’abri du vent.
A mesure que nous avançons vers El-Guettar, nous nous rapprochons
du pied du Djebel Arbet, dont j’avais fait l’ascension en 1874
en y endurant une chaleur torride et une soif ardente. A plus de
1100 mètres d’élévation, c’est-à-dire au sommet, se trouve
actuellement un poste de télégraphie optique qui correspond avec
Gafsa. Vers une heure, nous atteignons le poste de la compagnie de
discipline qui réside à El-Guettar, et, dès que notre convoi nous
a rejoints, nous nous empressons de dresser nos tentes à l’abri
des premiers groupes d’Oliviers qui se sont montrés à nous. Le
lieu est des mieux choisis, bien que le vent, une véritable tempête
de l’est, rende l’établissement de notre campement des plus
difficiles. Puis, après le repas et notre visite à l’officier
commandant le poste, je me dirige, en dépit du mauvais temps, vers
le pied du Djebel Arbet où je fais une fructueuse herborisation,
pendant que M. Valéry Mayet se livre, de son côté, à la chasse
des insectes et des reptiles.
Les environs d’El-Guettar et surtout la base du Djebel Arbet ou
Orbata sont riches en plantes. Aussi, malgré le mauvais temps et
la brièveté de notre séjour, nous avons pu y récolter un grand
nombre d’espèces, parmi lesquelles nous citerons :
Matthiola oxyceras DC. _var._ basiceras Coss. et Kral.
Conringia Orientais Andrz.
Ammosperma teretifolium Boiss. (Brassica teretifolia Desf.).
Farsetia Ægyptiaca Turr.
Neslia paniculata Desv.
Reseda propinqua R. Br.
Erodium arborescens Willd.
—— guttatum Willd.
Retama sphærocarpa Boiss.
Astragalus corrugatus Bert. _var._ tenuirugis.
Eryngium (espèce peut-être nouvelle).
Callipeltis Cucullaria Stev.
Scabiosa Monspeliensis Jacq.
Leyssera capillifolia DC.
Senecio Decaisnei DC.
Senecio coronopifolius Desf.
Chamomilla aurea J. Gay.
Asteriscus aquaticus Mœnch.
Cyrtolepis Alexandrina DC. _var._
Centaurea furfuracea Coss. et DR.
Zollikoferia angustifolia Coss. et DR.
—— resedifolia Coss. _var._
Echinospermum Vahlianum Lehm.
Linaria fallax Coss.
—— laxiflora Desf.
Celsia laciniata Poir. _var._
Scrophularia arguta Ait.
Andrachne telephioides L.
Euphorbia glebulosa Coss. et DR.
Forskahlea tenacissima L.
Andropogon laniger Desf.
Chloris villosa Pers.
La faune entomologique des environs d’El-Guettar est la même que
celle de Gafsa, mais on y rencontre aussi quelques espèces monticoles
telles que : _Gonocleonus Heros_ et _Pimelia Tunetana_. Le _Calosoma
Olivieri_ y est mêlé, comme à Gafsa, au _C. Maderæ_ du Nord
de la Régence. On y retrouve aussi une espèce prise à Tozzer :
_Ocnera grisescens_.
D’après les renseignements fournis par le lieutenant commandant
le détachement de disciplinaires, l’Hyène serait commune dans le
massif du Djebel Arbet. C’est aussi d’après la description que
m’en avaient faite les indigènes à El-Guettar en 1874, que je
crus pouvoir indiquer l’existence du _Naja_ en Tunisie, fait dont
nous avons eu la confirmation au Redir d’El-Aïa.
Comme renseignement géologique, nous signalerons, au pied même du
Djebel Arbet, un calcaire dur renfermant de gros nodules de silex,
parfois géodiques, qui se détachent de la roche par désagrégation.
L’heure avancée nous a ramenés, M. Valéry Mayet et moi, au camp
où nous attend une nuit des moins agréables et des plus anxieuses,
la fureur du vent nous faisant craindre, à tout instant, de voir
les amarres de nos tentes se casser et celles-ci se renverser sur nous.
El-Guettar ayant déjà été visité par moi dans ma mission de 1874,
il y a moins d’intérêt à y séjourner, et le 21, à neuf heures
du matin, nous faisons route pour les montagnes d’Oum-el-Asker. En
traversant la sebkha d’El-Guettar, dont les grandes pluies des
jours précédents ont accru la quantité d’eau au point d’en
rendre le passage difficile en certains endroits, nous recueillons :
_Delphinium pubescens_ var. _dissitiflorum_, _Statice pruinosa_,
_S. globulariæfolia_, _S. echioides_, _S. Thouini_ var.
Des collines de nature désertique, qui succèdent à la sebkha, nous
offrent une flore assez riche. Laissant sur notre gauche une tombe
de marabout, isolée dans une plaine herbeuse au-dessus de laquelle
tournoient de nombreux rapaces (Busards), nous arrivons à l’entrée
des gorges d’Oum-Ghafa. Là nous sommes en plein terrain calcaire,
et le lit desséché du torrent est creusé à travers de puissants
bancs d’énormes huîtres (_Ostrea proboscidea_) enchâssées dans
une sorte de molasse jaunâtre sableuse qui paraît appartenir à
l’étage sénonien (Rolland). Nous faisons halte à l’entrée
d’une gorge sauvage, près d’un redir creusé dans le rocher et
rempli d’une eau dont l’aspect n’a rien d’engageant et qui est
peuplée de tortues (_Emys leprosa_). La gorge étant impraticable pour
les animaux, nous tournons la montagne par la droite, afin de gagner
les défilés pittoresques du Djebel Cheguieïga, dans lesquels nous
engage un chemin parsemé de tables d’un calcaire poli et glissant
contenant quelques fossiles. Sortant enfin de cet affreux chaos de
rochers, nous nous trouvons dans une coupure large d’environ 300
mètres, entre deux énormes falaises à pic, des plus étranges par
leur forme et leur coloration. Ce passage, sorte de disjonction de la
montagne, porte le nom de Fedj El-Kheïl et est des plus curieux à
étudier. Nous y établissons notre campement pour la nuit, et nous y
trouvons de nombreux fossiles, notamment des Nummulites et un Nautile
d’assez grande taille, le premier que nous ayons encore rencontré.
Le massif du Djebel Cheguieïga, que nous n’avons fait que traverser,
nous a fourni une intéressante récolte de plantes, parmi lesquelles
nous noterons :
Lonchophora Capiomontiana DR.
Ammosperma teretifolium Boiss.
Diplotaxis pendula DC.
Capparis spinosa L. _var._ Fontanesii.
Reseda Duriæana J. Gay.
Erodium arborescens Willd.
—— hirtum Willd.
—— glaucophyllum Ait.
Lathyrus Clymenum L.
Hippocrepis bicontorta Lois.
Hedysarum carnosum Desf.
Reaumuria vermiculata L.
Pteranthus echinatus Desf.
Gymnocarpon decandrum Forsk.
Gymnarrhena micrantha Desf.
Pyrethrum fuscatum Willd.
Calendula stellata Cav. _var._ hymenocarpa.
Microlonchus Duriæi Spach.
Amberboa Lippii DC.
—— crupinoides DC.
Zollikoferia quercifolia Coss. et Kral.
—— angustifolia Coss. et DR.
Echinospermum Vahlianum Lehm.
Arnebia decumbens Coss. et Kral. _var._ macrocalyx.
Plantago ovata Forsk.
Caroxylum articulatum Moq.-Tand.
Traganum nudatum Delile.
A peine sommes-nous installés sur ce point, d’où la vue embrasse
une vaste étendue vers le sud, que nous recevons la visite du cheïkh
d’un douar voisin, lequel, réparant la maladresse de son frère,
chef lui-même d’un autre douar où l’on avait refusé de vendre
un mouton à nos spahis, vient nous en offrir plusieurs et insiste pour
nous faire accepter chez lui la diffa le lendemain à notre passage.
Le 22, dès l’aube, nous achevons d’explorer les alentours
accidentés de notre campement, et nous éprouvons une désagréable
surprise à la vue d’une Vipère-à-cornes qui est venue pendant la
nuit s’abriter sous une caisse, à l’entrée même de l’une de
nos tentes ; le redoutable serpent est immédiatement puni de cette
audace par son immersion dans l’alcool. Ce reptile est abondant
dans ces lieux pierreux, et la présence du Naja dans la plaine du
Bled Cegui, qui précède l’Oum-el-Asker, nous est affirmée par
le cheïkh du douar voisin.
La coupure du Fedj El-Kheïl est des plus curieuses, car elle montre
à nu les diverses couches superposées qui forment le Djebel
Cheguieïga. A la base, des calcaires noirs très durs, puis des
marnes rouges ferrugineuses, et enfin des dolomies surmontant le
tout et formant la crête. Au pied de ces escarpements on trouve de
nombreux fossiles ; c’est là que j’ai recueilli le Nautile dont
il est question plus haut. Les Dolomies du sommet se délitent à
certains endroits et forment des dentelures capricieuses, qui, vues
d’une certaine distance, prennent l’aspect de murailles en ruine.
La flore du Fedj El-Kheïl est presque identique à celle du Djebel
Cheguieïga, dont il n’est du reste qu’une coupure ; nous ne
citerons donc que les quelques espèces suivantes : _Capparis spinosa_
var., _Deverra chlorantha_, _Galium petræum_, _Rhanterium suaveolens_,
_Celsia laciniata_, _Plantago ovata_, _Panicum Teneriffæ_.
Nous récoltons en outre une curieuse monstruosité du _Caroxylum
articulatum_, qui donne à cette espèce l’apparence d’une plante
en fleur ou en fruit.
A neuf heures et demie le signal du départ est donné. Une vaste
plaine d’aspect désertique, ondulée par de basses collines,
s’ouvre devant nous. Elle est parsemée de douars et bornée au
sud par les montagnes d’Oum-El-Asker que nous devrons franchir
pour atteindre les bords du Chott El-Fedjedj. Nous ne tardons pas à
arriver au douar des Sidi-Djeimia, fraction de la tribu des Hammema ;
c’est là que nous sommes invités à prendre une diffa qui nous est
offerte avec beaucoup de cordialité, mais que nous payons largement
par de nombreuses consultations données aux malades ; les enfants
étant en majorité, le chocolat est substitué dans bien des cas aux
médicaments spéciaux qui nous manquent ; à défaut de guérison
radicale, ce remède produit un excellent effet moral et ne manque
pas de grossir le nombre des clients qui se succèdent indéfiniment ;
mais le temps presse et, prenant congé de notre hôte, nous continuons
notre marche vers l’Oum-el-Asker.
Au sommet d’un monticule que nous gravissons pour mieux jouir de la
vue des dentelures étranges formées par les crêtes dolomitiques
des montagnes de Cheguieïga que nous avons quittées le matin,
nous recueillons quelques silex taillés, épars à la surface d’un
terrain sablonneux. Plus loin, sur un assez long parcours et près des
bords d’un oued à sec qui se dirige vers la plaine de Bled-Cegui,
nous traversons les ruines d’une cité antique qui a dû avoir une
assez grande importance.
Nous arrivons enfin aux montagnes d’Oum-el-Asker, dans lesquelles
nous pénétrons par un étroit couloir que nos montures ont peine
à franchir ; on s’aperçoit à ce moment que les chameliers, ayant
pris les devants pendant notre halte chez les Djeimia, se sont trompés
de route, ce qui nous oblige à nous arrêter environ une heure pour
envoyer à leur recherche. Au mauvais passage de l’entrée des
gorges succède un chemin frayé qui semble devenir meilleur à mesure
que nous avançons, mais bientôt nous sommes engagés dans un second
défilé réellement dangereux, et forcés de suivre le lit desséché
d’un oued dans lequel des eaux torrentueuses, actuellement absentes,
ont mis à nu les couches tabulaires d’un calcaire dur et glissant
sur lequel les chevaux, les mulets et les chameaux ont grand’peine
à assurer leurs pieds. Ces roches blanches ou grises, qui paraissent
inférieures aux bancs d’huîtres que nous avons trouvés la veille,
renferment de nombreuses Turritelles fossiles dont il est difficile
de se procurer des échantillons, en raison de la dureté de la roche.
Après deux heures d’efforts et de fatigues, pendant lesquelles nos
bêtes de charge font de dangereuses chutes, nous rencontrons le Redir
Zitoun, petite flaque d’eau bourbeuse dans un trou de rocher. Malgré
la mauvaise qualité de cette eau, on est bien forcé de se résoudre
à s’en désaltérer, car il n’y a pas de choix ; de plus, en
dépit de la défense qui leur en a été faite, nos chameliers,
comme toujours, s’empressent de laisser souiller le redir par
leurs animaux. D’après l’observation barométrique qui donne
728mm,5, le Redir Zitoun est à environ 360 mètres d’altitude ;
il est situé dans un repli de la chaîne d’Oum-el-Asker, à peu
près vers le milieu de son épaisseur. Son nom lui vient sans doute
des deux ou trois Oliviers rabougris qui y existent encore.
Prolonger la halte serait téméraire, car il est déjà cinq heures
du soir et on nous dit que nous n’avons pas encore franchi les
passages les plus dangereux, ce dont nous ne tardons pas du reste à
nous convaincre, car à partir de ce point, non seulement on rencontre
partout les mêmes roches glissantes, mais il faut le plus souvent
suivre un sentier à peine tracé qui monte et descend alternativement
le long du lit encaissé de l’oued. En plusieurs endroits le sentier
domine ce dernier de plus de 30 mètres à pic ; à diverses reprises
on se voit même dans la dure nécessité de décharger en partie les
bêtes de somme, pour éviter des accidents, et malgré ces prudentes
manœuvres, qui ne laissent pas que de retarder considérablement la
marche de notre convoi, les conducteurs ne peuvent, aux plus mauvais
passages, éviter les chutes de plusieurs animaux. La capture faite
à la main, par M. Valéry Mayet, d’une Vipère-à-cornes blottie
dans un creux de rocher, nous cause un moment d’émotion qui fait
diversion aux ennuis de notre difficile trajet. Enfin, après trois
heures d’efforts pénibles, nous atteignons l’extrémité de ce
dangereux défilé, véritable passage des Thermopyles dans lequel il
suffirait, non pas de trois cents Spartiates, mais d’une poignée
de fantassins embusqués pour arrêter toute une armée. Un chemin
relativement bon nous fait rapidement descendre dans la plaine du
Bled Cherb qui borde le Chott El-Fedjedj, mais la nuit nous force à
interrompre la marche et à dresser nos tentes, en pleine obscurité,
avec un vent des plus violents et dans un terrain pierreux où nous
ne pouvons fixer les piquets qu’à grand’peine. Cette journée
a été la plus hérissée de difficultés de tout notre voyage.
Les quelques plantes à noter parmi celles que nous avons récoltées
durant le trajet périlleux du défilé d’Oum-el-Asker sont les
suivantes : _Helianthemum Tunetanum_, _H. sessiliflorum_, _Frankenia
thymifolia_, _Deverra chlorantha_, _Amberboa Lippii_, _Anarrhinum
brevifolium_, _Scrophularia canina_, _Statice pruinosa_.
Outre plusieurs Vipères-à-cornes prises dans les endroits rocheux,
nous avons noté le _Bufo viridis_ qui se montre au Redir Zitoun,
dans l’eau livide duquel nous avons pêché aussi quatre Crustacés
intéressants : d’abord un _Estheria_ nouveau pour la science,
décrit récemment par M. Simon sous le nom de _E. Mayeti_ ; ensuite
trois branchiopodes, les _Apus cancriformis_, _A. Numidicus_ et
_Branchipus stagnalis_.
Parmi les Hémiptères, nous rencontrons pour la première fois une
Cigale (_Cicada Querula_) de moyenne taille, qui se retrouvera partout
dans notre trajet jusqu’au Bir Marabot. Un Coléoptère algérien
(_Bolboceras Bocchus_) est également trouvé pour la première fois
dans notre voyage, ainsi qu’un _Blaps_ probablement nouveau.
Dans la première portion du défilé, un calcaire gris noir, très
dur, affleure dans le fond du ravin, alternant avec un calcaire blanc
ou jaunâtre d’une dureté excessive et prenant sous l’action
de l’eau un poli des plus dangereux pour la marche de l’homme
et des animaux. Nous y avons recueilli quelques _Inoceramus_ et des
Cératites appartenant à l’étage sénonien que nous avons déjà
signalé à Kriz et au Djebel Toumiet.
Comme toutes les nuits, le vent d’est a fait rage, ébranlant sans
répit nos tentes que nous nous estimons heureux de n’avoir pas
vu enlever par la tourmente, et le 23 mai, à six heures du matin,
nous nous empressons d’abandonner ce campement inhospitalier,
non toutefois sans en avoir attentivement exploré les environs où
nous trouvons en abondance plusieurs espèces d’_Helianthemum_
épanouissant leurs fleurs charmantes aux premiers rayons du soleil.
Laissant derrière nous les montagnes d’Oum-el-Asker, dont les
couches, sur ce versant, plongent dans la direction sud, tandis
que jusque-là, depuis et y compris les massifs du Bou-Hedma et de
l’Arbet, elles sont inclinées dans le sens opposé, nous cheminons
dans le Bled Cherb vers le campement de Bir Beni-Zid où nous avions
espéré pouvoir arriver dès la veille. L’immense plaine qui
s’étend devant nous se confond avec le chott où se produisent
de curieux effets de mirage. Les moindres objets y prennent parfois
des proportions fantastiques, simulant des ruines, des collines, ou
des lignes de grands arbres, aux yeux du voyageur qui s’aventure
imprudemment sur ce sol mouvant et dangereux. D’après des récits
légendaires, des caravanes entières, trompées par ces images, ont
disparu dans des fondrières insondables. Au bout d’une heure de
marche environ, nous rencontrons une ruine romaine aussi importante
que curieuse. C’est un grand édifice rectangulaire, plus long que
large, dont l’intérieur présente quatre voûtes accolées. Les
murs extérieurs sont formés de cinq assises de gros blocs taillés,
surmontés de l’appareil réticulaire. La troisième assise,
entièrement couverte de sculptures représentant des losanges, est
la portion la plus remarquable de cet étrange édifice, auquel nos
guides indigènes, qui, soit dit en passant, connaissent fort peu le
pays, ne donnent aucun nom particulier. Cette ruine et la rencontre
de quelques plantes que nous n’avions pas encore vues (le _Reseda
Alphonsi_ entre autres) atténuent un peu la monotonie d’une marche
en ligne droite sur un terrain uniformément plat, occupé par des
_Tamarix rabougris_, des _Anabasis_ et autres Salsolacées.
A midi et demie, nous atteignons le Bir Beni-Zid, réunion de trois
puits non maçonnés, dont l’eau, quoique légèrement saumâtre,
est encore l’une des meilleures que nous ayons trouvées depuis
notre départ de Gafsa ; dans l’un d’eux vit un _Chara_ qui nous
paraît intéressant.
L’existence d’eau potable en cet endroit, plus encore que
la crainte de ne pouvoir atteindre dans la même journée un
autre lieu de campement, nous détermine à y séjourner jusqu’au
lendemain. Du reste, après les fatigues endurées la veille au passage
de l’Oum-el-Asker, il est prudent de ne fournir qu’une courte
étape, pour laisser prendre un peu de repos aux hommes et aux animaux.